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  • Anne

L'Édelweiss




Étymologie :

  • E()DELWEISS,(EDELWEISS, ÉDELWEISS), subst. masc.

Étymol. et Hist. 1861 (R. des deux mondes ds Quem. Fichier). Empr. à l'all. Edelweiss, de même sens, dep. 1785 en Autriche ds Kluge 20 et Paul-Betz.


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Étoile des neiges ;

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Botanique :


Lire le dossier proposé par http://www.futura-sciences.com/

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Bienfaits et vertus :


D'après l'émission Edelweiss : l'étoile-d'argent domestiquée du 22 août 2006 sur la chaîne suisse RTS ,


"Là-haut sur la montagne, il y avait une plante alpine, rare et solitaire, une fleur chère au cœur des Suisses. Le coup d'œil sur cette étoile devait se mériter ! Mais la station de recherches agronomiques Agroscope, à Conthey, a entrepris de domestiquer la sauvageonne. Christoph Carlen raconte comment les ingénieurs agronomes ont procédé : « Le premier pas a été de voir si l'edelweiss se cultive, et mon prédécesseur, Charly Rey, a vu que c'était assez facile. Le deuxième pas a été de sélectionner une variété adaptée aux besoins des firmes suisses. »

Pendant dix ans, la station a planté des spécimens sur des champs expérimentaux situés à des altitudes différentes. Les agronomes ont fini par trouver le cultivar idéal, qui doit avoir des qualités bien particulières pour satisfaire les entreprises. Christoph Carlen : « Les qualités agronomiques recherchées se retrouvent ici : des fleurs plus ou moins à la même hauteur pour une récolte mécanique, une floraison groupée, des fleurs d'une taille similaire d'une hampe florale à l'autre. »

Aujourd'hui, l'edelweiss est cultivé sur 4 000 m² par des producteurs réunis en coopérative. Une culture bio. De plus, la fleur requiert une vraie hibernation, car l'edelweiss a besoin de neige pour fleurir. Fin juin, les paysans la récoltent et la sèchent. Christoph Carlen nous explique : « Le but était de diversifier la production en zone de montagne et d'offrir des ressources supplémentaires aux habitants de haute montagne. Nous sommes les premiers en Europe qui avons sorti une variété utilisable pour une production à grande échelle. » Liée par ses contrats avec les firmes cosmétiques, la station agronomique veut préserver les secrets de ses découvertes. La Suisse a quelques années d'avance technologique sur ses concurrents étrangers et entend bien les garder !


Mais quelles vertus !

Un site web canadien vend des plants d'edelweiss. Mais aujourd'hui, la Suisse est encore le seul pays à le cultiver. Il y a actuellement 4'000 m2 de champs d'edelweiss cultivés par cinq familles en Valais. Une culture mieux payée que les autres plantes médicinales, car la récolte se fait à la main, et la plante a un petit rendement. L'edelweiss devait d'abord être acheté par un fabricant bien connu de bonbons, mais ce projet est encore à l'état de recherche. Aujourd'hui, l'edelweiss est utilisé presque exclusivement par des firmes cosmétiques. Les vertus de l'edelweiss sont-elles rêvées ou réelles ? Kurt Hostettmann, expert passionné des plantes alpines, professeur et directeur de l'Institut de pharmacognosie et phytochimie des Universités de Lausanne et Genève, nous fait visiter le Jardin alpin de Leysin pour un cours de rattrapage botanique : « Leontopodium veut dire patte de lion. Il faut dire qu'il existe plus de quarante espèces qui viennent de l'Himalaya et du Tibet. »


Le professeur Hostettmann a publié plusieurs ouvrages renommés sur les plantes alpines. Ce grand fan de l'edelweiss rappelle que la plante était un remède fameux dans le passé : « L'edelweiss était utilisé par la médecine populaire, en Autriche, contre les diarrhées et dans le miel pour lutter contre les affections des voies respiratoires. » « On a trouvé récemment qu'il avait des propriétés anti-inflammatoires assez remarquables. C'est un très bon antioxydant et il contient des capteurs de radicaux libres. Il faut dire que c'est une plante d'altitude et qu'elle est exposée à une radiation ultraviolette importante, on pense que certaines plantes synthétisent des substances pour se défendre. Ces propriétés, on peut sans autre les transmettre pour l'usage humain. » Kurt Hostettmann explique que ce n'est pas la seule plante à avoir ces effets-là : « Beaucoup d'autres plantes alpines ont des capteurs, des antioxydants, mais l'edelweiss en possède un nombre vraiment impressionnant. »


Fabrication des cosmétiques à l'edelweiss

L'edelweiss contient des capteurs de radicaux libres, des particules instables qui provoquent une sorte de rouille de notre organisme quand ils sont trop nombreux, à cause par exemple des rayons ultra-violets du soleil. L'edelweiss, qui vit en haute altitude, a développé un système de défense pour justement se protéger des rayonnements, et ses propriétés pourraient prévenir le vieillissement de la peau. On comprend l'intérêt de l'industrie cosmétique ! L'edelweiss n'est pas livré aux fabricants de cosmétiques sous forme de fleurs. Il arrive à l'état liquide. Les principes actifs des fleurs séchées ont été auparavant extraits dans de l'alcool. Dès son arrivée dans l'entreprise, l'edelweiss liquide est analysé. Philippe Papadimitriou, biochimiste de Hormeta, à Bursins (VD), nous expose son travail : « Nous faisons une analyse organoleptique, aspect, couleurs, odeur, une analyse microbiologique pour les cas où l'analyse du fournisseur ne nous semble pas une garantie suffisante. » L'extrait liquide d'edelweiss est soigneusement pesé, ce jus coûte 160 francs le kilo. Un prix qui se situe dans la moyenne des plantes précieuses.

Philippe Papadimitriou : « L'extrait d'edelweiss est mis à 3%. Vous savez, les phénomènes biologiques ne suivent pas une droite toute simple, si on en rajoute plus, on n'aura pas plus d'effet, car avec 3%, on est déjà au sommet du plateau. A 5%, ça ne changerait quasiment rien. » L'extrait d'edelweiss est ajouté dans la cuve de fabrication aux différents autres ingrédients qui composent la crème : carotène, arômes naturels de plantes, etc. Mais qu'est-ce qui a convaincu le fabricant d'utiliser cette plante particulière ? Jean-François Chaponnier est le directeur de Hormeta. Il nous explique : « On a trouvé que l'edelweiss a des vertus anti-âge, on n'a pas pris seulement cet élément pour son côté suisse, mais surtout pour son efficacité pour la peau. Nous avons beaucoup de succès, ce n'est pas le produit leader, mais il se situe parmi les cinq premières ventes de nos crèmes. »


Si l'extrait de pommes de terre avait eu cet effet, est-ce que la firme l'aurait utilisé ? Jean-François Chaponnier répond : « Je pense que oui, mais je reconnais que ça aurait été moins sexy ! C'est une plante qui est perçue comme une plante typiquement suisse, ça tombe à pic pour ce genre de produit. Mais on l'utilise pour ses vertus et pas seulement pour le côté marketing. » Mêler plantes alpines et label suisse, c'est un argument de vente qui est porteur à l'étranger aussi. Chez Hormeta, 80% de la production part à l'exportation. Et les ventes de cette petite PME de la côte vaudoise ont augmenté de 7%.

Même démarche dans le canton de Bâle, dans une autre firme cosmétique. Weleda fabrique laits et crèmes solaires avec des extraits d'edelweiss. Elena Zavatta est cheffe marketing de Weleda Suisse : « Nous sommes aujourd'hui les seuls en Suisse à utiliser l'edelweiss pour des produits solaires. Nous avons porté notre choix sur l'edelweiss, car ses qualités d'antioxydant et de capteur de radicaux libres s'appliquent très bien dans les produits de protection solaire. Les effets secondaires dus à l'image de la plante sont plaisants, c'est un support facile à communiquer, car l'edelweiss véhicule une image positive. » Elena Zavatta nous dit que ce n'est pas du folklore : « L'edelweiss a été testé sur une assez longue période, et nous avons l'expérience depuis dix ans qu'il est efficace dans la protection contre le rayonnement solaire. Si on prend la plante fraîche, on peut dire qu'il y a l'équivalent d'une plante par tube. Je ne peux pas vous donner davantage d'indication, c'est notre secret de fabrication. »

Nous avons voulu vérifier quel dosage d'extrait d'edelweiss est contenu dans des produits cosmétiques et en avons acheté huit, que l'on peut se procurer en pharmacie ou dans les commerces, crèmes, laits solaires, shampoings et baumes pour les lèvres, pour les faire analyser. Les méthodes des fabricants de cosmétiques rendent la mesure du dosage impossible. Du point de vue du consommateur, cela veut dire qu'on est obligé de se fier aux déclarations des fabricants de cosmétiques. Hormeta nous a confirmé par écrit que sa crème de jour contient bien 3% d'extrait d'edelweiss, les autres marques Weleda et Swiss Nature affirment que leurs produits contiennent au moins 3%."

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Symbolisme :


Selon Jean-Marie Jeudy, auteur de Les Mots pour dire la Savoie (2006),


« Tout le monde connaît ce nom. L'edelweiss épanouit là-haut. Et parfois plus haut. Avec la gentiane, c'est la fleur la plus représentative des Alpes. C'est la fleur symbolique et son nom est masculin. Quoiqu'on l'entende souvent au féminin. Ce nom est d'origine suisse-allemande. Il vient de edel, signifiant noble, et de weiss signifiant blanc. Il remonterait aux années 1780, il fut adopté dans les autres langues au cours du XIXe siècle.

Quant au nom savant, celui en latin, Leantopodium alpinum, c'est-à-dire le pied-de-lion. On lui donne encore des noms locaux. C'est l'étoile d'argent, l'étoile des glaciers ou l'immortelle des neiges. L'origine de la plante est sibérienne. Elle nous est venue durant les grandes glaciations du Quaternaire. En même temps que le lièvre des neiges et la perdrix blanche. On la retrouve jusqu'au-delà de 5 000 mètres d'altitude sur les plateaux d'Asie. Personnellement, je l'ai rencontrée au Népal. [et moi, au sommet du Glandasse, pas besoin d'aller si loin ! ]


On n'observe pas l'edelweiss sur n'importe quel terrain. Il affectionne les vires et les parois calcaires, les pelouses d'altitude rocailleuses et exposées au soleil. On le rencontre entre 1 000 et 3 000 mètres d'altitude. On l'a vu jusqu'à 3 400 mètres. Parfois, on a voulu le transporter en plaine, mais sur un terrain qui n'est pas le sien, il se ratatine et s'enlaidit. Il n'est à son aise que là-haut. Les botanistes vous parleront de biotope. Ce n'est peut-être qu'une question de tempérament. Certains préfèrent la ville, d'autres le fond d'un bois, d'autres encore un rocher perché...

Ses fleurs sont de minuscules capitules blanchâtres groupées et auréolés de feuilles cotonneuses qui s'étalent en forme d'étoile. Des feuilles couvertes d'un duvet soyeux pour se protéger du froid. Et que l'on confond... on prend ces feuilles pour des pétales.

Il existe plusieurs légendes à propos de cette plante emblématique. Il paraîtrait qu'au milieu des neiges éternelles vit une reine ayant perdu son trône. On l'appelle la Dame Blanche. C'est une évidence qu'elle est d'une grande beauté. Malheur à celui qui voudrait conquérir son cœur. Il est difficile à prendre. Des lutins redoutables veillent...

L'alpiniste imprudent qui va tenter une approche n'aura de regard que pour la belle. Il ne verra que ses yeux transparents et sa longue chevelure. Il grimpe à l'assaut de la roche en ignorant le danger qui le guette.

Et de leurs lances de cristal perfides, les lutins vont le précipiter dans le vide.

Alors la Dame Blanche pleure. Ses larmes vont glisser sur la neige, rouler vers le bas et venir se poser sur la roche et la pelouse alpine. A peine se sont(elles posées, elles se transforment en étoiles blanches. En edelweiss !

Une autre légende rapporte que l'étoile divine, après avoir guidé les Rois Mages vers la crèche o venait de naître l'Enfant Jésus, erra à travers l'espace pour trouver un refuge. Puis craignant de faire croire à la venue d'un autre messie, elle se dirigea vers le massif alpin. Elle jugea les lieux à son goût. Elle se divisa donc en une infinité de petites étoiles filantes qui descendirent sur les cimes. Ainsi naissait la fleur singulière...

On dit encore qu'une étoile s'était transformée en humaine pour rejoindre sur la terre un prince éperdument épris d'elle. Mais la reine qui régentait les cieux ordonna à l'étoile volage de reprendre sa place au firmament. Elle refusa. Alors la reine s e fâcha, elle transforma la princesse en une pluie de petites étoiles blanches qui allèrent se poser sur les plus hautes cimes des Alpes. »

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Lire le panneau de l'exposition « EDELWEISS — MYTHES ET PARADOXES » qui a eu lieu du 19 mai au 16 octobre 2011, dans les jardins botaniques de Genève et Zürich pour comprendre la création d'un mythe symbolique.


Compte-rendu du livre "Mis en ligne lundi 18 juillet 2011 par Gisèle Visinand sur le site Tela Botanica -


"Vous connaissez sûrement l’edelweiss fleur symbolique des Alpes par excellence. Mais le connaissez-vous vraiment ? Savez-vous que ce n’est pas une fleur ? Qu’on dit " un" edelweiss ? Qu’il n’est pas rare ? Qu’il est fécondé par des mouches ? Qu’on n’en parlait pratiquement pas avant la fin du 19e siècle ?

Au vu des nombreuses idées reçues, une mise au point s’imposait : des botanistes. des sociologues, des agronomes et des biologistes rassemblent dans cet ouvrage richement illustré leurs recherches les plus récentes afin de mieux comprendre l’edelweiss. de la naissance du mythe à sa mise en culture en plein champ à des fins cosmétiques. La botanique y est abordée de manière précise mais sans jargon technique, en divulguant quelques secrets sur les endroits où observer l’edelweiss, rappelant tout de même qu’il est protégé pratiquement partout où il pousse. L’edelweiss est devenu aujourd’hui un mélange de tradition récente et de symbole "ethno" moderne, accommodé à toues les sauces : crème solaire, boisson énergisante, costumes folkloriques, chansons, publicité, cartes postales, chocolat, etc. Mais son utilisation n’a pas toujours été aussi anodine, comme en témoigne son détournement patriotique par les nazis. Surprenant, pour une plante d’origine eurasiatique, comme le prouvent les plus récentes études génétiques. Jamais un ouvrage aussi complet n’avait été publié sur l’edelweiss. Voilà qui devrait satisfaire tous les amateurs de plantes, de nature, de symboles, des Alpes et de la montagne tout simplement.


Informations pratiques

Edelweiss, reine des fleurs

Auteurs : Sabine et Charly Rey, Catherine Baroffio, José Vouillamoz & Didier Roguet

160 pages

24 x 31 cm

ISBN 978-2-8841-92019

Prix : 39 Euros

Éditions du Belvédère".

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Croyances populaires :

D'après Véronique Barrau, auteure de Plantes porte-bonheur (Éditions Plume de carotte, 2012) : l'edelweiss (Leontopodium alpinum Cass.) est née "sous une bonne étoile".


Des origines fabuleuses : Le vaste berceau des légendes nous offre trois récits décrivant la naissance des premiers edelweiss. Le premier nous vient d'Allemagne et met en scène la Vierge Marie tissant de la laine d'agneau au paradis. S'endormant pendant sa tâche, elle laissa échapper un flocon de toison qui, en touchant terre, se transforma en une multitude de petites fleurs étoilées et argentées. Une autre légende s'appuie également sur la forme étoilée de l'edelweiss. Après avoir guidé les Rois mages auprès de l'étable où naquit Jésus, l'étoile polaire se serait en effet dispersée sur le sommet des Alpes en une infinité de fleurs blanches. Un dernier écrit rapporte que la Reine des Neiges, une fois détrônée, était recluse sur les cimes des Alpes et chaperonnée par des lutins. Or,la beauté de la Dame Blanche était telle qu'un alpiniste gravit vaillamment les glaciers pour conquérir le cœur de sa dulcinée. Hélas, les lutins armés de lances de cristal repoussèrent sans mal l'intrus qui bascula dans le vide. La belle dame assista impuissante à la mort de son prétendant et pleura de chagrin. De ses larmes, naquirent les fleurs étoilées que l'on peut admirer en altitude.

Étoile des neiges : Je ne vous étonnerais sûrement pas en vous disant que l'edelweiss est un mot d'origine suisse allemande. Il signifie "noble blancheur". Mais saviez-vous que ce nom de fleur, apparu en 1784, dut patienter jusqu'au XIXe siècle pour être adopté par les autres langues ? Ses premières appellations populaires datent du XVIe siècle, elles renvoient au duvet et à la silhouette de la plante : "fleur de laine" ou "pied de lion". Cette dernière appellation provient du nom latin de la plante (Léontopodium) dont la forme velue rappelle une patte du roi des animaux. De nombreuses autres dénominations régionales se sont par la suite ajoutées : étoile des glaciers, étoile d'argent, étoile des Alpes, cotonnière étoilée, immortelle des neiges, rose des Alpes, fleur des glaciers,, blanc éternel, compagne des bergers...


Un symbole récent : Ah, la Suisse... Ses couteaux, son chocolat et sa ribambelle d'edelweiss joliment représentées sur les costumes et les objets traditionnels. L'illusion est parfaite, on croirait que ces fleurs appartiennent au folklore local depuis toujours. En réalité, ce n'est qu'au milieu du XIXe siècle que la Suisse, l'Autriche et la Bavière ont adopté l'edelweiss comme symbole national, ce qui valut à la fleur d'être reproduite dès lors sur divers supports. Il faut croire que le charme de la belle étoilée est intemporel puisque les pièces autrichiennes de 2 centimes d'euro sont aujourd'hui estampillées de son image. Perché sur les cimes des montagnes, l'edelweiss fut également choisi comme emblème par de nombreux clubs de haute montagne et sociétés de guides. Celui qui portait jadis à son chapeau "l'étoile d'argent" témoignait d'ne ascension courageuse réalisée sur les plus hauts sommets.

Dans l'imaginaire, l'edelweiss c'est les Alpes françaises, suisses ou autrichiennes, mais la petite fleur veloutée pousse aussi dans les Pyrénées.


La face sombre de l'edelweiss : En hommage à Hitler, dont l'edelweiss était la fleur préférée, les uniformes des escadrilles alpines de la Wehrmacht arboraient en 1935 une représentation de "l'étoile des glaciers". Or, tandis que la Seconde Guerre mondiale allait s'achever, l'edelweiss fut également choisi comme emblème par un groupe de résistants allemands, les "Edelweisspiraten", qui se dressèrent violemment contre le parti nazi.


L'edelweiss porte-bonheur : De nombreux atouts ont pesé pour que cette fleur devienne un porte-bonheur au XIXe siècle : sa blancheur représentant la pureté, sa forme étoilée, sa relative rareté et sa capacité à conserver, une fois séchée, sa blancheur et sa forme d'origine. Le seul fait de posséder un edelweiss était considéré comme un gage de chance, à condition toutefois qu'il n'ait été acheté par son ou sa propriétaire. A la fin du XIXe siècle, les Helvétiques déconseillaient en effet vivement d'acheter un edelweiss si ce n'est pour l'offrir à autrui, sous peine de s'attirer des ennuis. Lionel Bonnemère fit mention d'une jeune Française qui, de voyage en Suisse, tomba malade après s'être acheté un bouquet de de fleurs des glaciers. Pour contrecarrer le sort, son entourage lui offrit quelques edelweiss cueillis par leurs soins. Coïncidence ou non, toujours est-il que la demoiselle se remit rapidement de son mal !

La capacité de la rose des Alpes à déjouer la malchance était aussi bien connue des civiles que des militaires. Afin que les armes ne puissent les atteindre, les soldats Autrichiens arrachaient un edelweiss un vendredi de pleine lune, l'entouraient d'un tissu blanc sur lequel un âne et un bœuf avaient marché avant de porter l'amulette sur eux.


A vos risques et périls... "Cueillir des edelweiss et mourir, voilà le rêve". Tous les amateurs d'edelweiss ne partagent heureusement pas l'enthousiasme de cet étudiant qui écrivit cette devise sur le livre des voyageurs d'un hôtel de Gap ! Sans doute un effet de l'ivresse de l'altitude. Il n'empêche, la difficile accessibilité de la fleur des glaciers fit plusieurs victimes involontaires. les promeneurs dépourvus de chaussures de montagne et de guide furent nombreux à s'éloigner des chemins pour parcourir des pelouses pentues et glissantes, à escalader des pentes rocheuses à la recherche d'un edelweiss. Ce qui fit dire à un journaliste que c'était certes une fleur noble mais qu'elle vendait chèrement sa noblesse.


C'était écrit... ".... un jeune journaliste a glissé dans un ravin en voulant cueillir une fleur d'edelweiss pendant une ascension au Castellacio. La mort a été instantanée. Les journaux ajoutent que l'accident s'est produit à l'endroit même où la victime avait fait périr le personnage principal de son dernier roman." extrait d'un article publié le 20 août 1931 dans le Figaro.


Un engouement rapide : En 1891, un numéro de la "Bibliothèque universelle et revue Suisse" note combien les jeunes pâtres "ignorent même que les hommes des cités admirent la rose des Alpes, que les femmes élégantes parent leur corsage d'un bouquet d'edelweiss.

Ces jeunes fleurs de neige, que leur envie la plaine, ils les foulent d'un pied distrait, en jetant leur refrain d'une montagne à l'autre dans le libre azur." L'intérêt tardif pour l'edelweiss, à la fin du XIXe siècle, se révéla de prime abord chez les vacanciers et les alpinistes désireux de ramener un exemplaire de la fleur des Alpes. Pour répondre à la forte demande exercée sur les lieux touristiques, de petits bouquets d'edelweiss frais et quelques plantes séchées, collées sur des cartes postales, furent proposés à la vente. Aujourd'hui, l'immortelle des neiges est apposée sur une diversité de produits suisses : cartes postales, chapeaux traditionnels mais aussi chocolats ou crème solaires...


Prélèvements excessifs : Considérée comme un souvenir de voyage impérissable et un porte-bonheur charmant, la fleur mythique des Alpes fut vite victime de son succès. A sa cueillette de masse s'jouta l'arrachage de milliers de plants destinés à être replantés dans des jardins publics ou privés. Cette passion horticole débuta en Angleterre au XVIe siècle et se répandit au XIXe en France puis en Amérique. En 1884, 4 000 pieds d'edelweiss furent arrachés en une seule saison dans le val Medel en Suisse, avant d'être transférés en Amérique. L'extravagance de ce chiffre n'est pourtant rien face aux 10 000 et 20 000 plants que des maisons d'Angleterre exigeaient pour leur seul compte ! Face à ce déferlement de cueillette et d'arrachage en masse de l'edelweiss et à sa menace d'extinction, en certains endroits de Suisse, d'Autriche, d'Allemagne ou de France, de strictes réglementations furent mises en place pour restreindre ou interdire les prélèvements.

En 1883, "l'Association pour la protection des plantes" de Genève créa un jardin alpin d'acclimatation pour sauvegarder notamment l'edelweiss menacé d'extinction. de nos jours, la plante alpine n'est plus aussi rare qu'on pourrait le penser. Elle s'acclimate assez aisément dans les jardins, même si elle se fait moins belle en plaine.

De plus, après dix années de recherche, la Station de recherche agronomique de Conthey a créé une variété d'edelweiss (l'helvetia) répondant aux exigences de l'industrie cosmétique, agroalimentaire mais aussi horticole. Cette variété hors norme est cultivée à grande échelle dans le Valais depuis 2005.


Des "roses des Alpes" parisiennes... Malgré les réglementations en vigueur, les edelweiss se faisaient bien trop rares pour que les professionnels autorisés à la vente puissent satisfaire la demande de leurs clients. Pour pallier à ce manque, les Danois, suivis des Parisiennes au début du XXe siècle, cultivèrent avec succès la plante sur leurs terres. Dans le Figaro du 26 octobre 1912, un journaliste fervent d'authenticité s'insurgeait contre ces edelweiss factices que quiconque pouvait cueillir dans un bureau de tabac : "Après l'Alpe homicide, Paris floricide. On a beau dire que la foi transporte les montagnes, l'edelweiss de Bourg-la-Reine n'est pas l'edelweiss de la Meije ou du Pelvoux."


Une plante d'avenir : On connaissait le recours limité aux edelweiss pour soigner la diarrhée, les angines et les affections respiratoires. Mais l'intérêt pour la plante fut nettement exacerbé lorsqu'on découvrit que la fleur étoilée, exposé dans son milieu naturel à une forte radiation ultraviolette, contenait une forte quantité d'antioxydants. Extraites de la plante, ces substances entrent désormais dans la composition de soins cosmétiques visant à ralentir le vieillissement de la peau."

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Contes et légendes :

Dans la collection de contes et légendes du monde entier collectés par les éditions Gründ, il y a un volume consacré exclusivement aux fleurs qui s'intitule en français Les plus belles légendes de fleurs (1992 tant pour l'édition originale que pour l'édition française). Le texte original est de Vratislav St'ovicek et l'adaptation française de Dagmar Doppia. L'ouvrage est conçu comme une réunion de fleurs qui se racontent les unes après les autres leur histoire ; l'Edelweiss raconte la sienne dans un conte venu de Suisse et intitulé "La Fée des montagnes" :

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Extrait de Légendes de fleurs de Michel Lis, illustrations de Corinne Merlès. La préface est de Ève Ruggiery :

"L'edelweiss, un vrai lion"


"On lui donnerait vraiment le bon Dieu sans confession, tant cette fleur des neiges, cette reine des glaces, vit près du ciel. N'allez pourtant pas croire à toutes les promesses de cette plante des cimes que les botanistes nomment Léontopodium (patte de lion) et ceux qui risquent leur vie pour la cueillir au sommet des montagnes, près des neiges éternelles. Ce « lion des Alpes », cette « étoile d'argent » offre ailleurs une fleur plus blanche que lorsqu'elle est cultivée en plaine, dans un jardin.

Innocent edelweiss en robe de peluche qui symbolise la protection dans le langage des fleurs. Il a pourtant d'autres pouvoirs bien plus terrifiants si l'on en croit quelques légendes suisses et autrichiennes. porté sur soi, l'edelweiss vous rend parfaitement invisible temps que vous ferez le... bien ! Dans le Tyrol on affirme que seul un sorcier - ou une sorcière ayant vendu son âme au diable jouera de son pouvoir d'invisibilité pour se livrer à des actes démoniaques. En Suisse, encore plus terrible, une mère peut se servir de ce « lion des Alpes » pour punir le meurtrier de son enfant, à condition toutefois que dernier ne connaisse pas l'antidote. En effet, porté sur soi un pied d'edelweiss entier, arraché un vendredi, par une nuit de pleine lune et enveloppé dans un linge blanc sur lequel auront marché un âne et un bœuf, permet de se rendre invulnérable aux balles de fusil comme à la lame d'un couteau ! L'edelweiss candide est donc aussi une arme redoutable pour celui qui sait s'en servir."

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