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  • Anne

Le Lotus


Étymologie :

  • LOTUS, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. [1537?] « plante du littoral africain produisant un fruit auquel les anciens attribuaient des propriétés magiques » (J. Canappe, La Cinquiesme livre de la méthode thérapeutique, f°E III ro ; aussi ds l'éd. de 1539, cf. Fr. mod. t. 19, 1951, p. 20) ; 2. 1553 « nénuphar bleu d'Égypte » (Belon, Observations, I, 28, p. 222 ds R. Philol. t. 43, 1931, p. 194). Empr. au lat. lotus, lotos « id. », lui-même du gr. « id. » (cf. 1755 lotos, J.-J. Rousseau, Lettre du 10 sept. ds Littré). En outre lote au sens 1 au xvie s. (1512, Lemaire de Belges, Illustrations de Gaule et singularitez de Troye, éd. J. Stecher, t. 1, p. 174).


Lire aussi la définition pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Nelumbo mucifera ; Lotus d'Orient ; Lotus sacré.

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Botanique :


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Symbolisme :


Louise Cortambert et Louis-Aimé. Martin, auteurs de Le langage des fleurs. (Société belge de librairie, 1842) évoquent rapidement le symbolisme du lotus :

NYMPHAEA LOTUS - ÉLOQUENCE.

Les Égyptiens avaient consacré au Soleil, dieu de l'éloquence, la fleur du Nymphæa Lotus. Ces fleurs se ferment et se plongent dans l'eau au coucher du soleil ; elles en sortent pour s'épanouir de nouveau, lorsque cet astre reparait sur l'horizon. Cette fleur fait partie de la coiffure d'Osiris. Les dieux indiens sont souvent représentés au sein des eaux, assis sur une fleur de Lotus. C'est peut- être un emblème du monde sorti des eaux.

 

Dans Les Fleurs naturelles : traité sur l'art de composer les couronnes, les parures, les bouquets, etc., de tous genres pour bals et soirées suivi du langage des fleurs (Auto-édition, Paris, 1847) Jules Lachaume établit les correspondances entre les fleurs et les sentiments humains :


Nymphéa-lotus à fleur double et blanche - Éloquence.

Cette plante séduit par l’éclatante blancheur de sa fleur, comme l’éloquence par les images du langage.

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Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version catholique des équivalences symboliques entre plantes et sentiments :


NÉLOMBO - SAGESSE.

C'est de Dieu qu'émane toute sagesse ; elle est en Dieu de toute éternité. La sagesse est un arbre de vie pour ceux qui l'embrassent ; heureux l'homme qui y demeure fortement attaché. Cultivez-la comme celui qui laboure et qui sème, et attendez le temps de la moisson.

Ecclésiastes : 1, 1. VI, 19. - Prov, 1, 7.

Le nélombo originaire de l'Inde est une plante qui se fait remarquer par la beauté de ses fleurs, dont chacune ressemble à une belle rose. Sa tige haute de deux mètres environ est de la grosseur du doigt et ressemble à un guêpier et contient jusqu'à trente fèves un peu saillantes, placées chacune dans une loge séparée. La fleur est deux fois plus grande que celle du pavot ; elle est toute rose et répand au loin une odeur délicieuse d'anis et de cannelle. Sa racine est plus épaisse que celle d'un fort roseau et a des cloisons comme la tige : elle sert de nourriture à ceux qui habitent près des marais, ou elle croit spontanément et en abondance. Cette plante si connue dans l'ancienne Egypte est célèbre aujourd'hui dans la religion des Chinois ; leurs brames la vénèrent parce qu'ils croient qu'elle sert de trône à la déesse Coamin. Les Indiens la représentent à la main de plusieurs de leurs dieux ainsi que les Egyptiens. Un végétal qui sert de trône à la sagesse éternelle qui couronne les dieux et sert de sceptre à l'intelligence suprême devait être le symbole de la sagesse .


RÉFLEXIONS.

Il y a une fausse sagesse qui, se renfermant dans l'enceinte des choses mortelles, s'ensevelit avec elles dans le néant. (Bossuet, Oraisons funèbres)


Heureux l'homme qui se dépouille pour être revêtu , qui foule aux pieds sa vaine sagesse pour posséder celle de Dieu. (FÉNELON, Réflexions.)

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Emma Faucon, dans Le Langage des fleurs (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) s'inspire de ses prédécesseurs pour proposer le symbolisme des plantes qu'elle étudie :


Lotus - Beauté toujours nouvelle.

Le lotus est une espèce de nénuphar qui croit en abondance dans les étangs d'Égypte, ou dans les plaines inondées par le Nil. Avant de se déployer, cette plante pousse plusieurs tiges chargées de feuilles repliées en cornet ; quelque temps après, elle se couronne d'une belle fleur blanche qui, pendant la nuit, se plonge dans l'eau, pour en sortir peu à peu au retour du soleil.


Ainsi brille, à travers la vague transparente,

Cette fleur, dont le Nil voit les boutons éclos

Tristes durant la nuit se plonger dans les flots,

Et frémissant de joie au retour de l'aurore,

Du fleuve par degrés sortir plus frais encore.

 

Dans son Nouveau Langage des fruits et des fleurs (Benardin-Béchet, Libraire-Éditeur, 1872) Mademoiselle Clémentine Vatteau poursuit la tradition du Sélam :


NYMPHŒA LOTUS : Éloquence.

La fleur du nymphœa-lotus a joué un grand rôle chez les Egyptiens, qui l'avaient consacrée au soleil, dieu de l'éloquence. Les rois d'Egypte s'en faisaient des couronnes

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Jacques Brosse dans La Magie des plantes (Éditions Hachette, 1979) consacre dans sa "Flore magique" un article au Lotus :


A l'origine des temps, Vishnou, étendu sur les eaux primordiales, dormait quand de son nombril émergea un lotus. Alors, dans sa corolle épanouie, parut Brahma, le Créateur. Ainsi naquit le monde, selon la cosmologie indienne, mas aussi dans les croyances de l'antique Égypte, où le lotus représente également l'émergence de l’univers surgissant hors de l'indistinction des eaux principielles. Aux temps historiques, le Bouddha Cakyamuni remit en mouvement la roue du Dharma et donc à sa manière recréa le monde. Aussi le représente-t-on assis, jambes croisées, dans la posture de la méditation, siégeant sur la fleur du lotus à huit pétales, image des huit directions de l'espace, comme la roue cosmique à huit rayons qui représente le Dharma, l'ordre universel que e Bouddha est venu restaurer dans le monde. Rappelons que le plus célèbre mantra du bouddhisme : « om mani padme hum » signifie : le « joyau » (le Bouddha) dans le lotus.

De tout temps, en effet, les Indiens avaient remarqué la singularité de cette plante des eaux dormantes, dont les racines s'enfoncent dans a vase tandis que ses fleurs somptueuses, bien qu'issues de l'obscurité, jaillissent à la surface des eaux en pleine lumière, leur bouton clos ressemblant à un œuf, l’œuf cosmique dont l'éclosion constitue la réalisation des possibilités contenues dans le germe initial. le lotus en vint à symboliser la complète réalisation par l'individu de ses potentialités, c'est-à-dire son épanouissement spirituel.

Aussi, pour expliquer les différences qui existent entre les êtres humains, le Bouddha a-t-il recours à la comparaison suivante : « De même que parmi les lotus, beaucoup ne s'élèvent pas hors des eaux mais croissent en elles, tandis que certains parviennent à en sortir mais, demeurant imbibés par elles, ne peuvent complètement s'ouvrir à la lumière et que d'autres se dressent complètement au-dehors et s'épanouissent, non souillés par les eaux, de même je vis des êtres aveuglés par l'impureté du désir, demeurant plongés en lui, d'autres qui tentaient de s'en dégager et que l'on pouvait en conséquence instruire, d'autres enfin qui, s'ouvrant largement au soleil, étaient tout prêts à recevoir l'enseignement. »

Dans le yoga tantrique, sept lotus, de forme et de couleur différentes, figurent les sept ventres subtils de l'être, les chakras, que traverse de bas en haut, en les faisant s’épanouir un à un, la kundalini, la force vitale obscure, tapie au bas de la colonne vertébrale et qu'éveille la pratique yoguique. Le plus élevé de ces centres, situé au-dessus de la tête, est le lotus aux mille pétales, qui signifie la réalisation suprême.

Mais, comme tout se tient, le lotus est aussi en Extrême-Orient une plante utilisable en toutes ses parties. Ses rhizomes, sa tige, ses feuilles, ses fruits et ses graines sont comestibles, et de sa sève on tire une odeur subtile, sous la forme de parfum ou d'encens.

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Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, auteurs du Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982), le lotus est une


"Fleur, pourrait-on dire, première et qui éclot sur des eaux généralement stagnantes et troubles, avec une si sensuelle et souveraine perfection qu'on l'imagine aisément, in illo tempore, comme la toute première apparition de la vie, sur l'immensité neutre des eaux primordiales. Ainsi apparaît-elle dans l'iconographie égyptienne, la toute première, après quoi le démiurge et le soleil jaillissent de son cœur ouvert. La fleur de lotus est donc avant toute chose le sexe, la vulve archétypale, gage de la perpétuation des naissances et des renaissances. De la Méditerranée à l'Inde et la Chine, son importance symbolique, aux manifestations si variées, vient, au profane comme au sacré, de cette image fondamentale. Le lotus bleu, qui était considéré comme le plus sacré au pays des Pharaons, offrait une senteur de vie divine : sur les parois des hypogées thébains, on verra l'assemblée familiale des vivants et des morts respirer gravement la fleur violacée, en un geste où se mêlent la délectation et la magie de la renaissance.

La littérature galante chinoise - qui allie, comme l'on sait, le goût de la métaphore à un profond réalisme - emploie le mot lotus pour désigner expressément la vulve, et le titre le plus flatteur que l'on puisse donner à une courtisane est celui de Lotus d'Or. Cependant, les spiritualités indiennes ou bouddhiques interpréteront dans un sens moral la couleur immaculée du lotus, s'ouvrant intact au-dessus de la souillure du monde. Comme un lotus pur, admirable, par les eaux n'est point souillé, je ne suis pas souillé par le monde. (Anguttaranikâya, 2, 39).

Tcheou Touen-yi dans une connotation qui semble bisexuelle, et donc totalisante, reprend la notion de pureté, y ajoute celles de sobriété et de rectitude, et en fait l'emblème du sage. Plus généralement, l'idée de pureté étant constante, on y ajoute : la fermeté (rigidité de la tige), la prospérité (luxuriance de la plante), la postérité nombreuse (abondance des graines), l'harmonie conjugale (deux fleurs poussent sur la même tige), le temps passé, présent et futur (on rencontre simultanément les trois états de la plante : bouton, fleur épanouie, graines).

Les grands livres de l'Inde font du lotus, issu de l'obscurité et qui s'épanouit en pleine lumière, le symbole de l'épanouissement spirituel. Les eaux étant l'image de l'indistinction primordiale, le lotus figure la manifestation qui en émane, qui éclot à sa surface, comme l'Œuf du monde. Le bouton fermé est d'ailleurs l'équivalent exact de cet œuf, dont la rupture correspond à l'ouverture de la fleur : c'est la réalisation des possibilités contenues dans le germe initiale, celle des possibilités de l'être, car le cœur est aussi un lotus clos.

C'est encore, car le lotus traditionnel a huit pétales comme l'espace a huit directions, le symbole de l'harmonie cosmique. On l'utilise en ce sens dans le tracé de nombreux mandala et yantra. L'iconographie hindoue représente Vishnu dormant à la surface de l'océan causal.

Du nombril de Vishnu émerge un lotus dont la corolle épanouie contient Brahma, principe de la tendance expansive (rajas). Il faut d'ailleurs ajouter que le bouton de lotus, comme origine de la manifestation, est aussi un symbole égyptien. Attribut de Vishnou, le lotus est remplacé dans l'iconographie khmère par la terre, qu'il représente en tant qu'aspect passif de la manifestation. Pour être précis, l'iconographie de l'Inde distingue le lotus rose (ou padma), celui que nous venons d'envisager, emblème solaire et symbole aussi de la prospérité, du lotus bleu (ou utpala), emblème lunaire et Shivaïte.

Du point de vue bouddhique, le lotus - sur lequel trône Shakyamunî - est la nature de Bouddha, non affectée par l'environnement boueux du samsâra. Le joyau dans le lotus (mani padme), c'est l'univers réceptacle du dharma, c'est l'illusion formelle, ou la Mâyâ, d'où émerge le nirvâna. D'autre part, le Bouddha au centre du lotus (à huit pétales) s'établit au moyeu de la roue (à huit rayons) dont le padma est l'équivalent : ainsi s'exprime sa fonction de Chakravartî, telle qu'on peut l'interpréter au Bayon d'Angkor-Thom. Le centre du Lotus est, en d'autres circonstances, occupé par le mont Meru, axe du monde. Dans le mythe vishnouïste, c'est la tige du lotus lui-même qui s'identifie à cet axe, lequel étant, comme l'on sait, le phallus, et renforce l'hypothèse d'un symbolisme bissexuel, ou sexuellement totalisant. Dans le symbolisme tantrique, les sept centres subtils de l'être que traverse l'axe vertébral, celui de la sushumnâ, sont figurés comme des lotus à 4, 6, 10, 12, 16, 20 et 1000 pétales. Le lotus aux mille pétales signifie la totalité de la révélation.

Dans une interprétation plus banalisante, la littérature japonaise fait souvent de cette fleur, si pure au milieu des eaux sales, une image de la moralité, qui peut demeurer pure et intacte au milieu de la société et de ses vilenies, sans qu'il soit besoin pour elle de retraite en un lieu désert.

Il semblerait enfin que le lotus ait eu, en Extrême-Orient, une signification alchimique. En effet, plusieurs organisations chinoises ont pris le lotus (blanc) pour emblème, ainsi qu'une communauté amidiste fondée au IVe siècle au Mont Lou et une importante société secrète taoïste, à laquelle le symbolisme bouddhique peut servir de couverture, mais qui pourrait aussi se référer au symbolisme de l'alchimie interne, car la fleur d'or est blanche."

 

Lire aussi cet extrait de Les Plantes et leurs symboles de ?.

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Lotus (Nymphaea lotus) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Féminin

Planète : Lune

Élément : Eau

Pouvoirs : Protection ; Ouverture symbolique des portes.


Utilisation rituelle : En Occident, le Lotus a longtemps été vénéré comme représentation cosmogonique de l'Univers à la fois manifesté et non manifesté ; cette fleur symbolisait la vie mystique, la spiritualité. Les Égyptiens en avaient fait l'une de leurs plantes sacrées ; dans les offrandes que le peuple faisait aux dieux, il y avait toujours des Lotus.

Dans les rites d'initiation bouddhistes, on bandait les yeux de l'aspirant et on le conduisait dans une salle où il avait à jeter une fleur le Lotus sur un diagramme où le Bouddha était représenté plusieurs fois, à différentes époques de sa vie et dans des fonctions variées. Le Bouddha sur lequel le Lotus tombait devenait le « saint patron » destiné à guider le néophyte sur le chemin de l'illumination. L'un des neuf livres canoniques du bouddhisme mahayana est intitulé Lotus de la Bonne Loi (Saddharma-pundarika).


Utilisation magique : Quiconque respire profondément le parfum de cette fleur ne manquera pas d'en recevoir la protection. Placez une racine de Lotus sous votre langue et, faisant face à une porte verrouillée, lancez les mots : SIGN ARGIS ! La porte s'ouvrira miraculeusement.

Les graines combattent efficacement les envoûtements amoureux. N'importe quelle partie de la plante, portée sur soi, favorise la bonne fortune et attire la mansuétude des divinités.

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D'après Nicole Parrot , auteure de Le Langage des fleurs (Éditions Flammarion, 2000) :


"J'apporte l'allégresse, la sérénité et la fertilité", proclame le lotus. Qui ajoute : "j'assure l'épanouissement spirituel grâce la réalisation de toutes les potentialités de l'individu". Mieux vaut ne pas contredire le lotus : il parle de très haut. Ne disait-on pas en Égypte qu'il avait des rapports secrets avec le Soleil-roi ? Et même, d'après les Hindous et les Égyptiens, l'univers tout entier provient de cette créature divine : fermé, en forme d’œuf, il est sorti du nombril du dieu Vichnou endormi. Une précision au passage, le lotus, espèce particulière de la famille des nymphéacées, blanc, bleu ou rose, a été sacré et vénéré par l’Égypte pharaonique et l'Inde brahmanique. Ce qui le distingue de son petit cousin, le nénuphar.

Il a tout pour étonner, le lotus. "On allait en barque dîner à l'ombre des larges feuilles de lotus", notre Strabon, géographe historien de la Rome antique. Ces feuilles peuvent en effet mesurer soixante centimètres de large, quant aux fleurs, elles atteignent parfois une hauteur de deux mètres. Tout est géant et vigoureux chez le lotus. Ses graines, grosses comme des noyaux d'olive, ont prouvé leur vitalité. Certaines, découvertes dans une tourbière, ont germé après deux mille ans de sommeil et donné de magnifiques fleurs roses.

Le plus sculpté, gravé, dessiné ou peint dans l'Antiquité, le lotus décore tous les monuments autour du Nil. Il a de nouveau la vedette lorsque, au début du XXe siècle, aux États-Unis surtout, déferle un goût effréné pour tout ce qui est égyptien, l'égyptomania. Il pose alors son joli motif sur les marbres, les bronzes et les acajous des premiers gratte-ciel new-yorkais, le Swiss center Building comme le Chanin Building. Et naturellement le Lotos Club où se réunissent les lotos-eaters ou mangeurs de lotus (mais c'est une autre histoire).


Mot-clef : "Une créature divine"

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D'après Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes (Hachette Livre, 2000) :

"Les Égyptiens aimaient les fleurs, les plantes,; les arbres. En Égypte antique, on vivait entouré de fleurs, on s'en offrait fréquemment et l'on en offrait aux morts, bien sûr. Avec le bleuet, le coquelicot, le chrysanthème, l'iris, le jasmin, la mauve, la mandragore, le pied-d'alouette et le nénuphar, figurait en bonne place, à la place d'honneur même, le lotus bleu ou blanc, la plus belle des nymphéas, la fleur sacrée, du sein de laquelle la légende mythique égyptienne conte qu'est né Nekheb-Kaou, le grand serpent originel et immortel, qui rassemblant tous les ka ou énergies vitales de la Terre et qui, bien sûr, vivait dans le Noun, l'Océan primordial d'où toute vie a surgi.

Selon une autre légende mythique égyptienne, c'était grâce au lotus que le Soleil pouvait renaître au matin et se lancer dans sa course. Dès lors, cueillir une fleur de lotus sans y être habilité était passible des pires châtiments. Cette fleur sacrée qui, chaque matin, en ouvrant ses pétales, redonnait vie au Soleil, était assimilée au sexe de la femme. Elle était donc liée au cycle perpétuel des naissances et des renaissances. Aujourd'hui, on lui donne le nom générique de nelumbo, pour désigner une plante aquatique aux longues feuilles, dont la fleur, en réalité plus souvent rose que blanche ou bleue, qui répand un doux parfum d'anis, contient un large réceptacle qui grossit, durcit, prenant un peu la forme d'un œuf. C'est cette fleur qui avait un caractère sacré en Égypte, comme on l'a vu, mais aussi en Inde et en Chine. Ainsi, pour les Chinois, la fleur de lotus, ou lotus d'or, est directement assimilée à la vulve, mais aussi à la plus pure sagesse, à la fermeté, à la richesse, au bonheur conjugal et à la vie éternelle. En Inde, Padma, mot sanskrit qui désigne le lotus, est le symbole utilisé pour figurer les chakras, Padma est aussi la beauté pure et la sainteté. Brahmâ, le dieu créateur hindou, et Vishnu, son avatar, dieu solaire - l'Agissant, selon une traduction littérale de son nom -, sont souvent représentés assis sur un lotus, dans l'iconographie indienne. C'est aussi le lotus qui fut choisi ou conservé pour figurer le Trône de Bouddha. Le Padmâ-sûtra ou, selon une traduction littérale, le Fil conducteur du Lotus, est considéré comme l'oeuvre de référence de la doctrine de Bouddha. Enfin, le père fondateur du bouddhisme tibétain, qui vécut au VIIIe siècle de notre ère, porte le nom de Padmasambhava, ce qui signifie "né du lotus"."

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Eric Pier Sperandio, auteur du Grimoire des herbes et potions magiques, Rituels, incantations et invocations (Éditions Québec-Livres, 2013), présente ainsi le Lotus (Nymphaea lotus) :


"Le lotus est une plante aquatique qui pousse surtout sur le continent asiatique. Cette fleur fait partie de la famille des nymphaea que l'on trouve un peut partout dans le monde.


Propriétés médicinales : Il faut se tourner vers la médecine chinoise pour en découvrir les propriétés médicinales ; on se sert de cette fleur pour régulariser le sang. Le lotus est relié aux méridiens du cœur et du foie. Il active le flot sanguin, arrête les saignements et les hémorragies et assèche ce qui est trop humide. De plus, il rééquilibre une condition trop yin en y injectant de l'énergie yang. Il est particulièrement indiqué d'utiliser la fleur de lotus dans les cas de vomissements de sang qui surviennent à la suite d'une chute et dans les crises d'eczéma graves.


Genre : Féminin.


Déités : Bouddha - Vishnu - Isis - Ishtar - Junon - Kwan Yun.


Propriétés magiques : Protection - Purification - Catalyseur de talents psychiques.


Applications :

SORTILÈGES ET SUPERSTITIONS

  • Le lotus fait l'objet d'une très grande vénération dans toutes les cultures de l'Orient ; c'est en fait le symbole mystique de la vie, de la spiritualité : il représente le centre de l'univers.

  • Les anciens Égyptiens considéraient cette plante sacré et l'offraient à leurs dieux.

  • Couramment utilisé dans les rituels de purification depuis des temps immémoriaux, le lotus protège aussi votre personne et vos biens.

  • On dit que quiconque respire le parfum de cette fleur est protégé par elle.

RITUEL POUR ACCROÎTRE SES DONS PSYCHIQUES

  • Le lotus peut aussi servir de catalyseur, c'est-à-dire de déclencheur de talents psychiques lorsque vous l'utilisez fréquemment.

Ce dont vous avez besoin :

  • une chandelle blanche

  • de l'encens de lotus

  • une racine de lotus fraîche (en vente dans les magasins d'aliments orientaux)

Rituel : Allumez votre chandelle et faites brûler l'encens. A l'aide d'un couteau bien aiguisé, idéalement votre athamé, tranchez finement votre racine de lotus. Mangez trois très fines tranches de racine de lotus tout en disant, entre chacune d'elles :

Par le pouvoir de cette racine de vie

Que mes centres psychiques s'ouvrent cette nuit

Que je vois et ressente

L'au-delà et les courants qui s'y rendent

Que j'entende les voix du ciel

Que mes perceptions s'ouvrent et découvrent des merveilles.


Répétez ce rituel, tous les jours, pendant le cycle croissant de la lune, et, jusqu'à la peine lune.

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Doreen Virtue et Robert Reeves proposent dans leur ouvrage intitulé Thérapie par les fleurs (Hay / House / Inc., 2013 ; Éditions Exergue, 2014) une approche résolument spirituelle du Lotus :


Nom botanique : Nelumbo mucifera.

Propriétés énergétiques : Approfondit la vie spirituelle et la sagesse ; purifie et équilibre les chakras ; met en contact avec les êtres supérieurs, les anges et Dieu.

Archanges correspondants : Métatron et Raziel.


Chakras correspondants : tous les chakras, plus particulièrement : chakra coronal.


Propriétés curatives : Le lotus est depuis longtemps associé à la spiritualité et à la sagesse. Il vous permet de méditer plus efficacement et plus profondément, et ils vous met en contact avec les êtres supérieurs qui vous guident. Même si cette fleur est étroitement reliée au chakra coronal, elle a la capacité de nettoyer et d'équilibrer tous vos chakras avec douceur et amour.


Message du Lotus : « Je vous apporte la sagesse profonde. J'élimine vos blocages pour vous permettre d'atteindre vos objectifs spirituels, et je vous guide vers les méthodes et pratiques nécessaires pour y parvenir. Je vous aiderai à méditer profondément et à entrer en contact avec les êtres divins. Oubliez vos a priori et permettez-moi de vous ouvrir à un niveau de croissance supérieur.

Installez-vous près d'un étang couvert de fleurs de lotus, ou tenez-en une dans les mains. Fermez les yeux, respirez profondément et sentez vos chakras s'ouvrir, à l'image de la fleur que je suis. Vous pouvez également visualiser mes pétales se déployant doucement pour révéler la pureté de mon centre. »

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Mythologie :


D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882)


LOTUS. — La fleur sacrée, par excellence, des Indiens et des Égyptiens. Osiris, de même que Brahma, est représenté sur un nymphéa. Creuzer dit que, pour les Égyptiens, le lotus est sacré, parce qu’il cache le secret des dieux. On appelait, en Égypte, la fleur du nymphéa l’épouse du Nil, parce que, lorsque le Nil grossit, elle en couvre la surface. Les Égyptiens, de même que les Indiens, ont représenté la création du monde par l’eau sous forme d’un nymphéa qui surnage. Le Lotus de la bonne loi a pour objet de montrer l’étendue infinie de la création du lotus, dont toute partie contient MYTHOLOGIE DES PLANTES 198 un Buddha, avec ses assistants. M. Beal, citant l’Avatamsaka Sûtra, nous apprend que, dans le temps désigné pour le renouvellement du monde, se produit une grande mer qui se répand sur le grand Chiliocosme. Cette mer donne la vie à un lotus énorme, qui s’étend de tous les côtés sur la surface de l’Océan ; la lumière qui en sort se répand sur tout l’univers. Dans ce temps, Maheshwara et les Devâs de la région pure (suddhavâsadevâs), en regardant ce lotus, sont persuadés qu’au milieu du Kalpa dans lequel se manifeste un pareil prodige, un nouveau Buddha assurément verra le jour dans le monde. M. Béal, à propos de ce symbole buddhique, observe (A Catena of Buddhist scriptures from the Chinese) : « Son symbole est le lotus, surmonté d’un emblème qui lui est particulier (pour dire la vérité, le trident est un emblème particulier du dieu Çiva ; mais le Buddha s’est approprié les attributs des trois divinités brahmaniques), généralement connu comme « trisulcus », c’est-à-dire trident. Ce symbole provient évidemment d’une forme antérieure, censée représenter le soleil avec une flamme, ou le ciel supérieur. On voulait, par là, figurer la succession des cieux, en traversant le ciel supérieur de la flamme pure. L’emblème solaire était appelé Sûramani, c’est-à-dire « perle du soleil » ; mais lorsque les Svâbhâvikâs adoptèrent le lotus comme leur symbole de génération spontanée, ils appelèrent cet ornement Padma-mani ou perle du lotus, et formulèrent leur croyance dans la sentence mystérieuse employée si souvent dans les ouvrages chinois et thibétains : « Om ! mani padme ! », qui signifie : « Oh ! la perle de la création est dans le lotus ! » Conformément aux principes de cette croyance, Jin-ch’au représente toute la création comme une succession de mondes par les lotus, dont l’un contient l’autre, jusqu’à ce que l’intelligence se perde dans l’effort d’en multiplier les séries à l’infini. Dans la China Illustrata du père Kircher (Amsterdam, 1687, p. 141), nous trouvons ce récit, sans doute bouddhique, au sujet du lotus : « Imago seu idolum Pussae supra florem lothi aquatici sedet, manibus mira digitorum contorsione, modestiam singularem una junctam gravitati prae se fert, e cujus dextro octo brachia, ex sinistro latere totidem prorumpunt, quorum manus singulae nescio quid mysticum, uti gladios et quas hallabardas vocant, libros, fructus, plantas, rotam, ornamenta, pyxidem, ampullam gestant ; bonzii ejus originem sic describunt : ante generationes decem, ajunt, tres puellas sive Nymphas e coelo in fluvium lavatum descendisse, quarum nomina erant, Angela, Changela et Foecula ; quo tempore supra vestem Foeculae in ripa apparuisse demissam, nescio unde allatam, vescicariam cum fructu suo corallino (quam ego verius Heliocaccabum aut Lotum aquaticum puto), quem uti illa conspexit, confestim arripuit et deglutit, unde factum ut aliis duabus coelum repetentibus, haec ex esu fructus gravida dimissa sit, donec eniteretur filiolum. » Cet enfant devient ensuite le maître du monde, et la déesse remonte au ciel duquel elle était descendue. M. Sénart, dans son excellent Essai sur la légende du Buddha, revient souvent, comme on le devine, sur la fleur de lotus. « Quand le Bodhisattva, dit-il, se montre, les ténèbres, la poussière, la fumée sont chassées du ciel. Un lotus miraculeux sort de terre ; il s’y assied et, avec le regard divin, il embrasse d’un coup d’œil tous les mondes. Comparez ces lotus qui naissent sous ses pas (Lal. Vist, 96, 21). Les images hiératiques du Buddha le figurent ordinairement sur un lotus. » A propos du lotus prodigieux qui, la nuit de la conception de Çâkyamuni, sort de terre, M. Sénart ajoute : « Ce lotus n’est évidemment pas différent du lotus d’or, resplendissant comme le soleil, d’où sort Brahmâ, le créateur de toutes choses, qui contient en effet tout l’univers, d’où découle un liquide semblable à l’ambroisie, qui passe enfin pour la première manifestation de Vishnu. Il est, d’autre part, indubitable que le vyûha est employé ici avec la même signification allégorique et mystique que le lotus. Le symbolisme du lotus repose indubitablement sur sa signification solaire. » Or, on se souvient que les derniers vers de l’hymne de l’Atharvan à Purusha parlent d’un vase d’or resplendissant, qui est au ciel, inondé de clartés ; il a trois rais et un triple soutien ; les neuf portes de la cité divine où il est enfermé achèvent de l’assimiler à ce « lotus à neuf portes, enveloppé dans les trois gunas, qualités de la mâyâ, dont parle un autre passage. » Mais nous avons vu que les qualités de Mâyâ paraissent aussi dans le vyûha du Bodhisattva, qui lui-même n’est point, au fond, différent du lotus et auquel s’appliquerait assez bien le nom de Koça ; un enchaînement de faits, en même temps qu’il prouve la parfaite exactitude du commentaire de M. Weber sur les vers précités, nous montre le prototype évident de notre mystérieux paribhoga, demeure du Mahâpurusha des bouddhistes, dans ce Koça védique habité par un être vivant « qui n’est autre que Brâhmâ ou Purusha ; il nous laisse clairement reconnaître dans la triple barrière qui l’entoure, l’image des trois gunas qui enserrent le lotus cosmique, identique par sa nature avec le vase céleste. » Dans l’History of Nepal, par Wright (Cambridge, 1877), nous lisons : « Dans le Satyayuga, Bipaswî Buddha arriva d’une ville inconnue nommée Bandhumatî, et ayant fixé son séjour sur la montagne, à l’ouest de Nâg-Hrad, vit dans l’étang une semence de lotus, au jour de la pleine lune, au mois de chait. Dans le même yuga, de la semence de lotus qui avait été observée poussa une fleur de lotus, au milieu de laquelle se montra Swayambhû en forme de lumière, au jour de la pleine lune, dans le mois des Açvins. » Cette légende nous montre la connexion intime entre les légendes bouddhiques et brahmaniques. Le dieu Brahma est identifié avec le lotus, de même que Buddha. Dans la forme du lotus, on voyait le signe mystérieux svastika, lequel, à l’origine, devait avoir une signification phallique, ainsi que l’arbre de la croix. Dans l’Amritanâda Upanishad, il est dit que le yogin doit s’asseoir à la manière du lotus ou d’après la forme du signe svastika (padmakam svastikam vâpi). J’ai déjà essayé de montrer dans mes Letture sopra la Mitologia Vedica que Brahma, à l’origine, n’était autre chose que le ciel. Si mon identification mythologique est fondée, il est naturel que Brahma soit produit par le nelumbium speciosum, par le nymphéa bleu, par le ciel. C’est ainsi que, dans le Rigveda (VI, 16, 13), il est dit que Atharvan tira le feu du pushkara, mot qui signifie à la fois le ciel et le lotus (cf. Grill, Die Erzväter der Menschheit, I, 24). Dans la Chandogya-Upanishad (X), on appelle le corps ville de Brahman, et le cœur une maison semblable à la fleur du lotus. A propos du dieu Brahman, le père Vincenzo Maria da Santa Caterina, dans son Viaggio all’ Indie Orientali (III, 18), nous offre cette description : « On suppose que son habitation se trouve dans une mer de lait, sur une fleur, semblable à celles qui poussent dans les étangs, appelée Camella (le sanscrit Kamala), d’une grandeur et d’une beauté extraordinaires, qui pousse à Temerapu, qui signifie l’ombilic de cet océan de douceur. A cette fleur, on attribue dix-huit noms, qui célèbrent ses différentes beautés. Dans cette fleur, on dit que Brahman dort six mois de suite chaque année, pour veiller les autres six mois. » Par cette représentation, Brahman semble s’identifier avec le soleil, et la fleur de lotus avec le ciel. D’après le Mahâbhârata (XII, 12702 et suite), dans le Çvetadvîpa (proprement, Ile blanche, Ile lumineuse), se trouvent des hommes blancs et lumineux (des anges ?) qui adorent Dieu ; le dieu a mille pieds ; ses adorateurs ont des corps qui brillent comme des diamants, des têtes qui ressemblent à des parasols, des pieds qui ressemblent à des fleurs de lotus. D’après une légende bouddhique, le roi Pându aurait eu l’imprudence de faire brûler une dent de Buddha qui était vénérée chez les Kalingas, mais une fleur de lotus poussa au milieu de la flamme, et on retrouva la dent de Buddha placée sur la fleur. Buddha est le maître, le seigneur du monde ; Brahman de même ; cette qualité appartient, en outre, et on pourrait même ajouter tout spécialement, au dieu Vishnu. Le lotus personnifie donc Vishnu, tout aussi bien que Brahman et Buddha. On sait que Brahman sort du lotus qui naît sur l’ombilic du dieu Vishnu. La femme de Vishnu, la belle Lakshmî, la Vénus indienne, est aussi appelée Padmavatî, parce qu’on la représente assise sur une fleur de lotus ; c’est en cette qualité spécialement qu’elle est vénérée chez les Djaïnâs. Dans une strophe indienne, traduite par le professeur Weber, supplément au Saptaçataka, de Hâla, on lit : « Als Lakshmî bei (’m Beginn) der wilden Lust den Brahman, der wilden Lust den Brahman auf der (ans Vishnu’s) Nabel emporblühenden Lotusblume erblickt, deckt er schnell, schämig verwirrt, das rechte (Sonnenhafte) Auge Harl’s zu. » Le professeur Weber explique : « und damit resp. die Sonne selbst, so dass nunmehr auch die nur bei Sonnenschein blühende Lotusblume sich schliesst, der in dieser ruhende Brahman somit eingehüllt ist, und Lakshmî sich nun ohne Zeugen der (viparîta) Lust mit Hari hingeben kann. » Dans le fragment de la Bhagavaitî, éditée par le professeur Weber, en représentant Mahâvîra (Vishnu) seigneur et maître de l’univers, on dit que son haleine a le parfum du lotus, que son ombilic est semblable au lotus et s’ouvre dès que le soleil le touche ; qu’il se repose et qu’il marche, non pas sur la terre, mais sur neuf lotus d’or, apportés par les dieux eux-mêmes. Il n’y a pas de louange, pas de caresse, que la rhétorique et la poétique indiennes n’aient données à la fleur de lotus, chère aux femmes malgré la vertu de calmer les sens que la croyance populaire indienne lui attribue. Dans le drame Ratnavalî, par exemple, Susamgatâ place des feuilles et des tiges de lotus sur la poitrine de Sâgarikâ, malade d’amour. La jeune fille cependant prie d’emporter le tout, puisqu’elle songe à un objet qu’elle ne pourra jamais atteindre.

Dans un manuscrit portugais intitulé Botanica Malabarica : Virtudes de Varias Simples, qui fait partie des papiers de Paolino da san Bartolomeo, dans la bibliothèque Vittorio Emmanuele de Rome, je me rappelle avoir lu une recette où l’on recommande le lotus « contra os sonhos venereos. » Les Grecs aussi attribuaient au lotus le pouvoir de diminuer les forces génésiques. Dans une strophe gracieuse du Saptaçataka, de Hâla, on compare le visage et le sein d’une belle femme à un nymphéa placé sur deux vases. Presque toutes les parties du corps, les yeux, le visage, le sein, les mains, les pieds, ont été comparées par les poètes indiens au lotus. Dans le Padmapurâna, le roi qui lave les pieds des brahmanes dit poliment qu’ils ressemblent aux fleurs de lotus. Nous avons déjà vu des anges avec des pieds de lotus. Les fleurs de lotus qui se trouvent sous les pieds de Vishnu, d’après la Praçnottaramâlâ, soutiennent le dieu tout aussi bien que ses dévots ; ces fleurs sont le long navire (dîrghâ nâukâ) sur lequel le dévot naufragé dans l’océan de la vie aura la chance de se sauver. Le lotus est l’ami du soleil (1). Lorsque la lune aux froids rayons disparaît, le lotus fleurit sur l’eau (cf. Böhtlingk, Indische Sprüche, II, 2322).

Chacun, chante un autre poète, a ses amis : le soleil ouvre le lotus et ferme les fleurs de Kâirava. (Böhtl., Ind. Spr., I, 1588.) Le canard, dit un proverbe indien, pendant la nuit, cherche des nymphéas et aperçoit les étoiles au fond de l’étang comme dans un miroir ; en voyant, à l’arrivée du jour, les blanches fleurs ouvertes, il se garde de les toucher, les prenant pour des étoiles (Böhtl., Ind. Spr., III, 6897). Un amoureux indien s’écrie que, si la lune devenait un lac d’ambroisie, si ses taches semblaient être un groupe de nymphéas au milieu de ce lac, en s’y baignant, il pourrait espérer de se délivrer de la douleur causée par le feu du dieu de l’amour (Böhtl., Ind. Spr., III, 6184). Lorsqu’au printemps, dit gracieusement un autre poète indien, le Kokila, qui craint le froid, commença à chanter dans la forêt, les nymphées montèrent à la surface des eaux, pour l’écouter (Böhtl., Ind. Spr., III, 5999). Le lotus est toujours beau, même lorsqu’il est posé sur un çaivala (Blyxa octandra (Böhtl., Ind. Spr., III, 6896). Le monde sans lotus est misérable (Böhtl., Ind. Spr., III, 6919). Ce n’est pas de l’eau, celle au milieu de laquelle ne poussent point de lotus ; ne sont point de ce lotus, ceux sur lesquels les abeiles ne vont point sucer le miel (Bôhtl., Ind. Spr., II, 3250). La tige du lotus donne la mesure de la profondeur de l’eau, de même que la vertu d’un homme est l’indice de sa noblesse (Böhtl., Ind. Spr., II, 2355). Pour indiquer quelque chose de mobile, on dit dans l’Inde : comme l’eau sur la feuille de lotus (Böhtl., Ind. Spr., II, 3405, 3409). Un poète indien demande à sa bien-aimée si on ne vit jamais des fleurs pousser sur d’autres fleurs : sur le lotus de son visage (ambuga, le nymphéa blanc), ont poussé deux lotus (indîvaradvayam, un couple de lotus bleus), c’est-à-dire deux yeux bleus (Böhtl., Ind. Spr., I, 1846). Dans les sacrifices humains, dans l’Inde, on recueillait autrefois le sang sur un pétale de lotus ; on prescrivait cependant d’en verser seulement le quart de ce qu’un pétale de lotus peut en contenir ; de manière que le sacrifice humain se réduisait, en somme, à une petite saignée. (Cf. The Indoos, London, 1835, II, 39.)

On a beaucoup discuté sur le lotus homérique, et sur le pays des Lotophages. « La terre des Lotophages, écrit M. Baudry (dans une note au livre de M. Cox, les Dieux et les Héros), est, selon Hérodote (IV, 177), un pays bien réel. Ces peuples, dit-il, habitent le rivage de la mer qui est devant le pays des Gendanes (la côte à l’est de la petite Syrte, aujourd’hui le milieu de la côte de Tripoli de Barbarie). Ils ne vivent que des fruits de lotus. Ce fruit est à peu près de la grosseur de celui du lentisque et d’une douceur pareille à celle des dattes (on croit reconnaître dans cette plante le Rhamnus lotus de Linné, dont les naturels de ce pays font encore aujourd’hui leur nourriture habituelle). Voy. Heeren, De la politique et du commerce des peuples de l’antiquité. Les Lotophages en font aussi du vin. Mais, quand L’Odyssée ajoute que le lotus fait oublier la vie et ses peines, on entre en pleine mythologie, et cette croyance fait immédiatement songer aux eaux du Léthé, qui exerçaient la même action sur les morts. On peut conjecturer deux motifs de cette confusion entre le lotus et le Léthé : d’abord la ressemblance des mots, Lotus, Léthé ; puis la situation du pays des Lotophages, au fond des mers occidentales, où l’on plaçait aussi les îles des bienheureux. » J’ajoute encore ici une note judicieuse de M. Alexis Pierron au neuvième livre de son édition de l’Odyssée : « Je ne crois pas, dit-il, que le pays des Lotophages ait une réalité géographique quelconque. Mais rien n’empêche de le placer, comme on fait généralement, dans l’Afrique septentrionale. Ce qui est certain, c’est que ce pays, selon le poète, n’est pas très éloigné de celui des Cyclopes. Admettons que c’est la Libye proprement dite. Le nom du peuple signifie mangeurs de lotus. Je n’ai pas besoin de faire observer que le lotus dont ce peuple faisait sa nourriture n’a de commun que le nom avec l’herbe dont il a été question (IV, 603), qui n’est qu’une espèce de trèfle. D’ailleurs, on verra, vers 94, que c’était un fruit : ..., une nourriture fleurie, c’est-à-dire un fruit de couleur vermeille. Homère a dit Lotophages, et, bien que ce mot s’entende de lui-même, il répète, sous forme poétique, l’idée contenue dans le mot, et qui est celle d’un fruit servant de nourriture. Quelques-uns prenaient à la lettre l’expression ..., et y voyaient le lotus d’eau, ou nénuphar d’Égypte. Mais la graine du lotus d’eau, ni la pulpe de sa racine, ni aucun mets fourni par ce lotus, n’a jamais mérité le titre de fruit doux comme le miel. Ce titre convient plus ou moins à la jujube, ... í, le fruit doux comme miel. L’épithète n’est pas déplacée, s’il s’agit de la jujube. Mais les effets produits par le lotus disent assez que le fruit ainsi nommé par Homère est bien autre chose qu’une baie sucrée. Restons dans le merveilleux (cf. Moly), et ne cherchons point à savoir quel était le fruit qui faisait perdre le souvenir de la patrie (nous connaissons déjà l’herbe qui égare, et certaines vertus magiques de la fougère). C’est le lotus d’Homère qui a fait donner à la jujube son nom grec ; ce n’est pas la jujube qui a fourni à Homère son lotus. »

On prétend qu’une nymphe nommée Lotis (2), poursuivie par le dieu Priape, fut changée en lotus. D’autres racontent que la nymphea alba était une jeune fille amoureuse d’Héraclès, et morte de jalousie ; on explique par cette légende le nom d’Héraclion, qui lui est aussi attribué. Pour les Grecs, le lotus était symbole de beauté et aussi d’éloquence, peut-être parce qu’il poussait, disait-on, dans les prairies de l’Hélicon. Les jeunes filles s’en tressaient des guirlandes. Dans l’Idylle XVIII, de Théocrite, on voit les jeunes filles composer une couronne de lotus à la princesse Hélène pour ses noces avec Ménélas. On voit aussi une fleur de lotus au dessus d’un génie ou dieu ailé sur un temple peint de Pompéi (cf. Roux, Herculanum et Pompéi, I). En Égypte, on trouve le lotus dans les parties sexuelles des momies de femmes ; ceci peut indiquer régénération ou purification. Les artistes chrétiens ont parfois substitué le lotus au lis, et précisément dans les mains de la Vierge (cf. Creuzer, Symb.). D’après le Kathâ-Sarit-Sagara, dans l’Inde, on se servait du lotus, pour s’assurer de la chasteté des femmes ; c’était, paraît-il, une épreuve infaillible.


Notes : 1) Dans le quatrième acte de la Mr’icéh, on compare les fleurs des lotus rouges aux rayons du soleil qui se lève.

2) Il paraît cependant qu’il s’agit, non pas de la fleur, mais de l’arbre connu par les botanistes sous le nom de Celtis australis ; et on ne peut songer qu’à un arbre lorsqu’il est question chez Pline (XVI, 44) de cet ancien lotos qui aurait vécu du temps de Romulus jusqu’à celui de César.

[...]

NYMPHEA (cf. Lotus). — D’après les croyances populaires allemandes, les Ondines se cachent souvent sous la forme du nymphéa.

*

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Contes et légendes :


Dans la collection de contes et légendes du monde entier collectés par les éditions Gründ, il y a un volume consacré exclusivement aux fleurs qui s'intitule en français Les plus belles légendes de fleurs (1992 tant pour l'édition originale que pour l'édition française). Le texte original est de Vratislav St'ovicek et l'adaptation française de Dagmar Doppia. Il est conçu comme une réunion de fleurs qui se racontent les unes après les autres leur histoire ; le Lotus raconte la sienne dans un conte venu d'Extrême-Orient et intitulé "Le Prince Petit doigt, la princesse ensorcelée et la belle magicienne" :


La reine Rose se mit à rêver et versa une larme de rosée. Celle-ci se transforma en un petit lac sur lequel flottaient des troupes de cygnes. Une merveilleuse fleur rose s'épanouit au milieu des flots irisés. Une voix douce, mystérieuse, se fit entendre : "Je suis le dieu des fleurs. Dans les anciennes légendes de mon pays, on m'appelle Trône de la Terre. Je vous conterai aujourd'hui la légende d'un lointain pays qui se trouve au milieu d'un océan sans fin. Écoutez bien ce que moi, fleur de Lotus, vais vous narrer."


Sur une mystérieuse île, cachée au milieu de la mer, s'étendait le magnifique royaume de Lotus. Lorsque le soleil émergeait des flots, le Roi de la Lumière, puissant monarque du royaume de Lotus, montait sur son trône. Lorsque le soleil déclinait au ponant et que les premières étoiles brillaient au firmament, le roi remettait son sceptre à son épouse, la Reine des Ombres Nocturnes. C'étaient des souverains sages et justes qui s'aimaient tendrement et, pourtant, leur cœur était lourd de chagrin. Le destin leur refusait l'héritier auquel ils légueraient un jour le trône de la merveilleuse île de Lotus. La Reine des Ombres Nocturnes pleurait alors souvent, assise sur son trône lunaire, et ses larmes cristallines venaient grossir les eaux d'un petit lac qui s'étendait à ses pieds.

Un jour, tandis que la Reine des Ombres Nocturnes éteignait les dernières étoiles et que le Roi de la Lumière s'apprêtait à appeler le soleil du fond des flots, un frêle bouton de lotus s'épanouit sur le lac. Dans la corolle de la fleur se tenait un petit prince rose aux cheveux lunaires. Il sourit et s'adressa humblement au couple royal.

"Je suis votre fils, chers parents ! Les larmes maternelles ont fait pousser un bouton de rose que la lumière paternelle a transformé en une fleur de lotus de laquelle je suis né.

- Om mani padme hum, répondit le Roi de la Lumière. Ô joyau dissimulé dans la fleur de lotus. " Et tous les trois furent très heureux.

Rien ne venait troubler leur bonheur, pas même le fait que le petit prince rose ne changeait pas et restait tel qu'il était lorsqu'il sortit de la fleur de lotus. On l'appela Prince Petit doigt. Il était si petit qu'il dormait dans une coquille de noix. La Reine des Ombres Nocturnes le baignait dans des gouttes de rosée et l'autorisait à voler à la lueur des étoiles, assis à califourchon sur les papillons de nuit. Les jours passaient. Un jour, le Prince Petit doigt appela son père de sa petite voix :

"Mon père le roi, j'en ai assez de ma vie oisive, je voudrais partir en mer sur ma fleur de lotus pour naviguer jusqu'à l'endroit où reposent les pieds du ciel.

- Mon petit nigaud, rit le Roi de la Lumière, même si tu faisais le tour du monde, tu n'arriverais pas à trouver les pieds du Ciel. Ils courront devant toi comme ta propre ombre."

Mais le petit prince tint bon. "Ne vois-je pas de mes propres yeux que le ciel rencontre la terre dans le lointain ? C'est à cet endroit que se trouvent certainement les pieds du ciel. Autrement, comment pourrait-il tenir debout ? " Et il quémanda et supplia tant et si bien que le vieux roi céda, bien malgré lui. Il cueillit sur le lac la fleur de lotus, y installa le Prince Petit doigt et le porta au bord de la mer.

"Ne te sépare jamais, mon fils, de la fleur dans laquelle tu es né, lui conseilla-t-il au moment des adieux. Elle recèle une force qui triomphe du mal et protège la vie."

Le petit prince promit de se souvenir des recommandations paternelles. La nuit tomba et la Reine des Ombres Nocturnes alluma la première étoile au firmament.

"Adieu, maman", cria le Prince Petit doigt. Deux larmes coulèrent dans la fleur de lotus, où elles se transformèrent en deux perles roses. Le prince prit la mer. Il navigua de nombreux jours et de nombreuses nuits, mais les pieds du ciel couraient devant lui et l'horizon se trouvait toujours au même endroit qu'au début du voyage. Un jour, le Prince Petit doigt accosta une île inconnue. des feux éclairaient le rivage, des chasseurs à l'air farouche et au panache de plumes multicolores dansaient autour de brasiers. Une cage en bambou pendait d'un arbre. Elle renfermait un chien efflanqué qui avait une lourde pierre attachée au cou une noix de coco sèche. Le mâtin hurla de façon déchirante :

"Mes frères chiens, grands et petits, vous servez les hommes ! Je me suis rendu coupable devant la loi de mes maîtres. Je chapardais le riz dans les marmites. J'égorgeais les chevreaux et les petits veaux des buffles et, maintenant, je suis puni. Je dois passer de village en village, enfermé dans cette cage, la pierre au cou jusqu'à ce que je meure de faim. Mes frères, grands ou petits, obéissez aux lois des hommes, sinon vous subirez le même châtiment !" La malheureuse chatte miaula de façon émouvante : "Mes sœurs chattes, grandes et petites, vous qui vivez dans la maison des hommes ! Moi aussi, je me suis rendue coupable devant la loi de mes maîtres. Je volais du poisson frit dans les poêles, j'égorgeais les poulets et léchais les plats de purée de riz et, maintenant, je suis punie. Mes sœurs, obéissez aux lois des hommes, sinon leur courroux vous tuera ! "

Le Prince Petit doigt eut pitié des pauvres animaux.

"Hé, braves chasseurs ! cria-t-il de son embarcation en fleur de lotus. Combien me vendriez-vous ces deux malheureuses bêtes ? "

"Elles valent deux perles roses", répondirent les chasseurs. Le prince jeta ses deux perles sur le sable et les hommes poussèrent sur la mer la cage de bambou qu'ils attachèrent à la frêle embarcation du prince. Le Prince Petit doigt reprit la mer sans fin. Les pieds du ciel continuaient à se sauver devant lui. un jour, le prince dit aux deux animaux :

"Je vais vous débarrasser des choses affreuses qui pèsent à votre cou, mais vous devez me promettre que vous n'essaierez pas de vous échapper quand nous accosterons.

- Je te le promets, aboya le chien. Les chiens ne trahissent jamais celui qui leur a sauvé la vie. Ils transgresseraient la loi de leur race qu'ils respectent encore plus que celle des hommes.

- Moi aussi, je te donne ma parole, fit entendre la chatte. Les seules promesses que les chats ne tiennent pas sont celles qu'ils ont faites aux souris. Ils sont fidèles à ceux qu'ils aiment. Telle est la loi de ma race."

Le prince se sentit réconforté par ces paroles, et lorsqu'ils accostèrent une île inconnue, il libéra les animaux de leur cage.

"Tu es sage, prince, dit le chien. Ce qui nous lie à toit, maintenant, est plus solide qu'une précaire cage de bambou, c'est la reconnaissance." Le Prince Petit doigt sourit, repêcha des flots sa sœur de lotus pour la lettre dans ses cheveux et s'engagea, accompagné de ses amis, à l'intérieur de l'île. Ce fut un tris te voyage. Pas un seule arbre, pas un seul buisson ne fleurissait, les oiseaux s'étaient envolés Dieu sait où.

"Nous avons cueilli toutes les fleurs en signe de deuil, expliqua un vieillard au prince, en cours de route. Jalouse de sa grande beauté, une méchante magicienne a capturé la noble princesse Jasmine, la fille de notre roi, ainsi que tout son cortège, pour la garder prisonnière dans la forêt. Notre pays ne se couvrira plus jamais des fleurs de jasmin", se lamenta le vieillard.

Après avoir écouté son récit, le prince n'hésita pas longtemps.

"A quoi bon chercher les pieds du ciel qui n'arrêtent pas de se dérober devant moi ? songea-t-il. J'aime mieux libérer la princesse Jasmine, car il est temps pour moi de me trouver une fiancée."

Sitôt dit, sitôt fait. Il s'engagea avec ses fidèles animaux dans la jungle pour chercher la méchante magicienne. Ils errèrent longtemps avant d'arriver devant une hutte en ailes de papillon. Une femme apparut sur le pas de la porte. Elle était si belle que le petit prince en eut le souffle coupé. Hélas ! Une tignasse en fils d'araignée tombait sur ses épaules et des yeux de tigre brillaient dans son visage. Le Prince Petit doigt s'inclina devant elle jusqu'au sol.

"Noble souveraine de la jungle, la flatta-t-il, je suis venu chercher ma fiancée, la princesse Jasmine."

La magicienne rit : "Es-tu prêt à te battre avec moi pour la gagner ? Petit nigaud, tu ne m'arrives même pas aux chevilles ! Pour devenir aussi grand et puissant que moi, il te faudrait boire une larme de mes yeux. Mais cela, tu n'y parviendras jamais. Laissons ce bavardage inutile et entre plutôt dans ma maison. Mais, auparavant, arrache deux de mes cheveux arachnéens pour attacher tes deux bêtes immondes à un arbre. Elles me dégoûtent."

Le prince fit mine de faire ce qu'elle lui avait ordonné, mais en réalité, il attacha discrètement les pieds de la belle magicienne avec les cheveux arrachés. Celle-ci le captura en ricanant et l'introduisit dans son oreille.

"Pauvre imbécile ! Désormais, tu seras obligé de chanter des berceuses à ta belle magicienne jusqu'à la fin de tes jours."

A cet instant, la fleur de lotus attira par son parfum enivrant un essaim d'abeilles sauvages qui, secondé par les fidèles animaux du prince, se jeta sur la sorcière. Le mâtin planta ses crocs dans son mollet, la chatte lui bondit au visage, tandis que les abeilles la piquèrent de leur dard au point de lui faire jaillir les larmes aux yeux. Elle voulut s'enfuit, mais ses pieds, attachés avec ses propres cheveux, refusèrent de lui obéir. Le Prince Petit doigt en profita pour s'échapper de son oreille. Il recueillit dans ses mains les larmes qu'elle versait et les but. Aussitôt, un beau et vigoureux jeune homme se dressa devant la méchante femme qui, ô miracle ! se transforma en une affreuse petite fée. Le prince la serra dans sa main et l'emprisonna dans la corolle de sa fleur de lotus.

"Où est la princesse Jasmine ? tonna-t-il.

- Tu ne l'atteindras jamais, maudit prince ! siffla la sorcière. Devant ma hutte pousse un cocotier sur lequel aucun être vivant ne peut grimper. Dans sa couronne, une noix n'en finit pas de mûrir. Ta fiancée y restera emprisonnée pour l'éternité."

Le Prince Petit doigt s'affligea jusqu'au larmes, mais la petite chatte se mit aussitôt à grimper sur le cocotier. Alors que la noix semblait déjà à la portée de sa patte, la couronne de l'arbre se mit à pousser toujours plus haut, jusqu'à disparaître dans les nuages. Lorsque la chatte eut épuisé ses dernières forces, un oiseau multicolore tourna autour de l'arbre."

- Je t'aiderai si tu me promets de ne plus jamais dévorer mes petits, cria-t-il. Tu ne devras pas manquer à ta promesse, sinon un malheur frappera la princesse Jasmine.

- Je te donne ma parole, répondit la chatte. Les seuls engagements que les chats ont le droit de ne pas respecter sont les promesses faites aux souris. Telle est la loi de ma race. "

Rassuré, l'oiseau multicolore s'éleva comme un joyau étincelant au-dessus des nuages. D'un coup de bec, il fit tomber la noix aux pieds du Prince Petit doigt. La coquille se cassa, libérant un flot de courtisans parés de perles et d'or. Une gracieuse princesse tenant un rameau de jasmin à la main précédait le cortège, protée par une tortue blanche. "Ah, comme elle est belle ! s'écria le prince. C'est la plus belle princesse du monde ! " A peine eut-il fini sa phrase que sa fleur de lotus s'ouvrit, libérant une perle noire éclatée. C'était le cœur de la magicienne jalouse. Comme par un coup de baguette magique, l'île sinistre se couvrit d'une multitude de fleurs odorantes. Le Prince Petit doigt étreignit tendrement sa fiancée, la princesse Jasmine.

Ainsi s'achève l'histoire du prince qui, à la lace des pieds du ciel, trouva le bonheur. Il regagna le royaume de Lotus où il vécut dans la paix et l'amour avec sa jeune épouse. En peu de temps, il devint le roi des rois, le raja le plus puissant d'un vaste empire dan lequel le Roi de la Lumière et la Reine des Ombres Nocturnes continuent toujours d'allumer le soleil et les étoiles. Durant toute sa vie, la fleur rose de Lotus s'épanouit sur le lac, et les fidèles animaux du prince, le chien et la chatte, se tinrent toujours près de son trône."

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Littérature :


Le Lotus


Le lotus et la grenouille,

Il pleut, il pleut, il mouille,

Surveillent le caïman,

Il pleure, il pleure, il ment.

Mais le lotus élégamment

Protège la grenouille.

Il pleut, il pleut, il mouille.


Robert Desnos, "Le Lotus" in Chantefables et Chantefleurs, 1952.

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