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  • Anne

Le Cerfeuil




Étymologie :

  • CERFEUIL, subst. masc.

Étymol. et Hist. xiie s. cerfoiz (L. Delisle, Notice sur un ms. de Tours renfermant des gl. fr. du 12e s. ds Bibl. de l'Ec. des Chartes, t. XXX, 1869, p. 331 : cerfolium, sermenna, cerfoiz) ; ca 1200 cerfuel (Renart, éd. M. Roques, Paris, 1958, branche XI, v. 11963 : Un chapel avoit [Tibert] en son chief d'Esglantier iert et de cerfuel < ornoil >). Du lat. class. chaerephyllum, caerefolium « id. » empr. au gr. non attesté *χ α ι ρ ε ́ φ υ λ λ ο ν, déduit du premier, composé de χ α ι ́ ρ ω « se réjouir » et de φ υ ́ λ λ ο ν « feuille » (-phylle*). Le lat. a adapté la deuxième partie du mot d'où -folium (feuille*) pour -phyllum (-phylle*). Lat. médiév. cerefolium (ca 816-830, Forma monasterii Sangallensis ds Mittellat. W. s.v. caerefolium, 39, 62), cerfolium (ca 825, Walahfridus Strabo, Hort., ibid., 39, 64) ; v. André Bot., s.v. caerefolium.


Lire également la définition du nom cerfeuil afin d'amorcer la réflexion symbolique.




Botanique :

























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Phytothérapie traditionnelle :


J. Bouquet dans "L'art de conserver la santé, extrait du "Messager boiteux "." (In : Revue d'histoire de la pharmacie, 20ᵉ année, n°77, 1932. pp. 54-56) relève quelques extraits du Véritable Messager boiteux de Berne pour l'année 1817 :


DU CERFEUIL


Le cerfeuil mondiflcatif,

Pour guérir un cancer est un bon détersif.

Broyez l'avec du miel, il faut que le mal cède

A la vertu de ce remède.

Infusé dans du vin, le cerfeuil est vanté

Contre les douleurs de côté.

Autre usage : le cerfeuil aide

Et souvent rétablit l'estomac dévoyé,

Quand sur l'endroit malade on l'applique broyé.

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Symbolisme :


Pierre Gascar, dans un ouvrage intitulé Jardin de curé (Éditions stock, 1979, chapitre intitulé "Du monde végétal" ) évoque la forme particulière du Cerfeuil :


Il faut commencer par la flore du gel ; c'est l'inanimé qui nous apporte la clé du monde végétal. Cette expression, la flore du gel, désigne d’ordinaire, les étoiles, les rosaces ou les palmes formées par le givre sur une vitre, l'hiver, à l'intérieur d'une pièce un peu humide et non chauffée. La flore du gel dont je veux parler apparaît dans d'autres conditions et se présente sous un aspect bien différent.

Je la découvre sur la surface d'un banc de pierre que je viens de débarrasser de la neige qui la recouvrait. Il faut, pour que les étranges figures végétales que je vais décrire, se soit constituées, qu'il y ait eu, un peu plus tôt, un radoucissement de l'air assez bref, suivi d'une nouvelle chute de la température au-dessous de zéro. Cette brusque variation a successivement provoqué la fonte d'une petite partie de la neige et figé ce qui commençait à en sourdre, l'amenant - là, est le prodige - à dessiner des images de plante d'une saisissante vérité. Elles montrent des tiges, des rameaux très déliés et des feuilles découpées, un peu à la façon de celles des ombellifères. Ces reproductions de plantes sont de glace compacte transparente et semblent avoir été obtenues au moyen d'une fine coulée de pâte de verre. Elles n'ont pas plus d'épaisseur qu'un filigrane et, légères, bien que s'étendant avec profusion, rappelant assez bien le cerfeuil.

J'ai appris que ce nom caerefolium, en latin, vient du grec chairephullon (charein : se réjouir, et phullon, feuille), qui signifie : « la plante qui se réjouit de ses feuilles ». En fait, les étymologistes font observer que le verbe grec, sans équivalent tout à fait exact dans notre langue, exprime à la fois la joie et l'élan, presque la poussée. Le cerfeuil croît, en effet, avec force, prolifère rapidement et ne tarde pas à monter en graine. Il est remarquable que les hasards du gel fournissent l'image d'une forme de vie pleine de pétulance... Je n'ai trouvé nulle part la description de ce phénomène, ni par conséquent son explication.

Cette flore du gel, sur mon banc de pierre, me révèle, me livre un rêve de la nature ; j'apprends que l'idée de la plante est toujours « dans l'air ». Elle se concrétise un instant sous mes yeux, m'enrichissant - don sans égal - d'une chose qui n'a pas encore d'existence terrestre, et qui n'en aura sans doute jamais : une douzaine de magnifiques pieds de cerfeuil transparents, comme tirés des limbes. Souvent, je suis resté fasciné devant les empreintes des plantes fossilisées, des feuilles de bananier ou des fougères gravées dans le schiste des mines de charbon depuis la nuit des temps. Mes plantes du gel viennent de beaucoup plus loin : d'avant la terre ; elles sont comme un « signe de vie » qui m'est adressé, non pas de notre monde, mais du fond de l'univers.

Un miracle. Là où des hommes attendent en vain, depuis des millénaires, une apparition de la divinité en laquelle ils croient, je reçois, venues de cet imprécis au-delà, des images de plantes. Ce qui me déconcerte un peu (alors que les croyants ne seraient pas surpris, eux, de voir se manifester leur dieu sous une apparence anthropomorphe), c'est que ces plantes soient des végétaux supérieurs, non des algues, des champignons, des lichens, des mousses, bref, des formes végétales archaïques, mais des sortes d'ombellifères au port élégant, des cerfeuils qui, fidèles à leur nom grec, se pavoisent de leurs centaines de petites feuilles dentelées. Le miracle de la flore de gel ne réside pas dans la révélation par la nature d'un archétype ; il fait apparaître un projet déjà ambitieux. La nature, au moment de la Genèse, ne s'est pas bornée à produire des embryons, des esquisses, s'en remettant pour le reste à l'évolution, à l'auto-perfectionnement, à la sélection naturelle, aux hasards, etc. Elle a visé à un certain accomplissement de ses créations ; elle a conçu l'homme en même temps que le lémurien et le primate qui l'ont précédé ; elle a conçu le phanérogame (la plante à fleur) en même temps que l'algue bleue ou le nostoc.

Après tout, les croyants n'ont pas tellement tort d'attendre l'apparition miraculeuse d'un dieu à visage humain. S'il existait un dieu, l'homme représenterait pour lui un projet d'une ambition raisonnable, comme le végétal supérieur, l'ombellifère, le cerfeuil en représentent un pour la nature. Dans le premier cas, on ne vas envoyer sur terre un être suprahumain, un être de lumière, non plus que, dans le second, une plante fabuleuse, une tubéreuse rare, un népenthès, un banian géant. L'univers, l'invisible, est modéré. Les cerfeuils de glace, sur mon banc, les matins d'hiver, quand je l'ai débarrassé de sa couche de neige, me rassurent. C'est un grand réconfort que de ne voir parvenir jusqu'à soi, du fond des espaces célestes, rien de plus qu'un des projets du jardinier.

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Symbolisme alimentaire :

Pour Christiane Beerlandt, auteure de La Symbolique des aliments, la corne d'abondance (Éditions Beerlandt Publications, 2005, 2014), nos choix alimentaires reflètent notre état psychique :


La sphère psychique du Cerfeuil parle un langage très doux, tendre et affectueux; elle demande la "paix". Il ne faut pas se fâcher, se dépiter, nourrir de la rancune ou de la haine... dans son coeur. Le cerfeuil tempère, adoucit et permet à l'être humain d'atteindre son point le plus intime, dans l'amour. Cette herbe potagère arrondit les angles, ne tolérant aucune résistance au doux et agréable retrait en soi-même. Toute critique, toute saille piquante disparaît? Le cerfeuil représente un état qui consiste à ne pas agir, à ne pas diriger ses pensées.

Il te demande d'atteindre le zéro absolu. De là, tu peux regarder, éprouver, observer, savoir, mais sans la moindre intention de te lancer en avant "Non", dit le Cerfeuil, "laisse arriver ce qui arrive, laisse tout aller, lâche prise..., et vis le Silence absolu de ton Être."

La Sphère psychique du Cerfeuil demande de ne s'immiscer nulle part, de rompre avec toute transgression des frontières d'autrui. cette herbe loge doucement dans son abri où il fait bon habiter. Elle se retire un peu en elle-même, à l'intérieur de ses frontières. Elle sait qu'une rivière ne doit pas non plus sortir de son lit. Apaisant l'esprit d'une main maternelle à la fois douce et contraignante qui te retire en arrière, elle t'incite à te taire, à te sentir bien dans tes profondeurs et à ne toucher à rien. "Non", dit-elle, "reviens... Surtout, ne verse pas dans l'exagération... Laisse les choses suivre leur cours et teins-toi coi, apprends à rester auprès de toi en silence... Ne te mêle pas de la vie des autres... Trouve la tranquillité en toit et lâche prise vis-à-vis de tout..."

De caractère optimiste, le Cerfeuil sait dire "non", en particulier à la voix en l'homme qui veut avoir, posséder, convoiter, s'ingérer, etc. Le Cerfeuil sait dire "non" à lui-même lorsque cela est nécessaire pour sa propre évolution. Au lieu de "saisir" les objets et objectifs visés en dehors de lui, il se retire. A la personne friande de Cerfeuil il confie le message de lâcher prise, de ne pas franchir les frontières, de nicher uniquement sus son propre toit, de se libérer de toute forme de cupidité et de convoitise Dans le fond, l'être humain veut retrouver son propre "vide" et se débarrasser de tout ce qui ne concorde pas avec sa nature authentique, pour prendre ensuite un nouveau départ en toute pureté. On cesse de convoiter le bien d'autrui, au contraire ; on se réjouit de voir que l'autre est heureux de quelque choses, sans l'envier, sans en être jaloux. On parvient à l'état de gratitude et de contentement de son propre JE. On peut être heureux parce que l'autre a quelque chose, parce qu’il est doué pour quelque chose, parce qu'il fait quelque chose... sans éprouver de jalousie. On se retire en quelque sorte dans sa peau en lâchent prise.

Le Cerfeuil sait qu'il ne doit pas faire de remarques aux autres ; peut-être a-t-il un peu honte de ses convoitises et de sa cupidité d'autrefois, mais maintenant il a compris et il lâche prise. Il a abandonné aussi ne sorte de malsaine curiosité qui le poussait à se remplir des faits et gestes d'autrui. Il se retire dans sa maison avec une certaine modestie.

Celui qui aime beaucoup le Cerfeuil aspire à s'offrir tout l'espace... tout en restant à l'intérieur des frontières de son propre Être ! Il veut explorer ses recoins... Au plus profond de son coeur, il souhaite descendre dans les abysses de sa propre personne pour s'y nourrir à la plus délicieuse et naturelle source mère. Il "aspirera" ce qu’il y a de plus profond en lui pour augmenter sa force et sa plénitude. Il ne s'alimente qu'en puisant dans sa propre source.

Dans la sphère psychique du Cerfeuil l'être humain n'aspire pas vers lui ce qu'il y a dans les choses et les gens en dehors de lui !

A suivre

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