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  • Anne

La Langouste




Étymologie :

  • LANGOUSTE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. 1re moitié xiie s. languste « sauterelle » (Lapidaire de Marbode, éd. P. Studer et J. Evans, I, 640, p. 54) ; 2. 1393 langouste de mer, langouste (Ménagier, II, 225, 196 ds T.-L.). Empr. à l'a. prov. langosta « sauterelle » (fin xiie-1er quart xiiie s. Dauphin d'Auvergne ds Rayn.) et « crustacé, langouste » (xve s. Lettre du Prêtre Jean, Bibl. nat. fr. 6115 [anc. 10535] ibid.), issu, avec nasalisation secondaire (v. Ronjat, § 179), d'un lat. vulg. *lacusta, altération, prob. par dissimilation vocalique, du class. locusta « sauterelle » et « langouste ». De *lacusta, la forme rég. a. fr. laöste « sauterelle » : xiiie s. laüstes (Lapidaire de Marbode, version de Cambridge, éd. citée, 816, p. 182), fin xiiie s. laouste (Gloss. abavus, 1628 ds Roques t. 1, p. 42), dont on relève les corresp. dans les domaines ital., esp., cat. et roum. (FEW t. 5, p. 397 a). Cf. l'a. fr. locuste « sauterelle » (1remoitié xiie s., Ps. Oxford, 108, 22 ds T.-L.), locuste marine « crustacé, crevette » (début xiiie s. Lapidaire des pierres gravées, 1reversion, éd. P. Studer et J. Evans, § L, p. 286), empr. au latin.


Lire également la définition du nom langouste afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Palinuridae ; Sauterelle des mers.

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Zoologie :


Dans la chronique "PAS SI BÊTES, LA CHRONIQUE DU MONDE SONORE ANIMAL" de France Culture du 4 août 2016, Céline du Chéné nous présente la langouste :


Face à un danger, la langouste a une manière bien à elle de prévenir ses congénères : elle stridule. Un son d’ailleurs audible à l’oreille humaine qu’elle produit grâce à un petit mécanisme de friction placé à la base des antennes, un peu à la manière d’un archet sur une corde d'un violon.


Pendant longtemps, la langouste s’est appelée sauterelle des mers, mot dérivé du latin locusta signifiant sauterelle. Mais elle possède un autre nom scientifique, celui de Palinuridae qui nous plonge tout de suite dans le cœur de la mythologie romaine aux cotés d’Énée dont Palinure était un compagnon de voyage tombé à la mer. Étonnant destin que celui de ce héros qui a par la suite donné son nom à des animaux, aussi bien insectes que crustacés. Car au début du 19ème siècle, les naturalistes classaient encore dans le même ensemble insectes et crustacés, tout deux, bêtes à antennes.

Les crustacés étaient peut-être alors considérés comme des insectes tombés à l’eau, on parle bien d’araignée de mer, tout comme notre héros Palinure. Toujours est-il qu’aujourd’hui les Palinuridae réunissent une seule famille de crustacés, celle des langoustes, dont la plus connue en France est la langouste rouge.

Elles sont belles, ces langoustes rouges orangées et pas uniquement pour les mettre dans son assiette. Discrètes, on aimerait les observer davantage dans l’eau avec leur corps allongé d’une dizaine de centimètres, leurs longues antennes épineuses, leurs pinces atrophiées et cette étonnante queue terminée en forme d’éventail. Présentes dans les fonds marins, près des rochers où elles aiment se cacher, elles sortent régulièrement la nuit pour se nourrir, en marchant à l’aide de leurs pattes ou en se propulsant en arrière, en cas de danger, grâce à de toniques contractions d’abdomen.

Et justement face à un danger, la langouste a une manière bien à elle de prévenir ses congénères : elle stridule. Un son d’ailleurs audible à l’oreille humaine qu’elle produit grâce à un petit mécanisme de friction placé à la base des antennes, un peu à la manière d’un archet sur une corde dans un instrument de musique.

Le message transmis n’est pas encore très clair pour nos oreilles humaines. Il semblerait que la langouste dise quelque chose comme ceci : « attention, danger, ne bouge pas ! » A moins que ce soit un message adressé à un prédateur pour lui faire peur et lui intimer l’ordre de déguerpir. Ou pourquoi pas, ces deux messages transmis en même temps.

En tout cas, ce qui est certain, c’est qu’elle produit ce son quand elle est stressée. Récemment, les bioacousticiens ont découvert que les langoustes produisaient ce même type de stridulation en ultrasons, en présence d’autres congénères. Sans pour autant savoir encore ce que se racontent les langoustes. Mais ces différents types de sons permettent aux chercheurs d’avoir des informations sur le repeuplement de cette population qui a beaucoup souffert de pêches massives dues à leur grande valeur commerciale. Des hydrophones placés dans la mer permettent ainsi de s’intéresser à elles, de faire le suivi de ces crustacés sans les importuner ni les déranger.

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Symbolisme :


Selon le site Lefrontal :


Pour le Christianisme, c'était un signe emblématique lié aux forces destructives de la mer. Dans l'Ancien Testament, on peut trouver le récit du fléau des langoustes, qui a été envoyé sur l'Egypte pour que les Hébreux puissent abandonner ces terres et ainsi, commencer leur marche vers la Terre Promise par Dieu.

Dans l'Apocalypse, on cite aussi les langoustes en tant que vecteur de méchanceté et de destruction.

Les symbolistes associent la langouste au symbolisme relatif à la force destructive des foules, car la langouste voyageuse en question dévaste des zones entières de végétation.

Dans tous les peuples du lointain Orient et particulièrement en Chine, l'abondance et la prolifération de la langouste sont interprétées comme un signe de désordre dans le cosmos.

Certains peuples anciens associaient la langouste à l'abondance de descendance et, en même temps, considéraient que son symbolisme était lié au bonheur et à la chance.





Mythologie :


Virgile, à la fin du chant V (vers 827-871) de l'Énéide (traduction sur le site de Philippe Remacle) évoque le personnage de Palinure qui a donné son nom latin à la famille des langoustes :


Alors, le vénérable Énée sent son âme angoissée pénétrée à son tour d'une joie bienfaisante ; très vite, il donne l'ordre de dresser tous les mâts et de tendre les voiles sur les antennes. Tous ensemble ont manœuvré l'écoute et, en même temps, ont largué les voiles tantôt à droite, tantôt à gauche ; à l'unisson, ils tournent et détournent les hautes vergues ; des brises appropriées emportent la flotte. Les précédant tous, Palinure menait leur file serrée ;l'ordre avait été donné aux autres de régler sur lui leur course. Et déjà la Nuit humide avait presque atteint la borne au milieu du ciel ; les marins, couchés sur les dures banquettes, sous leurs rames, accordaient à leurs corps la détente d' un paisible repos, quand le Sommeil glissa sans bruit du haut de l'éther étoilé, écarta l'air ténébreux et repoussa les ombres ; il te cherchait, Palinure, t'apportant de tristes songes, à toi victime innocente ; le dieu s'installe en haut de la poupe, il a les traits de Phorbas et de sa bouche coulent ces paroles :

« Palinure, descendant de Iasius, l'onde porte la flotte d'elle-même, des brises régulières soufflent ; l'heure est au repos. Laisse reposer ta tête et dérobe à la peine tes yeux fatigués. Je me chargerai moi-même de ta tâche pendant un court moment ».

Levant à peine les yeux vers lui, Palinure répond :

« M'ordonnes-tu à moi de méconnaître l'aspect d'une mer paisible et la tranquillité des flots ? Me dis-tu de me fier à ce prodige ?,Pourquoi en effet, irai-je lui confier Énée ? N'ai-je pas été abusé tant de fois par des brises trompeuses et les ruses d'un ciel serein ? »

Telles étaient ses paroles ; attaché à la barre, s'y cramponnant, il ne la lâchait jamais et tenait les yeux fixés sur les astres. Et voici que le dieu agite autour du front de Palinure un rameau humide de la rosée du Léthé et somnifère par la vertu du Styx, et tandis que le pilote résiste, il fait chavirer ses yeux vacillants. À peine ce repos inattendu avait-il détendu ses membres, que le dieu se pencha sur lui et avec une partie de la poupe arrachée et le gouvernail, le précipita tête en avant dans les flots limpides, tandis qu'il lançait en vain à ses compagnons des appels répétés ; le dieu, tel un oiseau, s'envola et s'éleva dans l'air léger. La flotte n'en poursuit pas moins sa course tranquille, et vogue sans crainte, selon les promesses du dieu Neptune. Déjà elle avait progressé, s'approchant des rochers des Sirènes, périlleux jadis, et couverts d'une multitude d'ossements blanchis ; alors montait au loin le son rauque des rocs battus par les vagues incessantes ; Énée remarqua alors que la flotte voguait à l'aveugle, sans son pilote, et il prit lui-même la direction du navire sur la mer sombre, émettant force gémissements, ébranlé par l'infortune de son ami :

« Ô toi qui fus trop confiant dans la sérénité de la mer et du ciel, Palinure, tu resteras, gisant nu, sur une plage ignorée. »

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Jean Poirier et Marie-Joseph Dubois rapportent dans "Les mythes de Maré." (In : Journal de la Société des océanistes, tome 4, 1948. pp. 5-47) un mythe relatif aux langoustes :


Waeki wawene et Waeki xeroene.

Waeki wawene et Waeki xercene sont deux plantes qui se ressemblent, mais la première a des fruits wawene pareils à des tubercules; la deuxième a de vrais tubercules (xeroene est le contenu caché, la substance). Elles habitent à Hnakimalu dans la plaine, où elles ont leurs plantations. La nuit, elles entendent le bruit de la mer au loin. Waeki wawene dit : « Lasa, amie, pourquoi n'irions-nous pas nous baigner ? — Nous irons prendre un bain demain ». Le lendemain, elles mettent leurs provisions sur leur fagot et s'en vont. Elles arrivent à Leone, un rivage de Cerethi. Elles se baignent jusqu'à la nuit. « Comment faire pour remonter avec l'obscurité ? » dit encore Waeki wawene. « Nous allons coucher là ». Elles couchent dans une grotte près du rivage. Pendant la nuit, elles entendent quelqu'un qui fait du bruit et une voix qui leur dit : « Vous êtes venues vous baigner ici ? Vous trouverez demain un tas de petits poissons. — Qui est-ce ? » se demandent-elles. Le matin, elles voient un tas de gros poissons. Elles grattent les peaux, vident les bêtes, font le four indigène, les font cuire. Le four fini, elles prennent un chargement sur leur fagot, et rentrent chez elles. Elles passent leur temps à manger leurs poissons. Quand c'est fini, elles se disent : « Nous allons nous rebaigner, et pour remercier celui qui nous a donné le poisson, nous allons lui porter des ignames ». Elles descendent avec des ignames, arrivent au rivage, grillent les ignames et les laissent en tas à la place où étaient les poissons : « Laissez, dit l'une. Quand celui qui nous a donné les poissons viendra nous trouver, nous lui dirons de prendre les ignames ». Elles se couchent. Au milieu de la nuit, quelqu'un arrive encore. « Voici des petites langoustes yewa-caipo pour vous deux », dit-il. « II y a des petites ignames pour vous, répondent-elles. — Merci ». Au matin, elles trouvent un gros tas de langoustes. Elles prennent des feuilles pour faire le four. Elles attendent que ça cuise. Quand c'est fini, elles reprennent leur fagot, et repartent chez elles avec leurs langoustes. « Comment faire pour voir cet homme qui nous donne ces poissons ? Nous allons lui demander son nom, et le prier de se faire voir ».

Elles ramassent une deuxième fois des ignames, elles descendent encore, refont le tas d'ignames grillées, puis se couchent. « Nous demanderons son nom à cet individu », se disent-elles. Celui-ci crie encore au milieu de la nuit : « Voici encore des petits poissons pour vous. — Il y a encore des ignames du kurubu pour vous. Nous voudrions bien vous voir. — Non, c'est impossible de me voir, parce que j'habite la grotte à côté. Je suis un yaace. — Nous voudrions vous voir quand même ! — Pas moyen. Ce n'est pas la peine. Remontez chez vous. — Nous voudrions vous voir ! — Enfin, demain matin, vous me verrez sortir ».

Le matin, la terre tremble. C'est le yaace Waro qui sort de son trou. Elles voient les cheveux qui passent les premiers. Ce sont comme des bras de poulpe qui essaient de ramener les deux waeki qui, affolées, se sont sauvées. Elles essayent de se réfugier dans le kurubu. Elles montent sur la falaise. Quand elles sont arrivées sur le pedidi, les cheveux les arrêtent pour les faire redescendre. Mais elles sont mortes de peur et sont restées là. Ce sont maintenant deux rochers que l'on montre sur le pedidi de Leone : Waeki wawene et Waeki xeroene.

Quand on reçoit des cadeaux, il ne faut pas se montrer indiscret, surtout lorsqu'on est étranger comme ces deux ignames.

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La petite île de Mare, elle aussi, est chargée de sens mythique jusque dans les moindres détails de sa configuration géographique; une plage étroite comme celle de Shahadrane habite tout un monde invisible; le sentier de Patho accueille une omniprésence et chaque pas frôle un être mythique qui se confond avec le sol. Chaque repli de terrain est ainsi habité : la terre devient vivante.

Les Maréens vivent en symbiose avec ces présences voisines: et les incidents des vies humaine et mythique s'entremêlent. En novembre et décembre, sur le rivage de Webeshi à Shabadrane, il arrive que des poissons et des langoustes meurent et soient roulés sur les plages. Les indigènes les ramassent en disant que Wamirat (cf. Mythes et récits maréens) a fait sa pêche. Et ils montrent Wamirat se profilant dans tel rocher.

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Littérature :


Dans son recueil intitulé 188 contes à régler (Éditions Denoël, 1988), Jacques Sternberg propose des micro-nouvelles souvent empreinte d'humour noir :

Les langoustes


On avait souvent dit que tout ce que l'on imaginait finissait par arriver.

Les absurdes langoustes ailées venues d'ailleurs, si souvent décrites dans de piètres récits de science-fiction, finirent en effet par envahir la Terre. Et comme elles évoluaient dans les mers, l'homme peut enfin se livrer sur une seule créature à ses deux sports de prédilection : la chasse et la pêche. Tout en satisfaisant ses goûts de goinfre gastronome sans débourser un centime.

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