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Le Moustique

Photo du rédacteur: Anne
Anne
16 janv. 2017
22 min de lecture

Dernière mise à jour : 30 août




Étymologie :


  • MOUSTIQUE, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. 1601-03 [ms. d'apr. l'éd.] Mousquitte entomol. [Champlain, Bref discours ds Œuvres, éd. C. H. Laverdière, 1870, t. 1, planche XIX ds Fried., s.v. mosquito) ; 1654 moustique (Du Tertre, Hist. gén. des Isles de Christophe,... p. 328 ds König) ; 2. 1925 « enfant minuscule » (Pourtalès, loc. cit.). Empr. à l'esp. mosquito, terme d'entomol. (vers 1400 ds Cor.-Pasc., s.v. mosca), dimin. de mosca « mouche », du lat. musca, v. mouche. La forme actuelle moustique est issue par métathèse, peut-être sous l'influence de tique, de l'anc. forme moustique. Au xviie s., le mot se rencontre aussi bien au masc. qu'au fém. mais il est difficile de déterminer le genre en usage à cette époque (v. König et Fried.).


Lire aussi la définition pour amorcer la réflexion symbolique.

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Zoologie :


Emmanuelle Pouydebat, autrice de Quand les animaux et les végétaux nous inspirent (Éditions Odile Jacob, 2019) s'intéresse au potentiel inspirant du moustique :


"Moustique et US Air Force : même combat ! Comment imaginer que les moustiques (Anopheles coluzzii), vecteurs du paludisme, pourraient conduire à imaginer des projets d’aéronefs indétectables ? En analysant leurs techniques de décollage. Oui, cela semble improbable mais c’est vrai. Après s’être bien nourri de sang, le moustique repu adapte sa technique de décollage pour ne pas être repéré par sa proie, nous en l’occurrence ! Il sait alors être discret tout en gardant la puissance nécessaire à son décollage. Cette technique lui permet d’ailleurs, malheureusement pour nous, de propager le paludisme avec une efficacité redoutable. Mais comment fait-il ?

Au moment du décollage, le moustique s’est nourri. Il est alors plus lourd de 2 à 3 fois son poids en sang ! À un tel moment, se servir de ses pattes pour se propulser comme des oiseaux ou des drosophiles risquerait de produire une force détectable par contact sensoriel avec la peau de sa proie. Or les modélisations 3D à vitesse rapide de décollages réalisées par des chercheurs montrent que le moustique va utiliser les battements de ses ailes pour décoller très rapidement et ne pas se faire repérer grâce à un signal tactile des pattes très faible20. Décollage rapide et quasi indétectable. À quand l’aéronef qui décolle sans se faire remarquer ? À ce jour, ce qui se fait de mieux est sans doute le F-117 ou le B2, avions révolutionnaires de l’US Air Force, ou encore le T-50 russe, quasiment indétectables, grâce à diverses techniques (structure optimisée pour réduire au minimum sa signature radar et infrarouge, nano-revêtements…). Néanmoins, le décollage peut être source de détection, pour un avion comme pour un hélicoptère ou un drone. Aéronefs et moustiques, mêmes combat et objectif : réduire le bruit au décollage ! Espérons que les moustiques ne trouveront pas…

[...]

Du moustique et du porc-épic aux aiguilles indolores et aux nouveaux points de suture. Par un processus à la fois chimique et mécanique, la piqûre du moustique est souvent indolore. En effet le moustique injecte un anesthésiant, sa salive, et sa trompe est conique. C’est ce dernier point qui a intéressé les sociétés japonaises Terumo Corporation et Okano Industrial Corporation. Leur objectif ? Réaliser des aiguilles médicales indolores ! Au lieu de fabriquer des aiguilles cylindriques, voilà donc les concepteurs impliqués dans la réalisation d’aiguilles coniques et plus fines qui plus est, ce qui semblait impossible. Les seringues Nanopass étaient nées. Elles sont aujourd’hui vendues partout dans le monde à des millions d’exemplaires

[...]

Reste une perspective magnifique, mais peut-être utopique, pour trouver une solution définitive contre le paludisme : imaginez que les femelles moustiques, vectrices du paludisme, soient capables d’automédication ! Car eles se nourrissent de nectars de fleurs en plus du sang. Ce serait une occasion unique de planter des fleurs antiparasitaires pour qu’e les autodétruisent le parasite tant redouté. Une solution trouvée par le vecteur lui-même ? Sait-on jamais ?"

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Mathieu Lihoreau, auteur de La Planète des insectes - Chroniques sauvages (Tana Éditions, 2025) partage les connaissances acquises dans l'exercice de sa profession d'éthologue :


"En prononçant cette phrase, j’entends un son strident derrière mon oreille. Ce son m’est familier. Il se déplace derrière moi. Je me tourne légèrement et j’aperçois son auteur qui passe lentement devant mes yeux. Ils sont deux. Non… une dizaine. Nous sommes enfermés avec une armée de moustiques.

Ce sont des moustiques tigres (Aedes albopictus). Je les reconnais immédiatement à leurs rayures blanches sur les pattes. Ces insectes, originaires d’Asie du Sud-Est, pullulent au rucher à cause de la mare qu’ils utilisent comme site de reproduction. Comme chez les autres espèces de moustiques, ce sont uniquement les femelles qui piquent, car elles ont besoin de sang riche en protéines pour produire leurs œufs, alors que les mâles ne consomment que du nectar ou de la sève. Lorsqu’elles piquent, les femelles injectent de la salive qui fluidifie le sang de l’hôte et l’anesthésie localement. Cela leur permet de se nourrir sans se faire remarquer. Si elles sont porteuses d’un virus ou d’un autre agent pathogène, celui-ci peut passer par la salive et provoquer des maladies très graves. Dans certaines régions du monde, les moustiques tigres transmettent des maladies tristement célèbres comme la dengue, le chikungunya, le Zika, la fièvre jaune ou encore le virus du Nil…

Même si le risque d’attraper une de ces maladies est quasiment inexistant sous nos latitudes, il faut en finir rapidement avec cette visite avant qu’elle ne tourne au désastre. J’abrège donc la discussion en invitant tout le monde à rejoindre le bus scolaire.

Un enfant m’interpelle : « Monsieur, est-ce qu’il faut être gentil avec tous les animaux, même s’ils sont méchants avec nous ? »

C’est une excellente question, bien que difficile. Elle mérite une réponse construite. Je m’arrête pour réfléchir.

Un premier enfant se gratte. Un autre se met à pleurer. Les parents me regardent, inquiets. Je crains qu’il ne soit trop tard…


La mémoire du sang. Les moustiques sont des diptères, des insectes qui ne possèdent qu’une paire d’ailes, comme les mouches. On connaît environ 500 espèces de moustiques réparties sur tous les continents avec des habitudes alimentaires très diverses, allant du nectar de fleur au sang animal. Cette affection pour l’hémoglobine remonterait à plus de 40 millions d’années, soit bien après l’extinction des dinosaures. En effet, contrairement à ce que l’on voit dans Jurassik Parc, il n’a pas encore été découvert de fossile de moustique contenant du sang de Tyrannosaurus rex. Seule une vingtaine d’espèces de moustiques se nourrit de sang humain. Cela peut paraître peu. Mais les conséquences de ces piqûres sont un fléau au niveau mondial, à tel point que les moustiques sont aujourd’hui considérés comme les animaux les plus dangereux pour l’homme (après, peut-être, l’homme lui-même). On estime qu’ils tuent chaque année près de 700 000 personnes, soit quinze fois plus que les serpents et cinquante mille fois plus que les requins. Les dangers que représentent les moustiques motivent de nombreuses recherches dans le but de réguler les populations.

Récemment, des chercheurs ont commencé à étudier le comportement des moustiques dans l’espoir de trouver des méthodes de lutte moins néfastes pour l’environnement que les pesticides encore largement utilisés à travers le monde19. Comprendre ce qui amène un moustique à piquer un être humain pourrait permettre de l’en empêcher et, par là même, d’endiguer les risques de transmission de certaines maladies. Étonnement, ces recherches montrent que les moustiques possèdent des capacités d’apprentissage, de mémoire et de prise de décision sophistiquées, que l’on ne soupçonne pas au premier abord. Du moins, c’était mon cas après qu’un moustique m’a sifflé toute une nuit dans l’oreille droite, puis la gauche, et inversement, comme s’il hésitait indéfiniment à me piquer alors qu’il avait tout le loisir de le faire, immobile dans mon lit.

Si l’on essaie de se mettre quelques minutes à la place d’un moustique, on réalise effectivement que trouver un donneur de sang est une tâche complexe qui nécessite de traiter un grand nombre d’informations, d’autant que pour lui, c’est une question de vie ou de mort. En effet, pour la femelle, cela implique de détecter un hôte (un humain, un autre mammifère ou un oiseau), parfois à longue distance. Puis de localiser le sang qui est caché sous sa peau, derrière sa fourrure ou ses plumes, sans se faire attraper et écraser. Pour atteindre son objectif, la minuscule femelle moustique, au vol relativement lent, utilise différents sens.

À longue distance, au-delà d’une dizaine de mètres de l’hôte, elle est guidée par les odeurs. Puis d’autres sens prennent le relais à mesure qu’elle s’approche. L’équipe de Mike Dickinson, au California Institute of Technology de Pasadena, a montré que le dioxyde de carbone (CO2 ) rejeté par des humains attirait les moustiques et déclenchait la recherche de signaux visuels21. Les chercheurs ont observé plusieurs milliers de vols de moustiques vecteurs de la fièvre jaune (Aedes aegypti) dans un petit tunnel en laboratoire. Lorsque l’air était enrichi en CO2 pour simuler la présence d’un hôte, les moustiques se mettaient à prêter attention à des petits objets des carreaux en verre sombres – posés sur le sol du tunnel, alors qu’ils les ignoraient complètement en l’absence de CO2. Les trajectoires de vol montrent une forte attraction pour des couleurs allant de l’orange au rouge, ce qui correspond au spectre de la peau humaine.

Le CO2 déclenche donc une recherche visuelle de la proie. À courte distance, la chaleur émise par l’hôte joue un autre rôle important dans ce processus. Ainsi, si l’on présente à des moustiques des objets de formes identiques mais de températures différentes, l’un froid et l’autre chaud, ils choisissent de se poser de préférence sur celui qui est chaud. La perception de la chaleur dégagée par l’objet ou la proie à piquer passe également par les antennes, grâce à des cellules sensibles aux variations de température dans l’environnement proche. Enfin, lorsque le moustique rentre en contact avec sa proie, il se réfère à la texture de la peau et à son goût (qui peut varier en fonction des micro-organismes à sa surface) avant de se décider à piquer ou non. Les moustiques sont donc sélectifs, comme les vampires dans certains films d’horreur.

Au cours de leur vie adulte, qui peut durer entre quelques jours et plusieurs mois en fonction des espèces, les moustiques accumulent de l’expérience. Ils ne se contentent pas de suivre leurs sens, aussi multiples soient-ils, mais ils apprennent peu à peu à relocaliser des proies en s’appuyant sur leurs souvenirs. L’équipe de Mike Dickinson, cette fois en collaboration avec celle de Jeff Riffell à l’université de Washington, à Seattle, est partie du constat que les moustiques semblent parfois s’acharner sur une personne en particulier alors qu’elle est entourée de plusieurs autres proies potentielles. On l’a tous déjà expérimenté et chacun a sa théorie sur le sujet. On entend par exemple souvent dire que les moustiques sont attirés par le sang sucré. La réalité est tout autre.

Chez le moustique vecteur de la fièvre jaune, le choix de l’hôte est guidé par l’odeur. Pour le montrer, les chercheurs américains ont conditionné des moustiques à associer une odeur à un choc mécanique, en les plaçant pendant plusieurs heures dans une chambre odorante posée sur un agitateur robotique. Les moustiques ainsi enfermés étaient soumis à des chocs réguliers avec les parois de l’enceinte, semblables au comportement défensif d’un hôte qui ne veut pas se faire piquer. Une fois conditionnés, ils ont été transférés dans une nouvelle chambre, cette fois-ci immobile, dans laquelle ils avaient le choix entre deux bacs de sang parfumés avec différentes odeurs. Ainsi, les moustiques qui ont préalablement associé une odeur à des chocs se sont mis à éviter le sang parfumé avec cette odeur, qu’il s’agisse de parfums simples comme le 1 octen-3-ol (l’un des principaux composants aromatiques des champignons, connu pour attirer les moustiques) ou de parfums plus complexes comme l’odeur de rat ou d’homme. Mais cela ne fonctionne pas pour toutes les odeurs, par exemple celle du poulet, qui n’est pas un hôte naturel de ce moustique.

Bien que petit, le cerveau du moustique est une structure complexe qui contient environ 200 000 neurones, ce qui n’est rien comparativement à nos 100 milliards de neurones. Cependant, l’analyse par imagerie de ce mini cerveau confirme que la présentation des odeurs induit des réponses cérébrales spécifiques dans les zones qui se situent sous les antennes (les lobes antennaires), l’équivalent de nos lobes olfactifs. À cet endroit se forme donc une mémoire des odeurs. Chez certaines espèces de moustiques, comme Anopheles gambiae, cette mémoire peut perdurer pendant au moins trois jours. Les personnes qui attirent le plus les moustiques (les « malchanceux ») sont donc probablement celles qui portent les odeurs les plus faciles à apprendre par les insectes. Soit parce que l’odeur est simple. Soit parce qu’elle est commune dans l’environnement du moustique. Et dans cette situation, mieux vaut sentir le poulet que le rat…

Si ces recherches sont encore très récentes, elles permettent d’ores et déjà de montrer que les capacités d’apprentissage des moustiques varient d’une espèce à l’autre, en fonction de leurs proies préférées et des milieux dans lesquels elles évoluent26. Ainsi, les moustiques qui se nourrissent de sang humain, comme Aedes aegypti ou Anopheles stephensi, apprennent plus facilement les odeurs caractéristiques de la peau de mammifères que celles des plantes. À l’inverse, les moustiques qui se nourrissent de nectar, comme Culex quinquefasciatus, sont experts dans l’apprentissage de parfums de fleurs. Ces différences ne sont pas liées à des différences de structures cérébrales, mais à des changements infimes de connexions entre les neurones responsables du traitement des odeurs au niveau des lobes antennaires. Des évolutions cérébrales mineures qui ont des conséquences majeures sur le comportement des moustiques, en amenant certains à écourter nos nuits de sommeil plutôt que de nous émerveiller le jour en butinant des fleurs.


La peur de replonger. Si l’existence d’apprentissages chez les moustiques adultes est étonnant, le fait que les larves font de même l’est encore plus. Mais contrairement à leurs aînés, tout se passe dans l’eau. Les mères moustiques qui ont réussi à se nourrir de sang pondent leurs œufs à proximité d’eau stagnante. Cela peut être une grande mare, comme celle du rucher de notre laboratoire. Mais certaines espèces se contentent d’endroits plus restreints comme des flaques d’eau, des sous-pots de fleurs, des coquilles d’escargots, voire des capsules de bière. Les larves qui émergent de ces œufs sont très petites, de l’ordre de deux ou trois millimètres, avec une apparence bizarre qui m’a toujours questionné. Elles ont une grosse tête par rapport au reste de leur corps, qui, lui, est fin et allongé, sans pattes ni ailes. Les larves sont aussi équipées d’un siphon à l’extrémité de l’abdomen qui leur sert de tuba pour respirer à la surface de l’eau, leur conférant une silhouette asymétrique.

Ces moustiques juvéniles passent donc la majorité de leur temps à proximité de la surface de l’eau, la tête en bas telles des chauves-souris aquatiques, prêts à chercher de l’air pour respirer. Dans l’eau, ils se nourrissent de particules organiques en suspension, comme des bactéries, du plancton, des restes de végétaux ou d’autres insectes en décomposition. Cette vie de larve peut paraître calme et paisible. Mais elle est probablement très stressante. En effet, les jeunes moustiques qui traînent à la surface sont vulnérables à la moindre attaque et doivent faire face à une multitude de prédateurs. Sous la surface, les poissons et les autres larves d’insectes. À la surface, les gerris, ces punaises qui marchent sur l’eau et que l’on appelle communément « araignées d’eau », rôdent en permanence. Dans l’air, ce sont les libellules, les oiseaux et les chauves-souris (les vraies) qui chassent. L’unique moyen de défense pour une larve de moustiques est de fuir en plongeant dans les profondeurs. Il est facile de l’observer si on s’approche d’un seau d’eau stagnante en été. Si le seau contient des larves de moustiques, l’ombre que l’on crée en passant sa main au-dessus du seau induit la disparition immédiate des insectes qui réapparaissent en nageant vers la surface quelques secondes plus tard : les larves ont pris peur.

L’équipe de Claudio Lazzari, professeur à l’université de Tours, a trouvé un système ingénieux pour étudier ce comportement de fuite, montrant comment les larves de moustiques apprennent à faire la distinction entre les vraies et les fausses alertes. Les chercheurs de l’équipe franco-argentine ont placé des larves de moustiques Aedes aegypti dans de petits aquariums individuels. Au-dessus de chaque bac, un bras mécanique agitait sur commande un morceau de carton à la surface de l’eau, créant ainsi l’illusion de l’arrivée d’un prédateur dans les airs. Les larves de moustiques possèdent une paire d’yeux composés, mais aussi des yeux simples latéraux qui les rendent très sensibles aux changements lumineux provoqués par de tels mouvements aériens. En filmant la position des larves dans la colonne d’eau, Claudio et son équipe ont pu montrer qu’elles fuyaient de moins en moins le passage du morceau de carton à mesure que le stratagème se répétait. Cette forme d’apprentissage simple, que l’on appelle une « habituation », est une solution efficace pour éviter de répondre inutilement à un stimulus qui n’est pas une véritable menace. Contrairement aux formes d’apprentissage observées chez les adultes, qui développent des mémoires olfactives à long terme des hôtes qu’ils préfèrent piquer, l’habituation est un phénomène éphémère. Ainsi, au-delà de quelques heures, les larves se remettent à fuir le morceau de carton, une capacité à oublier certainement très utile pour ces moustiques d’eau douce dont l’environnement est complexe et peu prévisible : par défaut, les larves fuient les mouvements venant du dessus. Mais si le stimulus est inoffensif, elles prennent rapidement l’habitude de l’éviter. Merci, Claudio, d’avoir résolu ce mystère. Je comprends mieux maintenant pourquoi les larves de moustiques que j’adorais faire plonger au fond des seaux d’eau stagnante quand j’étais enfant semblaient se lasser de ce jeu plus rapidement que moi.


La même sentence pour tous ? Je repense souvent à ce que m’a dit ce petit garçon au rucher : « Est-ce qu’il faut être gentil avec tous les animaux, même s’ils sont méchants avec nous ? » La question se pose évidemment pour les moustiques. Je ne connais personne qui se laisse volontairement piquer. Il est même plutôt commun d’avoir une envie de meurtre dès qu’on en aperçoit un, pour se protéger soi-même, mais aussi les autres. Chaque année, des milliards de moustiques finissent aplatis entre deux paumes de mains ou sous des semelles de chaussures. D’autres sont piégés dans des trappes à CO2 ou finissent exterminés par des pesticides. Récemment, on a même vu des rayons lasers pilotés par des caméras neutraliser des moustiques à plus de trente mètres.

Doit-on systématiquement tuer les moustiques qui croisent nos routes ? Les avancées fulgurantes de la recherche sur le comportement des insectes nous imposent la question. Lars Chittka, professeur à l’université Queen Mary de Londres, est aux avant-postes d’un changement de perspective sur les insectes. Depuis une dizaine d’années, ses travaux, sur les bourdons en particulier, suggèrent que les insectes peuvent avoir diverses expériences subjectives et donc la capacité à ressentir des émotions et de la douleur.

[...]

Toutes ces initiatives issues des recherches en éthologie participent à redéfinir notre rapport aux autres animaux. Si nous sommes prêts à prendre soin des bourdons et des abeilles, le sommes-nous pour tous les insectes ? Autrement dit, peut-on traiter les moustiques différemment sous prétexte qu’ils nous sont moins sympathiques ? Chacun aura son opinion. Mais la question mérite une réflexion plus complexe et nuancée qu’il n’y paraît.

Un élément de réponse se trouve peut-être sous nos yeux. Lorsqu’il faut statuer sur des risques environnementaux, des comités de spécialistes utilisent des méthodes sophistiquées pour décider de la manière la plus objective possible, et au cas par cas, d’actions dont les conséquences pourraient être très graves. La question se pose, par exemple, lorsqu’il s’agit d’introduire une nouvelle espèce dans une aire géographique afin de rétablir un équilibre écologique. Si cette introduction est mal pensée, elle peut provoquer des dégâts dévastateurs sur l’environnement que l’on voulait initialement préserver. L’introduction volontaire du crapaud buffle (Bufo marinus) dans le nord de l’Australie pour réduire les populations de scarabées s’attaquant aux cultures de canne à sucre est un exemple d’erreur monumentale. [...]

Si l’on applique ce raisonnement aux insectes qu’il faut protéger ou non, on comprend aisément les bénéfices de la lutte contre les moustiques. Mais seulement certaines espèces, celles qui sont prédatrices des humains et vectrices de terribles maladies, méritent d’être ciblées. La majorité des autres, y compris parmi celles qui se nourrissent de notre sang, sont très importantes pour les équilibres environnementaux, assurent des services écosystémiques parce qu’elles filtrent les eaux, pollinisent les plantes ou constituent une nourriture abondante pour de nombreux oiseaux, chauves souris, poissons, araignées, hérissons, amphibiens, etc., eux-mêmes clés au sein des écosystèmes. La plupart des insectes sont des maillons précieux qu’il faudrait mieux protéger plutôt qu’éradiquer. C’est toute la question subtile des coûts et des bénéfices."

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Croyances populaires :


Dans le Dictionnaire de la France mystérieuse - Croyances populaires, superstitions, sorcellerie, rites magiques (Editions Omnibus, 2016) Marie-Charlotte Delmas consacre un article au moustique :


"Moustique : Les paysans s’intéressent assez peu aux moustiques. On pense, dans les environs de Quimper, que l’on va recevoir une bonne nouvelle lorsque l’un d’eux se fait entendre dans la maison. Dans les Ardennes, lorsque plusieurs cousins, qui ressemblent à d’énormes moustiques, voltigent sur la tête d’une personne, cela signifie qu’elle a oublié de dire ses prières.

En Ille-et-Vilaine, on guérit les piqûres de moustiques avec les saletés que l’on récupère dans ses oreilles. En Moselle, on mouille la piqûre de cousin avec sa salive, puis on trace dessus un signe de croix avec l’ongle. On peut aussi se préserver de ces piqûres toute l’année grâce à quelques gestes magiques lors des périodes sacrées du calendrier. Le jour de la Saint-Jean, il faut se laver le visage dans le premier ruisseau rencontré (Creuse), manger des bugnes (sortes de beignets) le Mardi gras (Isère), ou jeter, ce même jour, la première cuillère de bouillon au plafond et sur le sol (Dordogne). On peut aussi manger des beignets le jour de l’Ascension (Franche-Comté) ou de la soupe grasse pendant les trois derniers jours du carnaval (Morbihan). En revanche, dans les Deux-Sèvres, les enfants qui mangent cette soupe le soir du carnaval se feront piquer toute l’année."

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Symbolisme :


Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, auteurs du Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; éd. revue et corrigée Robert Laffont, 1982),


Le moustique est le "symbole de l'agressivité. Il cherche obstinément à violer la vie intime de sa victime et se nourrit de son sang.

Un historien grec de la mythologie pense que le fameux sphinx de Thèbes, vierge aux ongles crochus, aux champs énigmatiques (Sophocle), ce monstre qui posait des énigmes aux passants et qui les dévorait, n'était autre que le moustique de la malaria. Le monstre mourut lorsque Œdipe eut résolu l'énigme en asséchant les marais par un système de drainage.

Cette interprétation éclaire d'un certain jour le complexe d'Œdipe. Le roi de Thèbes, s'étant montré incapable de venir à bout du sphinx et se résignant à cette présence malfaisante, s'identifiait en quelque sorte au monstre. Un chef est rendu responsable des maux qu'il ne peut surmonter. Laïos était le moustique, la malaria ; pour vaincre celle-ci, il fallait supplanter le roi. d'où le meurtre du roi et, comme il était le père d'Œdipe, le meurtre du père, qui barrait la route du fils.

D'autre part, le marais est un des symboles de l'inconscient. Celui-ci ne libère ses eaux mortes qui fermentent et qui multiplient les moustiques, que si des canaux lui sont ouverts ; ces canaux de l'inconscient sont les voies de l'expression de soi-même, le rêve, la parole, la poésie, la peinture, la musique. Le père est ce marais générateur de fièvre. Par un étrange retournement du symbole, Œdipe apparaît ici comme une figure de l'analyste. C'est lui qui ouvre les voies de communication : il aide à évacuer le père. Mais les deux rôles se rejoignent, quand il s'agit de résoudre une énigme intérieure : Œdipe est l'analyste de lui-même, comme tout analysé devient à un certain stade son propre analyste. A ce moment, ma cure s'achève, les parties dissociées de la personnalité sont réunies. Les canaux sont ouverts, les moustiques meurent, le monstre disparaît. On ne se sauve jamais que par soi-même."

Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et 2019), Éloïse Mozzani nous propose la notice suivante :


« Un historien grec de la mythologie pense que le fameux sphinx de Thèbes, ce monstre qui posait des énigmes aux passants et qui les dévorait, n'était autre que le moustique de la malaria ». Le moustique, qui se nourrit de sang et symbolise l'agressivité, serait toutefois un messager de la bonne fortune, capable par exemple de « prendre » la maladie d'un individu : on laissera, au coucher du soleil, les fenêtres ouvertes dans la chambre du patient pour que ces insectes y pénètrent.

Dans les Ardennes, les cousins qui voltigent le soir autour d'une personne lui rappellent qu'elle n'a pas fait ses prières. Selon une croyance américaine, si un moustique se laisse prendre dans une toile d'araignée, cela signifie qu'un navire est en détresse.

Gare à la pluie si les moustiques rasent le sol et vivre le beau temps si une multitude de moustiques volent très haut. En Belgique, on s'attend à un orage dès que les cousins « s'attachent à la peau de l'homme ».

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Diana Cooper, auteure du Guide des archanges dans le monde animal (édition originale 2007 ; traduction française : Éditions Contre-dires, 2018) nous délivre un :


"Message des insectes de la troisième dimension :


Nous sommes ici, sur cette belle planète, pour apprendre et

parfois pour démontrer ce que nous avons déjà appris.

Nous souhaitons coexister avec vous en paix et

en harmonie. Notre désir est de faire notre travail de service,

car cela permet à la Terre de préserver la vie. Sans nous, vous

ne seriez pas ici. De grâce, reconnaissez-vous, donnez-nous de

l'espace et laissez-nous vivre. Nous vous honorons et nous

vous demandons de nous respecter.


Tous les insectes de la troisième dimension sont originaires de Neptune à l'exception des araignées, qui viennent d'un univers lointain et sont descendues sur Terre en passant par Sirius.


Les moustiques : Pendant l'âge d'or de l'Atlantide, l'eau était propre et pure, et elle coulait ; il n'y avait donc pas de place pour les moustiques. ces insectes ont envahi l'Atlantide lorsque l'énergie a commencé à décliner pour rappeler aux gens de continuer à garder l'eau pure et en mouvement.

Leur mission d'âme est encore de nous rappeler ce principe.


VISUALISATION POUR REMERCIER LES INSECTES DE LA TROISIEME DIMENSION :

  1. Aménagez un espace où vous pourrez vous détendre sans être dérangé.

  2. Affirmez votre intention de comprendre et de remercier le royaume des insectes.

  3. Vous êtes assis sur un rocher doux et lisse surplombant la campagne.

  4. Ouvrez votre cœur au monde des insectes.

  5. Remerciez les coléoptères d'avoir décomposé la matière indésirable, afin qu'elle puisse être recyclée pour servir un but plus élevé.

  6. Remerciez les myriapodes d'avoir démontré la beauté de la coordination et la possibilité de régénération.

  7. Remerciez les cafards d'avoir détruit les déchets nauséabonds pour conserver les nutriments dans l'écosystème.

  8. Remerciez les puces de nous rappeler l'importance de la propreté.

  9. Remerciez les mouches de nous rappeler l'importance d'une bonne hygiène.

  10. Remerciez les moustiques de nous rappeler de garder l'eau propre et en mouvement.

  11. Remerciez les limaces et les escargots d'avoir mangé les vieilles feuilles sèches.

  12. Remerciez les tiques de nous enseigner que nous vivons dans un monde interdépendant et de transmettre la sagesse des autres créatures.

  13. Remerciez les grillons, les sauterelles et les criquets d'avoir fertilisé la terre et de nous avoir appris à élargir notre niveau de possibilités.

  14. Remerciez les araignées d'avoir démontré la géométrie sacrée et de nous avoir appris à nous concentrer sur notre vision.

  15. Remerciez les guêpes de nous enseigner la géométrie sacrée et du travail qu'elles accomplissent en pollinisant et en dévorant les insectes.

  16. Demandez que les humains et les insectes puissent vivre en harmonie divine."

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Anne Jankéliowitch et Roland Garrigue, dans Toutes les idées géniales qu'on a piquées à la nature (Éditions Delachaux et Niestlé, 2013) nous amusent :


"L'aiguille indolore : Façon moustique Personne n'apprécie les piqûres. Surtout celles des moustiques, qui démangent sévèrement, même si elles restent imperceptibles ! D'ailleurs, comment cela se fait-il ?

Les moustiques sont dotés d'une trompe extrêmement fine, laquelle est non pas cylindrique (comme nos aiguilles hypodermiques), mais conique, ce qui leur permet de percer l'épiderme sans se faire repérer...

Une entreprise japonaise fabriquant des aiguilles médicales s'est appuyée sur ces observations et a mis sur le marché une nouvelle aiguille ultrafine, légèrement conique elle aussi, qui présente à sa pointe un diamètre de 0,20 millimètre, soit l'épaisseur de deux cheveux. En rendant les injections indolores, elle a changé l'existence de nombreux patients diabétiques contraints de pratiquer plusieurs piqûres d'insuline chaque jour. Voilà que la plus exaspérante des petites bêtes se met à rendre service."

Jean-Yves Leloup dans "Les Graines de la Conscience" (site L'Odyssée de la Conscience) nous livre des pensées éclairées dont celle-ci :


"[...] Avant de détruire le virus, il faudrait peut-être écouter ce qu’il peut nous dire, car notre « ennemi » est parfois un écho à notre maître intérieur.

Le moustique nous rappelle qu’il y a en nous des marécages à assainir.

Le virus nous rappelle qu’il y a en nous, un terrain à entretenir dont il faut prendre soin."

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Littérature :


Yves Paccalet, dans son magnifique "Journal de nature" intitulé L'Odeur du soleil dans l'herbe (Éditions Robert Laffont S. A., 1992) évoque la capacité destructrice du moustique :


"20 juin

(Fontaine-la-Verte)


La vie est une forêt profonde où les troncs sont des moments de bonheur étouffés par les ronces.

Des moustiques ont établi leurs armées sur le sentier qui se perd. Ils aiguisent leur seringues. L'architecture corporelle de ces diptères est la même que celle des plates-formes pétrolières : une structure fine, surélevée, boulonnée, calculée pour offrir le maximum d'efficacité au trépan qui fore la roche ou la peau.

L'analogie ne s'arrête pas là : le moustique, ventre gonflé de sang, reçoit une gifle et explose. Ivre de pétrole, notre civilisation attend la claque."

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Dans Les Vents de Neptune (Éditions Viviane Hamy, 2004), Fred Vargas raconte une anecdote survenue aux frères Adamsberg qui, comme à son habitude est lourde d'implications sous-entendues :


"Adamsberg attacha sa seconde chaussure.

- Tu te souviens quand un moustique s'était fourré tout au fond de ton oreille pendant deux heures ?

- Oui, dit Raphaël en souriant. Son vrombissement me rendait fou.

- Et on craignait que tu ne deviennes vraiment fou avant la mort du moustique. On a fait le noir complet dans la maison, et j'ai tenu une bougie tout contre ton oreille. C'était une idée du curé Grégoire : "On va t'exorciser, mon bonhomme." Ses blagues de curé, quoi. Tu te souviens ? Et le moustique a rampé hors du canal jusqu'à la flamme. Et il s'est brûlé les ailes avec un petit bruit. Tu te souviens du petit bruit ?

- Oui. Grégoire a dit : "Le diable crépite dans le feu de l'enfer." Ses blagues de curé, quoi.

Adamsberg attrapa son pull et sa veste.

- Tu crois que c'est possible, très possible ? reprit-il. De tirer notre démon hors de son tunnel avec une petite lumière ?

- S'il est dans notre oreille.

- Il l'est, Raphaël.

- Je le sais. Je l'entends, la nuit.

Adamsberg enfila sa veste et se rassit à côté de son frère.

- Tu crois qu'on le fera sortir ?

- S'il existe, Jean-Baptiste. Si ce n'est pas nous.

[...]

- Parle-moi de cette oreille, dit-il, soucieux d'éviter que Grégoire ne s'égare dans les voies impénétrables du Seigneur.

- Grande, déformée, le lobe long et légèrement velu, l'orifice auriculaire étroit, le repli abîmé par un enfoncement en son milieu. Tu te souviens du moustique qui s'était coincé dans l'oreille de Raphaël ? On l'avait finalement fait sortir avec une bougie, comme quand on pêche au lampion la nuit.

- Je me souviens très bien, Grégoire. Il est venu grésiller dans la flamme, avec un petit bruit. Tu te rappelles le petit bruit ?

- Oui, j'avais blagué."

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Dans Un Baiser d'ailes bleues, 150 rencontres avec des animaux extraordinaires (Éditions Arthaud, 2009) Nicole Viloteau croque sur le vif des portraits animaliers insolites :


"Drames verts


LOW LAKE. Parc national de Lakefield. Des fleurs vertes, inodores, exhibent leur pistil rose vif. Sur la terre desséchée brille une parure magnifique : un tas de plumes vertes, jaunes, bleues, se mêlant aux feuilles mauves, effilées des eucalyptus. Les restes d'un perroquet ou d'un loriquet arc-en-ciel. Un peu plus loin, un papillon noir, superbe, l'aile gauche déchiquetée, vole au ralenti. Epuisé, il cherche des feuillages où se poser.


Ici, les moustiques sont d'un joli vert Véronèse. Contraste entre leurs ailes vertes et leur abdomen translucide qui s'emplit rapidement de mon sang. Quand je les écrase, ils forment sur ma peau une tache rouge et un joli « brouillis » d'ailes couleur laitue."

Dès l'incipit de son roman Une Unique Lueur (Éditions Flammarion, 2026) Fred Vargas fait à nouveau la part belle au moustique :


"Non, ce n'était pas un moustique tigre. De cela, il était certain.

A défaut de pouvoir enregistrer, les règles extravagantes de la langue française, le commissaire Adamsberg savait pouvoir compter sur sa mémoire sensorielle et, en ce qui concernait cette bestiole, sur ses souvenirs visuels et auditifs. Il les passait en revue, agacé, tout en remontant à pas lents le boulevard Saint-Michel à la nuit. En même temps qu'il évaluait le dilemme amoureux auquel son ami et collègue Louis Veyrenc, qu'il venait de quitter après un long dîner, ne manquerait pas d'être bientôt confronté. A savoir être largué ou bien anticiper et lever le camp, loin de cette femme - Diane - qu'il affectionnait depuis cinq mois. Cette Diane qui, aux yeux du commissaire, semblait nettement plus éprise d'elle-même que de quiconque à cent lieues à la ronde. D'une manière générale, Adamsberg n'appréciait pas les personnes nettement éprises d'elles-mêmes et convaincues de leur efficience. Portée par on ne sait quel vent magique, la conversation avait, ce soir encore, invariablement reflué vers elle, et c'est soudain d'un geste impérial que sa main s'était abattue sur l'insecte.

- Moustique tigre, avait-elle annoncé avec la modeste fierté du brave qui vient de terrasser un rhinocéros mâle en même temps que sauver la vie des deux homes assis à sa table.

« Pas un tigre, avait-il pu glisser à Veyrenc avant de le quitter. Sans avoir eu l'opportunité d'être plus clair et de lui préciser que le formidable trophée de sa Diane n'était ni bruyant, ni rapide, ni rayé de noir et blanc, entre autres signes distinctifs. Rien qu'un simple moustique commun, comme il en pullulait en cette nuit de juin trop chaude.

[...]

- Tu te rappelles ce menaçant moustique tigre vaillamment écrasé sur notre table ? Ce n'était qu'un moustique commun. Rien à voir avec un rhinocéros mâle en train de charger dans le restaurant.

- Et c'est important ?

- Disons que c'est à méditer."

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