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  • Anne

Le Palétuvier




Étymologie :

  • PALÉTUVIER, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1643 paretuvier (Jannequin, Voy. de Lybie, au Royaume de Senega, p. 67 ds König, p. 158) ; [1689 palesuvies prob. coquille pour paletuviés (Gabit, Relation de la Nigritie, p. 24 d'apr. Arv., p. 384)] 1722 paletuvier (Labat, Nouv. Voyage aux isles de l'Amerique, II, 140-141 ds Fried., p. 470). Altération obscure (peut-être sous l'infl. de palud, palus « marais », cet arbre croissant dans des terrains limoneux, boueux, voir König, p. 159, note 1) de appariturier « id. », mot du Maranhao (1614, Claude d'Abbeville, Hist. de la Mission des Pères Capucins à l'Isle de Maragnan, fo 179 a/b ds König, p. 158), lui-même issu, par altération inexpliquée du tupi aparahiwa « id. » (comp. de apara « courbé » et iba ou hiva « arbre »). Voir Fried., König et FEW t. 20, p. 56b.


Lire également la définition du nom palétuvier afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Pterocarpus officinalis ; Mangle-médaille ; Mangle-rivière ; Moutouchi-marécage ; Sandragon ; Sang-dragon ;

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Botanique :


Hugues Demeude, dans Les Incroyables Pouvoirs de la Nature (Éditions Arthaud, 2020) consacre un chapitre à la mangrove :


Fonctions nourricière, protectrice et bioépuratrice de la mangrove


Au Sénégal, la forêt de mangrove s'étend à perte de vue dans le delta du fleuve Saloum, un massif immense qui borde l'Atlantique vert émeraude à la manière d'un maillage végétal gonflé de vie. Comme toutes les mangroves autour de la planète sur les littoraux tropicaux, cet écosystème précieux s'est constitué autour d'une espèce d'arbre au pouvoir étonnant : le palétuvier. Capable de grandir d'un mètre par an, c'est le seul arbre à pouvoir pousser dans l'eau salée. Et pour évoluer dans ces conditions difficiles, balayé par les marées océaniques, le palétuvier s'est doté de racines aériennes, lui donnant l'apparence d'un arbre monté sur échasses. De telle sorte que la mangrove finit par composer un entrelacs végétal aux multiples bienfaits : elle sert de zone de frayère et de nursery pour les poissons - cent vingt-six espèces dans celle du delta du Saloum -, mais fixe aussi le sol grâce à ses arbres, enrichit le milieu estuarien en nutriments, et sert de zones d'ancrage pour les huîtres et autres mollusques. Bref, cette forêt de palétuviers représente un trésor biologique entre terre et mer.

Un écosystème qui s'apparente également pour la faune, la flore et les populations alentour, à un véritable bouclier contre les tempêtes et les tsunamis. La force de ces arbres solidement implantés limite en effet considérablement la puissance des vagues qui parcourent les mangroves en cas de catastrophe naturelle, que ce soit au Sénégal ou sur la côte nord de l'Australie en bordure de mer de Timor. C'est du reste la raison pour laquelle des programmes de replantation sont mis en œuvre, avec des bulbes fichés dans le sol à l'emplacement du balancement des marées. En effet, les mangroves ont souvent été surexploitées pour leur bois ou les feuilles des palétuviers utilisées pour la teinture. mais avec les effets du réchauffement climatique, ces arbres apparaissent à nouveau comme de fidèles « lieux-tenants ».

D'autant que les mangroves n'en finissent pas de surprendre par le nombre de leurs vertus. Un bienfait moins connu réside dans leur capacité bioépuratrice. Plusieurs travaux scientifiques internationaux se sont intéressés depuis les années 1970 à cette question de la phytoremédiation dans les mangroves. Mais ceux menés à partir de 2006 par l'équipe CNRS du laboratoire écologie fonctionnelle et environnement (EcoLab) de Toulouse, dirigés par Luc Lambs et François Fromard, ont eu la particularité de s'appuyer sur une expérience à grande échelle.

Il s'agissait d'un projet pilote d'assainissement conduit avec les autorités locales de l'île française de Mayotte, de façon strictement contrôlée, dans la baie de Chongui. L'objectif de cette équipe était d'évaluer la capacité de dépollution de la mangrove pour le traitement des eaux usées domestiques à Mayotte. Cette île densément peuplée connaît en effet des difficultés pour le traitement de ses eaux usées qui s'écoulent dans l'immense lagon en fragilisant sa biodiversité. Parallèlement à l'amélioration des stations d'épuration classiques, ce projet pilote a donc été mis en œuvre pour évaluer les capacités épuratrices de la mangrove. les scientifiques y ont introduit intentionnellement des eaux usées domestiques prétraitées afin de comprendre et retracer comment sont exfiltrés les polluants tels que le phosphore ou l'azote.

« A partir d'un réseau de parcelles (témoins et impactées par des effluents domestiques), un suivi a tété réalise sur quatre compartiments de la mangrove : végétation, eau, sédiment, crabes » (1), explique la biologiste Mélanie Herteman qui a publié sa thèse d'ingénierie écologique sur ce sujet.

Après analyses, les scientifiques ont constaté dans les parcelles touchées par les eaux usées une croissance significative des palétuviers. Avec par exemple une augmentation des surfaces foliaires et des rameaux, et une augmentation de la concentration en pigments chlorophylliens. Preuve que les palétuviers ont intégré les polluants dans leur biomasse. « Les résultats montrent que cet écosystème joue un rôle analogue à celui des filtres plantés et semble être adapté pour un traitement secondaire pour les eaux usées domestiques », poursuit la biologiste.

Des résultats encourageants qui indiquent que cette capacité épuratrice pourrait être utilisée en passant à un mode opérationnel, sous réserve d'un suivi rigoureux du système. Mélanie Herteman indique en effet que « si les conclusions à court terme paraissent encourageantes, l'impact à long terme des eaux usées sur la biodiversité de cet écosystème et sur son fonctionnement reste à approfondir avant d'utiliser un tel système de traitement in situ ».


Note : 1) « Évaluation des capacités bioremédiatrices d'une mangrove impactée par des eaux usées domestiques : application au site pilote de Malamani, Mayotte », thèse soutenue à l'Université de Toulouse-3 en 2010.

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Symbolisme :


Marcel Renard, Carl Deroux, Eugène Thirion, auteurs de "Moule aux symboles d'Attis découvert à Amay". (In : Bulletin de la Classe des lettres et des sciences morales et politiques, tome 68, 1982. pp. 39-56) établissent un lien entre le mythe d'Attis et des pratiques très antérieures :


Nous avons évoqué plus haut la cérémonie de l'Arbor intrat, le 22 mars. Ajoutons qu'on enveloppait de bandelettes, comme s'il s'agissait d'un cadavre, le pin auquel Attis était identifié et qu'on le garnissait de violettes, celles-ci étant nées, selon la croyance, du sang du dieu après sa mutilation. Cette cérémonie s'accompagnait, nous l'avons dit, des cris éplorés et des lamentations exacerbées des fidèles. De règle, on voit en tout ceci la survivance d'un naturalisme primitif, remontant à des temps fort lointains, préhistoriques : les historiens des religions et les ethnologues connaissent nombre de faits du genre.

Évoquons ainsi, au hasard d'une lecture, une dendrophorie assez analogue à celle d'Attis, relevée il y a à peine plus d'une vingtaine d'années chez les Papous. Lorsqu'un guerrier meurt, la tribu se rend en forêt. Le plus renommé des compagnons du défunt fait l'éloge de celui-ci et vante ses exploits. Après quoi, un palétuvier, choisi rituellement, est abattu et transporté jusqu'au village par la rivière, ceci probablement pour des raisons de commodité. L'arbre, déjà regardé comme l'image du disparu héroïsé, est accompagné du cortège hurlant et gesticulant de la tribu. Enfin, l'arbre est dressé et sculpté en forme de totem pour signifier la renaissance du défunt.

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Selon Dominique Chancé, auteur de "Solibo Magnifique de Patrick Chamoiseau : dans la « mangrove policière »". (In : Polar noir” : Reading African-American Detective Fiction, 2017, p. 64) :


Le mot mangrove désigne un milieu naturel typique des régions tropicales. Dans la mangrove, appelée également mangle, les palétuviers développent des racines qui s'enfoncent loin dans la mer, semblent tresser entre ciel et eau un panier de branches. Les oiseaux et les huîtres s'y nourrissent, faisant de ce milieu un biotope extrêmement fécond. La mangrove est souvent évoquée par les auteurs antillais pour symboliser un espace identitaire dont les valeurs sont discutées. Ainsi, pour Aimé Césaire, la mangrove est « méphitique », pour Maryse Condé, on y meurt, « on s'empale dans les racines des palétuviers. On s'enterre et on étouffe dans la boue saumâtre » (Maryse Condé, 1989, 192).

A l'inverse, selon Chamoiseau, la mangrove est un berceau de vie, un milieu caractéristique qui symbolise la créolité comme entrecroisement, mélange d'éléments hybrides qui crée la vie. Éloge de la créolité évoque la mangrove comme symbole et Texaco est tout entier construit autour d'une métaphore de la ville créole comme « mangrove urbaine ». Toutefois, Chamoiseau, lui-même, hésite puisqu'il caractérise le piège policier qui se referme sur de pauvres djobeurs, en une soirée de carnaval, de « mangrove policière ».

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Liz Marvin, autrice de Grand Sage comme un Arbre (Michael O’Mara Books Ltd, 2019 ; First Éditions, 2021 pour la traduction française) transmet les messages qu’elle a pu capter en se reconnectant aux arbres :

Prévois l’avenir : le Palétuvier

L‘existence ressemble parfois à un combat, et on se laisse facilement happer par la gestion du quotidien. Même si penser à l’avenir peut vous accabler, il est vraiment sage de faire des projets sur le long terme. Les Palétuviers ont fait preuve d’une adaptabilité extraordinaire pour pousser dans l’eau salée : ils sont parvenus à trouver comment utiliser cette eau pour favoriser leur descendance. A la place de graines, les Palétuviers produisent des plantules, appelées propagules, qui poussent sur l’arbre-mère puis se détachent et flottent dans le courant avant de prendre racine ailleurs.

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