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  • Anne

Le Roitelet



Étymologie :

  • ROITELET, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. xive s. plur. reyteles « petits rois » (Chron. d'Anglet., ms. Barberini, f°41 r°ds Gdf. Compl.) ; 1588 roytelet (Montaigne, Essais, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, I, 42, p. 265) ; 2. xve s. [ms .; daté à tort de ca 1180 par FEW t. 10, p. 369b] ornith. roytellet (Roman d'Alexandre, B. N. 10468, f °211b ds Gdf. Compl.). Dér. à l'aide du suff. -et* et de l'a. fr. roitel « petit roi » ca 1140 (Geffrei Gaimar, Hist. des Anglais, éd. A. Bell, 2281, mss DLRH : reitels) − xvie s. ds Hug. : roiauteaux, et terme d'ornith. ca 1213 (Fet des Romains, éd. L.-F. Flutre et K. Sneyders de Vogel, p. 739, ligne 15 : roietiax) − av. 1477, Jean Molinet, Faictz et Dictz, éd. N. Dupire, t. 2, p. 649, 9 : roitel ; prob. pour roietel « oiseau »xiiie s. ds T.-L., « petit roi » ca 1316 (Geffroy, Chron. métr., 665, ibid. : räatiau), dér. d'un dimin. en -itum de roi*, cf. l'a. prov. reiet « petit roi » xiiie s. ds Levy Prov.


Lire aussi la définition du nom pour découvrir de premières pistes symboliques.


Symbolisme :


Dans le Dictionnaire des symboles (1969 ; édition revue et corrigée : Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"le roitelet fait couple, dans le symbolisme celtique, avec le corbeau et le sens de cette dualité rejoint celui des couples druide-guerrier et sanglier-ours. Symboliquement, en étymologie populaire analogique, le nom de roitelet est interprété en irlandais (drui) en druide des oiseaux et, en brittonique, le mot servant à le désigner est le strict équivalent linguistique du nom du druide en irlandais. Le roitelet correspond donc à la classe sacerdotale, comme le corbeau à la classe guerrière. Il a existé au Pays de Galles un important folklore à son sujet ; c'est le roi des oiseaux, trace de traditions anciennes. Un vieux proverbe gallois menaçait de l'enfer quiconque en détruisait un nid et il existe en Bretagne une chanson du roitelet.

Le symbole du roitelet, chez les Indiens d'Amérique du Nord, est analogue à celui de l'alouette dans le folklore européen. Bien qu'il soit le plus petit, et donc le plus faible des oiseaux, il chante plus fort que tout autre à l'aurore, pour saluer l'apparition du soleil. C'est un oiseau rieur, un très heureux petit oiseau disent les Indiens Pawnee. Il est curieux de rapprocher cette interprétation amérindienne de joyeux oiseau du même nom du roitelet en vieux breton qui signifie joyeux."

Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes (Larousse Livre, 2000) :


"Le roitelet dit huppé, un petit passereau qui ne pèse pas plus de 6 grammes, s'est répandu dans toute l'Europe, jusqu'en Asie centrale. Il se déplace fréquemment du sud au nord, d'octobre à mars, mais reste toujours dans son aire de répartition, où il aime vivre dans les forêts de conifères et dans les plaines. Il nidifie sur les épicéas, dans une espèce de sphère épaisse composée de mousse, de lichens, d'herbes et de soies d'insectes, suspendue dans les branches et parfaitement bien dissimulée, où la femelle pond de 8 à 11 œufs en avril ou en mai, puis encore de 5 à 8 œufs au mois de juin. Elle les couve seule pendant 6 semaines environ, mais ce sont les deux parents qui nourrissent les oisillons de petits insectes.

Est-ce à cause de la huppe que pote le mâle, et qui lui donne un air docte et savant, que les Celtes choisirent cet oiseau pour symboliser le druide, en l'associant alors au corbeau qui, lui, figurait selon eux le guerrier ? En tout cas, c'est bien cette huppe qui lui valut son nom de petit roi, que lui donnèrent les Grecs d'abord, qui voyaient en lui le symbole vivant des règnes successifs des années. Ainsi, les Grecs, puis les Romains, puis les Celtes enfin, chassaient-ils cet oiseau dans la période se situant aux environs du solstice d'hiver, pour découvrir le roitelet du nouvel an."

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Symbolisme celte :

Dans L'Oracle des druides, Comment utiliser les animaux sacrés de la tradition druidique (Édition originale 1994 ; traduction française Guy Trédaniel Éditeur 2006) de Philip et Stephanie Carr-Gomm, on apprend que le roitelet est associé à trois mots-clefs :

- Humilié ;

- Ingéniosité ;

- Dieu.

La carte représente un roitelet, gardant les œufs pondus dans son nid et tenant une plume dans son bec. On appelle traditionnellement le nid du roitelet "maison du druide". L'éclair représente Taranis, le dieu-taureau de la foudre et des éclairs, du chêne et du roitelet. Le signe ogham Duir, représentant le chêne, est gravé sur la pierre.

Le roitelet nous permet de voir en toute chose la beauté du dieu ou de la déesse. Il nous indique que la beauté habite les petites choses et que la réalisation de soi ne passe pas par les signes extérieures de richesse, ni les démonstrations de force, mais par l'humilité, la gentillesse et la subtilité. Utilisée avec humour et assortie de bonnes intentions, l'ingéniosité est un bon moyen d'accomplir de grandes choses. Elle permet d'économiser se efforts en employant rationnellement et honnêtement les résultats obtenus par d'autres.


Renversée, la carte signale peut-être que vous pêchez par humilité et gentillesse au point d'en devenir invisible. Adoptez-vous cette attitude pour échapper à la vie et ses difficultés ? Analysez aussi la façon dont vous utilisez votre ingéniosité et votre intelligence. L'utilisation du travail des autres peut très vite tourner à l'exploitation malhonnête de leurs succès et l'ingéniosité, bien qu'innocente, peut devenir perverse. On peut penser que le roitelet, utilisant l'aigle pour gagner la couronne est un effronté et un parvenu malhonnête, qui croit naïvement pouvoir tromper les autres sur sa propre valeur et obtenir la considération par la ruse. Pour être valables, l'intelligence et l'utilisation du travail des autres doivent être basées sur la sagesse et des compétences réelles.


Le Roitelet dans la Tradition

Un petit oiseau m'a dit...

Formule traditionnelle

Le roitelet est le plus sacré de tous les oiseaux révérés dans le druidisme. On l'appelait en Irlande Drui-en, ou "oiseau du druide" et en gallois le mot Dryw signifie à la fois roitelet et druide.

Comment expliquer qu'on décrive le druide sous les traits d'un petit oiseau ordinaire et non pas sous ceux d'un oiseau aussi puissant et remarquable que l'aigle ? La réponse est inscrite dans une histoire racontée en Haute Écosse : en grande assemblée générale, les oiseaux décidèrent que le roi du peuple ailé serait celui d'entre eux qui volerait le plus haut. L'aigle partit bien sûr favori et commença immédiatement son ascension vers le soleil, certain de devenir le Roi des oiseaux. Dépassant tous les autres, il proclama de sa voix puissante qu'il était leur souverain. Mais soudain, le roitelet qui s'était caché sous les ailes de l'aigle bondit dans les airs et vola à quelques centimètres au dessus de lui, pépiant au plus fort de sa voix : "Vous les Oiseaux, levez les yeux et voyez votre roi !"


L'ingénieux Roitelet

Cette histoire décrit le roitelet comme un oiseau rusé, prêt à bâtir sur le succès des autres et à se moquer de leur fierté par une feinte de dernière minute.

On disait souvent que les chamans et les druides étaient des "hommes ingénieux", pouvant devenir invisibles comme le roitelet et voyager sur le dos de l'aigle afin de parvenir à leur destination en économisant leur propre énergie. Petit, le roitelet se faufile partout et entre dans des mondes inaccessibles aux grands ; c'est aussi ce qu'apprend à faire Alice au pays des Merveilles. La fierté nous encombre ; petit et humble, nous pouvons passer plus facilement par le trou de l'aiguille ou nous glisser sous les racines de l'arbre.

Les druides bretons accordent une place encore plus importante au roitelet ; ils disent qu'il fit le don du feu au monde. Transportant le feu du ciel vers la terre, le roitelet s'aperçut que ses ailes commençaient à brûler. Il confia donc le feu au rouge-gorge dont les plumes s'enflammèrent également. L'alouette vint à leur aide, réussissant finalement à poser le feu sur la terre.

La maison du druide est le nid du roitelet, endroit confortable où l’œuf - autre symbole majeur du druidisme - est à l'abri. L’œuf du druide, rendu célèbre par Pline, contient l'idée que pour grandir et nous transformer, nous devons accepter de vivre des périodes d'incubation, retirés du monde dans le ventre fécond du temps. On disait que le nid du roitelet était protégé par des éclairs : La foudre frappait la maison de ceux qui essayaient de voler ses œufs ou ses oisillons et leur brûlait les mains. Pour les druides, le tonnerre était l'arme du dieu-taureau Taranis qui habitait les chênes et le roitelet était son oiseau sacré. La foudre frappant un chêne symbolise la puissance du dieu du ciel descendant sur le druide et lui apportant la sagesse. Les stèles pictes retrouvées en Écosse portent souvent le signe en zigzag de l'éclair, reprenant le même concept.


La Chasse au Roitelet

On raconte sur l'île de Man l'histoire d'une sirène ou d'une fée attirant les jeunes gens dans la mer. L'un d'eux essaya de la tuer avec un harpon, mais elle se transforma en roitelet pour éviter d'être blessée. Tous les Ier janvier, elle devait cependant reprendre sa forme originelle et se retrouvait à la merci des pêcheurs qui pouvaient essayer de la tuer. Depuis ce temps-là, la plume du roitelet protège les pêcheurs de la noyade, et aucun habitant de l'île de Man ne prendrait la mer sans porter sur lui cette amulette.

La traditionnelle chasse au roitelet avait lieu à l'origine tous les Ier janvier, puis la date fut changée pour le jour de Saint Stephen, au lendemain de Noël. Le but de cette chasse rituelle est de tuer le dieu ou le roi-roitelet (l'oiseau est considéré ans cette tradition comme un dieu ou un roi et non comme une sirène), afin de s'approprier sa force. L'idée sous-jacente est que la force d'un dieu se transfère sur son meurtrier, ou les pouvoirs d'un vieux roi qu'on assassine sur son successeur.

Cette coutume dérangeante - chasser un oiseau si petit - vient en fait d'une tradition druidique puisque le roitelet symbolise la sagesse et la divinité. Traditionnellement, les apprentis druides partaient seuls dans la nature, le jour du Ier de l'an, pour chercher la Connaissance - tradition que l'on retrouve chez les Indiens d'Amérique. S'ils découvraient ce jour-là un roitelet, ils savaient qu'ils seraient bénis des dieux et recevraient la connaissance dans l'année à venir. Le roitelet, minuscule et insaisissable, était une métaphore de la nature de la divinité présente en toute vie.

Avec la christianisation du pays, la chasse au roitelet évolua pour devenir conforme aux Écritures : Jésus, représentant de la divinité, ayant été tué à Jérusalem, on tua également le roitelet après l'avoir trouvé. Les traditions chrétiennes britanniques, irlandaises et françaises abondent des coutumes populaires liées au roitelet. On le chasse, on le promène en procession dans les rues en chantant : "le glas du roitelet" et autres cantiques funéraires, puis on l'enterre rituellement.

La mission druidique actuelle est d'aider au-delà de l'héritage chrétien, pour retrouver la vie et la beauté que nos ancêtres celtiques savaient voir au cœur de la création et de la nature."

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Selon Divi Kervella dans Emblèmes et symboles des Bretons et des Celtes, le roitelet est "l'oiseau sacré des druides avec qui il partage encore aujourd'hui le nom original exact en gallois (dryw) et en breton (drev) ; l'irlandais l'interprète comme "le druide des oiseaux" avec drevilin ; le breton en a l'équivalent exact avec dreolan. Au pays de Galles quiconque détruit un nid de roitelet va en enfer.

Sa plume portait chance aux marins."

Littérature :

L'AIGLE ET LE ROITELET

Un jour, l'aigle et le roitelet discutaient.

- Pauvre roitelet, disait l'aigle, tu es le plus petit de tous les oiseaux du ciel. Toutes les autres bêtes te poursuivent et tu ne peux voler guère plus haut que le haut de l'étable... Moi, je suis le plus grand de tous, et aussi le plus fort. Je peux voler partout où je veux, au sommet des nuages si ça me chante... Et personne ne me fait peur !

- Oui, aigle, dit le roitelet. Je suis bien petit, mais si je veux, je volerai plus haut que toi !

- Toi, pauvre petite bête ! cria l'aigle en éclatant de rire. Tu veux jouer à qui volera le plus haut ?

- Maintenant, grand aigle. Je suis prêt.

- Ça va, allons. Partons. Tu es prêt, roitelet ?

- Oui, aigle, j'y suis.

Et le roitelet alla se poser tout doucement sur la tête de l'aigle sans que l'autre s'en soit aperçu. L'aigle, alors, déplia ses grandes ailes, et commença à voler, et voler, et voler, toujours droit vers le ciel. Parfois, il criait :

- Roitelet, où es-tu ?

- Aigle, plus haut que toi ! répondait l'autre.

Et l'aigle continuait de voler, et voler, et voler, toujours plus haut. Et il criait de nouveau :

- Roitelet, où es-tu ?

- Aigle, plus haut que toi ! disait le roitelet, toujours perché sur la tête de l'autre oiseau.

Et l'aigle continuait de voler, et voler, et voler, toujours plus haut. Mais au bout d'un moment il fut essoufflé.

- Roitelet, où es-tu ? cria-t-il encore une fois.

- Aigle, plus haut que toi ! répondit l'autre.

- Et bien moi, je ne peux pas aller plus haut. Je n'en peux plus : je redescends. Tu es plus fort que moi, roitelet : c'est toi qui a volé le plus haut !

Et l'aigle redescendit du haut du ciel, tout honteux de s'être laisser battre par le plus petit des oisillons.

E crac, e cric, mon conte ei finit,

E cric, e crac, mon conte ei acabat.

Jean François BLADÉ

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LÉGENDE DES TEMPS ANCIENS : LE ROITELET

Remarque préliminaire : Roitelet est ici le nom légendaire ou populaire attribué au troglodyte mignon.


Aux temps lointains où les oiseaux parlaient encore, ils décidèrent un beau matin de se choisir un Roi. A cet effet, ils convoquèrent une grande assemblée générale. Ils discutèrent si longtemps et si bruyamment que leurs palabres s'entendirent à des lieues à la ronde. Finalement, il fut décidé de faire un concours : celui qui volerait le plus haut dans le ciel serait le Roi.

Les oiseaux, tout comme les humains, possèdent aussi un petit - ou un grand - fond d'orgueil; la plupart estimèrent donc avoir de bonnes chances de l'emporter, et s'inscrivirent au concours. Pendant des jours et des jours, on s'exerça dans tous les coins. Quand enfin la date fatidique arriva, toute la bande s'éleva dans les deux dans un chambard de Dieu le Père. Froissements d'ailes, cris, pépiements, et même, Dieu leur pardonne, quelques injures. Ce fut un bruit de fin du monde...

La lumière du soleil en fut tout obscurcie. Mais cela ne dura pas très longtemps. Très vite, la plupart des oiseaux redescendirent aussi rapidement qu'ils étaient montés, et hors d'haleine essayèrent de retrouver leur souffle. Mais alors que la masse des concurrents fondait à vue d’œil, et que quelques Aigles majestueux continuaient imperturbablement à monter, un petit oiseau, sans que personne ne le vît, s'était installé confortablement dans la queue d'un Aigle Royal, et sans se fatiguer le moins du monde, montait avec lui jusqu'à des hauteurs insoupçonnées. Un oiseau comme ça ne pèse que quelques grammes et l'aigle ne pouvait se rendre compte de sa présence.

Il fut bientôt évident que l'Aigle serait le vainqueur du concours. Sans effort apparent, porté par ses ailes puissantes, il montait sereinement vers le soleil. Il fit encore trois ou quatre petits tours d'ascension, puis, certain de sa victoire, se laissa tout doucement planer vers le bas. Mais, alors qu'il entamait sa descente, et que la foule l'acclamait déjà, le petit oiseau brunâtre surgit de son plumage. D'un vigoureux coup de ses courtes pattes, il quitta son transporteur involontaire et parvint à s'élever encore. Fou de joie et d'orgueil, il se mit alors à crier : «Je suis le Roi ! Je suis le Roi ! » I

Il ne revint sur terre qu'un bon moment après l'Aigle. Tout le monde put alors constater de visu que le petit oiseau avait réellement approché le soleil de très près : le bout de ses ailes en étaient tout roussi. C'est une chose qu'on peut d'ailleurs encore constater aujourd'hui. Mais une victoire obtenue par ruse n'en est pas moins une victoire. Le titre revenait à l'oiseau, mais comme il était tout petit, on l'appela le petit Roi, ou Roitelet.


Cette histoire est sans doute l'une des plus connues du monde ailé. Il en existe cependant pas mal de variantes. Dans certaines contrées, c'est la Cigogne qui prend la place de l'Aigle. Ailleurs encore, on a droit à une suite, qui tente d'expliquer le caractère discret de la vie du Roitelet, et où l'on donne aussi une explication de la vie nocturne du Hibou. Une variante affirme même que l'Aigle, lorsqu'il découvrit la supercherie, devint furieux, et donna un tel coup d'aile au malheureux que celui-ci ne s'en remit jamais complètement. C'est ce qui explique que le Roitelet ne parvient que très rarement à voler plus haut que les haies où il s'abrite généralement.


Les frères Grimm racontent la chose autrement : les oiseaux, indignés par la ruse, ne purent évidemment approuver le résultat de ce concours. Ils imaginèrent donc une autre épreuve : c'est l'oiseau qui parviendrait à descendre le plus profondément dans le sol qui serait le Roi. Tous se mirent à gratter, à forer, à pelleter du bec.

Le Moineau fit, à l'aide de sa poitrine une cuvette dans le sable. La Poule grattait à qui mieux mieux, et le Héron forait des trous à l'aide de son long bec. Mais notre ex-petit Roi fut encore une fois le plus malin de tous : il avait découvert un trou de souris et s'y était installé, le plus profondément possible. Les autres oiseaux comprirent très vite qu'ils avaient à nouveau été dupés et s'indignèrent de la ruse d'une aussi petite créature.

On convoqua une nouvelle réunion et on se mit à discuter des sanctions qu'il convenait de prendre. Pendant ce temps-là, notre petit oiseau chantait à tue-tête : «Je n'ai peur de personne et je suis le Roi ! Je le resterai toute ma vie et personne ne me trouvera !». Pour finir, l'assemblée décida que l'on mettrait le Hibou - l'oiseau aux grands yeux - de garde devant le trou de souris. C'était un bon choix, car - tout le monde sait cela - le Hibou, lorsqu'il ferme un œil, ouvre l'autre.

Mais, malheureusement, ce Hibou était un vieil Hibou et il était très fatigué. Au bout d'une heure ou deux, il oublia d'ouvrir l'autre œil. Le petit Roi en profita tout aussitôt, et prit la poudre d'escampette.

Depuis lors, il n'ose plus se montrer de jour, de crainte que les autres oiseaux ne le poursuivent. Il se faufile désormais au ras du sol, entre les herbes et les branchages, les lupins et les chardons, en faisant bien attention de ne pas se mettre en vue. Il ne vole que très rarement à plus d'un mètre de hauteur, et aucun oiseau ne peut le suivre au travers des haies et des aubépines.


Article écrit d'après la revue «L'homme et l'Oiseau» d'Avril 1983

Article paru dans« L’escargot », la revue de l’asbl en avril 1991 (Escargot 91/2).

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