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  • Anne

Le Sorbier





Étymologie :

  • SORBIER, subst. masc.

Étymol. et Hist. Ca 1256 çorbier (Aldebrandin de Sienne, Régime du corps, 54, 19 ds T.-L.), attest. isolée ; 1544 sorbier (J. Martin, tr. Sannazar, Arcadie, 104 r ods Hug.). Empr. à l'a. occit. sorbier (xiiie s. ds Levy Prov.), dér. de l'a. occit. sorba (v. sorbe) ; cf. le lat. médiév. sorberius (1264 ds Du Cange t. 7, p. 529).


Lire également la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.




Symbolisme :


Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes (Larousse Livre, 2000) :


Voici un arbre pourvu d'étranges pouvoirs sur les esprits, les fantômes, les âmes errantes, si l'on en croit nos ancêtres. Ainsi, selon d'anciennes croyances que l'on attribue aux Celtes, si l'on enfonçait un pieu en bois de sorbier dans la poitrine d'un cadavre, on pouvait l'aider à retrouver son âme t à fixer son esprit, afin qu'il ne vienne plus hanter les lieux où il avait vécu. C'st en s'inspirant de ce pouvoir attribué au bois de sorbier, que ceux qui croyaient en l'existence des vampires en vinrent à faire courir la légende selon laquelle on en venait à bout en leur enfonçant un pieu dans le cœur. Il est vrai que cet arbre a toujours été entouré de mystères, qu'on invoquait et faisait parler les démons sous ses branches, tandis qu'on pensait qu'il protégeait des maladies mortelles et des animaux féroces.









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Mythes et légendes :


Selon Véronique Barrau et Richard Ely, auteurs de Les Plantes des fées (Éditions Plume de carotte, 2014), le sorbier des oiseleurs est "le meilleur défenseur".


Méthodes infaillibles : Les croyances populaires de plusieurs contrées ont élu le sorbier au premier rang des arbres protecteurs. Un objet façonné avec son bois, une croix réalisée avec ses branches ou une grappe de ses baies est réputé être infaillible contre les mauvais esprits, les sorciers et les fées mal intentionnées. De nombreux fermiers d'Europe, tels que les Anglais ou Allemands, choisissaient ce végétal pour confectionner leur baratte avec laquelle ils transformaient la crème de lait en beurre. Grâce à cet outil auquel on attribuait des vertus magiques, les fées et sorcières ne pouvaient corrompre la substance grasse.

Un autre objet fréquemment employé est la croix de sorbier liée par un fil rouge. Les Écossais et les Scandinaves la fixaient au-dessus des ouvertures de leur maison pou repousser les mauvais esprits. Quant aux paysans de Cornouailles, ils la plaçaient dans leur poche en guise d'amulette alors que les Highlanders en cousaient dans la doublure de leurs vêtements. Il est des périodes où deux précautions valent mieux qu'une : la nuit de Beltaine précédant le 1er mai en est un bon exemple. Car en ces heures nocturnes, les sorcières organisent un grand sabbat et réalisent des rituels magiques à base de lait volé dans les étables. Pour contrer ce larcin, les fermiers accrochaient de petites croix à la queue de leur vache puis disposaient des objets similaires au-dessus de la porte des abris animaliers. Cela étant, le sorbier est assez puissant pour repousser les mauvais esprits sans être façonné.

Ainsi, les Irlandais accrochaient un simple rameau à leur lit ou à leur porte en toute confiance. De même, la plantation de cet arbre près des maisons passe dans les Highlands pour protéger les habitants. Les Pyrénéens faisaient pareillement pour s'attirer la sympathie des esprits de la nature.


Même pas peur ! Dans le Danemark d'autrefois, trois trolls vivant sur les terres d'un paysan avaient l'habitude de semer la zizanie lors de la nuit du 30 avril au 1er mai. Si le propriétaire avait oublié par mégarde de rentrer son matériel agricole et de tracer une croix sur ce dernier, les créatures s'amusaient à mettre les herses des charrues à la verticale, voire à brûler le tout !

La seule manière de sauvegarder ses outils de travail consistait à sortir en toute hâte pour apposer un signe chrétien sur chaque objet, quitte à affronter les trolls et leurs gifles... Mais un jeune garçon trouva un soir la parade. Il dessina une croix sur sa joue, enveloppa un rameau de sorbier dans un mouchoir qu'il fixa à son cou puis sortit. Alors qu'il s'apprêtait à réaliser son premier signe, un troll vint lui donner une claque. Mais la croix sur la joue lui brûla la main et l'enfant put terminer sa tâche. Face à la deuxième herse, une autre créature saisit violemment le garçon par le cou et vit sa main se dessécher. Ragaillardi par son succès, le petit se dirigea vers le dernier troll pour lui montrer son talisman végétal et lui expliquer qu'il s'agissait d'un fragment de la croix de Jésus. L'être fit aussitôt demi-tour et, grâce à sa branche de sorbier, l'enfant ne craignit jamais plus les trolls.


Bâton magique : Les finnois considéraient le sorbier comme un arbre sacré, gardé et protégé par une nymphe du nom de Pihlajatar. Selon la mythologie, cette créature était une des suivantes du dieu des forêts. Les bergers avaient coutume de tailler leur bâton dans ce bois. Ils le plantaient au milieu des prés où paissaient leurs troupeaux avant de prier l'être féerique de protéger leurs bêtes."

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Croyances populaires :


D'après Véronique Barrau, auteure de Plantes porte-bonheur (Éditions Plume de carotte, 2012), "lorsque le folklore mentionne des superstitions se rapportant au sorbier, il est fort rare que l'espèce du sorbier en question (sorbier domestique ou sorbier des oiseleurs) soit précisée. Ce dernier se différencie de son "cousin" par ses feuilles dentées sur toute leur longueur et par ses petits fruits ronds et rouges restant pus pou moins longtemps sur l'arbre, après la chute du feuillage.


Sorbier anti-âge : Pour ne pas vieillir prématurément, les habitants de Cornouailles portaient sur eux une croix de fleurs de sorbier, liées par un fil rouge.


Du balai : Le sorbier fut hautement réputé pour ses vertus préservatrices contre différents types de dangers. dans le Connecticut, les proches, redoutant que leurs défunts reviennent hanter les lieux de leur existence passée, pensaient éviter ce phénomène lugubre en plantant un sorbier près des tomes. L'arbre fut plus unanimement reconnu comme un excellent moyen de se protéger des maléfices. En Écosse, les pâtres se servaient d'un balai confectionné avec des branches de sorbier pour mener leurs troupeaux à travers champs. Ils pensaient, de la sorte, pouvoir contrer toute tentative d'enchantements sur leurs bêtes. Dans le même but et à l'instar des Estoniens, ils faisaient franchir à leur bétail un cercle en bois de sorbier chaque 1er mai. L'efficacité de l'arbre s'étendrait aux humains. Un brin de sorbier accroché autour du cou avec du fil rouge ou suspendu au-dessus du seuil des habitations passait en Écosse et en Scandinavie pour écarter les mauvais sorts. Doté de pouvoirs de protection spécifiques, le sorbier serait également capable d'assurer notre défense d'une manière plus globale. Ainsi, les promeneurs des États-Unis et de l'Angleterre du nord cheminaient fréquemment avec un bâton de marche en bois de sorbier pour se garantir de tout péril, qu'il soit d'ordre naturel ou humain. sachez enfin que la présence de sorbiers près de votre maison ou de vos champs serait de bon augure si l'on en croit les Pyrénéens d'autrefois. L'arbre serait en effet capable d'écarter les maladies épidémiques et la foudre mais aussi de refouler les attaques des animaux nuisant aux récoltes.

Le bois du sorbier a la réputation de ne pas travailler. C'est aussi pourquoi une mauvaise plaisanterie locale qualifie de "sorbiers" les travailleurs de l'arsenal de Toulon.


Mauvaises influences : Selon une croyance du XVIe siècle, tout individu ayant été mordu par un chien enragé par le passé devait s'attendre à voir refluer le mal en lui s'il demeurait ne serait-ce qu'un court instant sous un sorbier. Cette superstition, encore répandue dans le Bresse du XVIIIe siècle, fut à l'origine de l'abattage systématique et préventif de ces arbres à cette époque. La corporation maritime islandaise jugeait néfaste l'utilisation du sorbier dans la construction des navires. reconnaissant néanmoins à son bois la particularité d'être particulièrement dense et dur, elle recourait à son utilisation mais l'associant à du bois de saule et de genévrier pour contrer es effets négatifs."

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