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  • Anne

La Brebis



Étymologie :

  • BREBIS, subst. fém.

ÉTYMOL. ET HIST. − Début xiie s. berbis (Lois de Guillaume, 6 dans Littré) ; xvie s. accept. chrét. (Calvin, Serm. sur l’Épître aux Galates, 33 dans Hug. : Il ne faut qu'une brebis rongneuse pour gaster tout le troupeau). Du lat. vulg. berbix (acc. berbicem, ive s., Flavius Vopiscus dans Forc., s.v. berbex) issu de berbex, -ecis « mouton », lui-même altération du lat. class. vervex, soit sous l'infl. de noms d'animaux comme perdrix, soit par l'infl. de nutrix qui expliquerait le passage sém. de « mouton » à « brebis » (v. FEW t. 14, p. 338a). Le type vervex/berbex a éliminé le terme gén. ovicula qui ne subsiste que dans certains parlers de l'Ouest et du Centre sous la forme ouailles*.


Lire aussi la définition pour amorcer la réflexion symbolique.




Symbolisme :

D'après le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"Le symbolisme de la brebis n'est pas différent de celui du mouton ou de l'agneau, lequel dépend étroitement du symbolisme courant dans le christianisme. [...]"





Symbolisme celte :


Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982),


"Le récit gallois du Mabinogi de Peredur dépeint deux troupeaux de moutons, les uns blancs, les autres noirs, séparés par une rivière. A chaque fois que bêlait un mouton blanc, un mouton noir traversait l'eau et devenait blanc ; à chaque fois que bêlait un mouton noir, un mouton blanc traversait l'eau et devenait noir. Sur les bords de la rivière, qui symbolise probablement la séparation entre le monde terrestre et l'au-delà, se dressait un grand arbre, dont une moitié brûlait depuis la racine jusqu'au sommet et dont l'autre portait un feuillage vert. Les moutons blancs devenant noirs symbolisent les âmes descendant du ciel sur la terre ; les moutons noirs devenant blancs figurent au contraire celles qui montent de la terre vers le ciel. Mais il n'est pas certain qu'un tel symbolisme soit antérieur au christianisme ; il peut représenter l'adaptation du principe, formulé par César, suivant lequel il faut une vie humaine pour que les dieux acceptent de rendre une vie humaine. C'est un des principes fondamentaux de la transmigration des âmes.

Les brebis ont, d'autre part, un symbolisme maléfique et diabolique dans le récit irlandais du Siège de Druin Damghaire. Les mauvais druides du roi Cormac, roi d'Irlande en lutte contre la province de Munster refusant de payer un tribut injuste, utilisent trois brebis noires, méchantes, hérissées de piquants de fer, qui viennent facilement à bout de plusieurs guerriers. Ne jouent-elles pas un rôle analogue à celui de Judith décapitant Holopherne ? (Judith, 10, 13).

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Littérature :


Dans L'Homme à l'envers (Éditions Viviane Hamy, 1999), Fred Vargas imagine un personnage de berger, le Veilleux, particulièrement attentif à ses brebis, même quand il est obligé de s'en éloigné :


"Le Veilleux tendit la main vers Camille pour lui demander le portable.

- Il est presque cuit, dit Camille. Faudra le recharger.

- Ça ne durera pas longtemps, marmonna le Veilleux en s'éloignant.

- Qui appelle-t-il ? demanda Camille à Soliman.

- Le troupeau. Il passe un petit coup de fil au troupeau.

Camille haussa les sourcils.

- Et qui décroche ? demanda-t-elle. Une brebis ? Mauricette ?

Soliman secoua la tête, agacé.

- Buteil, évidemment. Mais ensuite... Enfin... Buteil lui passe quelques bêtes. Il l'a déjà fait hier. Il appelle tous les jours.

- Tu veux dire qu'il parle aux moutons ?

- Évidemment. A qui d'autre ? Il leur dit de ne pas se faire de mouron, de bien manger, de ne pas s'alanguir. C'est surtout à la brebis de tête qu'il cause. C'est normal.

- Tu veux dire que Buteil fourre l'écouteur dans l'oreille de la brebis de tête ?

- Oh merde, oui, dit Soliman. Comment veux-tu qu'il fasse autrement ?

- Ça va, dit Camille. Je n'essaie pas de t'énerver. Je me renseigne.

Elle observa le Veilleux, qui, sur le bord de la route, allait et venait avec l'appareil, le visage attentif, accompagnant ses paroles de gestes apaisants. Sa voix grave résonnait jusqu'à elle, elle percevait des morceaux de phrases plus sonores comme "Écoute ce que je te dis, ma vieille". Soliman suivait le regard de Camille.

[...]

- Le Veilleux téléphone au troupeau. Parâit que la brebis de tête n'était pas en forme hier soir, une patte enflée. Psychosomatique. Le vieux est en train de lui remonter le moral. Une brebis de tête qui boîte, c'est tout le troupeau qui va de travers.

- Elle a un nom ?

- Elle s'appelle George Gershwin, dit Soliman avec une grimace. C'est le Veilleux qui a voulu tirer dans le dictionnaire, mais il a ouvert aux pages des noms propres. Après, c'est trop tard pour rectifier, ce qui est dit est dit. on l'appelle George. En tout cas, elle a une patte enflée."

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