Blog

  • Anne

Le Genévrier


Étymologie :

  • GENÉVRIER, subst. masc.

Étymol. et Hist. Fin xiii e-début xive s. gennouvrier (Bib. hist., Maz. 311, fol. 117d ds Gdf. Compl.) ; 1522 [date de l'éd.] genevrier (J. Corbichon, Des vertus et des herbes, à la suite des Prop. des choses, ds Delb. Notes mss). Dér. de genièvre ; suff. -ier*; cf. le topon. Genevreres Hte-Marne 1147 (A. Roserot, Dict. topogr. Hte-Marne, 1903, p. 77a).

  • GENIÈVRE, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. Fin xie s. judéo-fr. jenevre « genévrier » (Raschi Darm. ds DEAF, s.v. geneivre, 471, 11) ; ca 1165 geneivre (B. de Ste-Maure, Troie, 3871 ds T.-L.) ; 1377 genievre (Gace de La Buigne, 8673, ibid.) ; 2. « baie de genièvre » [fin xie s. judéo-fr. (Raschi Blondh. I, 603a ds DEAF, loc. cit. 471, 36, v. son commentaire)] ca 1256 genoivre (A. de Sienne, Rég. du corps, 157, 14 et 15 ds T.-L.). Du lat. class. juniperus « genévrier » devenu *jeniperus (cf. b. lat. ziniperus, lat. des gl. giniperus CGL 535, 21, geniperus, id. 607, 9 ds TLL s.v., 662, 44-46). DEAF 470, reprenant l'hyp. de J. Brüch ds Z. fr. Spr. Lit. t. 54, p. 341 sqq. (v. aussi Fouché, p. 426), explique le changement de ju- en je- par palatalisation, sous l'infl. de j-, de la voyelle atone, puis dissimilation par rapport à -i- accentué. La forme genièvre pourrait s'expliquer p. anal. entre genévrier/genièvre et des groupes tels que lévrier/lièvre, FEW t. 5, p. 76a ; v. aussi Fouché, p. 281.


Lire aussi la définition des noms genévrier et genièvre pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Juniperus communis ; Calève ; Calée ; Chèné ; Gnèbre ; Grassi ; Hènebrié ; Jéjé ; Jénouaf ; Jugnouré ; Nibrilhé ; Përtrieu ; Pétron ; Pétrot ; Ragayou.

*

*


Botanique :





*




Histoire d'arbres :

Dans la série éponyme d'Arte, on peut découvrir un épisode consacré à un bonsaï de genévrier multicentenaire, objet de toutes les attentions des hommes...

*

*




Usages traditionnels :


Alfred Chabert dans De l'emploi populaire des plantes sauvages en Savoie (in Bulletin de l'Herbier Boissier, Vol. III, nʻ5-6-7, sous la direction de Eugène Autran, Genève, 1895) évoque les baies de genièvre :


Contre le rhumatisme, l'arthritisme : [...] bois de genièvre, Juniperus communis et alpina. Les fumigations de baies de genièvre se font dans les lits où dorment les rhumatisants chroniques ; on les pratique aussi dans le lit où vont se coucher les nouveaux mariés et parfois on dissimule en même temps sous le drap une cuvette remplie d'eau fraîche. Celui des époux qui se couche le premier s'inonde et sent ainsi calmer son ardeur.

*

*

Selon C. Busser, auteur de "Baies, fruits et pseudo-fruits toxiques utilisés en médecine populaire ou en phytothérapie" (in Phytothérapie Numéro 1 : 31–3, 2007), le Genévrier (Juniperus communis L. Cupressaceae) est intéressant quand :


Genévrier avec baies de trois ans mûres pour la récolte.


Botanique : Arbuste ou arbrisseau dioïque, touffu, à croissance très lente, présent en montagne jusqu'à 2 000 mètres d’altitude et pouvant atteindre 6 mètres de hauteur. Les feuilles piquantes d’environ 1,5 cm de long sont disposées par groupes de 3 sur 6 rangs, et possèdent une large rayure plus claire sur la face supérieure.

La première année après la fécondation, les cônes femelles deviennent fructifères et sont appelés « baies » ; ils sont verts et ne mûriront que la deuxième année et deviendront noirs. En général, ils sont récoltés la troisième année.


Usages populaires : Les fruits sont utilisés comme diurétiques et contre les rhumatismes en infusion en Alsace et dans le département des Vosges : « Pour guérir les rhumatismes, prenez des cendres de bois de genièvre, mettez-les sur le mal, frottez le mal avec une pièce de flanelle qui aura reçu la fumée du bois de genièvre, et puis entourez le mal avec la même flanelle. » (Ban-de-Laveline).

Les fruits sont utilisés parfois contre l’hypertension : l’effet est démontré sur l’animal, mais déconseillé en cure prolongée.

« Si on urine du sang ou si on n’urine plus : prendre des baies de genévrier a` croquer suivant un rythme de neuf : une baie le premier jour, deux le deuxième jour... jusqu'à neuf, puis décroître a` nouveau (Orbey). Autre variante vosgienne : une série de neuf baies de genévrier mais prises en décoction (Vosges). La neuvaine de genièvre était appelée Rakholderkür chez les marcaires du Haut Florival et prise en cure de jouvence, pour lutter contre l’âge.

En cas de maux d’estomac (eau-de-vie ou infusion de baies ou a` croquer) ; en digestif ou en apéritif : « 40 morceaux de sucre et un verre de baies vertes ; tremper dans de l’eau et de l’eau-de-vie a` parts égales ; laisser 20 jours au soleil ; passer et ne pas cuire » (Basses Huttes), les baies vertes sont meilleures, plus parfumées (Orbey).

« Pour guérir la matrice des femmes... il faut prendre un peu de flanelle et faire un petit feu avec des branches de genièvre, en patois henove, que l’on applique de suite sur le ventre de la femme. L’eau impériale est bonne aussi. » (Ban-de-Laveline) Les anciens savaient le genièvre toxique à forte dose, mais faisaient des fumigations avec le bois contre les douleurs (ou contre les épidémies, mettant à profit les propriétés antiseptiques de l’essence de genévrier).

Le fruit du genévrier était distillé ; les fruits utilisés pour aromatiser les choux, pour saler et fumer le cochon (Orbey). Les baies renferment de 0,5 à 2 % d’une huile essentielle riche en monoterpènes et monoterpénol (terpinène-4-ol responsable de la diurèse), ainsi que des principes amers a` l’origine de l’activité digestive. On a démontré un effet antiviral des baies sur le virus de l’herpès (lignanes telle la désoxypodophyllotoxine).


Mode d’emploi recommandé aujourd’hui : En cas de troubles digestifs accompagnés de crampes, de flatulences, de ballonnements : 2,5 g de baies (1 cuillère à café) de genièvre broyées infusées 10 minutes dans 150 ml d’eau bouillante puis filtrer ; en prendre de 1 a` 3 tasses par jour avant les repas.

En cas de troubles urinaires : préparer une décoction de 10 g de baies pour 750 ml d’eau bouillante, laisser bouillir 20 minutes et filtrer. Boire 2 ou 3 tasses par jour.

En cas de rhumatismes, tendinites et douleurs musculaires : l’huile essentielle sera utilisée à 3 ou 5 % dans une huile végétale de qualité pour faire des frictions locales 2 ou 3 fois par jour.


Précautions d’emploi : Les baies de genièvre seront évitées pendant la grossesse et en cas d’inflammation des voies urinaires ou d’insuffisance rénale. Il est impératif de veiller à une posologie raisonnable et adaptée au sujet, c’est ce que faisaient « sagement » les utilisateurs en prenant progressivement (rythme d’augmentation et diminution des quantités), car, en cas d’usage prolongé, une odeur de violette dans les urines peut apparaître (signe de surdosage) par irritation rénale, avec albuminurie et hématurie.

Selon Fintelmann et Weiss (Com. E en Allemagne), l’effet néphrotoxique n’a jamais été démontré ou alors à très forte dose chez l’animal. Cet effet aurait été attribue´ a` tort a` l’huile essentielle de genévrier en raison de sa parente´ chimique avec l’huile essentielle de térébenthine, qui provoque, elle, des lésions rénales. L’usage de la plante ne devra pas excéder cinq a` six semaines consécutives.

Les laboratoires homéopathiques français préparent une teinture mère à base de cônes fructifères frais ou séchés connus sous le nom de « baies » de genièvre.

*

*




Symbolisme :


Louise Cortambert et Louis-Aimé. Martin, auteurs de Le langage des fleurs. (Société belge de librairie, 1842) nous livrent leur vision de cette petite fleur :


Hiver - Février.

GENEVRIER COMMUN - ASILE, SECOURS.


Les anciens avaient consacré cet arbuste aux Euménides ; la fumée de ses rameaux verts était l'encens qu'ils offraient de préférence aux dieux infernaux ; on brûlait ses baies pendant les funérailles, pour en écarter les maléfices. Le simple villageois de nos campagnes croit encore que le parfum des grains de genièvre purifie l'air, et écarte les mauvais génies de son humble toit. Les Anglais et les Chinois aiment à décorer leurs jardins de cet arbre sauvage, qui se panache quelquefois d'un jaune doré, mais qui se plie toujours difficilement à la culture ; libre, il aime à croître sur la lisière des forêts : des êtres faibles et timides cherchent souvent un asile sous ses longues branches qui couvrent le sol ; le lièvre aux abois vient avec confiance se blottir sous ses tiges, dont l'odeur forte met les chiens en défaut ; souvent la grive lui confie sa famille et s'engraisse de ses fruits , tandis que l'entomologiste vient étudier, autour de ses rameaux hérissés d'épines, mille insectes brillants, qui n'ont point d'autres défenses, et qui semblent deviner que cet arbre est destiné à protéger leur faiblesse.

*

*

Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Genévrier (Juniperus communis) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Masculin

Planète : Soleil

Élément : Feu

Pouvoirs : Protection ; Exorcisme ; Charme contre les voleurs.


La Madone fuyait avec l'Enfant Jésus les soldats d'Hérode. Les genêts et les pois chiches claquaient de peur et allaient les trahir ; le lin se hérissa ; heureusement un Genévrier hospitalier ouvrit ses branches et cacha la Vierge avec l'Enfant. Alors Marie maudit les genêts et les pois chiches, les condamnant à claquer pour toujours. Elle pardonna au lin sa faiblesse et donna sa bénédiction au Genévrier.

Si l'on en croit Bochus, les poutres du temple de Diane à Sagonte, miraculeusement épargné par Hannibal, étaient en bois de Genévrier.


Utilisation magique : Cette plante, lorsque ses rameaux sont chargés de baies, fut probablement le premier aromate employé comme parfum à brûler en Europe occidentale; au V- siècle de notre ère, les sorcières italiennes et espagnoles en faisaient des fumigations sur des collines telluriques pour éloigner les envahisseurs barbares.

En Russie blanche, on frappait sur tous les trous, sur toutes les fissures de l'isba avec des branches de Genévrier de peur que les mauvais esprits s'y faufilent avec les maladies; dès que les esprits malveillants s'approchent de la maison et sentent le genièvre, ils s'en éloignent.

Dans le district de Waldeck, en Prusse, lorsque les enfants tombaient malades, les parents apportaient de la laine et du pain dans un bouquet de Genévrier, en engageant les mauvais esprits à manger, à filer, et à oublier le petit enfant. On connaît même une Fräu Wachholder qui personnifie le Genévrier et en est le génie. On l'invoque pour se faire rendre par les voleurs tout ce qu'ils ont emporté.

*

*

Selon Annie Pazzogna, auteure de Totem, Animaux, arbres et pierres, mes frères, Enseignement des Indiens des Plaines, (Le Mercure Dauphinois, 2008, 2012, 2015),


"Appelé Juniper tree ou Cedar tree par les Amérindiens, Genévrier revêt maints aspects et possède de nombreux habitats. "Les Oiseaux-Tonnerre aiment, paraît-il à se percher dans ses branches." C'est un arbre robuste qui peut pousser à une belle altitude dans les Rocky Mountains ou en milieu désertique comme en Arizona ; les forêts ou les talus ont sa préférence.

Genévrier plat est utilisé en fumigations pour apporter calme, acceptation et paix intérieure. Il dissout les formes pensées.

Autrefois, il était utilisé en Europe pour combattre les épidémies de choléra ou assainir une habitation après un hiver rigoureux, calfeutré.

Il peut être présent pour le remplissage de la Pipe Sacrée ainsi que artemisia ludoviciana appelée "sage ou peji hota" par les Lakota.


Lors des cérémonies de nuit, Hante des Quatre Directions est sollicité ; c'est l'expir.

Hante Wiyohpeyata... Cèdre de l'Ouest

Hante Waziyata... Cèdre du Nord

Hante Wiyohiyanpata... Cèdre de l'Est

Hante Itokahata... Cèdre du Sud


Pour les cérémonies du jour, ce chant est adressé aux Quatre Vents ; c'est l'inspir.

Tate Wiyohpeyata... Vent de l'Ouest

Tate Waziyata... Vent du Nord

Tate Wiyohiyanpata... Vent de l'Est

Tate Itokahata... Vent du Sud


Hante peut être majestueux comme Red Cedar qui fait partie de cette famille. Il est actuellement décimé dans la forêt canadienne, victime de la beauté de son bois et de la facilité à le travailler.

Par sa parure constante, verte ou bleue, Genévrier symbolise l'immortalité. Par son odeur, il permet une verticalité nous menant dans le monde des étoiles. Il nous apporte régénération, purification, paix et confiance. Il est le gardien de la vibration.

Certains Contraires, Heyoka, "cueillent" Genévrier afin qu'il devienne Arbre de leur Danse du Soleil. Il est alors "plant" en direction intermédiaire dans l'aire et le Danseur lui tourne le dos. Entre le Ciel et la Terre, l'homme a dominé sa condition. Genévrier symbolise alors le tunnel qui permet à l'être descendu dans la matière de refaire en sens inverse le chemin vers la Lumière.

Genévrier est séché, émietté, parois pulvérisé et mis en petits sacs. Sa fumée "honore" les six premières pierres entrées dans la Hutte à Sudation qui représentent les grandes forces des Six Directions. Antiseptique, digestif, avec la vapeur, il redonne vitalité aux êtres épuisés, éloigne les pensées délétères ; il permet la maîtrise.

Lors de la Danse du Soleil, Hante est présent en constance pour éloigner le doute et la peur, ces fausses émotions, et "relever" les Danseurs."

*

*