Symbolisme du tambour :

     D'après le Dictionnaire des symboles (1969, édition revue et corrigée 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, "le bruit du tambour est associé à l'émission du son primordial, origine de la manifestation, et plus généralement au rythme de l'univers. Tel est son rôle comme attribut de Shiva (damaru) ou de la Dâkini bouddhique. Dans ce second cas , le rythme est lié à l'expansion du Dharma, à propos duquel le Bouddha évoque le tambour d'immortalité. Le damaru est en forme de sablier : le point commun aux deux cônes opposés est le bindu, germe de la manifestation, à partir duquel se développent, se déroulent les rythmes cycliques.

     Dans la Chine ancienne, le tambour est associé à la course apparente du soleil et, ce qui n'est pas différent, au solstice d'hiver : le solstice est l'origine de cette course dans sa phase ascensionnelle, le début de la croissance du yang. C'est aussi pourquoi le roulement du tambour accompagne le tonnerre. Dans la même perspective, on l'associe à l'eau, élément du nord et du solstice hivernal, à l'outre céleste, à la foudre, à la forge, au hibou, ces derniers symboles étant liés au solstice d'été, donc au point maximum de la dominante yang. Il est de fait qu'au Laos l'usage rituel du tambour appelle la pluie bienfaisante, la bénédiction céleste. Mais selon le bois utilisé, l'époque de fabrication, la conformité rituelle, l'effet peut en être bénéfique ou maléfique, les influences qu'il évoque n'étant pas uniformément favorables. Le tambour africain appelle évidement de manière analogue la descente des faveurs célestes.

    L'usage du tambour de guerre est aussi, fort naturellement, en rapport avec le tonnerre et la foudre, sous son aspect destructeur. En Inde, il est en conséquence associé à Indra.

     Le tambour est le symbole de l'arme psychologique, qui défait de l'intérieur toute résistance de l'ennemi ; il est considéré comme sacré, ou comme le siège d'une force sacrée ; il gronde comme la foudre ; il est oint ; il est invoqué, il reçoit des offrandes :

Va dire à nos ennemis le manque de courage

et la désespérance, ô tambour !

révolte, trouble, effroi, voilà ce que nous lui insufflons :

abats-les, ô tambour !

Toi qui es fait de l'arbre et de la peau des vaches rouges,

Ô bien commun à tous les clans,

va dire l'alarme à nos ennemis...

... Que les tambours hurlent à travers l'espace

lorsque s'en vont défaites les armées ennemies,

qui s'avançaient par lignes !

(Attharva Véda, 5-21)

     Non seulement il sonne l'alarme et l'offensive, mais il est aussi la voix même des puissances protectrices, de qui viennent les richesses de la terre : Toi qui es fait de l'arbre et de la peau de la vache rouge... Comme pour Arès et Mars des traditions grecques et romaines, le tambour se rattache au Dieu de la guerre, Indra, qui est en même temps le Dieu protecteur des moissons.

     Des tambours magiques sont utilisés par les chamans des régions altaïques pour les cérémonies religieuses. Ils répètent le son primordial de la création et introduisent à l'extase. Ils semblent représenter deux mondes, séparés par une ligne ; parfois un arbre de vie traverse cette ligne ; le monde supérieur est céleste et apaisé, ou dansant ; le monde inférieur semble celui des combats entre hommes, de la chasse, de la cueillette ; le tambour sert probablement aux initiations et scande les rites de passage, qui introduisent l'homme dans la sécurité, plus fort et plus heureux, plus proche de la puissance céleste. Le tambour est comme une barque spirituelle, faisant passer du monde visible à l'invisible. Il se rattache aux symboles de la médiation entre le ciel et la terre. Le chaman façonne son tambour avec une branche de l'Arbre cosmique, au cours d'un rêve initiatique. Chaque fois qu'il se sert de son tambour, le chaman est donc en communication avec l'Axe du monde, ce qui lui permet de pénétrer dans un monde divin. Le tambour, orné de figures symboliques, est, à lui seul, un microcosme : il est le cheval du chaman et c'est lui qui le transporte dans ses voyages mystiques. Il rythme les séances de magie du chaman ; il est vraiment un instrument de l'extase.

     Chez les Lapons le tambour sert aussi à la divination, chez les anciens Samoyèdes, le tambour portait le nom d'arc : arc musical, arc d'harmonie, symbole de l'alliance entre les deux mondes, mais aussi arc de  chasse qui lance le chaman comme une flèche vers le ciel.

     Chez les Maya-Quiché, il est la représentation symbolique du tonnerre, puissance de mort et de fécondité.

     Dans le Soudan central et oriental, c'est un tambour qui contient les animaux et les graines des plantes qu'un Dieu apporte aux hommes. Il est le symbole de la fécondité, la graine des graines.

     Mais, bien plus, il est en Afrique étroitement associé à tous les événements de la vie humaine. Il est l'écho sonore de l'existence.

     Instrument africain par excellence, disent des spécialistes du Continent noir, le tambour est au sens plein du mot le Logos de notre culture, s'identifiant à la condition humaine dont il est l'expression, à la fois roi, artisan, guerrier, chasseur, jeune homme à l'âge de l'initiation;, sa voix multiple porte la voix de l'homme, avec le rythme vital de son âme, avec tous les remous de son destin. Le tambour récapitule également la dimension féminine de l'homme. Il s'identifie à la condition de la femme et seconde la marche de son destin. Aussi n'est-il pas étonnant de voir, dans certaines fonctions spéciales, le tambour naître avec l'homme, pour mourir avec lui.

     Dans toutes les cultures, on peut donc dire du tambour qu'il est une cratophanie ouranienne (mâle) ou chtonienne (femelle) et associé, en ce dernier cas, au symbolisme de la caverne, de la grotte, de la matrice : on dit du son du tambour qu'il prend au ventre.

     Annie Pazzogna, auteure de Totem, animaux, arbres et pierres, mes frères, Enseignement des Indiens de Plaines, (Le Mercure Dauphinois, 2008, 2012 et 2015), s'interroge sur l'origine du Tambour, dans la tradition des Indiens des Plaines et en particulier du peuple Lakota :

Lien entre l'animal et l'arbre

Qui se souvient de l'origine du tambour ?

    Les Anciens perçurent très tôt qu'en évidant un tronc d'arbre et en recouvrant les deux extrémités de peaux crues mouillées qui prennent forme en séchant et en les reliant, un son s'amplifiait lors de la frappe. Ce son connectant les deux hémisphères du cerveau humain, les hommes peuvent alors joindre l'Univers comme avant la modification du monde primordial.

     Le lien entre l'"animal et l'arbre existant, par l'espèce et l'essence choisies, le ton interpelle les esprits intercesseurs. Les animaux, eux, n'ont jamais été séparés du Grand Mystère.

      Dans Entrer dans le Jardin Sacré, Un guide pour voyager dans les monde spirituels (2003, traduction française Ariane Éditions Inc. 2004) ), Hank Wesselman apporte un éclairage précieux qui prend en compte les connaissances actuelles du monde moderne : 

     "Il est bien connu également que le stimulus physique intense procuré par le son monotone du tambour et du hochet, combiné à un rituel et à une cérémonie culturellement significatifs, comportant prière, chant, psalmodie et danse, peut amener la conscience à un mode de perception visionnaire. Il n'est pas étonnant que l'emploi des tambours et des hochets chez les adeptes du sacré soit presque universel. [...]

     Certaines personnes répondent mieux au tambour et d"autres, au hochet.

     La fréquence de ce rythme corresponde à ce que les neurophysiologues appellent le rythme thêta des ondes cérébrales, qui comporte, chez l'humain, de quatre à sept impulsions lancées à la seconde par le cerveau. On a enregistré de telles ondes cérébrales chez les yogis et les maîtres zen pendant qu'ils étaient en profonde méditation. On a en a également enregistré chez des chamans pendant leurs transes de vision. Cela permet de supposer que la vibration sonore des instruments serait la "souris" qui double-clique sur le programme. [...]

     Je relaxe mon corps physique par quelques respirations profondes et le rejet de toute tension, puis je me laisse porter par le son du tambour ou du hochet en commandant à mon inconscient, que les autochtones hawaïens appellent "l'âme inférieure", d'ouvrir le passage intérieur qui s'y trouve. C'est là, en effet, que se trouve la porte du monde spirituel.

     Un psychologue forme en Occident vous affirmera probablement avec conviction qu'une telle porte intérieure n'existe que si vous y croyez, alors qu'un chaman vous affirmera avec la même conviction que cette porte a toujours été là et qu'il suffit de l'ouvrir pour voyage dans le monde invisible. Comme j'ai découvert son existence ne moi tout à fait par accident, je penche naturellement pour l'affirmation des chamans. Dorénavant, j'écoute tout simplement le tambour ou le hochet en déplaçant l'attention de ma conscience de l' "ici" au "là-bas", où que ce là-bas soit. Alors, la porte s'ouvre et je pars.

     J'aimerais préciser ici que le chaman est toujours conscient, dans une certaine mesure, de ce qui se passe physiquement autour de lui quand il est dans un état de transe visionnaire. Cela veut dire que vous entendrez le son du tambour ou du hochet pendant votre "voyage". En fait, c'est ce son qui vous mènera à destination et vous ramènera. C'est lui qui assurera le lien entre votre corps physique et le monde spirituel. Tant que vous l'entendrez, vous ne vous perdrez pas. [...] Rappelez-vous que le son du tambour ou du hochet n'est pas seulement la souris qui double-clique sur votre programme, mais aussi l'agent qui sert de lien entre l' "ici" et le "là-bas".

 

 

 

     David Carson, auteur de Communiquer avec les animaux totems, Puisez dans les qualités animales une aide et une inspiration au quotidien (Watkins Publishing 2011 ; traduction française Véga 2011) précise à son tour ces quelques données sur le tambour du chaman :

     "Au fil des siècles, les chamans ont raconté l'histoire du "don du cheval", le tambour, appelé souvent "cheval" du chaman. Le son de ce cheval-tambour pouvait ressembler à des sabots galopants et à d'autres rythmes percussifs altérateurs de conscience. Le Battement du tambour est considéré comme masculin et le silence entre ces battements, féminin. Le chaman produisait ce son et était transporté vers d'autres mondes où il rencontrait des esprits animaux et d'autres êtres surnaturels.

     Chaque tambour a sa propre vibration et résonance, et tous les tambours chamaniques sont sacrés. Ils'agit d'un cercle de cuir étiré et attaché à une forme de bois creuse. Cette forme représente l'univers et comme elle est en bois, elle nous relie à l'Arbre Monde, qui est au centre de la vie. Le tambour est circulaire et représente aussi bien l'infini que le cercle humain. Les attaches symbolisent les divers clans, liés entre eux de façon sacrée. Le tambour est généralement décoré, conception et dessin ayant été inspirés à son propriétaire lors d'une vision ou d'un rêve. On trouve parfois aussi des disques de métal, fétiches animaux, cordons de tabac ou autres objets fixés sur l'instrument."

     3 Cercles

     Il était bien tard dans la prairie. L'aube avait vu naître le phénomène le plus étrange que, de mémoire d'indien, on ait pu observer depuis des lunes.

     Par petits groupes, par familles, par clans, venant des 4 directions et des 3 horizons, les femmes et les hommes, les enfants, les Anciens marchent, certains depuis un cycle de lune. Mus par une certitude, un appel ou le rappel de certains Anciens dont c'est la fonction, ils convergent tous maintenant dans la plaine qui mène à Rock Hill. Du matin au soir, ils sont arrivés, se sont installés près de la source, se sont reconnus, salués, fraternité ancienne reconstituée pour cette cérémonie. Ils ont emmené leurs animaux, bien sûr, visibles et invisibles, et leurs alliés des différents mondes... Les animaux totalement libres se sont aussi joints à eux naturellement. Car tous les règnes son conviés ce jour-là. Pendant toute la journée, ils ont édifié un campement dont il ne subsisterait aucune trace à leur départ. Ils ont coupé du bois, remerciant chaque arbre, pour nourrir le feu. A mesure de leur installation, l'atmosphère changeait imperceptiblement d'abord, puis peu à peu, la transformation est devenue palpable.. Ils ont puisé de l'eau à la source. Se sont restaurés. Et puis, la dernière famille est arrivée. Et la cérémonie a débuté.

     Chacun était maintenant assis dans la plaine près de Rock Hill, formant un triple cercle autour du feu.

 

     LA FABRICATION D'UN TAMBOUR

(tradition amérindienne)

 

 Ensuite, mon grand-père resta étendu sur son plancher raboteux, il ignorait combien de temps. Des larmes s’échappaient du coin de ses yeux, roulaient sur ses joues et formaient des flaques dans ses oreilles. Sa fille était venue le voir depuis l'autre côté de la vie, mais bien qu'il voulût désespérément la rejoindre, il savait que sa visite était expressément destinée à lui donner une raison de ne pas mourir tout de suite. Elle lui avait confié une tâche censée le garder sur cette terre.

     Il ne s'y mit pas tout de suite. Il devait assimiler tout ce qui s'était passé. Il se souvint d'avoir entendu parler de grands cèdres mis de côté le temps que passent les générations. Ce bois était séché dans un endroit particulier où il gagnerait en vigueur et en résonance. A chaque génération, quelques hommes et femmes avaient été choisis pour s'en occuper, lui rendre visite et lui parler, le mettre au courant de l'histoire tribale et fumer la pipe avec lui. Ceux qui avaient été choisis avaient toujours été les plus doux et les plus sérieux ceux en qui tous avaient confiance. [...] Shaawano ne pouvait donc pas s'empêcher de trouver impossible d'être celui, parmi tous ceux de sa génération, qui utiliserait le bois dont, au fil du temps, son peuple s'était occupé avec tant de dévouement. Il n'arrivait pas à croire qu'il pouvait lui revenir de fabriquer le tambour. [...]

La Force du Tambour

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