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  • Anne

La Jonquille



Étymologie :

  • JONQUILLE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. 1596 bot. iouquille [on a proposé de voir dans cette forme une coquille; notons cependant qu'elle est correctement placée entre jouir et jour] sans indic. de genre (Hulsius) − 1628, Stoer d'apr. FEW t. 5, p. 67a, note 9 ; 1660 ionquille (Oudin Fr.-Esp.) ; 2. 1715 couleur de jonquille (doc. ds J.-J. Guiffrey, Inventaire général du mobilier de la Couronne sous Louis XIV, t. 1, p. 325) ; 1748 adj. de couleur (Livre-journal de Lazare Duvaux, éd. L. Courajod, II, 2 ds IGLF : moulures en vernis jonquille). Empr. à l'esp. junquillo (dep. 1192, Junquello, n. propre d'apr. Cor., s.v. junco; terme de bot. 1599, Percivale d'apr. Al.), dér. dimin. de junco (jonc*). Le genre fém. du mot fr. a été prob. déterminé par la finale.


Lire également la définition du nom "jonquille" pour amorcer la réflexion symbolique.




Botanique :


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Symbolisme :

Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Comme pour la primevère et la violette, il ne faut jamais avoir une seule jonquille chez soi mais une botte, sous peine d'attirer l'infortune.

Au pays de Galles, celui qui trouve sa première jonquille du printemps aura "plus d'or que d'argent" dans l'année. en tout cas, la première jonquille de la saison porte chance.

D'après Nicole Parrot, auteure de Le Langage des fleurs (Éditions Flammarion, 2000) :


"La jonquille offre son respect tout comme elle apprécie que l'on respecte la personne aimée. Ce qui ne l'empêche pas de s'écrier sans retenue : "je me languis de désir". C'est net et honnête. Cependant, que l'on se rassure, elle ajoute : "je me languis d'amour". Elle peut aussi faire cette intéressante déclaration : "je donne l'amour des belles lettres", et parfois, confie à l'attention de rares privilégié(e)s : "pour vous, j'ai écrit ce sonnet".

Exactement ce que fit Charles de Saint Maur de Montausier qui, en 1641, offrit à sa fiancée, Julie de Rambouillet, La Guirlande de Julie, recueil de poésies dédiées à chaque bouquet envoyé quotidiennement durant leurs fiançailles. Il s'emballe ainsi sans la nommer pur la modeste jonquille :


"Dans la Fable, ni dans l'Histoire

Il ne se parle point de moy ;

Mais la passion véritable

Que vous témoigne ma couleur

Plus qu'une illustre fleur

Me doit rendre recommandable".


Avant d'en parsemer le sol, sous les pieds de l'Enfant Jésus et de la Vierge aux rochers, Léonard de Vinci, comme le montrent ses croquis préparatoires, l'étudie longuement, pétale après pétale. Au début du XIXe siècle, les premiers touristes globe-trotters à la découverte de la Chine s'émerveillent de voir les barques croulant sous les jonquilles apporter de la campagne de quoi ffleurir Canton et u fêter le nouvel an chinois.

Et Hugues Auffray les chante dans nos mémoires : "Des jonquilles aux derniers lilas".

Pas de doute, la jonquille ne manque pas d'admirateurs.


Mot-clef : "Aveu sans retenue"

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Littérature :


Les Jonquilles


J'allais solitaire ainsi qu'un nuage

Qui plane au dessus des vaux et des monts, Quand soudain, je vis en foule - ô mirage ! - Des jonquilles d'or, une légion. A côté du lac, sous les branches grises, Flottant et dansant gaiement à la brise.

Serrées comme sont au ciel les étoiles Que l'on voit scintiller sur la Voie Lactée, Elles s'étendaient sans un intervalle Le long du rivage, au creux d'une baie. J'en vis d'un coup d’œil des milliers, je pense, Agitant leurs têtes en une folle danse.

Les vagues dansaient, pleines d'étincelles, Mais se balançaient encor plus allègrement, Pouvais-je rester, poète, auprès d'elles Sans être gagné par leur engouement ? L’œil fixe, ébloui, je ne songeais guère Au riche présent qui m'était offert :

Car si je repose, absent ou songeur, Souvent leur vision, - ô béatitude ! - Vient illuminer l’œil intérieur Qui fait le bonheur de la solitude, Et mon cœur alors débordant, pétille De plaisir et danse avec les jonquilles !


William Worsworth, "Les Jonquilles" in Poèmes, 1807 ; traduction F. R. Daillie, Gallimard, 2001.

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Le Narcisse et la Jonquille


Es-tu narcisse ou jonquille ?

Es-tu garçon, es-tu fille ?

Je suis lui et je suis elle,

Je suis narcisse et jonquille,

Je suis fleur et je suis belle

Fille.

Robert Desnos, "Le Narcisse et la Jonquille" in Chantefables et Chantefleurs, 1952.

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