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Le Cerf (suite)

  • Photo du rédacteur: Anne
    Anne
  • 10 août 2019
  • 47 min de lecture

Dernière mise à jour : 5 févr.



Suite de l'article commencé en 2015 et que vous pouvez lire ici.



Symbolisme astrologique :


Gabriel, le créateur du Site Zooastro.com propose de trouver son animal astral en fonction de la position du Soleil et de la Lune dans notre thème :


Le Cerf ou la Grande Évasion : Le Cerf, animal astral herbivore, s’exprime dans des actions fusionnelles et fugitives qui le rendent indifférent à toute forme de différenciation, d’opposition ou de conflit. Il tend vers une réceptivité perpétuelle et infinie, dans une volonté de communion avec l’univers. Il vit sous le règne du sentiment et des émotions, éclipsant l’intellect et la raison séparative. Très demandeur  de quitter ses repères et de dépasser ses frontières, l’Herbivore recherche une forme de marginalité pour mieux imaginer un monde nouveau, un ailleurs magnifique dont personne ne sait, de son vivant, s’il s’agit d’une intuition ou d’une illusion.

Parmi les Herbivores, le Cerf se distingue par son attirance pour ce qui brille, la gloire et la puissance. Il manifeste un goût pour ce qu’il y a de mieux et de plus démonstratif. Avec une âme d’enfant-roi, il a un grand besoin d’attention et de lumière. Cette soif de légitimité l’attire vers des personnes incarnant le commandement, la dignité, ou le prestige… La distinction dans le regard de l’autre est l’une des motivations de ses actions. Certainement un peu égocentrique et théâtral, il reste néanmoins lucide, et réaliste dans ses ambitions. Quoi qu’il en soit, ce besoin de reconnaissance est certainement son point sensible.


Les particularités du Cerf : Cette nature démonstrative et généreuse met ses qualités au service d’une volonté d’évasion. Le Cerf a avant tout besoin de se sentir considéré. Il cultive des valeurs personnelles dont il sait pouvoir recueillir un écho favorable chez la personne ou le public ciblé : Audace, générosité, loyauté… Le Cerf dégage une noblesse de cœur ou développe son physique dans le but d’un dépassement mystique de toutes les contraintes qu’impose sa société. Sa culture d’origine n’est pas sa cible principale. Il cherche à voyager grâce à son charisme, grâce au regard de l’autre et à l’admiration qu’il peut provoquer chez autrui. Chez le Cerf, le dépassement des limites est rendu possible par la distinction.

Comme un soleil lassé de ne briller que pour les siens, le Cerf répand sa lumière sur la terre entière. Il aime jouer un rôle qui le met en valeur. Il est donc un vecteur d’embellissement du monde en tirant l’autre vers la lumière d’un idéal. Sa vie est riche d’actions héroïques et de passions romantiques dignes de romans tels que Tristan et Iseult. Il est ambigu car il est théâtral et franc à la fois, irréaliste et en même temps très soucieux de son prochain. Le Cerf est capable de se sacrifier, et de rendre admirable son hallali. Le drame est peut être son art préféré. Il vit donc dangereusement, et ses défenses ne sont parfois pas à la hauteur de son exposition. 


Les pouvoirs du Cerf : Le Cerf est un idéaliste magnifique. Il a le sens du sacré, et sa noblesse force l’admiration au-delà des frontières de sa communauté. Avec le temps, il est reconnu à l’étranger, ou pour son rôle joué à l’étranger.

Le natif du Cerf aura tout intérêt à s’orienter vers une activité qui exalte son désir d’évasion sociale et d’ouverture sur l’étranger, basée sur un besoin de reconnaissance. Il aura une prédisposition pour le théâtre, le spectacle et la photographie. Sa capacité à faire lever les yeux au-delà des frontières sera profitable dans des carrières médiatiques, lors des grands événements internationaux. Quel que soit le domaine qu’il choisira, il cherchera à donner à son image une portée universelle.


Ex : St Thomas More, Mikhail Gorbachev, Yann Arthus-Bertrand. [Soleil Poissons / Lune Lion]

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Symbolisme celte :

Selon le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"Un signe net de l'importance du cerf dans la symbolique celtique est la fréquence relative de son apparition dans l'iconographie ou la légende. Une divinité gauloise porte le nom de Cernunnos, celui qui a le sommet du crâne comme un cerf. Elle est représentée sur le chaudron d'argent de Gundestrup, assise dans la posture bouddhique, tenant d'une main un torque et de l'autre un serpent, entourée d'animaux les plus divers, et notamment d'un cerf et d'un serpent : peut-être faut-il voir dans ces bois de cerf surmontant la tête du dieu un rayonnement de lumière céleste.

Un autre monument remarquable est celui de Reims où Cernunnos est représenté en dieu de l'abondance. On en connaît plusieurs autre. Cependant, il semble bien que le dieu doive être compris comme le maître des animaux. En Irlande, le fils du grand héros du cycle ossianique, Find, s'appelle Oisin (faon), tandis que saint Patrick se métamorphose et métamorphose ses compagnons en cerfs (ou en daims) pour échapper aux embûches du roi païen Loegaire : il agit ainsi en vertu de l'incantation ou procédé magique appelé feth flada, lequel procurait normalement l'invisibilité. Le symbolisme du cerf dans le monde celtique est donc très vaste et il a trait certainement aux états primordiaux. Faute d'une étude d'ensemble, on doit provisoirement se borner à relever le symbolisme de longévité et d'abondance. Les Gaulois employaient de nombreux talismans, en bois de cerf, et on a noté, en Suisse, dans des tombes alémanes des ensevelissements de cerfs à côté de chevaux et d'hommes. On a rapproché le fait des masques de cerf dont étaient munis des chevaux sacrifiés dans des kourganes de l'Altaï aux Ve et VIe siècles avant notre ère. en Bretagne armoricaine, saint Edern est représenté chevauchant un cerf.

Comme le renne, le chevreuil, le cerf semble avoir joué un rôle de psychopompe dans certaines traditions européennes, notamment chez les Celtes : le Morholt d'Irlande, oncle d'Yseult, occis par Tristan en un combat singulier, est dépeint gisant mort cousu dans une peau de cerf."

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Dans L'Oracle des Druides (1994, traduction française 2006) de Philip et Stephanie Carr-Gomm, le cerf représente la fierté, l'indépendance et la purification. (mots-clefs)


"La carte du cerf représente l'animal, bramant devant une arche de bouleaux. Dans la tradition druidique, le bouleau est l'arbre des commencements, et le cerf l'une des créatures vivant depuis le début des temps. L'arche représente le point de transition entre ce monde et l'au-delà, dont le cerf est souvent considéré comme l'un des messagers. Près du cerf, on voit gravée sur un rocher la silhouette d'un homme portant ramure, représentation du dieu Cernunnos, d'Herne-le-Chasseur, ou de Merlin. Au premier plan poussent des plantes associées à l'animal : le tabouret des champs (herbe potagère du cerf), l'oseille sauvage (oseille du cerf), l'asperge commune (poireau du fils du cerf).


Le cerf nous apporte la grâce, la majesté et l'intégrité ; il peut nous aider à renforcer notre sentiment de dignité et d'assurance. Si vous vous trouvez confronté à une situation dans laquelle vous vous sentez surveillé et vulnérable, comme dans un tribunal ou en public, entrez en contact avec l'esprit du cerf et demandez-lui protection ; votre calme, votre force et votre dignité reviendront. Le cerf symbolise également l'indépendance spirituelle et physique. Si vous tirez cette carte, vous trouverez très probablement en vous la force suffisante pour exiger et conserver votre indépendance. En Ogham, langue druidique des bois sacrés, le cerf est associé à Beith, le bouleau, et au chiffre un. Il est de bon augure de tirer cette carte si vous envisagez de nouveaux projets, car le bouleau est associé à la grâce des commencements. Le cerf ayant aussi un lien avec la fertilité et la sexualité, cette carte signifie que vous parviendrez à intégrer dignité, grâce, puissance et intégrité à votre vie sexuelle.


Renversée, la carte vous demande d'analyser à quel point votre fierté constitue une aide ou au contraire un obstacle. La fierté a un côté positif : elle peut vous pousser à donner le meilleur de vous-même. Mais elle peut aussi bloquer votre développement et votre joie de vivre, si elle ne fait que protéger vos sentiments de vulnérabilité et d'insuffisance. Demandez-vous si votre fierté vous aide, ou si les qualités du cerf pourraient vous aider à être digne et intègre sans fierté inutile. Le dieu-cerf, en tant que seigneur de la chasse, est responsable du choix des bêtes à abattre. On peut voir là un processus de purification ou de sacrifice qui sert à maintenir un bon équilibre écologique. Cette carte peut donc signifier que vous devez effectuer des purifications ou des sacrifices dans votre vie. Peut-être devez-vous vous détacher des possessions matérielles ou rompre des liens émotionnels inutiles, afin de parvenir à retrouver votre indépendance et votre intégrité.


Le Cerf dans la Tradition

"Je suis le cerf aux sept bois"

La chanson d'Amergin


Tous les daims sont des créatures belles et gracieuses, mais sa magnifique ramure constituée de plusieurs bois donne au cerf une majesté qui lui est propre. Ses bois commencent à pousser au printemps, et atteignent leur taille finale à la saison du rut, moment des accouplements à la fin de l'automne. Vers l'époque de la fête druidique d'Imbolc, le 1er février, les cerfs perdent leurs bois avant la naissance de leurs petits.

Selon la tradition écossaise, le cerf est l'un des plus vieux animaux du monde qui sont présentés dans le premier des contes où apparaissent le roi Arthur et ses chevaliers, Culhwch et Olwen. L'histoire raconte que le jeune héros Culhwch tomba amoureux d'Olwen, la fille d'un géant. Mais ce dernier répondit à Culhwch qu'il devrait effectuer trente-neuf travaux tous aussi impossibles les uns que les autres avant de pouvoir épouser sa fille. Parmi ces travaux, il devait par exemple rapporter la défense du chef des sangliers, et capturer les meutes de Rhymhi. Avec l'aide d'Arthur et de ses hommes, Culhwch réussit à accomplir ces tâches et à épouser Olwen dont le père fut décapité.

Le cerf fait par conséquent partie des cinq animaux-totems qui occupent une place prépondérante dans la tradition britannique. Du merle au saumon, en passant par les trois autres animaux-totems, nous avons un aperçu du voyage qui nous entraîne toujours plus profondément dans le royaume de l'au-delà.


Costumes de Cerf

Pendant des millénaires, les hommes ont tenté de s'approprier la puissance, la dignité et la proximité du cerf avec l'au-delà, en se revêtant de costumes à sa ressemblance lors de danses et de cérémonies. Nous savons que ces coutumes rituelles datent au moins de 9500 ans dans les Îles Britanniques, car on a retrouvé sur un site mésolithique datant de cette période à Star Carr dans le Yorkshire, plusieurs crânes complets de cerfs portant encore des ramures, dont l'intérieur avait été creusé et les bords percés de trous pour en faciliter le port. Le chaudron celte, trouvé à Gundestrup au Danemark, montre lui aussi la gravure d'un chaman celte ou de Cernunnos portant une telle ramure transformée en couvre-chef. Nous retrouvons très fréquemment des personnages humains portant des ramures dans le folklore et les légendes. Ces coutumes étaient encore si courantes en Grande-Bretagne au VIIème siècle, que Saint Augustin rit de sévères mesures à leur encontre, interdisant à quiconque de céder à "l'habitude malsaine de s'habiller en cerf".


Le Seigneur des Animaux

Le seigneur des Animaux était représenté sous la forme d'un homme portant une ramure, l'association des caractéristiques humaines et animales signifiant la possession de pouvoirs surnaturels. On trouve un tel personnage dans la légende d'Herne le Chasseur - un homme portant des bois et vivant dans la forêt de Windsor, qu'on disait voir apparaître lors des crises nationales - et de Cernunnos, dieu celte de la chasse. Des noms de lieux tels que Cerne Abbas dans le Dorset, où apparaît la silhouette du géant ithyphallique gravée dans la craie à flanc de colline, portent encore la trace du nom de Cernunnos. Ce dieu était associé à la fertilité (et donc à la sexualité), et aux activités de la chasse et de l'abattage des bêtes. On voyait en lui le seigneur de la chasse qui accompagnait l'esprit des morts vers l'au-delà.

Le cerf, qui voyageait bien sûr vers l'au-delà avec le reste du convoi, jouait le rôle de messager de l'autre monde. Il était donc pour cette raison associé au festival de [Samonios] qui a lieu entre le 31 octobre et le 2 novembre, lorsque le voile est levé entre ce monde et l'au-delà, rendant possible la communication avec nos ancêtres. Monté par le roi des fées et par Merlin, il nous apporte la connaissance et la puissance."

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Selon Sabine Heinz, auteure de Les Symboles des Celtes, (édition originale 1997, traduction française Guy Trédaniel Éditeur, 1998),


"Dans toute l'Europe, 2000 ans avant notre ère, le cerf était déjà un symbole divin, comme le prouvent les vestiges trouvés dans les tombes. Une fois encore, c'est sur son comportement que s'orientent les hommes : le rythme de croissance de ses bois correspond à celui de l'ensemencement et de la récolte du blé ; le blé, à son tour, est la preuve d'une vie après la mort. De plus, on pouvait utiliser ses bois comme outil pour creuser les tombes. La Biche, quant à elle, n'abandonne pas ses petits, même quand elle s'expose à un danger de mort.

Le cerf apparaît en particulier dans les processions et les sacrifices. Chez les Celtes de l'époque de Hallstatt, il est déjà présent sur certains objets, bijoux, pièces de monnaie et en tant que figure de légende. Il est l'emblème du dieu celtique Cernunnos - également appelé le roi cerf - qui porte généralement des bois et est fréquemment accompagné de différentes créatures. Il a, tout comme le cheval, un rang privilégié et on parle de lui dès l'époque préromaine des Celtes. Cernunnos est le dieu mi-homme mi-bête le plus impressionnant ; il symbolise la métamorphose de l'homme en animal et cive versa, que l'on rencontre souvent dans la littérature celtique. Dans les légendes irlandaises et galloises, les cerfs sont également liés aux métamorphoses (de personnes de sexe féminin aussi).

Chez les Gaulois, il est le maître des animaux (et correspond à Cernunna, la maîtresse des animaux) et de la forêt dense et mystérieuse - ses bois pouvant représenter les arbres, comme on le voit sur le chaudron de Gundestrup. Il règne également sur la fécondité, la surabondance et le renouvellement. Ses bois le mettent en rapport avec le principe féminin (forme en V) et le symbole de la trinité dont les échelons représentent le principe masculin. Dans l'ensemble, le thème de la fécondité domine ; il est renforcé par le comportement très agressif du cerf pendant la période de l'accouplement.

Les cerfs sont représentés en compagnie de dieux de la chasse, mais ils ont encore d'autres fonctions : Pwyll, prince de Dyfed (Pays de Galles) rencontre un cerf qui est l'annonciateur du Dieu de l'Autre Monde. Le dieu-cerf est également qualifié de Dieu de la Parole et de Dieu attentif, doué d'une intelligence surhumaine, de sagesse et de Providence. Merlin (Myrddin en gallois), le premier conseiller du roi Artus (Arthur en gallois), organisateur de la Table Ronde et de la Quête du Graal, affirme qu'il descend du cerf. Dans les récits, le cerf est souvent le plus ancien animal des forêts (pour les Gallois il a 243 ans) - un animal toujours prêt à rendre service.

Dans la légende arthurienne, Gerreint rapporte que le cerf, en sa qualité du roi de la forêt, aide à obtenir prestige et noblesse :


Artus, le gardien des forêts, rapporta jadis qu'il avait aperçu un cerf tel qu'il n'en avait encore jamais : blanc et toujours seul en raison de son orgueil et de son rang royal. On se prépara alors à la chasse. Gwenhwyvar, la femme d'Artus, devait venir elle aussi. On convient avec Gwalchmei que celui qui tuera le cerf, que ce soit à pied ou à cheval, aura le droit d'en offrir la tête à "une amie de son choix". Le lendemain matin, l'escorte partit, sans Gwenhwyvar ni Gereint qui ne s'étaient pas réveillés et qui vécurent d'abord d'autres aventures avec une plus petite escorte. Les hommes qui entouraient Artus se répartirent les terrains de chasse et lâchèrent leurs chiens pour chasser le cerf. Le chien d'Artus était le plus rapide et rabattit le cerf sur son terrain où Artus lui trancha la tête. Sur le chemin du retour, les chevaliers se disputèrent la tête du cerf. Lorsqu'ils furent rentrés au château, Gwenhwyvar suggéra de ne pas attribuer la tête du cerf avant que Gereint ne soit revenu. Après maintes aventures, Gerient finit par rentrer à la cour et y présenta son élue, Enit. Sa belle allure et ses bonnes manières enthousiasmèrent tous les sujets de Bretagne. Gwenhywyvar décida alors, en présence de Gereint, qu'Enit recevait la tête du cerf, puisqu'elle était la personne la plus respectée et qu'elle vivait avec tous dans l'amitié et la sympathie. La réputation d'Enit grandit et ses partisans se firent encore plus nombreux.


Aujourd'hui encore, en Europe, les coutumes relatives à la fécondité et les fêtes en rapport avec une certaine croyance sont liées au symbolisme du cerf, comme par exemple dans le village anglais de Abbots Bromley, où chaque année, le 4 septembre, a lieu la danse de la corne."

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D'après Jean Markale, auteur du Nouveau Dictionnaire de Mythologie celtique (Éditions Pygmalion - Gérard Watelet, 1999),


Le cerf est un "animal qui joue un grand rôle dans la mythologie celtique. Le cycle irlandais de Leinster, dit aussi cycle ossianique, semble placé sous le signe du cervidé : le véritable nom du héros Finn est Demné, c'est-à-dire le "Daim". Son épouse Sadv est une femme-biche. Son fils est Oisin (Ossian), le "Faon", et son petit-fils Oscar, "celui qui aime les cerfs". Sans doute faut-il voir là le souvenir des temps préhistoriques où la chasse au cerf était le seul moyen de survivre. On sait qu'en Irlande, il y avait de grands cerfs rouges majestueux et puissants, et on comprend fort bien leur importance symbolique dans la tradition."

Selon Divi Kervella, dans Emblèmes et symboles des Bretons et des Celtes (2001),


Le cerf se dit en breton karv et c'est un "animal qui apparaît très souvent dans la mythologie celtique. Un dieu celte, Kernon (kern = cornes en breton) est représenté avec des bois de cerf. Il est la maître des animaux, le dieu de l'abondance, du renouveau cyclique physique et spirituel ( les bois de cerf qui tombent et qui repoussent), de la vie dans l'Autre Monde. Le cerf est une des quatre bêtes magiques celtiques. Dans ce quatuor il représente la fête du Ier novembre et la direction de l'ouest , ce dernier se disant kornaoueg en breton, mot où l'on retrouve bien sûr l'élément korn "corne". cet animal semble représenter le peuple tout entier.

Le cerf apparaît dans beaucoup de vies de saints celtes : c'est le symbole principal de David, le saint patron du Pays de Galles ; Patrick, le patron de l'Irlande, se métamorphose un moment donné en cerf, et dans l'héraldique irlandaise on trouve l'île représentée par un cerf sortant d'une porte... En Bretagne, on représente les saints Edern et Telo chevauchant des cerfs, saint Luner en avait douze, et une mention toute particulière sera faite à saint Hernin, qui se fête le 2 novembre et qu'on fait figurer avec ce même animal. Ce personnage semble être le descendant direct du dieu celte.


Dans la mythologie irlandaise, le fils de Find, le chef de la milice chevaleresque des Fianna, s'appelait Oisin, ce qui veut dire "faon". Dans le domaine brittonique ce nom est Alan, nom de plusieurs rois bretons. Le jeune cerf (breton heiz) et la jeune biche (heizez) occupent également une place de choix dans toute cette symbolique.

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Dans Animaux totems celtes, Un voyage chamanique à la rencontre de votre animal allié (2002, traduction française : Éditions Vega, 2015), John Matthews nous propose la fiche suivante :


"Cerf = irlandais : fia ; gallois : carw, hydd ; gaélique : fiagh, doire ; langue de Cornouailles : carow ; breton : -.


Le cerf apparaît fréquemment dans la littérature et la tradition celtes. Il est un des caractères les plus anciens et les plus répandus de celle-ci. La quantité impressionnante de bois de cerfs trouvés dans des tombes et des fosses en guise d'offrande, en est à elle seule un attestation. A Colchester, des archéologues ont découvert lors de fouilles sur un lieu de prière dédié à une divinité locale, une statuette de cerf en bronze portant l'inscription Silvanus Calirius, "Roi des Bois".

Le fait que les bois de cerf poussent jusqu'à une certaine taille, puis tombent au printemps, associa le cerf à un rôle d'annonciateur de la mort et de la renaissance, et c'est en tant que tel, qu'il apparaît souvent dans la littérature, comme dans l'iconographie.

Dans les légendes de la mythologie et du folklore celtes, il apparaît également fréquemment sous d'autres rôles. A un moment, dans l'épopée de Fionn, le héros chasse un cerf, qui est le dieu Donn ayant emprunté cette forme. Il se marie ultérieurement avec une femme d'origine féerique, qui prend souvent la forme d'un cerf, et leur fils Ossian est considéré comme étant mi-humain, mi-cerf.

Maintes fois, comme dans Prince de Dyfed, histoire extraite du Mabinogion, où Pwyll affronte un cerf qui est également poursuivi par Arawn, les récits de visitations de l'Autre-Monde commencent par la chasse ou la poursuite d'un cerf. Dans Culhwch et Olwenn, histoire également tirée du Mabinogion, le cerf est une des bêtes de pouvoir avec lesquelles Culhwch est capable de communiquer et qui aide le jeune héros à capturer le sanglier Twrch Trwyth.

Dans l'un des poèmes les plus célèbres de la littérature celte, le Chant d'Amairgin, on lit la ligne suivante : "Je suis un cerf, à sa septième saison". Le mot "septième" est important, car il souligne non seulement le chiffre sacré sept, mais c'est également l'indication que le cerf a atteint la maturité et la puissance. Les bois du cerf étaient considérés comme symbolisant les branches bien déployées des bois, et c'est pour cette raison que des dieux cornus comme Cernunnos et le seigneur des bêtes, étaient représentés ainsi.

Les cerfs étaient toujours considérés comme des créatures magiques, pouvant servir de guide vers l'Autre-Monde, et apparaissaient souvent sous les traits d'une femme d'une grande beauté, capable de se transformer en cerf à volonté. La femme du héros Fionn, qui s'appelait Sabha et venait de l'Autre-Monde, prenait la forme d'un cerf lorsqu'elle quittait le monde des mortels. on trouve des signes indiquant l'existence d'un culte du cerf, dans lequel l'animal était vénéré en tant que Déesse. Le cerf représente par conséquent les voyages vers l'Autre-Monde où les royaumes féeriques, la métamorphose (permettant d'observer le monde selon des points de vue différents), et les qualités naturelles de l'animal : la grâce, la rapidité et la sensibilité de son odorat.


Préceptes du totem :

Éclaireur : Il n'y a pas de chemin trop abrupt ou rocailleux.

Protecteur : Ma force te mènera.

Challenger : Où est la vérité dans ta recherche ?

Aide : Il y a beaucoup de force dans ta vie."

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Dans L'Oracle celtique, l'exploration des mondes intérieurs (2005 ; traduction française 2006) de John Matthews, la clef du cerf est la force.


Le Cerf est l'une des figures les plus anciennes et importantes de la tradition celtique. En témoigne le nombre ahurissant de bois de cerf trouvés dans les tombes et les fosses où des offrandes étaient faites. Dans l'une d'elles, à Colchester (RU), des archéologues [...] découvrirent une figurine de bronze représentant un cerf portant l'inscription Silvanus Callirius, le "Roi des Forêts". Le fait que les bois de cerf tombent et repoussent au printemps leur confère un rôle important de symbole de mort et de renaissance [...]

Dans le cycle de Fionn, le héros poursuit un cerf qui est le dieu Donn métamorphosé.

Il épouse plus tard une femme d'origine féerique, qui prend souvent la forme d'un cerf, et leur fils Ossian est considéré comme une combinaison d'humain et de cerf. Dans une chanson, il s'adresse ainsi à sa mère :


Si tu es ma mère, tu es une biche

Si tu es ma mère, tu es une biche,

Garde-toi des chiens.


Partout, comme dans l'histoire de "Pwyll, Prince de Dyfed", tirée du Mabinogion, où Pwyll rencontre un cerf qui est aussi poursuivi par Arawn, les histoires de la visite à l'autre-monde commencent par la chasse ou la poursuite d'un cerf. Dans l"histoire de "Culhwch et Olwen", de la même source, le cerf est l'un des puissants animaux avec lesquels Culhwch est capable de communiquer, et qui aident le jeune héros à capturer le sanglier Twrch Trwyth.

Dans l'un des plus fameux poèmes de la littérature celtique, "Le Chant d'Amairgin", il est écrit : "Je suis un cerf, à sept andouillers". Le nombre est important, car il est sacré, mais parce qu'il indique aussi que le cerf est dans la force de l'âge.

On considérait que les andouillers du cerf symbolisaient les branches des arbres, et c'est pour cette raison que les dieux cornus comme Cernunnos et les Seigneur des Animaux sont représentés."

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Dimitri Nikolai Boekhoorn, auteur d'une thèse intitulée Bestiaire mythique, légendaire et merveilleux dans la tradition celtique : de la littérature orale à la littérature écrite : étude comparée de l’évolution du rôle et de la fonction des animaux dans les traditions écrites et orales ayant trait à la mythologie en Irlande, Ecosse, Pays de Galles, Cornouailles et Bretagne à partir du Haut Moyen Âge, appuyée sur les sources écrites, iconographiques et toreutiques chez les Celtes anciens continentaux. (Littératures. Université Rennes 2 ; University Collège Cork, 2008) récolte les éléments connus sur le symbolisme du Cerf :


Les déesses Artio et Arduinna mises à part, il faudrait mentionner Cernunnos, le dieu-cerf très puissant et semi-zoomorphe qui porte des bois de cerf. La représentation la plus connue de cette divinité figure sur le fameux chaudron de Gundestrup trouvé au Danemark. Il est non seulement associé au cerf, mais également à d’autres animaux, notamment au serpent (cornu !) ; il peut être conçu comme le Seigneur ou Maître des Animaux et de la nature sauvage. Probablement, il possédait le pouvoir de changer son apparence anthropomorphe en un être plutôt zoomorphe. [...]

Le culte du cerf, lui aussi, est profondément inscrit dans le culte animal. Les peuples celtiques et leurs prédécesseurs lui accordaient une fonction psychopompe : le cerf était le conducteur ou passeur des âmes vers l’Autre Monde. Par voie de conséquence il y a de nombreuses représentations de cet animal dont le rôle dans la religion et la mythologie est complexe. Il faut chercher la représentation la plus significative au Val Camonica dans le nord de l’Italie. Là, c’est l’art rupestre qui nous dépeint quelques cerfs sacrés qui ont dû jouer un rôle central dans un culte cynégétique. Le cerf accompagnait souvent le dieu solaire. Le chariot cultuel autrichien de Strettweg est un exemple splendide de la chasse au cerf divin. L’iconographie plus tardive nous montre des cerfs qui sont la plupart du temps en compagnie d’un dieu-chasseur quelconque ou du dieu-cerf Cernunnos, dont le nom signifie ‘dieu cornu’ et qui arbore lui-même une impressionnante ramure. Ce dieu gaulois doit peut-être être assimilé au Jupiter ‘celtique’ ; dans la toponymie on retrouve toujours des traces de son nom, ce qui démontre son importance. [...]

Les animaux en question sont souvent des cerfs (ou des biches) et des cochons (ou des sangliers). Si cela est vrai pour la littérature gaélique, - les Fianna, guerriers de Finn, par exemple, chassent souvent ces animaux - on retrouve ce même thème de la chasse mythique de ces bêtes dans les récits brittoniques : dans l’histoire Pwyll prince de Dyfed, le héros est amené à la rencontre de Arawn, chef du monde d’en bas appelé Annwfn, par l’intermédiaire d’un cerf. Ce dernier constitue donc le lien entre ce monde et l’Annwfn. Le troupeau de chiens de chasse de Pwyll rencontre le troupeau appartenant à Arawn, dont l’aspect surnaturel est mis en évidence par leur couleur : ils sont d’une blancheur presque aveuglante et ils ont des oreilles rouges. [...]

Le Roux et Guyonvarc’h, qui ont examiné cette ‘triade zoomorphe’ d’un faon, un marcassin et un louveteau dans le cadre des survivances trifonctionnelles indo-européennes, sont convaincus d’y voir les traces d’un symbolisme triple :

1. Le sanglier est le symbole de la première fonction sacerdotale ;

2. Le loup celui de la deuxième fonction guerrière ;

3. Le cerf celui de la troisième fonction productrice dans son aspect de fécondité.

[...]

Cerf : On pourrait surnommer le cerf l’occupant le plus noble de la forêt grâce à sa taille, son agilité, sa beauté, sa vitesse, sa vitalité, sa combativité, sa longévité et son côté majestueux. Outre leur statut d’animaux sacrés par excellence dans les civilisations arctiques, les cervidés étaient la principale nourriture des hommes néolithiques.

Dans plusieurs traditions, le cervidé, de par sa ramure impressionnante, qui se renouvelle périodiquement, symbolise à la fois l'arbre de vie, le rythme des saisons et de croissance, les renaissances, et la fécondité. Les bois rappellent les branches des arbres et cet animal est donc lié aux arbres ; la femelle ne quitte pas ses petits, même en cas de danger de mort. Le cerf en particulier est associé à la métamorphose des personnes et au dieu de la chasse. Le dieu des cerfs est décrit comme le dieu de la parole, de l’intelligence, de la sagesse et du présage ou du pronostic.

Parfois, on évoque son rôle annonciateur de la lumière car le cervidé se dirige vers la clarté du jour. Ce thème est parfois développé pour prendre une ampleur cosmique et spirituelle. C'est sous cet éclairage qu'il faut voir le symbolisme chrétien qu'il lui fut attribué. Le cerf connote encore la vélocité et est connu des chasses légendaires. En outre, il est, comme l'aigle, dévoreur de serpents. Dans la mythologie gréco-romaine, on mentionne des cerfs attelés au char de la déesse Artémis, ou Diane. Les Gaulois voyaient dans le cerf un symbolisme de longévité et d'abondance. Il n’est point étonnant de constater que le cervidé fait partie de la série des animaux les plus anciens, dans la tradition insulaire.

Chez les Celtes, il a aussi la fonction de psychopompe. Un exemple de cette fonction se trouve, assez tardivement, dans la légende de Tristan et Yseult ; le géant Morholt, oncle d’Yseult, une fois tué par Tristan, est dépeint gisant, cousu dans une peau de cerf. La fréquence de son apparition dans l’iconographie ainsi que dans la littérature, prouve son importance dans les croyances celtiques. Le culte du cerf a été bien décrit pour l’Ecosse, où il a été important également.

Les cervidés et les bovins constituent le groupe des animaux cornus. Les celtisants s’accordent à croire que les Celtes vénéraient une divinité cornue. On a déjà constaté que les représentations de cette divinité, que l’on rencontre sur le continent et dans les îles chez les Celtes de l’Antiquité, sont nombreuses ; on connaît même le nom d’une divinité cornue, qui est en outre assez répandu : il s’agit du nom [C]ernunnos que nous donne l’épigraphie gauloise. Ce Cernunnos était sans doute le Maître des Animaux comme le prouve un ensemble de faits dont la représentation de ce dieu entouré d’autres animaux sur le fameux chaudron de Gundestrup. Il existe aussi une variante, bien qu’elle soit rare, Cernunna en Grande-Bretagne et apparemment aussi en Gaule. Elle était sans doute une potnia qhrvn, maîtresse des animaux (sauvages). Selon De Vries, Cernunnos aurait pu être un dieu des saisons, symbolisant le renouvellement de la terre ; justement le cerf aurait pu exprimer ce concept par le renouvellement annuel de ses bois, ce qui correspond au rythme des semailles et de la moisson du grain. Les ramures du cerf constituent ainsi une représentation de la vie, car la mort et la renaissance ou régénération de ses bois correspondent au rythme de vie de la nature et des êtres vivants. Les toponymes britanniques contenant l’élément ‘Cerne’ rappellent ce dieu cornu Cernunnos. (1)

On pourrait s'interroger sur la possibilité d'octroyer une symbolique royale au cerf. Le symbolisme royal de l'ours est sans doute confirmé par sa position du « roi des animaux », du moins selon certaines traditions. (2) Nous verrons infra que c'est plutôt le lion à qui revient le titre roi des animaux dans les pays plus méridionaux. Supra, nous avons remarqué les symboliques royale et druidique du sanglier. (3) Mais on pourrait également mentionner le cerf ou les animaux cornus en général comme candidats à la « royauté animale », de par leur caractéristiques physiques et symbolique positives. Le Maître des Animaux, n'est-il pas représenté comme un dieu cornu, portant les ramures de cerf ?

La symbolique royale semble attachée au cervidé dans le motif de la chasse au cerf blanc, un motif qui est bien connu. Nous apercevons ce motif dans un lai de Marie de France, dans la littérature arthurienne continentale mais aussi dans le récit gallois Gereint fils d’Erbin, histoire arthurienne qui s’inspire d’ailleurs des textes de Chrétien de Troyes. Dans le récit, seul le roi Arthur pouvait venir à bout de cet animal à la symbolique royale. Dans ce texte, on considère le cerf comme le roi de la forêt.

La férocité du cerf a fait que l’acte de tuer cet animal lors d’une expédition de chasse valorisait le chasseur (guerrier) en question. Les mythes et institutions des peuples indo-européens attestent l’existence d’une épreuve cynégétique en tant qu’initiation des jeunes hommes. En fait, dans la société celtique, la formation du jeune homme – pour devenir adulte et donc membre à part entière de la société - s’achevait souvent par une initiation de type cynégétique : il fallait tuer un animal sauvage comme un sanglier, un ours ou encore un cerf.

On retrouve le thème de la chasse mythique aux cerfs, comme nous l’avons constaté plus haut, dans les récits brittoniques : dans l’histoire Pwyll prince de Dyfed, le héros est amené à la rencontre d’Arawn, chef du monde d’en bas appelé Annwfn, par l’intermédiaire d’un cerf (surnaturel). Ce dernier constitue donc le lien entre ce monde-ci et l’Annwfn. Le troupeau de chiens de chasse de Pwyll rencontre le troupeau appartenant à Arawn, troupeau qui est également issu de l’Autre Monde : l’aspect surnaturel est mis en évidence par leur couleur : ils sont d’une blancheur presque aveuglante et ils ont des oreilles rouges. Dans les textes insulaires, des cerfs (chassés ou non) font donc partie des espèces qui mènent certains héros vers le royaume des dieux.

Ses bois symbolisent à la fois la forêt, la trinité (en tant qu’idée préchrétienne), l’abondance et – comme nous venons de le dire - la renaissance, mais également et peut-être surtout la fertilité. Birkhan suppose que l’on pourrait ajouter à cette croyance au dieu-cerf, la tradition du cervulum facere, dont nous parlent Caesarius d’Arles (470-543), les actes du concile d’Auxerre (578), les vitae du saint Hilarius de Gévaudan (mort en ca. 540), Eligius (ca. 675), Pirmin (mort en 753) et Aldhelm de Malmesbury (mort en 709). Il s’agirait ici de la continuation de cette croyance païenne sous la forme d’une vénération en portant des masques de cerf, également interdite par saint Augustin (354-430).

Flidais (dont le nom contiendrait l’élément os ‘cerf’ est une déesse forestière de la vénerie - c’est-à-dire de la chasse à courre - et également de la chasse au gibier ; maîtresse des cerfs, elle possède des cervidés qui tirent aussi le char dont elle se sert. Souvent, la comparaison est faite avec la Diane romaine et l’Artémis grecque. Cette déesse-cerf cynégétique irlandaise possède une vache magique qui nous apparaît dans le récit intitulé Táin Bó Flidais / La Razzia des Vaches de Flidais. Elle est possiblement une Maîtresse des Animaux irlandaise, une Pótnia theroon.

Supra, nous avons mentionné quelques toponymes, ethnonymes et anthroponymes construits à partir du terme désignant le cerf. Un exemple en est une tribu irlandaise de Leinster qui s’appelait Osraige ‘domaine des cerfs’, même si ce sens n’était pas tout à fait assuré. Le Cycle Ossianique tient une place à part, et semble imbu de traditions liées au cervidés : on l’a vu par exemple dans l’étymologie du nom de Oisín ‘petit cerf’ (diminutif) et de son fils Oscar ‘aime les cerfs’ ; Finn mac Cumaill s’appelait dans sa jeunesse Demne ‘petit cerf’.

Plusieurs traditions relatives à Merlin en font un personnage presque comparable au Maître des Animaux (surtout dans la Vita Merlini, où il est cornu et possède un troupeau de chèvres et de cerfs), comme l’est Cernunnos. Le cerf occupe une place primordiale dans les textes concernant Merlin.

Nous pensons à l’image que nous donne Geoffrey de Monmouth du devin et prophète Merlin dans la Vita Merlini, où Merlin aurait le rôle, les pouvoirs et l’apparence du dieu cornu selon certains auteurs ; sans aller aussi loin, nous croyons que la comparaison se révèle néanmoins intéressante. Dans ce récit on évoque Merlin le prophète qui a perdu la raison. Ce thème du Fou du Bois, le guerrier devenu fou après une bataille, qui va vivre dans une forêt et qui apprend le langage des bêtes nous rappelle partiellement l’image du Maître des Animaux, comme l’affirme Stewart. Nous reproduisons ici ce passage fort curieux :


C’est alors qu’il est saisi d’un étrange accès de folie tandis qu’il lance à tous les échos ses plaintes désespérées ; il s’éloigne à la dérobée, s’enfuit dans la forêt en veillant à n’être aperçu de personne et pénètre dans les bois ; [75] là, il se réjouit d’être à l’abri sous les ornes et observe avec émerveillement les animaux en train de brouter l’herbe du sous-bois. Tantôt il en poursuit un, tantôt il en dépasse un autre à la course ; il se nourrit de racines, il se nourrit de plantes, il se nourrit des fruits des arbres et des mûres du roncier. [80] Il se transforme en homme du bois, tout comme s’il était venu au monde au coeur même de la forêt.

Dès lors, durant tout l’été, ignoré de tous, oublieux de soi et des siens, il se cache, dissimulé dans les bois comme les bêtes sauvages […]

Il y avait une source tout en haut d’une montagne, entourée de toutes parts de coudriers et de taillis touffus. [140] C’est là que Merlin s’est assis. De là-haut, il pouvait observer à travers toute la forêt les courses et les jeux des animaux. […]'

(Vita Merlini)


La ressemblance partielle avec le dieu cornu Maître des Animaux que l’on aperçoit ici n’est peut-être pas satisfaisante, mais nous pensons que ce passage de la Vita Merlini sollicite quand même réflexion. Le Merlin de ce récit possède bien quelques caractères du Maître des Animaux ; il peut aussi converser avec les espèces animales, et, dans ce récit, il s’adresse parfois directement à eux.

Nous avons trouvé un autre passage dans le même récit qui vient compléter et corroborer l’image de Merlinus comme un Maître des Animaux, car comme Flidais, il y apparaît comme le Maître des Cerfs, et comme Cernunnos, il entretient un rapport particulier avec les cerfs :


Après ces propos, il explore chaque sous-bois et chaque taillis, rassemble en un seul troupeau des hordes de cerfs, de daims et de chevreuils, monte l'un des cerfs et, au point du jour, rassemble son armée autour de lui, et sans perdre de temps [455] se rend sur les lieux du mariage de Gwendolene.

A son arrivée, il ordonne aux cerfs de se tenir patiemment devant les portes et crie : "Gwendolene ! Gwendolene ! viens : des présents d'une grande valeur t'attendent." Gwendolene arrive aussitôt en souriant et [460] s'émerveille de voir un homme chevaucher un cerf et un cerf obéir ainsi à un homme ; elle s'étonne qu'un homme puisse mener tout seul un nombre aussi impressionnant de bêtes sauvages regroupées autour de lui, tout comme un berger ses moutons qu'il a l'habitude de conduire au pâturage.

Le prétendant se tient à une fenêtre élevée et regarde lui aussi le spectacle, [465] admire également le cavalier sur son trône et se divertit fort de la scène. Mais dès que le prophète le voit et comprend qui il est, il arrache sur-le-champ les bois du cerf sur lequel il est monté, les lance dans sa direction, lui fracasse le crâne, [470] le laisse sans vie, et dissipe dans l'air son dernier souffle.

Après ce meurtre, Merlin s'enfuit à grand train en éperonnant son cerf à coups de talon et essaie de regagner la forêt. Voyant cela, les invités accourent de toutes parts et s'élancent à travers champs à la poursuite du devin. [475] Mais celui-ci les devance si rapidement qu'il serait parvenu sans encombre dans les bois si une rivière ne lui avait malencontreusement barré le chemin : au moment en effet, où sa bête franchit d'un bond le cours d'eau, Merlin désarçonné, tombe dans le courant impétueux. Les serviteurs bloquent les rives, se saisissent de l'homme qui se débat dans l'eau, [480] le conduisent au palais et, pieds et poings liés, le remettent à sa soeur.


En effet, la combinaison des éléments-clefs exposés dans ce passage semble exclure toute autre explication : il rassemble en un seul troupeau plusieurs espèces, dont des cerfs ; il monte un cerf obéissant (3) ; les animaux sont appelés « son armée » ; peut-être le fait qu’il se permet d’arracher les ramures de la bête qu’il chevauche ; il avance très rapidement. Il faut en revanche avouer qu’il n’échappe pas aux poursuivants, comme l’aurait fait un dieu. Cela n’empêche que l’ensemble des motifs constitue un indice très fort pour croire que l’on a affaire à un ancien Maître des Animaux dans ce récit concernant Merlinus.

Dans les textes irlandais, les chevaux tirant un char sont parfois remplacés par des cerfs : c’est entre autres le cas dans la Razzia des Vaches de Cooley avec Cú Chulainn, puisque les animaux sauvages se soumettent à des héros ou des rois seulement – et plus tard aux saints chrétiens. L’archéologie nous apporte des preuves de cerfs domestiqués, on a même retrouvé, dans une tombe guerrière de Villeneuve-Renneville, dans le département de la Marne, le squelette d’un cerf (apprivoisé ?) avec ses brides à côté d’un squelette humain. Hatt voit simplement un symbolisme de longévité, d’éternité dans ce sacrifice exceptionnel d’un cervidé aux brides. Helmut Birkhan propose d’y voir la croyance que la nature sauvage du gibier pouvait se plier aux héros et aux souverains. Cette dernière explication nous semble tout à fait vraisemblable.

Dans les textes mythologiques et dans l’épopée d’Irlande, les « harpeurs » sont parfois décrits comme des sages, appartenant à la classe des druides.1683 Un bon exemple en est un passage dans la Táin Bó Cuailgne, dans lequel les « lyricines » sont poursuivis par les troupes du Connacht. Les musiciens s’échappent, grâce à une métamorphose en cerfs. Nous reproduisons ci-dessous deux traductions de ce passage, car elles sont différentes l’une de l’autre.


Vinrent alors les Cruitti Cainbili [« les Belles et Bonnes Harpes »] d'Ess Ruad pour les distraire. Mais il leur sembla qu'ils venaient pour renseigner les Ulates, et les troupes leur firent une chasse indescriptible, si bien qu'ils s'échappèrent sous la forme de cerfs près des rochers de Lia Mór. Car même s'ils étaient nommés « les Belles et Bonnes Harpes », ils étaient des hommes avec un grand savoir, une grande science de la prophétie et du druidisme.’


‘Then the magical sweet-mouth harpers of Caín Bile came out from the red cataract at Es Ruaid, to charm the host. But the people thought that these were spies from Ulster coming among them, and they gave chase after them until they ran in the shape of deer far ahead of them to the north among the stones at Liac Mór, they being druids of great knowledge.'


Peut-être est-il significatif de constater que la métamorphose des « harpeurs-druides » concerne des cerfs. Cela n’est pas facilement prouvable, on peut aisément affirmer qu’il s’agit de cerfs car les cervidés sont des animaux rapides, correspondant à la nécessité que les hommes éprouvaient de s’échapper. Remarquons tout de même que saint Patrick aussi s’est transformé en cerf et que ce saint homme représente en quelque sorte la classe cléricale qui succédait aux druides de l’époque païenne.

La rapidité des cerfs réapparaît dans l’épopée irlandaise TBC sous la forme d’une métaphore animale. On décrit le char de guerre de Cú Chulainn. La vitesse de son char et comparée au vent, à l’hirondelle et au cerf : ‘[…] speedy as the wind or as a swallow or a deer darting over the level plain.

Le cerf peut aussi véhiculer une connotation néfaste ; sa rapidité, sa force et ses cornes sont ainsi pris en mauvaise part. C’est le cas dans le récit gallois de Peredur :


‘Il y a là un cerf aussi rapide que les oiseaux les plus vifs ; il a une corne sur le front, aussi longue qu’une hampe de lance, et aussi pointue que ce qu’il y a de plus pointu. Il se repaît des pousses d’arbres et de tout ce qu’il y a d’herbe dans la forêt.Il tue tous les animaux qu’il trouve, et ceux qu’il ne tue pas, meurent de faim.Il y a pire encore, il vient chaque jour boire toute l’eau de l’étang aux poissons, et laisse les poissons à l’air, la plupart crèvent avant que l’eau n’y soit revenue.'


Bien évidemment, le héros gallois accomplit un exploit en tuant ce cervidé monstrueux.

Dans l’hagiographie ainsi que dans le folklore d’Irlande, les cervidés sont présentés comme des animaux plutôt sympathiques et « serviables ». Ils tirent la charrue, ou un chariot ; ils portent les livres des saints ou d’autres fardeaux ; ils permettent que les saints utilisent leurs bois comme des pupitres. Il y en a même qui donnent du lait comme s’ils étaient des vaches. Nous pouvons mentionner une analogie bretonne continentale dans le saint Edern, qui est représenté chevauchant un cerf.

Un texte qui nous semble capital dans le cadre de l’étude sur les cervidés, est le Fáeth Fiada – habituellement traduit en anglais comme « The Deer’s Cry » et également connu sous le titre Saint Patrick’s Breastplate. Il s’agit d’un hymne très ancien, censé dater du VIIIe siècle, où Patrick se transforme en cerf. Si l’on trouve dans cet écrit des traces très nettes du passé païen – on assiste là à une véritable fusion entre traditions bibliques et celtiques (préchrétiennes) – ce fut illustré par l’ajout d’une préface, expliquant que le saint Patrick chantait en voyageant avec ses compagnons vers Tara, tous sous la forme de cerfs. Dans ce poème de prière The Deer’s Cry ou Saint Patrick’s Breastplate, le saint échappe à ses ennemis sous la forme d’un cerf ; il a utilisé pour la transformation le féth fiada, le pouvoir du brouillard magique auparavant attribué aux druides et à la religion préchrétienne. Le mot féth veut dire ‘brouillard, brume’ et le terme fiada ‘seigneur, maître, possesseur’, donc le féth fiada désigne le possesseur ou le seigneur du brouillard. Il s’agit selon les traditions irlandaises d’un brouillard magique qui rend invisible celui qui s’en trouve « couvert ». Parfois les personnes qui sont dans ce brouillard se transforment en animal. C’est donc le cas de saint Patrick et de son compagnon Benén, qui deviennent des cerfs pour échapper aux ennemis afin de pouvoir se rendre à Tara pour leur tâche de prosélytisme. Ce pouvoir était également connu sous le nom de ceo druidecta / ceo draoidheachte, le ‘brouillard du druide’. Effectivement, ce pouvoir est souvent du ressort des druides et aussi des Tuathe Dé Danann, qui l’auraient obtenu de la part de Manannán mac Lir. Ce qui est fort intéressant, est le fait de constater que ce pouvoir fut transmis aux premiers saints chrétiens selon la tradition irlandaise, mais aussi dans la tradition orale de l’Ecosse, où l’on attribuait jusqu’à récemment la détention de ce pouvoir aux saints. Ici nous avons un exemple de plus de l’identification des druides païens et des saints chrétiens. Comme nous l’avons remarqué plus haut, le couple roi-druide fut remplacé après la christianisation par le couple roi-saint. En effet, le saint du haut Moyen Âge a hérité de la tradition druidique, tout comme les premiers moines, scribes des manuscrits, qui étaient souvent issus d’anciennes familles bardiques.

Il existe plusieurs récits fantastiques dans lesquels le roi Mongán, basé sur un personnage historique du VIIe siècle, est le héros principal. Parmi les faits remarquables incorporés dans ce personnage, figurent sa conception magique et sa capacité de métamorphose. Plusieurs traditions font du dieu Manannán mac Lir le père de Mongán. Ces traditions relatent comment Mongán, quand il n’est âgé que de trois jours, rejoint son père en Tír Tairngire, le ‘Pays de Promesse’, où il acquiert des connaissances ésotériques et les capacités de se transformer en cerf, saumon, phoque, cygne et loup.

La tradition orale gaélique-écossaise fait mention du Sianach, un grand monstre-cerf prédateur. Pour une fois, on voit un côté négatif du cervidé, qui est, généralement, porteur d’un symbolisme extrêmement positif.


Notes : 1 On a également constaté que l’épithète canonique de l’anthroponyme (théonyme ?) Conall était Cernach. Cette épithète peut être comparée au théonyme Cernunnos.

2) Malgré tout, l’ours ne joue pas un rôle prépondérant dans la religion celte. Il faut savoir, en outre, qu’il était absent du biotope irlandais, peut-être déjà depuis l’âge de Bronze. Cf. Raftery (1994). En Bretagne insulaire, l’ursidé avait disparu depuis l’époque romaine.

3) D’ailleurs, le cervidé et le suidé partagent partiellement leurs symbolismes. On remarque en outre que les deux espèces sont des aspects revêtus par le dieu jupitérien chez les Celtes.

3) Cf. la tradition irlandaise concernant Flidais, qui possède un char tiré par des cerfs

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Patrice Lajoye, auteur de "Ucuetis, Cobannos et Volkanus : les dieux de la forge en Gaule." (In : Mythologie française, 2008, vol. 233, p. 69) relie le cerf au forgeron :


LE CERF : Dans le trésor « américain » de Cobannos se trouve donc la statuette d'un cerf. Cette association du dieu de la forge avec cet animal n'est pas inédite. En 1965, Max et Paul Vauthey ont justement publié la découverte conjointe, près d'un four de potiers de Terre Franche (Allier), d'un buste de Vulcain et d'une statuette de cerf en terre blanche de l'Allier.

Ces deux statuettes n'étaient pas des productions du four, elles avaient donc une vocation votive et devaient protéger le travail des potiers. Ils firent alors le rapprochement avec deux reliefs provenant d'Alzey (Allemagne), montrant le dieu (représenté jeune et imberbe sur l'un d'eux) en compagnie d'un cerf, l'animal étant systématiquement en position secondaire, debout derrière la divinité.

Reste à savoir pourquoi le cerf...

Dans les traditions classiques, le cerf est considéré comme étant ophiophage : il chasse les serpents, qu'il dévore. Pour cela, il les fait sortir de leurs terriers en se servant de son souffle. Or, à Nîmes, Vulcain est honoré avec les vents, qui sont d'ailleurs représentés avec des oreilles de faunes, lesquelles sont des oreilles de cerf. Mais le lien paraît ici trop ténu.

De fait, c'est une comédie de Fuzelier, une arlequinade jouée à Paris en 1711 et intitulée Arlequin Enée ou La prise de Troyes, qui peut mettre la puce à l'oreille. On y lit au début de la scène 4 : « on entend braire des Asnes & crier des Coucous. Cette musique annonce la descente de Silene vêtu en pere Nouricier, & de Vulcain vêtu en Forgeron & orné d'un bois de Cerf sur la tête ». L'Héphaïstos grec est cocu, et comme l'a noté Bernard Sergent, le Goibniu irlandais aussi. Et s'il y a bien un animal symbole du cocu, c'est le cerf.

Ce lien entre le forgeron et le cerf est peut-être resté sensible tardivement, au point d'être incorporé dans certaines traditions hagiographiques. J'avais noté auparavant que l'essentiel des saints celtes liés au cerf étaient fêtés autour du 1er novembre : Hubert (3 novembre) ; Cadoc (1er novembre) ; Hernin (2 novembre) ; Ké ou Kenan Colodoc (5 novembre) ; et peut-être saint Ludre (1er novembre). Or on peut déjà noter que saint Gobrien, évêque de Vannes, est fêté le 10 novembre. De même, en Normandie et à Lens, on connaît un saint Vulgan, ermite dont les reliques furent transférées de Lens à La Ferté puis à l'abbaye de Sigy au XIe siècle. Sa vie, fabriquée lors de la translation, est un roman : on le dit originaire d'Outre-Manche, élevé par l'archevêque de Cantorbéry. Il passe en Gaule et s'arrêt à Thérouanne, puis s'installe à Arras auprès de saint Vaast, où il meurt semble-t-il de maladie. Il suit en fait un périple qui est assez proche de celui de saint Gobain, qui lui aurait suivi saint Fursy en Gaule, en partant approximativement de la même région et en arrivant tout aussi approximativement au même endroit (Saint-Gobain est en Picardie). Ce qui est intéressant dans la vie de saint Vulgan est qu'il maîtrise les vents : il donne du vent pour le départ de son bateau, puis, en cours de traversée, maîtrise une tempête. On peut noter enfin qu'au XVIII" siècle, sous Louis XV, la communauté des fondeurs de métaux a frappé une médaille portant au revers, comme patrons, saint Eustache et son cerf, et saint Eloi et son marteau.

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Pour Gilles Wurtz dans Chamanisme celtique, animaux de pouvoir sauvages et mythiques de nos terres (Éditions 2014), les mots-clefs associés au cerf sont : la virilité et la fertilité.


"Le cerf perd ses bois chaque année entre la fin de l'hiver et le début du printemps, ensuite ils repoussent et le cycle recommence. En général les mâles et les femelles vivent séparément durant l'année, ils ne se retrouvent que pour la période de reproduction. Celle-ci démarre vers la fin de l'été et peut durer jusqu'à la fin de l'année. En Europe, l'apogée de cette période d'accouplement va de la mi-septembre à la mi-octobre. Pendant le rut, le brame résonne dans les forêts, c'est le cri profondément rauque et puissant du mâle qui peut s'entendre à des kilomètres.


Applications chamaniques celtiques de jadis : Pour les Celtes, le cerf était le seigneur des forêts et des animaux. Sa prestance, sa puissance et son allure majestueuse... tout en lui évoque le souverain. Rien d'étonnant dès lors à ce que son effigie orne de nombreux blasons de nos ancêtres.

Cernunnos était le grand esprit de la nature chez les Celtes. Il était représenté par un homme cornu coiffé de bois de cerf. Ses deux attributs majeurs sont la fertilité et sa grande faculté de métamorphose. Cernunnos était ce qu'on appelle un maître en métamorphose, capable de prendre de multiples aspects, qu'ils soient issus du règne animal, végétal ou minéral, mais aussi les aspects des éléments : la terre, l'eau, l'air et le feu.

La virilité et la fertilité incarnées par le cerf étaient des qualités nécessaires pour la survie d'un peuple (pour bien cerner toute leur importance, il ne faut surtout pas les assimiler à des notions de domination masculine, ni les confondre avec du machisme ou le patriarcat.) Les Celtes faisaient appel à l'esprit du cerf quand des problèmes de fertilité affectaient un homme. Ainsi son esprit était invoqué pour résoudre des problèmes de stérilité chez les hommes ; quand aux femmes, elles se tournaient vers la biche. Les aînés encourageaient les adolescents à se fier à l'esprit du cerf et à entretenir avec lui une relation authentique et profonde, pour les aider à devenir des hommes. Ces jeunes en recherche d'eux-mêmes priaient le cerf pour qu'il leur transmette la virilité fertile qui assure la survie de la famille et du peuple. Car à cette époque, concevoir des enfants, assurer la relève, était essentiel à la survie des parents et du clan. Les hommes qui avaient des problèmes de virilité s'adonnaient à des rituels spécifiques pour trouver ou retrouver leur vigueur masculine. L'esprit du cerf initiait également les jeunes gens - garçons ou filles - à leur masculin intérieur. Ainsi chacun pouvait-il travailler, selon ses besoins, avec l'esprit du cerf ou de la biche pour trouver ou rétablir son harmonie intérieure, son équilibre profond entre sa part masculine et sa part féminine.


Applications chamaniques celtiques de nos jours : A notre époque, la stérilité masculine est en constante progression. Travailler avec l'esprit du cerf peut s'avérer d'un grand secours.

Aujourd'hui encore, l'esprit du cerf est tout disposé à accompagner les jeunes garçons dans les rites de passage qui les aident à devenir des hommes.

L'accompagnement chamanique de l'esprit du cerf guide également tout naturellement vers une sexualité sacrée, une sexualité pleine de sens.

Au quotidien, l'esprit de la biche et l'esprit du cerf, complémentaires, nous montrent comment vivre en harmonie avec les deux pôles qui fondent notre humanité : le féminin et le masculin."

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Pour Melissa Alvarez, auteure de A la Rencontre de votre Animal énergétique (LLewellyn Publications, 2017 ; traduction française Éditions Véga, 2017), le Cerf Blanc est défini par les caractéristiques suivantes :


Traits : Le Cerf Blanc symbolise la croissance spirituelle, la prophétie et le début d'une quête. Dans le mythe celtique, le Cerf blanc apparaît lorsque l'autre monde est fermé ou si quelqu'un fait quelque chose qui n'est pas correct ou acceptable. A la cour du Roi Arthur, l'apparition du Cerf blanc avait annoncé que les chevaliers allaient entreprendre une quête vers les dieux ou le royaume des esprits. Dans un autre mythe, le Cerf blanc conduit les gens vers certains endroits ou les pousse à devenir amoureux. Il symbolise la force de vie, les forces universelles de la création. Cela signifie pour vous que, dans votre voyage sur votre chemin spirituel, le Cerf blanc peut vous guider vers les informations ou messages que vous recherchez et qu'il peut vous donner la capacité à avoir des rêves et des visions prophétiques dans votre développement spirituel.


Talents : Abondance - Dimensions parallèles - Connaissance ancienne - Prise de conscience - Purification - Créativité - Dignité - Rêves - Endurance - Fertilité - Ancrage - Pensées et idéaux élevés - Parcours - Bonté - Magique - Messages - Mystère - Noblesse - Perceptions - Pouvoir - Prophétie - Protection - Pureté - Régénération - Renouveau - Sensibilité - Changements - Spiritualité - Force - Transition - Vitalité.


Défis : Arrogance - Évasion de la réalité - Manque de clarté dans ses messages - Réfléchit trop - Vit isolé - Trop fuyant - Trop orgueilleux - Buts irréalistes.


Élément : Terre.


Couleurs primaires : Blanc.


Apparitions : Lorsque le Cerf blanc apparaît, cela veut dire que vous êtes sur le point de vivre un très grand développement spirituel. Ce qui était inconnu va devenir connu. Vous allez faire l'expérience d'un saut en matière d'intuition, d'une expansion de vos capacités, et avoir accès à la connaissance ancienne. Comme une éponge, vous allez tout absorber et vous l'approprier. Cela vous permet une connexion plus profonde à votre essence intérieure et à votre être supérieur. Le Cerf blanc apparaît dans des périodes de transition pour vous accorder son pouvoir, sa protection et ses qualités de perception. Il va aussi vous garder dans l'ancrage lorsque vous vous habituez à la connexion nouvelle avec des pensées et idéaux supérieurs. Le Cerf blanc vous indique de garder votre sens de la pureté, de la sensibilité et de la bonté. Car, si vous gardez ces qualités en vous, vous serez récompensé par une grande abondance, du renouveau et une sensibilité accrue à la vérité que tout est relié. Le Cerf blanc signale que vous aurez l'endurance et la force voulues pour vous ajuster à ce que vous comprenez des forces de vie universelles. Il vient vous dire de rester gentil et le cœur pur. Lorsque le Cerf blanc apparaît, attendez-vous à recevoir un important message dans un futur proche.


Aide : Vous avez besoin de prendre davantage conscience des choses et d'avoir une meilleure endurance et plus de force. Le Cerf blanc vous donne la capacité de voir même les plus infimes nuances dans votre vie. Il vous aide à vous renforcer et à être plus résistant dans les périodes difficiles. Il va vous donner plus de vitalité, comme un second souffle, pour que vous puissiez fonctionner avec énergie et en étant enthousiaste par avance. Si vous avez l'impression que vous manquez d'un but dans votre vie, ou que vous n'êtes pas connecté à votre être intérieur, le Cerf blanc peut vous aider à être plus ancré et vous montrer le chemin à prendre pour vous rapprocher de votre quête essentielle et de votre spiritualité. Il va aussi vous montrer combien les autres vous tiennent en estime, vous apprécient et vous considèrent pour vos conseils et votre guidance. Vous êtes très aimé de ceux qui vous entourent. Le Cerf blanc vous met en garde : certains parcours peuvent être solitaires et difficiles, mais vous supporterez l'apprentissage de ces grandes leçons.


Fréquence : L'énergie du Cerf blanc bouge sur un rythme lent. Elle s'arrête et redémarre, en tournoyant toujours avant d'avancer. Sa sonorité est celle de pas sur de la neige fraîche avec le doux tintement de clochettes dans l'air. C'est la lueur douce d'une lumière blanche qui guide sur la voie d'un long parcours.


Imaginez...

Vous vous promenez sur un sentier naturel pour retrouver votre équilibre, vous sentir ancré et connecté la terre. Vous faites le tour d'un creux sur le chemin et vous voyez, se tenant à petite distance de là, un cerf blanc. Vous ressentez sa présence spirituelle si positive qui vous submerge alors que vous le regardez. Il s'avance vers vous, pose son museau sur votre bars, puis repart. Il se retourne vers vous, alors vous le suivez jusqu'à une source. il y boit, et vous y buvez aussi. Vous vous sentez régénéré, comme si vous étiez passé à un niveau de conscience supérieur. Le cerf s'incline sur une de ses pattes, puis se redresse et disparaît dans la forêt.

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Symbolisme alchimique :


D'après Patrick Rivière, auteur de L'Alchimie, science et mystique (Éditions De Vecchi, nouvelle édition augmentée 2013),


"Tandis que le cerf majestueux incarne parfaitement l'âme ou le Soufre philosophique, la licorne incarne, quant à elle, l'esprit ou le Mercure volatil des philosophes. Lambsprinck ne nous laisse aucun doute à ce sujet dans son Traité sur la pierre philosophale :

"Alors la forêt recevra le nom de corps

On découvrira aussi avec certitude et vérité

Que l'unicorne est Esprit à toute heure,

Quant au cerf, il ne désire nul autre nom

Qu'Âme, et nul ne le lui ravira."

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Symbolisme onirique :


Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


Le grand animal de nos forêts européennes brandit ses bois magnifiques à la façon dont on expose un mystère. L'image du cerf arrêté, les bois dressés, au profond de la forêt, a quelque ressemblance avec l'attitude du prêtre catholique, bras levés pour l'offertoire. Ce n'est pas au sujet du cervidé qu'il faut s'attendre à une interprétation simple. Il est singulièrement difficile de faire la part de traductions primaires inspirées par certaines caractéristiques de l'animal, d'attributions symboliques conventionnelles dont l'usage répétitif constitue le seul fondement et de sens archétypiques avérés. Le tiers des corrélations observées se concentre sur les symboles de la famille des animaux, les autres se répartissent sur l'ensemble des familles.

Parmi les associations les plus fortes, s'imposent le sanglier et le lapin. Est-ce leur caractère commun de gibier qui rapproche les trois animaux ? Dans les rêves, aucun indice ne permet d'attribuer au cerf cette connotation de bête éternellement traquée, promise à la fatale défaite, que proposerait volontiers une approche intellectuelle. On notera simplement, sans tirer de conclusion, que, dans sa course imaginaire, le cerf précède presque toujours la sanglier et le lapin, qui marchent sur ses traces et que la queue du cerf rappelle étrangement celle du lapin. Comme le lapin, le cerf apparaît souvent dans des situations où il semble ouvrir des voies nouvelles, initier de nouveaux états psychologiques, où il établit des relations entre des éléments séparés. Sa vélocité, sa force souple, sa capacité à réaliser des bonds prestigieux, lui confèrent peut-être cette disposition de conducteur. Dans le rêve, de très belles images de cerfs franchissant des abîmes témoignent de la faculté du symbole à réussir la réunion d'opposés qui semblaient irrémédiablement antagonistes. Cependant, le rêveur manque rarement de mentionner le sentiment de fragilité que lui inspirent, parallèlement, les pattes frêles du cervidé.

Nous ne savons pas s'il convient d'accepter ou de refuser le sens de symbole du don mystique, de représentation christique, qu'on attribue parfois au cerf. Plusieurs séquences présentent des éléments, certes épars et ambigus, qui vont dans le sens d'une telle traduction. Mais nous ne disposons d'aucun rêve où le cerf soit clairement inscrit dans une situation d'expérimentation spirituelle authentique. Dans de nombreuses séances, on remarque aussi des associations qui paraissent justifier le regard que C. G. Jung porte sur le cerf, qu'il identifie à la licorne et à ses significations alchimiques. C. G. Jung ne cite le cerf que dans cette acception. Dans l'imaginaire, le cheval, l'âne, le zèbre et la licorne sont les compagnons rapprochés du cerf, et cela invite à considérer la vision jungienne avec attention.

Ces diverses considérations exposées, nous devons avouer n'avoir jamais été capable, face à un scénario dans lequel apparaissait le cerf, d'apporter une interprétation qui nous satisfasse totalement, tant que nous nous sommes tenu aux différentes orientations de sens que nous venons d'évoquer.

Il a fallu le neuvième rêve de Cédric, qui pourtant avait déjà mis en scène le cerf dès la première séance, pour que nous puissions établir - après des années d'incertitude - une solide conviction sur la signification du symbole.

Le jour de la mort de son père, Cédric, qui avait alors treize ans, apprit que celui qui venait de disparaître n'était pas son père biologique. Ce dernier était un ami de la famille, la filiation naturelle étant connue de tous, sauf de l'enfant. L'information, que l'on avait souhaitée apaisante, devait avoir un impact négatif considérable sur la psychologie du jeune garçon. Parfaitement apte à comprendre intellectuellement la situation, Cédric était incapable de gérer la tempête provoquée par elle au niveau de l'inconscient. A treize ans, Cédric se trouvait en pleine activation œdipienne. Son théâtre œdipien s'était normalement développé par rapport aux acteurs habituels : sa mère et le seul père qu'il se connaissait. L'inconscient de Cédric ne pouvait pas transférer, sur commande, la relation œdipienne qu'il entretenait avec le père décédé, su une autre personne. Il entra donc dans une phase de refus généralisé et d'agressivité, douloureuse pour tous et qui le conduisit, à dix-neuf ans, à faire appel à la cure de rêves. Le neuvième rêve de Cédric, véritable chef-d’œuvre de réaménagement psychologique, commence par cette séquence :

« ... Je suis dans une forêt enneigée, l'hiver... je marche dans la neige. J'aperçois des animaux sauvages, des cerfs et des biches... je suis habillé en chasseur... avec un fusil de chasse... je laisse tomber le fusil dans la neige, volontairement. J'enlève cet accoutrement idiot de chasseur et j'aperçois, au loin, un combat de cerfs : deux cerfs qui se battent. Ils se battent pour une femelle commune... il y a des hiboux dans les arbres, la tête en bas... J'entre dans un igloo... (y a un igloo)... je fais un grand feu dans l'igloo... les parois de l'igloo fondent... je donne de grands coups pour les casser... tout ça tombe... une horde de cerfs passe à côté de l'igloo tout fondu.... je monte sur un cerf, qui me dirige, avec plein d'autres cerfs et de biches... »

La suite du rêve apporte une brillante confirmation du sens de représentation paternelle dévolue au cerf dans la séquence qui précède. Ces « deux cerfs qui se battent pour une femelle commune », ce sont, bien entendu, les deux images du père, également flatteuses, car les deux hommes sont des personnalités connues et attachantes, qui se bousculent dans l'inconscient de Cédric. Leur affrontement même, indique que le jeune homme est sorti de l'attitude figée de refus agressif dans laquelle il s'était enfermé, modification qu'il exprime par l'abandon volontaire du fusil, du vêtement de chasseur et par la démolition de l'igloo. La fin du rêve mêle les images et les commentaires explicites, ce qui dissout toute hésitation sur l'interprétation. Ce jour-là, Cédric nous parla pour la première fois de sa double paternité. L'ensemble de sa cure, y compris les séances précédentes, offre de très nombreuses confirmations de la disposition du cerf à représenter l'image paternelle.

Ce jour-là aussi, nous nous sommes étonnés de n'avoir pas perçu plus tôt cette disposition. Dans la mesure où nous savions depuis des années que la biche symbolise la mère et l'anima, il eût été logique de supposer que le cerf avait vocation de représenter le père et l'animus. D'autres patients ont apporté depuis d'incontestables démonstrations de la pertinence de cette traduction.

Cependant, le sens du symbole n'est pas toujours aussi clair : du cerf qui brame pour appeler la biche égarée qui s'élance pour le rejoindre à celui qui règne en maître incontesté du territoire, dans beaucoup de rêves de femmes, le cervidé laisse penser à des repositionnements majeurs vis-à-vis de l'influence paternelle, changements allant dans le sens d'une prise d'autonomie de la pensée par l'intégration de l'animus. Cela se trouve renforcé par le fait que, dans un tiers des séances où surgit le cerf imaginaire, ce dernier n'est qu'un masque, ou encore la tête coupée de l'animal. Ce peut, certes, être induit par ces nombreux trophées que chacun a pu voir ornant les murs d'une note douteuse, mais on sait par ailleurs que l'inconscient ne se laisse imposer que les images qui le servent ! Que dire d'une séquence dans laquelle Jacques, qui voit la tête d'un cerf, indiscutablement liée au père, et qui enchaîne sur la vision d'une guillotine ruisselante de sang et du bourreau brandissant la tête du roi Louis XVI ? Il serait difficile de représenter plus crûment l'élan de libération qui porte Jacques jusqu'au meurtre symbolique du père !

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Et puisque nous avons utilisé le mot élan, il est opportun de préciser que cerf, élan et daim sont des images quasi synonymes. Les nuances entre ces animaux, intéressantes, se rapportent surtout aux cornes. De très belles images de cerfs aux bois ornés de hiboux, de spirales ou de roses méritent une recherche particulière, dont les résultats sont exprimés dans l'article consacré aux cornes.

Laissons donc le maître des forêts regagner les sous-bois enneigés, car il est une figure d'hiver. Lorsqu'il surgira dans un rêve, majestueux et insaisissable, il sera sage d'observer l'ombre qu'il dessine au sol : on y devinera souvent la silhouette imposante du père du rêveur.

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Symbolisme alimentaire :


Pour Christiane Beerlandt, auteure de La Symbolique des aliments, la corne d'abondance (Éditions Beerlandt Publications, 2005, 2014), nos choix alimentaires reflètent notre état psychique :




Littérature :


Jules Renard nous propose dans ses Histoires naturelles (1874) de petits portraits ou historiettes relatives aux animaux les plus communs mais pourtant tous plus étonnants les uns que les autres.


J’entrai au bois par un bout de l’allée, comme il arrivait par l’autre bout.

Je crus d’abord qu’une personne étrangère s’avançait avec une plante sur la tête.

Puis je distinguai le petit arbre nain, aux branches écartées et sans feuilles.

Enfin le cerf apparut net et nous nous arrêtâmes tous deux.

Je lui dis :

« Approche. Ne crains rien. Si j’ai un fusil, c’est par contenance, pour imiter les hommes qui se prennent au sérieux. Je ne m’en sers jamais et je laisse ses cartouches dans leur tiroir. »

Le cerf écoutait et flairait mes paroles. Dès que je me tus, il n’hésita point : ses jambes remuèrent comme des tiges qu’un souffle d’air croise et décroise. Il s’enfuit. « Quel dommage ! lui criai-je. Je rêvais déjà que nous faisions route ensemble. Moi, je t’offrais, de ma main, les herbes que tu aimes, et toi, d’un pas de promenade, tu portais mon fusil couché sur ta ramure. »

Dans la nouvelle intitulée "Si je t'oublie, Jérusalem" parue dans le recueil Les Palmiers sauvages (Édition originale, 1939 ; traduction française 1952), William Faulkner décrit un cerf particulier :


Le mouvement de sa sagaie ne faiblit pas, ni ralenti, ni accéléré ; continuant de ramer avec la même régularité épuisée et hypnotique, il vit le cerf qui nageait. Il ne savait pas ce que c'était, ni qu'il avait modifié la course du bateau pour le suivre ; il s'était contenté de fixer ses regards sur la tête qui nageait devant lui tandis que la barre d'eau déferait et que le canot s'enlevait, selon le vieux mode familier, sur une lame où s'entrechoquaient arbres, maisons, ponts et clôtures, et il ramait toujours même lorsque sa pagaie ne trouvant plus que de l'air à frapper, ramant encore tandis qu'avec le cerf il était lancé en avant, côte à côte avec l'animal qu'il suivait des yeux maintenant, voyant le cerf commencer à émerger de l'eau jusqu'à ce qu'il se mette réellement à courir à la surface, continuant de s'élever, sortant entièrement de l'eau pour disparaître plus haut dans un decrescendo d'éclaboussures et de branche cassées, sa petite queue mouillée faisant une tache claire, l'animal tout entier se dissipant dans l'espace comme de la fumée. Au même instant le bateau rencontra l'obstacle et se renversa et l'homme se trouva à son tour sur ses pieds, de l'eau jusqu'à mi-jambes, bondissant, retombant sur ses genoux, grimpant, les yeux fixés sur le cerf disparu.

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Martin Cruz Smith, auteur de Chiens et loups (Éditions Titanic Productions, 2004 ; traduction française Robert Laffont, 2006) raconte comment la faune et la flore vivent à nouveau dans la zone sinistrée de Tchernobyl :


Les arbres devenaient de plus en plus grands, les ombres de plus en plus épaisses, les racines plus anciennes et plus enchevêtrées. Arkady s'enfonçait parmi les fougères, provoquant la fuite d'araignées, de salamandres, de serpents, et réveillant tout un délicat frémissement de vie. Alex l'arrêta au bord d'une flaque de lumière aveuglante, une large prairie parsemée de marguerites grandes ouvertes et, çà et là, des drapeaux rouges de coquelicots. Il lui fit signe de s'accroupir et de garder le silence, puis il lui désigna l'autre extrémité de la prairie, où un cerf avec de grands bois – un superbe trophée pour un chasseur – et une biche les fixaient de leurs yeux sombres. Arkady ne s'était jamais trouvé si près d'un cerf en liberté. La tension qu'on lisait dans leur regard était bien différente de celle, placide, du cerf de zoo.

- C'est en broutant dans les vergers qu'ils s'engraissent ainsi, murmura Alex.

- Nous sommes toujours dans la zone ? demanda Arkady, incrédule.

- Oui. De la route on ne voit qu'un spectacle de cauchemar - Pripiat, les villages enfouis, les bois rouges -, mais le plus clair de la zone ressemble à ça. Maintenant, redressez-vous lentement.

Le cerf et la biche s'immobilisèrent en voyant Arkady se lever. Puis ils se mirent à se balancer d'une façon un peu particulière, mais sans s'enfuir.

- Comme le hérisson, confirma Alex, ils n'ont plus peur.

- Sont-ils radioactifs ?

- Bien sûr que oui. Ici, tout est radioactif. Tout ce qui est sur la terre l'est. Ce champ est à peu près aussi radioactif qu'une plage de Rio – il y a beaucoup de soleil à Rio. Voilà pourquoi je voulais que vous arrêtiez votre compteur Geiger. Je voulais que vous entendiez autre chose que ce petit tic-tac. Servez-vous donc de vos yeux et de vos oreilles. Qu'entendez-vous ?

Pendant une minute, Arkady n'entendit rien de plus que la rumeur étouffée de la vie des champs ou que le bruit de sa main écrasant un insecte sur son cou. Pourtant, en se concentrant sur les cerfs, il commença à percevoir leur mastication songeuse, le vol des libellules au milieu d'un feu croisé d'insectes dans un rayon de soleil et, en arrière-plan, le cri d'un écureuil dans un arbre. - La zone, reprit Alex, abrite des cerfs, des bisons, des aigles, des cygnes. La zone d'exclusion de Tchernobyl constitue le plus beau refuge d'animaux sauvages d'Europe, car on a abandonné les villes et les villages, les champs, les routes. Parce que l'activité normale des hommes est plus nuisible pour la nature que le plus grand accident nucléaire de l'Histoire.

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