Blog

  • Anne

Le Cerf (suite)



Suite de l'article commencé en 2015 et que vous pouvez lire ici.


Symbolisme celte :

Selon le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


" Un signe net de l'importance du cerf dans la symbolique celtique est la fréquence relative de son apparition dans l'iconographie ou la légende. Une divinité gauloise porte le nom de Cernunnos, celui qui a le sommet du crâne comme un cerf. Elle est représentée sur le chaudron d'argent de Gundestrup, assise dans la posture bouddhique, tenant d'une main un torque et de l'autre un serpent, entourée d'animaux les plus divers, et notamment d'un cerf et d'un serpent : peut-être faut-il voir dans ces bois de cerf surmontant la tête du dieu un rayonnement de lumière céleste.

Un autre monument remarquable est celui de Reims où Cernunnos est représenté en dieu de l'abondance. On en connaît plusieurs autre. Cependant, il semble bien que le dieu doive être compris comme le maître des animaux. En Irlande, le fils du grand héros du cycle ossianique, Find, s'appelle Oisin (faon), tandis que saint Patrick se métamorphose et métamorphose ses compagnons en cerfs (ou en daims) pour échapper aux embûches du roi païen Loegaire : il agit ainsi en vertu de l'incantation ou procédé magique appelé feth flada, lequel procurait normalement l'invisibilité. Le symbolisme du cerf dans le monde celtique est donc très vaste et il a trait certainement aux états primordiaux. Faute d'une étude d'ensemble, on doit provisoirement se borner à relever le symbolisme de longévité et d'abondance. Les Gaulois employaient de nombreux talismans, en bois de cerf, et on a noté, en Suisse, dans des tombes alémanes des ensevelissements de cerfs à côté de chevaux et d'hommes. On a rapproché le fait des masques de cerf dont étaient munis des chevaux sacrifiés dans des kourganes de l'Altaï aux Ve et VIe siècles avant notre ère. en Bretagne armoricaine, saint Edern est représenté chevauchant un cerf.

Comme le renne, le chevreuil, le cerf semble avoir joué un rôle de psychopompe dans certaines traditions européennes, notamment chez les Celtes : le Morholt d'Irlande, oncle d'Yseult, occis par Tristan en un combat singulier, est dépeint gisant mort cousu dans une peau de cerf."

*

*

Dans L'Oracle des Druides (1994, traduction française 2006) de Philip et Stephanie Carr-Gomm, le cerf représente la fierté, l'indépendance et la purification. (mots-clefs)


"La carte du cerf représente l'animal, bramant devant une arche de bouleaux. Dans la tradition druidique, le bouleau est l'arbre des commencements, et le cerf l'une des créatures vivant depuis le début des temps. L'arche représente le point de transition entre ce monde et l'au-delà, dont le cerf est souvent considéré comme l'un des messagers. Près du cerf, on voit gravée sur un rocher la silhouette d'un homme portant ramure, représentation du dieu Cernunnos, d'Herne-le-Chasseur, ou de Merlin. Au premier plan poussent des plantes associées à l'animal : le tabouret des champs (herbe potagère du cerf), l'oseille sauvage (oseille du cerf), l'asperge commune (poireau du fils du cerf).

Le cerf nous apporte la grâce, la majesté et l'intégrité ; il peut nous aider à renforcer notre sentiment de dignité et d'assurance. Si vous vous trouvez confronté à une situation dans laquelle vous vous sentez surveillé et vulnérable, comme dans un tribunal ou en public, entrez en contact avec l'esprit du cerf et demandez-lui protection ; votre calme, votre force et votre dignité reviendront. Le cerf symbolise également l'indépendance spirituelle et physique. Si vous tirez cette carte, vous trouverez très probablement en vous la force suffisante pour exiger et conserver votre indépendance. En Ogham, langue druidique des bois sacrés, le cerf est associé à Beith, le bouleau, et au chiffre un. Il est de bon augure de tirer cette carte si vous envisagez de nouveaux projets, car le bouleau est associé à la grâce des commencements. Le cerf ayant aussi un lien avec la fertilité et la sexualité, cette carte signifie que vous parviendrez à intégrer dignité, grâce, puissance et intégrité à votre vie sexuelle.


Renversée, la carte vous demande d'analyser à quel point votre fierté constitue une aide ou au contraire un obstacle. La fierté a un côté positif : elle peut vous pousser à donner le meilleur de vous-même. Mais elle peut aussi bloquer votre développement et votre joie de vivre, si elle ne fait que protéger vos sentiments de vulnérabilité et d'insuffisance. Demandez-vous si votre fierté vous aide, ou si les qualités du cerf pourraient vous aider à être digne et intègre sans fierté inutile. Le dieu-cerf, en tant que seigneur de la chasse, est responsable du choix des bêtes à abattre. On peut voir là un processus de purification ou de sacrifice qui sert à maintenir un bon équilibre écologique. Cette carte peut donc signifier que vous devez effectuer des purifications ou des sacrifices dans votre vie. Peut-être devez-vous vous détacher des possessions matérielles ou rompre des liens émotionnels inutiles, afin de parvenir à retrouver votre indépendance et votre intégrité.


Le Cerf dans la Tradition

"Je suis le cerf aux sept bois"

La chanson d'Amergin


Tous les daims sont des créatures belles et gracieuses, mais sa magnifique ramure constituée de plusieurs bois donne au cerf une majesté qui lui est propre. Ses bois commencent à pousser au printemps, et atteignent leur taille finale à la saison du rut, moment des accouplements à la fin de l'automne. Vers l'époque de la fête druidique d'Imbolc, le 1er février, les cerfs perdent leurs bois avant la naissance de leurs petits.

Selon la tradition écossaise, le cerf est l'un des plus vieux animaux du monde qui sont présentés dans le premier des contes où apparaissent le roi Arthur et ses chevaliers, Culhwch et Olwen. L'histoire raconte que le jeune héros Culhwch tomba amoureux d'Olwen, la fille d'un géant. Mais ce dernier répondit à Culhwch qu'il devrait effectuer trente-neuf travaux tous aussi impossibles les uns que les autres avant de pouvoir épouser sa fille. Parmi ces travaux, il devait par exemple rapporter la défense du chef des sangliers, et capturer les meutes de Rhymhi. Avec l'aide d'Arthur et de ses hommes, Culhwch réussit à accomplir ces tâches et à épouser Olwen dont le père fut décapité.

Le cerf fait par conséquent partie des cinq animaux-totems qui occupent une place prépondérante dans la tradition britannique. Du merle au saumon, en passant par les trois autres animaux-totems, nous avons un aperçu du voyage qui nous entraîne toujours plus profondément dans le royaume de l'au-delà.


Costumes de Cerf

Pendant des millénaires, les hommes ont tenté de s'approprier la puissance, la dignité et la proximité du cerf avec l'au-delà, en se revêtant de costumes à sa ressemblance lors de danses et de cérémonies. Nous savons que ces coutumes rituelles datent au moins de 9500 ans dans les Îles Britanniques, car on a retrouvé sur un site mésolithique datant de cette période à Star Carr dans le Yorkshire, plusieurs crânes complets de cerfs portant encore des ramures, dont l'intérieur avait été creusé et les bords percés de trous pour en faciliter le port. Le chaudron celte, trouvé à Gundestrup au Danemark, montre lui aussi la gravure d'un chaman celte ou de Cernunnos portant une telle ramure transformée en couvre-chef. Nous retrouvons très fréquemment des personnages humains portant des ramures dans le folklore et les légendes. Ces coutumes étaient encore si courantes en Grande-Bretagne au VIIème siècle, que Saint Augustin rit de sévères mesures à leur encontre, interdisant à quiconque de céder à "l'habitude malsaine de s'habiller en cerf".


Le Seigneur des Animaux

Le seigneur des Animaux était représenté sous la forme d'un homme portant une ramure, l'association des caractéristiques humaines et animales signifiant la possession de pouvoirs surnaturels. On trouve un tel personnage dans la légende d'Herne le Chasseur - un homme portant des bois et vivant dans la forêt de Windsor, qu'on disait voir apparaître lors des crises nationales - et de Cernunnos, dieu celte de la chasse. Des noms de lieux tels que Cerne Abbas dans le Dorset, où apparaît la silhouette du géant ithyphallique gravée dans la craie à flanc de colline, portent encore la trace du nom de Cernunnos. Ce dieu était associé à la fertilité (et donc à la sexualité), et aux activités de la chasse et de l'abattage des bêtes. On voyait en lui le seigneur de la chasse qui accompagnait l'esprit des morts vers l'au-delà.

Le cerf, qui voyageait bien sûr vers l'au-delà avec le reste du convoi, jouait le rôle de messager de l'autre monde. Il était donc pour cette raison associé au festival de [Samonios] qui a lieu entre le 31 octobre et le 2 novembre, lorsque le voile est levé entre ce monde et l'au-delà, rendant possible la communication avec nos ancêtres. Monté par le roi des fées et par Merlin, il nous apporte la connaissance et la puissance."

*

*

Selon Sabine Heinz, auteure de Les Symboles des Celtes, (édition originale 1997, traduction française Guy Trédaniel Éditeur, 1998),


"Dans toute l'Europe, 2000 ans avant notre ère, le cerf était déjà un symbole divin, comme le prouvent les vestiges trouvés dans les tombes. Une fois encore, c'est sur son comportement que s'orientent les hommes : le rythme de croissance de ses bois correspond à celui de l'ensemencement et de la récolte du blé ; le blé, à son tour, est la preuve d'une vie après la mort. De plus, on pouvait utiliser ses bois comme outil pour creuser les tombes. La Biche, quant à elle, n'abandonne pas ses petits, même quand elle s'expose à un danger de mort.

Le cerf apparaît en particulier dans les processions et les sacrifices. Chez les Celtes de l'époque de Hallstatt, il est déjà présent sur certains objets, bijoux, pièces de monnaie et en tant que figure de légende. Il est l'emblème du dieu celtique Cernunnos - également appelé le roi cerf - qui porte généralement des bois et est fréquemment accompagné de différentes créatures. Il a, tout comme le cheval, un rang privilégié et on parle de lui dès l'époque préromaine des Celtes. Cernunnos est le dieu mi-homme mi-bête le plus impressionnant ; il symbolise la métamorphose de l'homme en animal et cive versa, que l'on rencontre souvent dans la littérature celtique. Dans les légendes irlandaises et galloises, les cerfs sont également liés aux métamorphoses (de personnes de sexe féminin aussi).

Chez les Gaulois, il est le maître des animaux (et correspond à Cernunna, la maîtresse des animaux) et de la forêt dense et mystérieuse - ses bois pouvant représenter les arbres, comme on le voit sur le chaudron de Gundestrup. Il règne également sur la fécondité, la surabondance et le renouvellement. Ses bois le mettent en rapport avec le principe féminin (forme en V) et le symbole de la trinité dont les échelons représentent le principe masculin. Dans l'ensemble, le thème de la fécondité domine ; il est renforcé par le comportement très agressif du cerf pendant la période de l'accouplement.

Les cerfs sont représentés en compagnie de dieux de la chasse, mais ils ont encore d'autres fonctions : Pwyll, prince de Dyfed (Pays de Galles) rencontre un cerf qui est l'annonciateur du Dieu de l'Autre Monde. Le dieu-cerf est également qualifié de Dieu de la Parole et de Dieu attentif, doué d'une intelligence surhumaine, de sagesse et de Providence. Merlin (Myrddin en gallois), le premier conseiller du roi Artus (Arthur en gallois), organisateur de la Table Ronde et de la Quête du Graal, affirme qu'il descend du cerf. Dans les récits, le cerf est souvent le plus ancien animal des forêts (pour les Gallois il a 243 ans) - un animal toujours prêt à rendre service.

Dans la légende arthurienne, Gerreint rapporte que le cerf, en sa qualité du roi de la forêt, aide à obtenir prestige et noblesse :


Artus, le gardien des forêts, rapporta jadis qu'il avait aperçu un cerf tel qu'il n'en avait encore jamais : blanc et toujours seul en raison de son orgueil et de son rang royal. On se prépara alors à la chasse. Gwenhwyvar, la femme d'Artus, devait venir elle aussi. On convient avec Gwalchmei que celui qui tuera le cerf, que ce soit à pied ou à cheval, aura le droit d'en offrir la tête à "une amie de son choix". Le lendemain matin, l'escorte partit, sans Gwenhwyvar ni Gereint qui ne s'étaient pas réveillés et qui vécurent d'abord d'autres aventures avec une plus petite escorte. Les hommes qui entouraient Artus se répartirent les terrains de chasse et lâchèrent leurs chiens pour chasser le cerf. Le chien d'Artus était le plus rapide et rabattit le cerf sur son terrain où Artus lui trancha la tête. Sur le chemin du retour, les chevaliers se disputèrent la tête du cerf. Lorsqu'ils furent rentrés au château, Gwenhwyvar suggéra de ne pas attribuer la tête du cerf avant que Gereint ne soit revenu. Après maintes aventures, Gerient finit par rentrer à la cour et y présenta son élue, Enit. Sa belle allure et ses bonnes manières enthousiasmèrent tous les sujets de Bretagne. Gwenhywyvar décida alors, en présence de Gereint, qu'Enit recevait la tête du cerf, puisqu'elle était la personne la plus respectée et qu'elle vivait avec tous dans l'amitié et la sympathie. La réputation d'Enit grandit et ses partisans se firent encore plus nombreux.


Aujourd'hui encore, en Europe, les coutumes relatives à la fécondité et les fêtes en rapport avec une certaine croyance sont liées au symbolisme du cerf, comme par exemple dans le village anglais de Abbots Bromley, où chaque année, le 4 septembre, a lieu la danse de la corne."

*

*

D'après Jean Markale, auteur du Nouveau Dictionnaire de Mythologie celtique (Éditions Pygmalion - Gérard Watelet, 1999),


Le cerf est un "animal qui joue un grand rôle dans la mythologie celtique. Le cycle irlandais de Leinster, dit aussi cycle ossianique, semble placé sous le signe du cervidé : le véritable nom du héros Finn est Demné, c'est-à-dire le "Daim". Son épouse Sadv est une femme-biche. Son fils est Oisin (Ossian), le "Faon", et son petit-fils Oscar, "celui qui aime les cerfs". Sans doute faut-il voir là le souvenir des temps préhistoriques où la chasse au cerf était le seul moyen de survivre. On sait qu'en Irlande, il y avait de grands cerfs rouges majestueux et puissants, et on comprend fort bien leur importance symbolique dans la tradition."

Selon Divi Kervella, dans Emblèmes et symboles des Bretons et des Celtes (2001),


Le cerf se dit en breton karv et c'est un "animal qui apparaît très souvent dans la mythologie celtique. Un dieu celte, Kernon (kern = cornes en breton) est représenté avec des bois de cerf. Il est la maître des animaux, le dieu de l'abondance, du renouveau cyclique physique et spirituel ( les bois de cerf qui tombent et qui repoussent), de la vie dans l'Autre Monde. Le cerf est une des quatre bêtes magiques celtiques. Dans ce quatuor il représente la fête du Ier novembre et la direction de l'ouest , ce dernier se disant kornaoueg en breton, mot où l'on retrouve bien sûr l'élément korn "corne". cet animal semble représenter le peuple tout entier.

Le cerf apparaît dans beaucoup de vies de saints celtes : c'est le symbole principal de David, le saint patron du Pays de Galles ; Patrick, le patron de l'Irlande, se métamorphose un moment donné en cerf, et dans l'héraldique irlandaise on trouve l'île représentée par un cerf sortant d'une porte... En Bretagne, on représente les saints Edern et Telo chevauchant des cerfs, saint Luner en avait douze, et une mention toute particulière sera faite à saint Hernin, qui se fête le 2 novembre et qu'on fait figurer avec ce même animal. Ce personnage semble être le descendant direct du dieu celte.


Dans la mythologie irlandaise, le fils de Find, le chef de la milice chevaleresque des Fianna, s'appelait Oisin, ce qui veut dire "faon". Dans le domaine brittonique ce nom est Alan, nom de plusieurs rois bretons. Le jeune cerf (breton heiz) et la jeune biche (heizez) occupent également une place de choix dans toute cette symbolique.

*

*

Dans Animaux totems celtes, Un voyage chamanique à la rencontre de votre animal allié (2002, traduction française : Éditions Vega, 2015), John Matthews nous propose la fiche suivante :


"Cerf = irlandais : fia ; gallois : carw, hydd ; gaélique : fiagh, doire ; langue de Cornouailles : carow ; breton : -.


Le cerf apparaît fréquemment dans la littérature et la tradition celtes. Il est un des caractères les plus anciens et les plus répandus de celle-ci. La quantité impressionnante de bois de cerfs trouvés dans des tombes et des fosses en guise d'offrande, en est à elle seule un attestation. A Colchester, des archéologues ont découvert lors de fouilles sur un lieu de prière dédié à une divinité locale, une statuette de cerf en bronze portant l'inscription Silvanus Calirius, "Roi des Bois".

Le fait que les bois de cerf poussent jusqu'à une certaine taille, puis tombent au printemps, associa le cerf à un rôle d'annonciateur de la mort et de la renaissance, et c'est en tant que tel, qu'il apparaît souvent dans la littérature, comme dans l'iconographie.

Dans les légendes de la mythologie et du folklore celtes, il apparaît également fréquemment sous d'autres rôles. A un moment, dans l'épopée de Fionn, le héros chasse un cerf, qui est le dieu Donn ayant emprunté cette forme. Il se marie ultérieurement avec une femme d'origine féerique, qui prend souvent la forme d'un cerf, et leur fils Ossian est considéré comme étant mi-humain, mi-cerf.

Maintes fois, comme dans Prince de Dyfed, histoire extraite du Mabinogion, où Pwyll affronte un cerf qui est également poursuivi par Arawn, les récits de visitations de l'Autre-Monde commencent par la chasse ou la poursuite d'un cerf. Dans Culhwch et Olwenn, histoire également tirée du Mabinogion, le cerf est une des bêtes de pouvoir avec lesquelles Culhwch est capable de communiquer et qui aide le jeune héros à capturer le sanglier Twrch Trwyth.

Dans l'un des poèmes les plus célèbres de la littérature celte, le Chant d'Amairgin, on lit la ligne suivante : "Je suis un cerf, à sa septième saison". Le mot "septième" est important, car il souligne non seulement le chiffre sacré sept, mais c'est également l'indication que le cerf a atteint la maturité et la puissance. Les bois du cerf étaient considérés comme symbolisant les branches bien déployées des bois, et c'est pour cette raison que des dieux cornus comme Cernunnos et le seigneur des bêtes, étaient représentés ainsi.

Les cerfs étaient toujours considérés comme des créatures magiques, pouvant servir de guide vers l'Autre-Monde, et apparaissaient souvent sous les traits d'une femme d'une grande beauté, capable de se transformer en cerf à volonté. La femme du héros Fionn, qui s'appelait Sabha et venait de l'Autre-Monde, prenait la forme d'un cerf lorsqu'elle quittait le monde des mortels. on trouve des signes indiquant l'existence d'un culte du cerf, dans lequel l'animal était vénéré en tant que Déesse. Le cerf représente par conséquent les voyages vers l'Autre-Monde où les royaumes féeriques, la métamorphose (permettant d'observer le monde selon des points de vue différents), et les qualités naturelles de l'animal : la grâce, la rapidité et la sensibilité de son odorat.


Préceptes du totem :

Éclaireur : Il n'y a pas de chemin trop abrupt ou rocailleux.

Protecteur : Ma force te mènera.

Challenger : Où est la vérité dans ta recherche ?

Aide : Il y a beaucoup de force dans ta vie."

*

*

Dans L'Oracle celtique, l'exploration des mondes intérieurs (2005 ; traduction française 2006) de John Matthews, la clef du cerf est la force.

Le Cerf est l'une des figures les plus anciennes et importantes de la tradition celtique. En témoigne le nombre ahurissant de bois de cerf trouvés dans les tombes et les fosses où des offrandes étaient faites. Dans l'une d'elles, à Colchester (RU), des archéologues [...] découvrirent une figurine de bronze représentant un cerf portant l'inscription Silvanus Callirius, le "Roi des Forêts". Le fait que les bois de cerf tombent et repoussent au printemps leur confère un rôle important de symbole de mort et de renaissance [...]

Dans le cycle de Fionn, le héros poursuit un cerf qui est le dieu Donn métamorphosé.

Il épouse plus tard une femme d'origine féerique, qui prend souvent la forme d'un cerf, et leur fils Ossian est considéré comme une combinaison d'humain et de cerf. Dans une chanson, il s'adresse ainsi à sa mère :


Si tu es ma mère, tu es une biche

Si tu es ma mère, tu es une biche,

Garde-toi des chiens.


Partout, comme dans l'histoire de "Pwyll, Prince de Dyfed", tirée du Mabinogion, où Pwyll rencontre un cerf qui est aussi poursuivi par Arawn, les histoires de la visite à l'autre-monde commencent par la chasse ou la poursuite d'un cerf. Dans l"histoire de "Culhwch et Olwen", de la même source, le cerf est l'un des puissants animaux avec lesquels Culhwch est capable de communiquer, et qui aident le jeune héros à capturer le sanglier Twrch Trwyth.

Dans l'un des plus fameux poèmes de la littérature celtique, "Le Chant d'Amairgin", il est écrit : "Je suis un cerf, à sept andouillers". Le nombre est important, car il est sacré, mais parce qu'il indique aussi que le cerf est dans la force de l'âge.

On considérait que les andouillers du cerf symbolisaient les branches des arbres, et c'est pour cette raison que les dieux cornus comme Cernunnos et les Seigneur des Animaux sont représentés."

*

*

Pour Gilles Wurtz dans Chamanisme celtique, animaux de pouvoir sauvages et mythiques de nos terres (Éditions 2014), les mots-clefs associés au cerf sont : la virilité et la fertilité.


"Le cerf perd ses bois chaque année entre la fin de l'hiver et le début du printemps, ensuite ils repoussent et le cycle recommence. En général les mâles et les femelles vivent séparément durant l'année, ils ne se retrouvent que pour la période de reproduction. Celle-ci démarre vers la fin de l'été et peut durer jusqu'à la fin de l'année. En Europe, l'apogée de cette période d'accouplement va de la mi-septembre à la mi-octobre. Pendant le rut, le brame résonne dans les forêts, c'est le cri profondément rauque et puissant du mâle qui peut s'entendre à des kilomètres.

Applications chamaniques celtiques de jadis

Pour les Celtes, le cerf était le seigneur des forêts et des animaux. Sa prestance, sa puissance et son allure majestueuse... tout en lui évoque le souverain. Rien d'étonnant dès lors à ce que son effigie orne de nombreux blasons de nos ancêtres.

Cernunnos était le grand esprit de la nature chez les Celtes. Il était représenté par un homme cornu coiffé de bois de cerf. Ses deux attributs majeurs sont la fertilité et sa grande faculté de métamorphose. Cernunnos était ce qu'on appelle un maître en métamorphose, capable de prendre de multiples aspects, qu'ils soient issus du règne animal, végétal ou minéral, mais aussi les aspects des éléments : la terre, l'eau, l'air et le feu.