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  • Anne

L'Âne




Étymologie :

  • ÂNE, subst. masc.

Étymol. ET HIST. − xe s. (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 20 : Un asne adducere se roved) ; après 1260 emploi fig. « homme stupide » (Ph. de Novare, Quatre temps de l'âge de l'homme, éd. Fréville, 207 ds T.-L. : por cels qui sont droit asne et plus nice que bestes). Du lat. asinus, au sens propre dep. Plaute, Asin., 333 ds TLL s.v., 792, 60 ; emploi fig. ds Cicéron, Pis., 73, ibid., 794, 47.

ÉTYMOL. ET HIST. − 1. a) 1534 nom propre (Rabelais, I, 20 dans Hug. : Ha [dist Janotus] Baudet, Baudet, tu ne concluds poinct in modo et figura) − 1548, Noël du Fail, Baliverneries, éd. Assézat, p. 169 ; b) 1547 « âne » (Conception de la Vierge Marie, 1547 dans Gdf. Compl. : Or vous tournez, baudet, tournez Le museau devers la mangeoire) ; encore asne baudet en 1619 (Claude d'Esternod, L'Espadon Satyrique, sat. I d'apr. Pruvot dans Fr. mod., t. 22, p. 130) ; 1611 p. ext. en parlant d'un homme « sot, ignorant » (Cotgr.) ; 2. 1653 baudais « sorte de lit à sangles » (Inventaire du cardinal de Mazarin dans Havard, Dict. de l'ameublement et de la décoration : Plus le bois de trois baudais ; il y en a un garny de toile qui est rompu) ; 1668 baudet (Bulletin de la Soc. Archéol. de Charente, 1889, p. 359 : Plus un baudet avecq ses sangles, sur lequel nous avons treuvé un petit lit de pleumes) ; 3. 1676 technol. (A. Félibien, Des Principes de l'archit., ..., p. 491 : Baudets, ou Hours ; ce sont des tretaux sur lesquels les sieurs de long posent leurs bois pour les débiter). Dér. de l'adj. a. fr. baud (baud*) au sens de « impudique », la lubricité de l'âne étant souvent évoquée (cf. P. Nol., Carm., 24, 167 dans Blaise).


Lire aussi les définitions des noms âne et baudet pour amorcer la réflexion symbolique.

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Expressions populaires :


Claude Duneton, dans son best-seller La Puce à l'oreille (Éditions Balland, 2001) nous éclaire sur le sens d'expression populaires bien connues :


Le coup de pied de l'âne : Le coup de pied de l'âne c'est l'insulte du lâche, le dernier coup donné à quelqu'un d'affaibli lorsqu'il n'y a plus aucun danger. C'est la vengeance du faible qui humilie doublement le puissant abattu.

Une fois n'est pas coutume, cette expression ne vient pas de La Fontaine, mais directement de son modèle Phèdre, l'affranchi d'Auguste. Dans la fable 21 du Livre I, Leo senio confectus (Le lion abattu de vieillesse), après qu'un sanglier et un taureau eurent lacéré le vieil animal expirant : « L'Âne, voyant que le l'on pouvait offenser impunément ce malheureux animal, lui meurtrit la tête à coups de pied. » Le lion expirant dit alors : « Lorsque je suis obligé de souffrir de toi, il me semble que je souffre doublement la mort. » Dans la réfection de La Fontaine, Le lion devenu vieux, l'âne ne donne pas de coups de pied ; mais les lettrés du XVIIIe siècle, époque où se répandit l'expression avaient accès au texte latin, et même à une traduction commentée, à usage scolaire, parue en 1702 « à Paris chez Nicolas Pierre Armand, libraire, rue Saint-Jacques » où j'ai pris ma citation !


Crier haro sur le baudet : Crier haro sur quelqu'un c'est se répandre en violentes protestations à son sujet. L'expression est du XVIe siècle - et sans doute bien avant en Normandie, d'où elle est originaire, comme l'explique Jean Nicot (en 1606) : « Haro est un escri et réclame en secours de justice que fait celui ou celle qui sont oppressés d'excès criminels seulement, comme d'embrassement, larcin, meurtre ou éminent péril par assaut à glaive dégainé. Auquel escri tous ceux qui l'ont ouï doivent issir et appréhender le malfaiteur, ou crier Haro sur lui, autrement sont tenus de l'amender au Prince, s'il y a péril de vie ou de membres ou de larcin, selon que le contient la coutume du pays de Normandie, auquel seule la clameur de Haro a lieu »... Du reste cet érudit ancien (ou son inspirateur partiel) rapportait le mot à Harold, « roy de Danemark qui l'an huit cent vingt-six reçut le baptême à Mayence » - ce que ne confirment pas du tout Bloch à Wartburg car ils le font venir de harer, « terme de vénerie : exciter les chiens », de la famille de « harasser ».

Toujours est-il que l'immortel La Fontaine, appliquant la locution judiciaire à un âne, lui a donné sa forme devenue proverbiale et sa pérennité, dans Les Animaux malades de la peste :


A ces mots, on cria haro sur le baudet...

(Fables VII-I, 1678)

Le vers célèbre a fait d'une formule banale une sentence allusive pour harceler quelqu'un, attirer sur lui une réprobation unanime - cela dès le XVIIIe siècle : « Le maréchal de Mouchy vient de donner sa démission du commandement de Bordeaux ; l'on croit qu'il sera donné à M. de Juigné, et chacun crie haro sur le baudet ; c'est un bien petit sujet pour une si grande place. » (Mme de Sabran, Lettre à Boufflers, 12 juin 1786.)

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Symbolisme :

A lire : article établi d'après celui de Salomon Reinach (1905) sur le culte de l'âne chez les Chrétiens et les Juifs.

Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, auteurs du Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) :


Si l'âne est pour nous le symbole de l'ignorance, il ne s'agit là que du cas particulier et secondaire d'une conception plus générale qui en fait, presque universellement, l'emblème de l'obscurité, voire des tendances sataniques.

Dans l'Inde, il sert de monture à des divinités exclusivement funestes, et notamment à Nairité, gardien de la région des morts, et à Kâlarâtri, aspect sinistre de Dévi. L'asura Dhenuka a l'apparence d'un âne.

En Égypte, , l'âne rouge est l'une des entités les plus dangereuses que rencontre l'âne dans son voyage post-mortem ; ce que notre expression populaire méchant comme un âne rouge tend à confirmer curieusement. Cet animal pourrait d'ailleurs être identifié à la bête écarlate de l'Apocalypse (Guénon).

Dans l'ésotérisme ismaélien, l'âne de Daijâl c'est la propagation de l'ignorance et de l"imposture, en fait du littéralisme borné, qui fait écran à l'avènement de la vision intérieure.

On objectera la présence de l'âne dans la crèche et son rôle, lors de l'entrée du Christ à Jérusalem. Mais Guénon a fait observer qu'il s'oppose dans le premier cas au bœuf, comme les tendances maléfiques aux tendances bénéfiques, et qu'il figure dans le second cas ces mêmes forces maléfiques vaincues, surmontées par le Rédempteur. On pourrait, certes, attribuer un rôle tout différent à la monture de Jésus triomphant. En Chine, l'âne blanc est d'ailleurs quelquefois la monture des Immortels.

Dans la scène des Rameaux, il s'agit en fait d'une ânesse, distinction qui n'est pas sans importance. Dans le mythe du faux prophète Balaam, le rôle de l'ânesse est nettement bénéfique, et Mgr Devoucoux n'hésite pas à en faire le symbole de la connaissance, de la science traditionnelle, ce qui marque un renversement complet du symbole initial. Faut-il voir, de ce fait, un symbolisme initiatique dans les honneurs réservés à l'âne lors de la fête des fous médiévale ? Il y a cependant, dans toute cette fête, un aspect de parodie, de renversement provisoire des valeurs, qui apparaît essentiel et nous ramène aux notions premières. Il s'agit, note Guénon, d'une canalisation des tendances inférieures de l'homme déchu, en vue d'en limiter les effets néfastes, en somme de ce que la terminologie moderne appellerait un défoulement contrôlé : l'accès momentané de l'âne au chœur de l'église en est l'image. Si l'on veut parler ici de science sacrée, c'est encore par retournement et dérision. Par un luciférianisme de carnaval, l'âne satanique est substitué à l'ânesse de la connaissance.

L'âne comme Satan, comme la Bête, signifie le sexe, la libido, l'élément instinctif de l'homme, une vie qui se déroule toute au plan terrestre et sensuel. L'esprit chevauche la matière qui doit lui être soumise, mais qui échappe parfois à sa direction.

On connaît le roman d'Apulée, L'Âne d'or ou les Métamorphoses. Il raconte les avatars d'un Lucius, depuis la chambre parfumée d'une courtisane sensuelle jusqu'à la contemplation mystique devant la statue d'Isis. Une suite de métamorphoses illustrent l'évolution spirituelle de Lucius. Sa transformation en âne est, dit Jean Beaujeu commentant ces passages, la manifestation concrète, l'effet visible et le châtiment de son abandon au plaisir de a chair. La deuxième métamorphose, celle sui lui restitue sa figure et sa personnalité humaines, n'est pas seulement une manifestation éclatante du pouvoir salvateur d'Isis, elle signifie le passage du malheur, des voluptés médiocres, de l'esclavage entre les mains de la fortune aveugle, à la félicité surnaturelle et au service de la divinité toute-puissante et providentielle ; elle est une vraie résurrection, la résurrection intérieure. Redevenu humain, Lucius peut suivre la voie du salut, s'engager sur le chemin de la pureté, accéder au plus sublimes initiations. Effectivement, il n'entre dans l'intimité de la connaissance divine, par une suite d'épreuves de plus en plus exaltantes, qu'après avoir dépouillé l'âne et revêtu l'homme.

L'expression oreilles d'âne provient de la légende selon laquelle Apollon changea les oreilles du roi Midas en oreilles d'âne, car il avait préféré à la musique du temple de Delphes les sons de la flûte de Pan. Cette préférence indique, en langage symbolique (les oreilles d'âne), la recherche des séductions sensibles plutôt que l'harmonie de l'esprit et la prédominance de l'âne.

Dans sa description de la Descente aux Enfers, Pausanias note la présence auprès de béliers noirs, victimes de sacrifices, d'un homme assis ; l'inscription le nomme Œnos ; il est représenté tressant une corde de jonc : une ânesse, qui est auprès de lui, mange cette corde à mesure qu'il la tresse. On raconte, dit Pausanias, que cet Œnos était un homme très laborieux, qui avait une femme très dépensière de sorte qu'elle avait bientôt mangé ce qu'il amassait en travaillant. L'allusion est transparente, au moins pour la femme. Mais son énigmatique mari n'est pas dénué d'intérêt, en ce qu'il complète le symbolisme du récit. Son nom signifie : hésitation, indécision. Sa présence dans ce contexte invite à voir en lui le symbole d'une faiblesse, voire d'un vice : l'hésitation conduisant à ne pas prendre parti et à ne jamais aboutir dans ses entreprises (Jean Defradas). A cette lumière, le symbolisme de la scène conjugale devient tout entier transparent.

L'art de la Renaissance a peint divers états d'âme sous les traits de l'âne : le découragement spirituel du moine, la dépression morale, la paresse, la délectation morose, la stupidité, l'incompétence, l'entêtement, une obéissance un peu bête. Les alchimistes voient dans l'âne le démon à trois têtes, l'une représentant le mercure, l'autre le sel, la troisième le soufre, les trois principes matériels de la nature : l'être buté.


L'âne apparaît cependant comme un animal sacré, selon certaines traditions. Il joue un rôle important dans les cultes apolliniens : à Delphes, des ânes étaient offerts en sacrifice. C'est un âne qui portait le coffre servant de berceau à Dionysos ; aussi cet animal lui est-il attribué. Suivant une autre tradition ce sacrifice d'ânes serait d'origine nordique : Nul ne saurait, ni par mer, ni sur terre, trouver la voie merveilleuse qui mène aux fêtes des Hyperboréens. Jadis, Persée, chef des peuples, s'assit à la table des Hyperboréens et entra dans leurs demeures : il les trouva sacrifiant aux dieux de magnifiques hécatombes d'ânes ; leurs banquets et leurs hommages ne cessent pas d'être pour Apollon la joie la plus vive et Apollon sourit, en voyant s'ériger la lubricité des brutes qu'ils immolent ! (Pindare, Dixième Pythique, traduction d'Aimé Puech, Les Belles-Lettres, Paris, 1931, p. 147). Dans Aristophane (Les Grenouilles) l'esclave de Bacchus dit à à son maître, qui lui place un fardeau sur le dos : Et moi je suis l'âne qui porte les mystères. Peut-être la scène n'est-elle qu'une dérision. Mais l'âne porteur de mystères n'est pas une image isolée : il est interprété comme le symbole du roi ou du pouvoir temporel.

L'âne sauvage, l'onagre, symbolise les ascètes du Désert, les solitaires. La raison en est, sans doute, que la corne d'onagre désigne une corne qui ne peut être attaquée par aucune eau vénéneuse. La mâchoire d'âne est réputée aussi pour son extrême dureté : avec une seule mâchoire d'âne, Samson peut tuer mille ennemis.

L'âne est rattaché à Saturne, le deuxième soleil, qui est l'étoile d'Israël. Aussi y a-t-il eu, dans certaines traditions, identification entre Yahvé et Saturne. Cela expliquerait peut-être, le Christ étant le fils du Dieu d'Israël, que des caricatures satiriques aient représenté des crucifiés à tête d'âne.


L'ânesse symbolise l'humilité et l'ânon l'humiliation. Richard de Saint-Victor dira que l'homme a besoin de comprendre le sens donné à l'ânesse, afin de pénétrer dans l'humilité, en devenant vil à ses propres yeux (De gen. paschate PL. et Sermons et opuscules spirituels, Paris, 1951).

Si le Christ a voulu s'asseoir sur de pareilles montures - dira Richard de Saint-Victor - c'est pour montrer la nécessité de l'humilité. D'où le texte : sur qui donc repose mon esprit, dit le Prophète, sinon sur l'humble, sur le paisible, sur celui qui tremble à mes paroles (Proverbes, 16, 18). Il monte l'ânesse, celui qui s'exerce aux pratiques de l'humilité vraie, intérieurement, devant Dieu ; mais c'est monter le petit de l'ânesse que de se montrer attentif aux devoirs de l'humiliation vraie, extérieurement, devant le prochain (Id. Opuscules et sermons).

L'ânesse est ici symbole de paix, de pauvreté, d'humilité, de patience et de courage, et généralement présentée avec faveur dans la Bible : Samuel part à la recherche des ânesses perdues ; Balaam est instruit par son ânesse qui l'avertit de la présence d'un ange de Yahvé ; Joseph emmène Marie et Jésus à dos d'ânesse en Égypte pour fuir les persécutions d'Hérode ; avant sa Passion, le Christ fait son entrée triomphante à Jérusalem sur une ânesse."

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Selon Ted Andrews, auteur de Le Langage secret des animaux, Pouvoirs magiques et spirituels des créatures des plus petites aux plus grandes (Édition originale, 1993 ; traduction française, Éditions Dervy, 2017), l'Âne a les caractéristiques suivantes :

Points clés : Sagesse et humilité.

Cycle de puissance : Toute l'année.


Si la plupart des gens associent l'âne à des qualités négatives, cela n'a pas toujours été le cas. Comme c'est le cas de nombreux animaux, on lui a prêté des significations variées au cours du temps. En astrologie, il a été rapproché de la planète Saturne, probablement parce que le dieu Saturne est le parfait instructeur. Il s'assure que nous apprenions bien nos leçons. On trouve là un lien avec la connexion âne/entêtement.

En Chaldée, la déesse de la mort était représentée sur un âne. il était donc aussi un symbole de mort et, bien évidement, de la vie après la mort. On a retrouvé sur le Palatin un crucifix blasphématoire sur lequel Jésus figurait avec une tête d'âne. Dans les emblèmes et l'art du Moyen Âge, l'âne apparaissait aussi comme un symbole de patience et d'humilité.

Dans le gnosticisme chrétien, il occupe une place importante dans les mystères relatifs à l'entrée triomphale à Jérusalem - cet épisode du Nouveau Testament que nous appelons le dimanche des Rameaux. Dans les Écritures, Jésus arrive à Jérusalem chevauchant un âne blanc alors que des feuilles de palmier sont agitées pour le célébrer.

Cette sorte de procession est symbolique du sentier qu'emprunte le candidat qui parvient à transfigurer triomphalement sa vie. Elle représente la reconnaissance externe accompagnant ceux qui manifestent les plus hauts potentiels internes. l'âne blanc symbolise la sagesse de l'âme éveillée, et les palmes sont les symboles de l'accomplissement triomphal.

Si un âne est votre totem, vous avez quelques questions à vous poser : Exprimez-vous votre propre sagesse ou vous rangez-vous derrière celle des autres ? Manifestez-vous une humilité appropriée à l'endroit de ce que vous accomplissez ? Et dans votre entourage, les gens le font-ils ? Avez-vous conscience et reconnaissez-vous ce que vous avez accompli jusqu'à présent sur votre chemin de vie ? Et ceux qui vous entourent ? Ont-ils conscience et reconnaissent-ils de manière idoine ce qu'ils ont accompli ?

L'âne est la promesse d'une sagesse qui s'éveille et de l'imminence d'une nouvelle œuvre encore plus grande à accomplir. Ne soyez pas entêté et ne refusez pas de suivre le flux de votre vie. Ne vous accrochez pas seulement à ce que vous avez fait jusqu'à présent. Rappelez-vous qu'il s'agit, pour l'instant, non pas du but, mais du chemin vers le but. Ne vous contentez pas de ce que vous avez fait et ne soyez pas content de vous, car l'âne vous promet une sagesse encore plus grande et des opportunités à la mesure de celle-ci.

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :

"L'âne a toujours eu mauvaise réputation. Symbole d'ignorance, d'obstination, de méchanceté, de paresse et de luxure, il fut longtemps assimilé aux mondes obscurs, aux forces du mal. Pour les Égyptiens, qui croyaient en une vie après la mort, la renommée de l'âne rouge pouvait être fatale pour l'âme. Chez les Grecs, Seth, le meurtrier d'Osiris, était souvent représenté par un âne. Au Moyen Âge, le Diable, quant à lui, était parfois figuré par un homme nu avec une tête et des sabots d'âne.

Toutefois, à partir du XIIe siècle, en mêlant liturgie, culte et théâtre on créa la fête de l'âne, qui coïncidait souvent avec Noël, jour du solstice d'hiver, de la mort et de la renaissance du Soleil et de la lumière, symbole de la résurrection de Jésus pour les Chrétiens. Car pour ces derniers, l'image de l'âne de la crèche, de la fuite en Égypte ou de celui que monte Jésus lorsqu'il entre dans Jérusalem n'est pas sans rappeler la représentation de l'ânesse que e prophète mésopotamien Balaam chevauchait lorsque, envoyé par le roi de Moab pour maudire et chasser les Hébreux, Yahvé lui apparut et lui enjoignit d'aller bénir Son peuple en Son nom. De même, dans la mythologie grecque, Dionysos, le fils de Zeus - dont le nom signifie "le deux fois né" et dont le mythe inspira sans doute les rédacteurs de la vie de Jésus -, chevauche souvent un âne. Ces trois ânes-là sont donc d'une tout autre nature ; symboles d'humilité, de simplicité, de pauvreté, de dépouillement, d'ascétisme, de vérité, de révélation, d'initiation, de sagesse, ils possèdent toutes les vertus. Ainsi, symboliquement et dans l'absolu, l'âne présente deux natures opposées : l'ignorance et la sagesse. Il est donc soit ignorant, soit omniscient.

Comment donc, alors, lorsque vous rêvez d'un âne, différencier le bon du mauvais ? C'est un exercice délicat. Le plus souvent, il faut vous fier aux circonstances et au contexte dans lesquels il vous apparaît. Si vous le tirez par la bride pour le faire avancer, cela revient un peu à "tirer le diable par la queue", selon l'expression populaire; votre songe vous prévient donc de difficultés, de freins, d'entraves à venir. Un âne aux oreilles dressées est souvent révélateur d'un événement ou d'un fait bénéfique à venir, tandis que s'il a les oreilles basses, il traduit une situation stagnante, mauvaise, l'obstination, l'entêtement, le refus du changement, de l'évolution. L'âne peut être annonciateur d'une bonne nouvelle, d'un renouveau, d'un changement dans la vie, comme il peut symboliser la stérilité, ou encore une faute, une infidélité commises ou subies. Quoi qu'il en soit, il vous enseigne presque toujours une chose que vous ne devez pas ignorer, dont vous devez prendre conscience."

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Pour Jacques Voisenet, auteur de "L’animal et la pensée médicale dans les textes du Haut Moyen Age." (paru dans la revue Rursus. Poiétique, réception et réécriture des textes antiques, 2006, n°1) :


D’autres animaux (porc, bouc, âne…), que Pline évoquait aussi comme des remèdes aux morsures de serpents, n’ont pas eu le même traitement ni la même postérité [que le cerf]. Ainsi, il recommandait l’utilisation du foie ou de la cervelle de verrat macérée dans du vin ou du poumon d’âne en fumigation. Mais ces bêtes n’ont pas bonne presse chez les clercs et leur connotation négative à cause de leur saleté ou de leur lubricité ne pouvait les intégrer à la cohorte des animaux prophylactiques. Malgré son humilité, vertu si chère aux clercs du Moyen Age, et le fait d’avoir été la monture du Christ pour entrer à Jérusalem, l’âne traîne une réputation de luxure. Grégoire le Grand affirme que le Démon « lorsqu’il incite à la luxure est un âne ». Sa cervelle était justement consommée comme un aphrodisiaque.

Pline précise également qu’il suffisait de murmurer à l’oreille de l’âne qu’on avait été piqué par un scorpion pour que le mal passe aussitôt à l’animal ! Cette capacité à absorber le mal se retrouve aussi au Moyen Age mais dans une perspective spirituelle. Si je n’ai pas trouvé de cas de transfert de venin de l’homme à l’âne, celui-ci remplit parfois le rôle de bouc émissaire se chargeant du mal d’autrui. Pour les maladies lunatiques, Hildegarde de Bingen conseille « de rechercher un endroit où l’on tue un âne ou bien il meurt tout seul, ou encore il se roule sur le sol : on fera ensuite coucher le malade sur le sol pendant un petit moment, caché par une couverture, il dormira, s’il peut ; puis on prendra sa main et on dira : « Lazare a dormi et s’est reposé, puis il s’est relevé ; et, tout comme il a été arraché par le Christ à sa puanteur puante, toi aussi relève-toi de cette maladie dangereuse et de ces fièvres changeantes, toi qui te trouves dans la situation où le Christ s’est trouvé en s’asseyant sur un support de cette espèce [l’entrée à Jérusalem sur un âne], signifiant ainsi qu’il rachèterait l’homme de ses péchés et le redresserait ». Un petit moment après recommence au même endroit, par trois fois ; puis trois fois le lendemain ou le surlendemain ; puis trois fois encore le lendemain ou le surlendemain, et il sera guéri ». Dans la vie de saint Rieule, deuxième évêque d’Arles mort au IIIe siècle, de rédaction postérieure au Haut Moyen Age, l’évêque libère un possédé en chassant l’esprit mauvais qui l’habitait. Celui-ci demande alors de pouvoir investir l’âne qui servait de monture à l’évêque, rappelant l’épisode néotestamentaire où des esprits prennent possession des porcs de Gérasa avant de se jeter dans la mer. Mais l’animal, faisant preuve d’une étonnante clairvoyance, refuse de se laisser investir en traçant un signe de croix avec sa patte avant. La guérison du possédé ne doit pas se faire au détriment de l’humble monture de l’évêque et l’âne, réputé pour sa sottise, donne ici une leçon au croyant en montrant que le meilleur moyen de s’opposer au mal est de faire un signe de croix.

[...]

Chez Pline, les médications destinées à stimuler les fonctions sexuelles s’appuient sur des animaux dont la nature se caractérise par la vigueur sexuelle (l’âne, le jars, le cheval, le taureau…). La réputation de ces animaux a largement été développée par les auteurs de l’Antiquité. L’âne, par la taille de son sexe et son penchant pour l’accouplement incarne les plaisirs charnels. Dans les Métamorphoses d’Apulée, Lucius se transforme en âne après avoir fréquenté une courtisane.

[...]

Quant à ceux qui entraient dans la composition des philtres amoureux de Pline (âne, cheval, taureau…), les auteurs du Moyen Age ne remettent pas en cause leur nature fortement sexuée. Au contraire ils l’utilisent pour dénoncer les excès de la sexualité et la recherche du plaisir. L’âne, l’étalon hennissant, le taureau vigoureux symbolisent le péché de chair, les fornicateurs, les adultères puisqu’ils s’accouplent entre espèces différentes, l’âne avec la jument et le cheval avec l’ânesse, donnant naissance à des individus hybrides, le mulet et le bardot, fortement suspects aux yeux des clercs à cause de leur double nature. Ils représentent donc le péché, véritable obstacle au salut, et annoncent la mort de l’âme. Ils ne peuvent donc être intégré à une démarche curative et il faut manger leur chair avec prudence. La diététique médiévale insiste sur la nature particulière de ces viandes. Ainsi la chair de l’âne, animal chaud et rendu stupide « par la surabondance de forces dont il dispose pour la fornication », (…) « n’est pas bonne à manger pour l’homme, car elle est souillée à cause de la stupidité qui est en lui ».

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Diana Cooper, auteure du Guide des archanges dans le monde animal (édition originale 2007 ; traduction française, Éditions Contre-dires, 2018) nous délivre un :


Message des animaux du royaume des équidés :


Nos cœurs sont énormes et rayonnants,

de sorte que nous répandons l'amour sur tout ce qui no