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  • Anne

L'Âne




Étymologie :

  • ÂNE, subst. masc.

Étymol. ET HIST. − xe s. (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 20 : Un asne adducere se roved) ; après 1260 emploi fig. « homme stupide » (Ph. de Novare, Quatre temps de l'âge de l'homme, éd. Fréville, 207 ds T.-L. : por cels qui sont droit asne et plus nice que bestes). Du lat. asinus, au sens propre dep. Plaute, Asin., 333 ds TLL s.v., 792, 60 ; emploi fig. ds Cicéron, Pis., 73, ibid., 794, 47.

ÉTYMOL. ET HIST. − 1. a) 1534 nom propre (Rabelais, I, 20 dans Hug. : Ha [dist Janotus] Baudet, Baudet, tu ne concluds poinct in modo et figura) − 1548, Noël du Fail, Baliverneries, éd. Assézat, p. 169 ; b) 1547 « âne » (Conception de la Vierge Marie, 1547 dans Gdf. Compl. : Or vous tournez, baudet, tournez Le museau devers la mangeoire) ; encore asne baudet en 1619 (Claude d'Esternod, L'Espadon Satyrique, sat. I d'apr. Pruvot dans Fr. mod., t. 22, p. 130) ; 1611 p. ext. en parlant d'un homme « sot, ignorant » (Cotgr.) ; 2. 1653 baudais « sorte de lit à sangles » (Inventaire du cardinal de Mazarin dans Havard, Dict. de l'ameublement et de la décoration : Plus le bois de trois baudais ; il y en a un garny de toile qui est rompu) ; 1668 baudet (Bulletin de la Soc. Archéol. de Charente, 1889, p. 359 : Plus un baudet avecq ses sangles, sur lequel nous avons treuvé un petit lit de pleumes) ; 3. 1676 technol. (A. Félibien, Des Principes de l'archit., ..., p. 491 : Baudets, ou Hours ; ce sont des tretaux sur lesquels les sieurs de long posent leurs bois pour les débiter). Dér. de l'adj. a. fr. baud (baud*) au sens de « impudique », la lubricité de l'âne étant souvent évoquée (cf. P. Nol., Carm., 24, 167 dans Blaise).


Lire aussi les définitions des noms âne et baudet pour amorcer la réflexion symbolique.

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Expressions populaires :


Claude Duneton, dans son best-seller La Puce à l'oreille (Éditions Balland, 2001) nous éclaire sur le sens d'expression populaires bien connues :


Le coup de pied de l'âne : Le coup de pied de l'âne c'est l'insulte du lâche, le dernier coup donné à quelqu'un d'affaibli lorsqu'il n'y a plus aucun danger. C'est la vengeance du faible qui humilie doublement le puissant abattu.

Une fois n'est pas coutume, cette expression ne vient pas de La Fontaine, mais directement de son modèle Phèdre, l'affranchi d'Auguste. Dans la fable 21 du Livre I, Leo senio confectus (Le lion abattu de vieillesse), après qu'un sanglier et un taureau eurent lacéré le vieil animal expirant : « L'Âne, voyant que le l'on pouvait offenser impunément ce malheureux animal, lui meurtrit la tête à coups de pied. » Le lion expirant dit alors : « Lorsque je suis obligé de souffrir de toi, il me semble que je souffre doublement la mort. » Dans la réfection de La Fontaine, Le lion devenu vieux, l'âne ne donne pas de coups de pied ; mais les lettrés du XVIIIe siècle, époque où se répandit l'expression avaient accès au texte latin, et même à une traduction commentée, à usage scolaire, parue en 1702 « à Paris chez Nicolas Pierre Armand, libraire, rue Saint-Jacques » où j'ai pris ma citation !


Crier haro sur le baudet : Crier haro sur quelqu'un c'est se répandre en violentes protestations à son sujet. L'expression est du XVIe siècle - et sans doute bien avant en Normandie, d'où elle est originaire, comme l'explique Jean Nicot (en 1606) : « Haro est un escri et réclame en secours de justice que fait celui ou celle qui sont oppressés d'excès criminels seulement, comme d'embrassement, larcin, meurtre ou éminent péril par assaut à glaive dégainé. Auquel escri tous ceux qui l'ont ouï doivent issir et appréhender le malfaiteur, ou crier Haro sur lui, autrement sont tenus de l'amender au Prince, s'il y a péril de vie ou de membres ou de larcin, selon que le contient la coutume du pays de Normandie, auquel seule la clameur de Haro a lieu »... Du reste cet érudit ancien (ou son inspirateur partiel) rapportait le mot à Harold, « roy de Danemark qui l'an huit cent vingt-six reçut le baptême à Mayence » - ce que ne confirment pas du tout Bloch à Wartburg car ils le font venir de harer, « terme de vénerie : exciter les chiens », de la famille de « harasser ».

Toujours est-il que l'immortel La Fontaine, appliquant la locution judiciaire à un âne, lui a donné sa forme devenue proverbiale et sa pérennité, dans Les Animaux malades de la peste :


A ces mots, on cria haro sur le baudet...

(Fables VII-I, 1678)

Le vers célèbre a fait d'une formule banale une sentence allusive pour harceler quelqu'un, attirer sur lui une réprobation unanime - cela dès le XVIIIe siècle : « Le maréchal de Mouchy vient de donner sa démission du commandement de Bordeaux ; l'on croit qu'il sera donné à M. de Juigné, et chacun crie haro sur le baudet ; c'est un bien petit sujet pour une si grande place. » (Mme de Sabran, Lettre à Boufflers, 12 juin 1786.)

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Symbolisme :

A lire : article établi d'après celui de Salomon Reinach (1905) sur le culte de l'âne chez les Chrétiens et les Juifs.

Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, auteurs du Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) :


Si l'âne est pour nous le symbole de l'ignorance, il ne s'agit là que du cas particulier et secondaire d'une conception plus générale qui en fait, presque universellement, l'emblème de l'obscurité, voire des tendances sataniques.

Dans l'Inde, il sert de monture à des divinités exclusivement funestes, et notamment à Nairité, gardien de la région des morts, et à Kâlarâtri, aspect sinistre de Dévi. L'asura Dhenuka a l'apparence d'un âne.

En Égypte, , l'âne rouge est l'une des entités les plus dangereuses que rencontre l'âne dans son voyage post-mortem ; ce que notre expression populaire méchant comme un âne rouge tend à confirmer curieusement. Cet animal pourrait d'ailleurs être identifié à la bête écarlate de l'Apocalypse (Guénon).

Dans l'ésotérisme ismaélien, l'âne de Daijâl c'est la propagation de l'ignorance et de l"imposture, en fait du littéralisme borné, qui fait écran à l'avènement de la vision intérieure.

On objectera la présence de l'âne dans la crèche et son rôle, lors de l'entrée du Christ à Jérusalem. Mais Guénon a fait observer qu'il s'oppose dans le premier cas au bœuf, comme les tendances maléfiques aux tendances bénéfiques, et qu'il figure dans le second cas ces mêmes forces maléfiques vaincues, surmontées par le Rédempteur. On pourrait, certes, attribuer un rôle tout différent à la monture de Jésus triomphant. En Chine, l'âne blanc est d'ailleurs quelquefois la monture des Immortels.

Dans la scène des Rameaux, il s'agit en fait d'une ânesse, distinction qui n'est pas sans importance. Dans le mythe du faux prophète Balaam, le rôle de l'ânesse est nettement bénéfique, et Mgr Devoucoux n'hésite pas à en faire le symbole de la connaissance, de la science traditionnelle, ce qui marque un renversement complet du symbole initial. Faut-il voir, de ce fait, un symbolisme initiatique dans les honneurs réservés à l'âne lors de la fête des fous médiévale ? Il y a cependant, dans toute cette fête, un aspect de parodie, de renversement provisoire des valeurs, qui apparaît essentiel et nous ramène aux notions premières. Il s'agit, note Guénon, d'une canalisation des tendances inférieures de l'homme déchu, en vue d'en limiter les effets néfastes, en somme de ce que la terminologie moderne appellerait un défoulement contrôlé : l'accès momentané de l'âne au chœur de l'église en est l'image. Si l'on veut parler ici de science sacrée, c'est encore par retournement et dérision. Par un luciférianisme de carnaval, l'âne satanique est substitué à l'ânesse de la connaissance.

L'âne comme Satan, comme la Bête, signifie le sexe, la libido, l'élément instinctif de l'homme, une vie qui se déroule toute au plan terrestre et sensuel. L'esprit chevauche la matière qui doit lui être soumise, mais qui échappe parfois à sa direction.

On connaît le roman d'Apulée, L'Âne d'or ou les Métamorphoses. Il raconte les avatars d'un Lucius, depuis la chambre parfumée d'une courtisane sensuelle jusqu'à la contemplation mystique devant la statue d'Isis. Une suite de métamorphoses illustrent l'évolution spirituelle de Lucius. Sa transformation en âne est, dit Jean Beaujeu commentant ces passages, la manifestation concrète, l'effet visible et le châtiment de son abandon au plaisir de a chair. La deuxième métamorphose, celle sui lui restitue sa figure et sa personnalité humaines, n'est pas seulement une manifestation éclatante du pouvoir salvateur d'Isis, elle signifie le passage du malheur, des voluptés médiocres, de l'esclavage entre les mains de la fortune aveugle, à la félicité surnaturelle et au service de la divinité toute-puissante et providentielle ; elle est une vraie résurrection, la résurrection intérieure. Redevenu humain, Lucius peut suivre la voie du salut, s'engager sur le chemin de la pureté, accéder au plus sublimes initiations. Effectivement, il n'entre dans l'intimité de la connaissance divine, par une suite d'épreuves de plus en plus exaltantes, qu'après avoir dépouillé l'âne et revêtu l'homme.

L'expression oreilles d'âne provient de la légende selon laquelle Apollon changea les oreilles du roi Midas en oreilles d'âne, car il avait préféré à la musique du temple de Delphes les sons de la flûte de Pan. Cette préférence indique, en langage symbolique (les oreilles d'âne), la recherche des séductions sensibles plutôt que l'harmonie de l'esprit et la prédominance de l'âne.

Dans sa description de la Descente aux Enfers, Pausanias note la présence auprès de béliers noirs, victimes de sacrifices, d'un homme assis ; l'inscription le nomme Œnos ; il est représenté tressant une corde de jonc : une ânesse, qui est auprès de lui, mange cette corde à mesure qu'il la tresse. On raconte, dit Pausanias, que cet Œnos était un homme très laborieux, qui avait une femme très dépensière de sorte qu'elle avait bientôt mangé ce qu'il amassait en travaillant. L'allusion est transparente, au moins pour la femme. Mais son énigmatique mari n'est pas dénué d'intérêt, en ce qu'il complète le symbolisme du récit. Son nom signifie : hésitation, indécision. Sa présence dans ce contexte invite à voir en lui le symbole d'une faiblesse, voire d'un vice : l'hésitation conduisant à ne pas prendre parti et à ne jamais aboutir dans ses entreprises (Jean Defradas). A cette lumière, le symbolisme de la scène conjugale devient tout entier transparent.

L'art de la Renaissance a peint divers états d'âme sous les traits de l'âne : le découragement spirituel du moine, la dépression morale, la paresse, la délectation morose, la stupidité, l'incompétence, l'entêtement, une obéissance un peu bête. Les alchimistes voient dans l'âne le démon à trois têtes, l'une représentant le mercure, l'autre le sel, la troisième le soufre, les trois principes matériels de la nature : l'être buté.


L'âne apparaît cependant comme un animal sacré, selon certaines traditions. Il joue un rôle important dans les cultes apolliniens : à Delphes, des ânes étaient offerts en sacrifice. C'est un âne qui portait le coffre servant de berceau à Dionysos ; aussi cet animal lui est-il attribué. Suivant une autre tradition ce sacrifice d'ânes serait d'origine nordique : Nul ne saurait, ni par mer, ni sur terre, trouver la voie merveilleuse qui mène aux fêtes des Hyperboréens. Jadis, Persée, chef des peuples, s'assit à la table des Hyperboréens et entra dans leurs demeures : il les trouva sacrifiant aux dieux de magnifiques hécatombes d'ânes ; leurs banquets et leurs hommages ne cessent pas d'être pour Apollon la joie la plus vive et Apollon sourit, en voyant s'ériger la lubricité des brutes qu'ils immolent ! (Pindare, Dixième Pythique, traduction d'Aimé Puech, Les Belles-Lettres, Paris, 1931, p. 147). Dans Aristophane (Les Grenouilles) l'esclave de Bacchus dit à à son maître, qui lui place un fardeau sur le dos : Et moi je suis l'âne qui porte les mystères. Peut-être la scène n'est-elle qu'une dérision. Mais l'âne porteur de mystères n'est pas une image isolée : il est interprété comme le symbole du roi ou du pouvoir temporel.

L'âne sauvage, l'onagre, symbolise les ascètes du Désert, les solitaires. La raison en est, sans doute, que la corne d'onagre désigne une corne qui ne peut être attaquée par aucune eau vénéneuse. La mâchoire d'âne est réputée aussi pour son extrême dureté : avec une seule mâchoire d'âne, Samson peut tuer mille ennemis.

L'âne est rattaché à Saturne, le deuxième soleil, qui est l'étoile d'Israël. Aussi y a-t-il eu, dans certaines traditions, identification entre Yahvé et Saturne. Cela expliquerait peut-être, le Christ étant le fils du Dieu d'Israël, que des caricatures satiriques aient représenté des crucifiés à tête d'âne.


L'ânesse symbolise l'humilité et l'ânon l'humiliation. Richard de Saint-Victor dira que l'homme a besoin de comprendre le sens donné à l'ânesse, afin de pénétrer dans l'humilité, en devenant vil à ses propres yeux (De gen. paschate PL. et Sermons et opuscules spirituels, Paris, 1951).

Si le Christ a voulu s'asseoir sur de pareilles montures - dira Richard de Saint-Victor - c'est pour montrer la nécessité de l'humilité. D'où le texte : sur qui donc repose mon esprit, dit le Prophète, sinon sur l'humble, sur le paisible, sur celui qui tremble à mes paroles (Proverbes, 16, 18). Il monte l'ânesse, celui qui s'exerce aux pratiques de l'humilité vraie, intérieurement, devant Dieu ; mais c'est monter le petit de l'ânesse que de se montrer attentif aux devoirs de l'humiliation vraie, extérieurement, devant le prochain (Id. Opuscules et sermons).

L'ânesse est ici symbole de paix, de pauvreté, d'humilité, de patience et de courage, et généralement présentée avec faveur dans la Bible : Samuel part à la recherche des ânesses perdues ; Balaam est instruit par son ânesse qui l'avertit de la présence d'un ange de Yahvé ; Joseph emmène Marie et Jésus à dos d'ânesse en Égypte pour fuir les persécutions d'Hérode ; avant sa Passion, le Christ fait son entrée triomphante à Jérusalem sur une ânesse."

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Selon Ted Andrews, auteur de Le Langage secret des animaux, Pouvoirs magiques et spirituels des créatures des plus petites aux plus grandes (Édition originale, 1993 ; traduction française, Éditions Dervy, 2017), l'Âne a les caractéristiques suivantes :

Points clés : Sagesse et humilité.

Cycle de puissance : Toute l'année.


Si la plupart des gens associent l'âne à des qualités négatives, cela n'a pas toujours été le cas. Comme c'est le cas de nombreux animaux, on lui a prêté des significations variées au cours du temps. En astrologie, il a été rapproché de la planète Saturne, probablement parce que le dieu Saturne est le parfait instructeur. Il s'assure que nous apprenions bien nos leçons. On trouve là un lien avec la connexion âne/entêtement.

En Chaldée, la déesse de la mort était représentée sur un âne. il était donc aussi un symbole de mort et, bien évidement, de la vie après la mort. On a retrouvé sur le Palatin un crucifix blasphématoire sur lequel Jésus figurait avec une tête d'âne. Dans les emblèmes et l'art du Moyen Âge, l'âne apparaissait aussi comme un symbole de patience et d'humilité.

Dans le gnosticisme chrétien, il occupe une place importante dans les mystères relatifs à l'entrée triomphale à Jérusalem - cet épisode du Nouveau Testament que nous appelons le dimanche des Rameaux. Dans les Écritures, Jésus arrive à Jérusalem chevauchant un âne blanc alors que des feuilles de palmier sont agitées pour le célébrer.

Cette sorte de procession est symbolique du sentier qu'emprunte le candidat qui parvient à transfigurer triomphalement sa vie. Elle représente la reconnaissance externe accompagnant ceux qui manifestent les plus hauts potentiels internes. l'âne blanc symbolise la sagesse de l'âme éveillée, et les palmes sont les symboles de l'accomplissement triomphal.

Si un âne est votre totem, vous avez quelques questions à vous poser : Exprimez-vous votre propre sagesse ou vous rangez-vous derrière celle des autres ? Manifestez-vous une humilité appropriée à l'endroit de ce que vous accomplissez ? Et dans votre entourage, les gens le font-ils ? Avez-vous conscience et reconnaissez-vous ce que vous avez accompli jusqu'à présent sur votre chemin de vie ? Et ceux qui vous entourent ? Ont-ils conscience et reconnaissent-ils de manière idoine ce qu'ils ont accompli ?

L'âne est la promesse d'une sagesse qui s'éveille et de l'imminence d'une nouvelle œuvre encore plus grande à accomplir. Ne soyez pas entêté et ne refusez pas de suivre le flux de votre vie. Ne vous accrochez pas seulement à ce que vous avez fait jusqu'à présent. Rappelez-vous qu'il s'agit, pour l'instant, non pas du but, mais du chemin vers le but. Ne vous contentez pas de ce que vous avez fait et ne soyez pas content de vous, car l'âne vous promet une sagesse encore plus grande et des opportunités à la mesure de celle-ci.

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :

"L'âne a toujours eu mauvaise réputation. Symbole d'ignorance, d'obstination, de méchanceté, de paresse et de luxure, il fut longtemps assimilé aux mondes obscurs, aux forces du mal. Pour les Égyptiens, qui croyaient en une vie après la mort, la renommée de l'âne rouge pouvait être fatale pour l'âme. Chez les Grecs, Seth, le meurtrier d'Osiris, était souvent représenté par un âne. Au Moyen Âge, le Diable, quant à lui, était parfois figuré par un homme nu avec une tête et des sabots d'âne.

Toutefois, à partir du XIIe siècle, en mêlant liturgie, culte et théâtre on créa la fête de l'âne, qui coïncidait souvent avec Noël, jour du solstice d'hiver, de la mort et de la renaissance du Soleil et de la lumière, symbole de la résurrection de Jésus pour les Chrétiens. Car pour ces derniers, l'image de l'âne de la crèche, de la fuite en Égypte ou de celui que monte Jésus lorsqu'il entre dans Jérusalem n'est pas sans rappeler la représentation de l'ânesse que e prophète mésopotamien Balaam chevauchait lorsque, envoyé par le roi de Moab pour maudire et chasser les Hébreux, Yahvé lui apparut et lui enjoignit d'aller bénir Son peuple en Son nom. De même, dans la mythologie grecque, Dionysos, le fils de Zeus - dont le nom signifie "le deux fois né" et dont le mythe inspira sans doute les rédacteurs de la vie de Jésus -, chevauche souvent un âne. Ces trois ânes-là sont donc d'une tout autre nature ; symboles d'humilité, de simplicité, de pauvreté, de dépouillement, d'ascétisme, de vérité, de révélation, d'initiation, de sagesse, ils possèdent toutes les vertus. Ainsi, symboliquement et dans l'absolu, l'âne présente deux natures opposées : l'ignorance et la sagesse. Il est donc soit ignorant, soit omniscient.

Comment donc, alors, lorsque vous rêvez d'un âne, différencier le bon du mauvais ? C'est un exercice délicat. Le plus souvent, il faut vous fier aux circonstances et au contexte dans lesquels il vous apparaît. Si vous le tirez par la bride pour le faire avancer, cela revient un peu à "tirer le diable par la queue", selon l'expression populaire; votre songe vous prévient donc de difficultés, de freins, d'entraves à venir. Un âne aux oreilles dressées est souvent révélateur d'un événement ou d'un fait bénéfique à venir, tandis que s'il a les oreilles basses, il traduit une situation stagnante, mauvaise, l'obstination, l'entêtement, le refus du changement, de l'évolution. L'âne peut être annonciateur d'une bonne nouvelle, d'un renouveau, d'un changement dans la vie, comme il peut symboliser la stérilité, ou encore une faute, une infidélité commises ou subies. Quoi qu'il en soit, il vous enseigne presque toujours une chose que vous ne devez pas ignorer, dont vous devez prendre conscience."

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Pour Jacques Voisenet, auteur de "L’animal et la pensée médicale dans les textes du Haut Moyen Age." (paru dans la revue Rursus. Poiétique, réception et réécriture des textes antiques, 2006, n°1) :


D’autres animaux (porc, bouc, âne…), que Pline évoquait aussi comme des remèdes aux morsures de serpents, n’ont pas eu le même traitement ni la même postérité [que le cerf]. Ainsi, il recommandait l’utilisation du foie ou de la cervelle de verrat macérée dans du vin ou du poumon d’âne en fumigation. Mais ces bêtes n’ont pas bonne presse chez les clercs et leur connotation négative à cause de leur saleté ou de leur lubricité ne pouvait les intégrer à la cohorte des animaux prophylactiques. Malgré son humilité, vertu si chère aux clercs du Moyen Age, et le fait d’avoir été la monture du Christ pour entrer à Jérusalem, l’âne traîne une réputation de luxure. Grégoire le Grand affirme que le Démon « lorsqu’il incite à la luxure est un âne ». Sa cervelle était justement consommée comme un aphrodisiaque.

Pline précise également qu’il suffisait de murmurer à l’oreille de l’âne qu’on avait été piqué par un scorpion pour que le mal passe aussitôt à l’animal ! Cette capacité à absorber le mal se retrouve aussi au Moyen Age mais dans une perspective spirituelle. Si je n’ai pas trouvé de cas de transfert de venin de l’homme à l’âne, celui-ci remplit parfois le rôle de bouc émissaire se chargeant du mal d’autrui. Pour les maladies lunatiques, Hildegarde de Bingen conseille « de rechercher un endroit où l’on tue un âne ou bien il meurt tout seul, ou encore il se roule sur le sol : on fera ensuite coucher le malade sur le sol pendant un petit moment, caché par une couverture, il dormira, s’il peut ; puis on prendra sa main et on dira : « Lazare a dormi et s’est reposé, puis il s’est relevé ; et, tout comme il a été arraché par le Christ à sa puanteur puante, toi aussi relève-toi de cette maladie dangereuse et de ces fièvres changeantes, toi qui te trouves dans la situation où le Christ s’est trouvé en s’asseyant sur un support de cette espèce [l’entrée à Jérusalem sur un âne], signifiant ainsi qu’il rachèterait l’homme de ses péchés et le redresserait ». Un petit moment après recommence au même endroit, par trois fois ; puis trois fois le lendemain ou le surlendemain ; puis trois fois encore le lendemain ou le surlendemain, et il sera guéri ». Dans la vie de saint Rieule, deuxième évêque d’Arles mort au IIIe siècle, de rédaction postérieure au Haut Moyen Age, l’évêque libère un possédé en chassant l’esprit mauvais qui l’habitait. Celui-ci demande alors de pouvoir investir l’âne qui servait de monture à l’évêque, rappelant l’épisode néotestamentaire où des esprits prennent possession des porcs de Gérasa avant de se jeter dans la mer. Mais l’animal, faisant preuve d’une étonnante clairvoyance, refuse de se laisser investir en traçant un signe de croix avec sa patte avant. La guérison du possédé ne doit pas se faire au détriment de l’humble monture de l’évêque et l’âne, réputé pour sa sottise, donne ici une leçon au croyant en montrant que le meilleur moyen de s’opposer au mal est de faire un signe de croix.

[...]

Chez Pline, les médications destinées à stimuler les fonctions sexuelles s’appuient sur des animaux dont la nature se caractérise par la vigueur sexuelle (l’âne, le jars, le cheval, le taureau…). La réputation de ces animaux a largement été développée par les auteurs de l’Antiquité. L’âne, par la taille de son sexe et son penchant pour l’accouplement incarne les plaisirs charnels. Dans les Métamorphoses d’Apulée, Lucius se transforme en âne après avoir fréquenté une courtisane.

[...]

Quant à ceux qui entraient dans la composition des philtres amoureux de Pline (âne, cheval, taureau…), les auteurs du Moyen Age ne remettent pas en cause leur nature fortement sexuée. Au contraire ils l’utilisent pour dénoncer les excès de la sexualité et la recherche du plaisir. L’âne, l’étalon hennissant, le taureau vigoureux symbolisent le péché de chair, les fornicateurs, les adultères puisqu’ils s’accouplent entre espèces différentes, l’âne avec la jument et le cheval avec l’ânesse, donnant naissance à des individus hybrides, le mulet et le bardot, fortement suspects aux yeux des clercs à cause de leur double nature. Ils représentent donc le péché, véritable obstacle au salut, et annoncent la mort de l’âme. Ils ne peuvent donc être intégré à une démarche curative et il faut manger leur chair avec prudence. La diététique médiévale insiste sur la nature particulière de ces viandes. Ainsi la chair de l’âne, animal chaud et rendu stupide « par la surabondance de forces dont il dispose pour la fornication », (…) « n’est pas bonne à manger pour l’homme, car elle est souillée à cause de la stupidité qui est en lui ».

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Diana Cooper, auteure du Guide des archanges dans le monde animal (édition originale 2007 ; traduction française, Éditions Contre-dires, 2018) nous délivre un :


Message des animaux du royaume des équidés :


Nos cœurs sont énormes et rayonnants,

de sorte que nous répandons l'amour sur tout ce qui nous

entoure. Ainsi, nous guérissons les gens, les autres animaux et

la Terre. Vous pouvez le faire, vous aussi. Il nous suffit d'ouvrir

votre cœur et de le laisser resplendir d'amour.


Les ânes : les ânes sauvages se sont incarnés à l'origine en Mésopotamie pour expérimenter la vie dans les régions les plus sauvages et les plus désertiques de la Terre. Ils aimaient les montagnes et les régions sauvages sablonneuses. Au niveau de l'âme, ils souhaitaient expérimenter la liberté, l'endurance, la patience, la vie avec d'autres membres de la famille ainsi que l'amour. Ils ont besoin de compagnie et, parce qu'ils ont un grand cœur, ils forment des liens émotionnels très forts. L'ange universel Marie, merveilleux et lumineux, qui répand l'amour dans tous les univers, travaille avec eux et les aide à garder leur cœur ouvert. Étant donné qu'ils sont plus robustes et plus résistants que les chevaux, depuis des siècles, bon nombre d'entre eux ont été capturés et domestiqués. Ils ont été mis au travail par les humains et, comme beaucoup d'animaux, ils ont subi des traitements sévères à des fréquences plus élevées. Plus tard, il a été décidé qu'ils porteraient le nom d'ânes. Les chevaux et les ânes peuvent s'accoupler et se reproduire, ais alors que les chevaux ont 64 chromosomes, les ânes n'en ont que 62. Cela signifie que les animaux hybrides ont seulement 63 chromosomes, ce qui les rend infertiles. L'archange Gabriel est également connecté aux ânes et les aide à surmonter les mauvais traitements qu'ils subissent en les encourageant à essayer d'élever leurs esprits quand ils en ont le plus besoin. Lorsque nous nous lions énergétiquement avec les ânes, l'archange Gabriel nous aide automatiquement à surmonter nos propres épreuves. Une initiation est un test très exigeant. Quand vous le réussissez, vous passez automatiquement à une fréquence plus élevée. Une crucifixion est la quatrième initiation, qui est le test du cœur et le plus difficile à supporter. Les Frères de la Robe dorée s'engagent à atténuer le karma planétaire en transmettant les fardeaux du monde à travers leurs propres systèmes énergétiques. Les ânes sont les représentants des animaux de la Fraternité de la Robe dorée et ils sont encouragés lorsque vous leur envoyez un remerciement mental. Chaque fois que vous le faites, une petite étincelle dorée s'envole loin de vous et touche leurs cœurs. Le monde des ânes a été fortement secoué quand l'un d'entre eux a été choisi pour transporter la Vierge Marie jusqu'à Bethléem. Un âne a été élu pour remplir ce rôle en partie parce que c'était la seule créature à pouvoir le faire qui était disponible, mais également parce que la hiérarchie spirituelle voulait souligner ses qualités de patience, d'endurance et d'amour. Que vous soyez un être humain ou un animal, les bonnes actions finissent toujours par être récompensées.


Prière de gratitude envers les ânes :


Source bien-aimée, je vous remercie d'avoir créé les ânes pour me montrer les qualités de patience, d'endurance et de dévouement avec lesquelles ont peut faire son devoir.

Ange Marie, je vous remercie d'avoir déversé de l'amour à l'intérieur des ânes et de m'envoyer cet amour quand je pense à ces animaux. Archange Gabriel, je vous remercie d'avoir soutenu les ânes pendant qu'ils traversaient les différentes initiations vers leur ascension et de me toucher avec la lumière de l'ascension quand je pense à eux. Archange Fhelyai, ange des animaux, je vous demande d'entourer et d'aider le royaume des ânes, et de toucher la conscience de l'humanité pour nous faire apprécier ce qu'ils sont vraiment. Bénissez les ânes. Bénissez les ânes. Bénissez les ânes. Ainsi soit-il.

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Pour Melissa Alvarez, auteure de A la Rencontre de votre Animal énergétique (LLewellyn Publications, 2017 ; traduction française Éditions Véga, 2017), l'Âne est défini par les caractéristiques suivantes :


Traits : L'Âne symbolise l'aptitude à être au service des autres, une nature protectrice et de la patience.. Les ânes sont très forts par rapport à leur taille : ils peuvent porter vingt à trente pour cent du poids de leur corps. Leur pas est assuré, et ils ont tendance à analyser les situations pour déceler les éventuels dangers. L'âne brait fortement pour rester en contact avec les autres membres de son troupeau. Il est très protecteur et va combattre les petits prédateurs comme le renard, le coyote ou le chien errant, mais il ne peut affronter qu'un seul prédateur à la fois.

Talents : Détermination ; Empressement à travailler ; Endurance ; Gentillesse ; Intelligence ; Nature douce ; Patience ; Persévérance ; Force physique ; Protection ; Sait se préserver ; Consécration spirituelle ; Souplesse . Bonne volonté.


Défis : Bruyant ; Tapageur ; Insupportable ; Entêtement ; Prend trop en charge les autres.


Élément : Terre.


Couleurs primaires : Brun ; Gris ; Blanc.


Apparitions : Lorsque l'Âne apparaît, c'est un signe de croissance spirituelle. C'est le moment d'accueillir pleinement et de faire grandir votre intuition, vos facultés d'empathie et votre connexion au Divin. L'âne signifie que vous portez peut-être trop dans votre effort pour aider les autres et que parfois il vous faut les laisser se tenir sur leurs pieds. L'âne vient vous mettre en garde : faites attention que l'on n'essaie pas de profiter de votre nature aidante. Vous savez analyser et vous avez tendance à évaluer les situations avant d'agir. Vous êtes prudent, et vous voulez savoir si la route est sûre avant de vous y engager. Comme pour l'âne, si vous décidez qu'une situation est dangereuse on pourrait apporter des complications qui risqueraient de vous affecter, personne ne pourra changer votre état d'esprit malgré toutes les tentatives qu'on pourra faire pour vous convaincre du contraire. Ce n'est pas là de l'entêtement, mais un sens aigu de préservation de soi qui vous vient à la fois de votre talent d'analyser et de la perspicacité de votre intuition. Lorsque l'âne avance, il le fait de manière lente et calculée. Il a un caractère solide et stable, il est gentil et doux, mais il peut se montrer farouchement protecteur. Vous partagez ces qualités avec l'âne. Souvent, les gens ne s'attendent pas à vous voir adopter un comportement de protection agressif tant vous êtes désireux d'aider les autres, et doux et gentil. Mais si quelqu'un que vous aimez est en danger, vous ne réfléchissez pas deux fois avant de vous lancer à sa défense et de faire savoir fortement quels sont vos sentiments.


Aide : Vous devez dire non. Vous aidez tant de personnes si souvent que vous pouvez être accablé par le poids de ce que vous portez. Lorsqu'il vous faut arrêter de prendre sur vous tant de choses et plutôt rendre quelques unes de vos charges à leurs véritables propriétaires, l'âne vous guide sur la bonne voie pour vous permettre de gérer la situation avec finesse. Si vous avez besoin d'un regain de motivation pour terminer quelque chose que vous avez commencé pour pour dépasser un obstacle, l'endurance et la détermination de l'âne vous mèneront à bonne fin. La force de l'âne, sa persévérance et sa patience peuvent vous aider dans les projets ou travaux que vous n'avez pas vraiment envie de faire, mais qui sont nécessaires. Il va vous prêter son empressement en vous aidant jusqu'à ce que la tâche soit terminée. L'âne vous met en garde contre le fait d'être trop impétueux, bruyant, ou de trop parler. Parfois quelques mots suffisent, et, d'autres fois, ce qu'il y a de mieux, c'est le silence.


Fréquence : L'énergie de l'âne est un battement intensif à quatre temps, régulier et constant. Sa sonorité est claire et forte. Elle donne la sensation d'une main qui se pose sur votre épaule et qui vous guide sur le bon chemin. Elle passe du chaud au froid pour se réchauffer à nouveau en devenant parfois très chaude de façon fugace.

Imaginez...

Vous êtes à une "vente de garage" et vous voyez deux petits ânes en train de brouter, qui seraient disposés à trouver une nouvelle maison si vous arriviez à les attraper. Lorsque vous êtes près d'eux, vous vous agenouillez et les appelez. Ils s'avancent vers vous, alors vous leur envoyez des images où vous caressez leur échine et leurs flancs. En quelques minutes, vous vous retrouvez à cajoler le plus sombre, et vous vous redressez pour lui gratter le dos et la croupe, tout en lui parlant. Vous demandez à l'autre de venir vers vous, mais il a peur. Alors vous vous faufilez près de lui et vous lui expliquez que son licou n'est pas bien mis. Il est trop serré, aussi vous allez arranger ça. L'âne vous permet d'ajuster le licou et il vous laisse caresser sa tête. Une heure plus tard, les deux ânes sont sur votre pâturage.

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D'après Jean Rouaud, qui s'interroge sur les religions et le rapport de l'homme au sacré dans La Splendeur escamotée de frère Cheval ou Le secret des grottes ornées (Editions Grasset, 2018), et ici plus précisément sur la naissance du Christ, telle qu'elle nous est proposées dans une nativité du XVe siècle peinte par un maître flamand,


"La demeure est un abri misérable, le bœuf et l'âne situent le lieu dans un e étable puisque selon les textes, il n'y avait plus de place pour accueillir le couple dans les caravansérails, mais on se rappelle la Genèse 32 : 6 : "J'ai acquis bœufs et ânes, menu bétail, serviteurs et servantes, et j'envoie l'annoncer à mon seigneur, pour trouver grâce à ses yeux." Faute de petit personnel dans cet hôtel misérable, ce sont les bergers des environs qui accourent.

En poussant plus loin la réflexion on apprend qu'en hébreu c'est un même mot qui désigne l'âne et la matière. Plus tard le fils devenu prêcheur grimpera sur un âne pour se porter sur la colline de Jérusalem. Traduction, il est cet intermédiaire dominant la matière et l'élevant jusqu'à l'Esprit. Le bœuf, l'esprit ? Pas si étrange, Égyptiens et Mésopotamiens, les devanciers des Hébreux, le plaçaient très haut dans leur panthéon. Et dans le culte de Mithra ce sont les restes du taureau sacrifié qui donnent naissance à tous les êtres. On ne s'étonne pas non plus, dans ce contexte pastoral, de rencontrer un agneau flairant le nouveau-né couché dans son lit de paille. Prière cependant de ne pas y voir une innocente peluche vivante offerte à l'enfant pour son tout premier Noël. Il est un terrifiant présage, il est l'agneau que rituellement on immole à la Pâque sur le parvis du temple de Jérusalem. Autrement dit, ce bébé tout rose, tout potelé, sera plus tard lui aussi sacrifié. Je suis l'agneau de Dieu se traduit par je suis celui que l'on va exécuter, que l'on va crucifier. Officiellement pour une affaire de trouble public, mais sous le manteau de la foi il se dit que c'est pour la rémission de nos péchés. De sorte que c'est le beffroi qui dit à l'agneau de mauvais augure : ne t'inquiète pas, l'histoire ne s'arrêtera pas sur la colline. Vois notre Flandre, quinze siècles plus tard."

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Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


Parmi les images que beaucoup d'analystes ont honorés de leur attention, celle de l'âne occupe une position éminente. L'orientation globale des commentaires concluant la plupart de ces études n'en est pas pour autant flatteuse. Stupidité et lubricité sont les deux mots qui résumeraient le plus fidèlement le contenu de ces interprétations. Si tant d'études ont été consacrées à l'âne, c'est, pour une large part, en raison de l'importance des sources disponibles. Cultes, mythes et contes constituent un ensemble de références d'une exceptionnelle richesse. Dès la seconde moitié de l'Ancien Empire, en Égypte, l'âne est devenu la représentation de Seth, le mal, frère négatif d'Osiris. Le nom égyptien e l'âne, Io, est déterminé par le hiéroglyphe de l' »animal accompagné du phallus. Tout au long du Moyen Empire et de la Basse Époque, des rites de sacrifice de l'âne sont -pratiqués ou non – affirmés par les textes ! Plutarque fait état d'ânes jetés dans des précipices au cours de cérémonies. Il n'existe pas de preuve concernant de tels faits, mais il nous paraît utile de les évoquer dans la mesure où les rêves montreront que l'image de la chute est, dans l'univers onirique, associée à l'âne.

Les auteurs latins témoignent tous, chacun à sa façon, de leur vision méprisante du quadrupède. Nous avons, naguère, développé un plaidoyer en faveur d'une image qu'il nous paraissait injuste de considérer aussi négativement. Une vaste étude menée à travers les textes religieux et littéraires nous avait permis d'observer que l'âne, dans l'inspiration poétique, est systématiquement opposé au lion, au renard et au cheval. Ceux-là symbolisent respectivement la puissance, la ruse et l'impétuosité des désirs, n'est-on pas fondé à conclure que l'âne de nos jours d'innocence, celui de la crèche ou le Cadichon du conte, pouvait aussi exprimer l'humilité, la sincérité et la sobriété ? De nombreux textes associent l'âne et l'or. L'histoire de Peau d'Âne, à laquelle nous avons consacré un certain développement, renvoie à la chaîne d’associations : âne-or-excréments-narcissisme. A travers cette recherche, entièrement menée sur la base des œuvres littéraires, l'âne apparaît comme l'indice d'un état psychologique marqué par une profonde incertitude. Il indique, au-delà de la difficulté à se déterminer par rapport aux aspirations spirituelles et aux valeurs de la terre, une sorte d'aveuglement sur la nature même de cette indécision. Nous ne pouvions pas éviter ces brefs rappels d'une étude dont les conclusions ne nous paraissent pas altérées par ce qui va suivre.

Qu'en est-il de l'âne du rêve ? Son image s'inscrit-elle sur fond de ciel ou s'ancre-t-elle à la terre ? Est-elle porteuse de cette lubricité que lui attribuent tant de traductions ? L'âne onirique et l'âne littéraire expriment la même contradiction fondamentale et la même absence de lucidité sur cette contradiction. Pourtant, chacune des deux images s'entoure d'associations très spécifiques et qui ne se retrouvent pas près de l'autre. Le lion, le renard, le roi, l'or, si fréquents dans la littérature auprès de l'âne, apparaissent rarement dans les scénarios de rêve éveillé. Par contre, ces derniers réservent à l'observateur une surprise qui s'affirme à mesure de son exploration : peu de symboles entraînent d'un manière aussi automatique des images, des réflexions, une ambiance aussi constantes.

L'âne imaginaire est un animal harassé. Chaque rêveur, chaque rêveuse accompagne l'évocation du symbole par celle d'une fatigue. Que la personne avoue sa propre lassitude ou qu'elle projette celle-là sur l'âne ou sur tout autre acteur de son rêve, la fatigue est obstinément présente dans l'environnement onirique de l'âne. Ce qui s'impose rapidement, c'est l'abondance des situations de chute. « Tomber », « tomber à terre » appartiennent au vocabulaire usuel de ces rêveries de l'âne.

Quel choix faire, parmi tant d'exemples convaincants ? Le treizième rêve de Marianne est une bonne illustration, dans laquelle la fatigue est directement imputée à l'animal lui-même :

« C'est une rue de campagne, qui monte... je vois ne charrette de foin, tirée par un âne gris... il peine pour monter... je pense à la carotte qui fait avancer l'âne... je vois la carotte... elle est très juteuse... je vois que cet âne, il a de la volonté... il sait ce qu'il veut... ça ne veut pas dire qu'il ne fera pas ce qu'on va lui dire... mais n'empêche ! Il sait sait ce qu'il veut ! Je vois un cocher qui s'installe avec un fouet... mais ça m'ennuie... il lève son fouet, qui siffle... mais il ne touche pas l'âne, il siffle dans l'air... les oreilles de l'âne tombent... c'est un signe de fatigue... ça monte à la verticale maintenant ! L'âne est exténué, la charrette passe par-dessus... l'âne tombe, s'affale par terre, langue tirée... la terre est redevenue horizontale... il a les quatre pattes écartelées, comme une carpette... tout plat... la charrette est passée devant, comme emportée par un élan... elle s'enfuit toute seule vers l'horizon... l'âne est là, au milieu du chemin... Je n'ose pas l'abandonner... c'est maintenant un paysage étrange : je ne vois ni le ciel ni la terre... »

Cet âne exténué a dépensé toutes ses énergies pour soutenir la contradiction entre sa volonté et celle du cocher. Cette image dénonce l'incapacité de la rêveuse à réaliser l'harmonie entre les intentions du mental et le sens profond de sa vie. L'âne accablé par son indétermination s'effondre sur le chemin tandis que la charrette, la vie, continue sans lui vers l'horizon, vers le devenir. Une vision forte s'impose alors à la rêveuse : celle d'un paysage étrange dans lequel elle ne voit plus ni le ciel ni la terre. La route verticale trahissait aussi un excès de volonté de spiritualité. L'épuisement est la sanction naturelle du manque d'authenticité.

Le rêve de Marianne confirme la conclusion majeure de notre étude sur l'image littéraire de l'âne.

L'âne rêvé entraîne une autre association qui se déploie à travers une série d'images inattendues. Il s'agit d'un mouvement qui indique une aspiration vers le haut mais en même temps une sorte d'accablement : bras levés au-dessus de la tête, comme une couronne, branches d'arbre tendues vers le ciel comme des bras et même, dans plusieurs rêves, un crabe dressant ses pinces vers le ciel ! Une patiente verra un personnage avancer, fatigué, portant un sac à dos sur lequel un énorme crabe fait le geste que nous avons décrit ! La couronne de lauriers, le diadème, participent à cette exposition de forme en croissant. Qu'on rapproche seulement cette image des expressions : les bras m'en tombent et baisser les bras et l'on se retrouve au centre de la contradiction symbolisée par l'âne. Le septième scénario d'Annie est en résonance profonde avec ces observations : « … Là, je vois un oiseau qui plane... en fait il était sur une affiche, dans un ciel bleu... là, il part... il a les ailes déployées... il fait des gestes fatigués, fatigués, fatigués... il met les ailes sur sa tête... il s'est posé sur un rocher... il prend plaisir au contact de la pierre... il se laisse peser sur la pierre... il a besoin de siècles pour se reposer, comme la Belle au Bois Dormant... il a besoin d'une éternité, que l'on le laisse tranquille pour traverser un temps et un espace... le sien ou celui des autres, je ne sais pas... là, j'ai vu Blanche-Neige qui dansait, les bras levés au-dessus de sa tête, avec les sept nains... et puis, on a arrêté le disque : Blanche-Neige est tout étonnée, désemparée même, ses bras tombent... je vois un ballon qui s'envole et disparaît... c'est bleu en haut... gris par terre... quel personnage faire entrer dans le rêve maintenant ? Je sens que, de toute façon, il va être trop quelque chose ! Trop doux, trop méchant... etc., peut-être un âne ? On lui trouve des défauts à l'âne ! Je ne suis pas convaincue qu'il en ait... rien ne vient aujourd'hui ! Il y a comme un refus de voir des images... elles demandent un effort que je ne peux pas faire !...

Dans cette séquence, la fatigue, les bras levés, les bras qui tombent, le haut et le bas, l'incertitude sont autant de signes précurseurs qui annoncent l'âne. Quelques extraits du cinquième rêve de Vanessa confirmeront la constance des associations mais, surtout, introduiront deux autres corrélations sur lesquelles je souhaite diriger l'attention : « Là, je vois un singe, avec une queue très longue, comme un rat... sa queue fait une roue de vélo... ses pattes sont aussi sur roulettes ! En fait, ce n'est plus un singe, mais un âne.. un âne dont les oreilles sont tombées... et puis, ça devient un cheval à bascule... là, je vois une femme qui danse, les bras en couronne au-dessus de la tête... les bras tombent, comme cassés... elle est brune, avec un diadème... la tête tombe par terre... comme une tête de jeu de massacre... là, j'ai vu un croissant, un croissant ordinaire, de boulanger... on dirait un crabe... il avance... en rampant, comme s'il avait de petites roulettes... il met ses mains au-dessus de sa tête, en couronne... Et je vois une femme dont les cheveux tombent tout autour d'elle, comme un saule pleureur... un homme aussi... qui marche... il est fatigué... il s'arrête... nous sommes dans une cheminée de volcan, c'est comme un puits très très profond... je n’arrive pas à sortir... je suis trop fatiguée... »

L'âne-jouet, l'âne ou le cheval à roulettes ou à bascule, sont des images fréquentes dans les scénarios pris en référence. Un lien existe certainement entre les bras de la danseuse, levés en couronne, le croissant-crabe de Vanessa, lui aussi monté sur roulettes, et le cheval à bascule. Le socle incurvé de celui-là rejoint, par la forme, les autres images. Cette figure en croissant de lune est souvent indicatrice d'une réhabilitation de la mère. Nous développons, dans l'article consacré au crabe, les raisons pur lesquelles ce crustacé est expressif d'une frustration d'amour maternel.

Le cheval ou l'âne de bois contribuent à la représentation d'une problématique figée par ses contradictions. Le puits, l'arbre creux, dans lesquels rêveurs et rêveuses chutent longtemps « jusqu'aux plus lointaines des racines », dit une patient, invitent à reconnaître le besoin de réconciliation avec les origines généalogiques. Universellement maltraité tout au long de la période historique, l'image de l'âne n'a pas été épargnée par la psychologie moderne. Même l'âne de la Nativité, de l'avis de certains auteurs, aurait été placé dans la crèche pour y représenter le mal. Stupidité, lubricité, obstination bornée, dispositions sataniques, de quels fardeaux symboliques n'a-t-on pas chargé le baudet ? L'odieuse pratique du bonnet d' âne coiffant le mauvais élève n'est pas très ancienne ! Que l'âne puisse figurer aussi l'humilité, la patience, la sobriété, le renoncement aux valeurs d'apparence, ne nous paraît pas devoir être mis en doute. Il faut pourtant admettre que l'âne du rêve se rapproche davantage de la version négative des interprétations que de celle-là.

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L'âne imaginé indique une lassitude, un affaiblissement des énergies qui peut conduire jusqu'au dégoût de la vie. Ce qu'il faut bien appeler une tendance dépressive résulte d'une tension prolongée entre des pulsions contradictoires. L'organisme ne tolère pas indéfiniment l'état de non-choix. Les termes de la contradiction seront différents suivant les rêveurs mais leurs conséquences toujours identiques. Le conflit peut découler d'inhibitions tenaces qui s'opposent aux pressions de la libido tendue vers un objectif sexuel. Il peut s'agir d'une position hostile vis-à-vis de l’image maternelle quand le besoin de réconciliation cherche à se faire entendre. Deux projections affectives, inconciliables, pratiquement, peuvent être à l'origine de la tension. Ces exemples ne sont pas limitatifs. Tous les modèles de contradiction concevables auront le même effet d'épuisement des énergies accaparées par le maintien d'une attitude opposée aux pulsions refoulées. La dynamique de l'imaginaire impose l'image de l'âne lorsque la limite de résistance est atteinte. Elle sonne l'heure d'une abdication des réseaux de justifications mentales. Le praticien qui reçoit le rêve doit aider le patient à prendre conscience du risque qu'il prendrait à transgresser cette alarme et à persévérer dans un comportement inadapté. La maîtrise permanente d'une contradiction provoque une consommation d'énergie qui croît jusqu'à devenir insupportable. C'est l'un des mécanismes qui mènent aux épisodes dépressifs lourds. Mais on ne saurait oublier que la dynamique du rêve obéit à des lois salvatrices. Lorsque paraît l'âne, le praticien peut être assuré que le rêveur est prêt à voir ce qu'il s’était jusqu'alors refusé à admettre. Par lassitude peut-être, mais il n'est pas de mauvais chemin qui mène à l'espérance.

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Mythologie :


Selon Hélène Vial auteure d'un article intitulé "Le rire dans le mythe ovidien de la métamorphose" (paru dans la revue Humoresques, CORHUM Humoresques, 2006) :


Le poète apparaît alors comme un démiurge rieur, pratiquant le ludisme poétique comme antidote à la brutalité du monde. Ce rire du poète est parfois masqué derrière celui du dieu qui opère la métamorphose – même si, chez Ovide, les dieux ne rient guère ouvertement. Pensons, par exemple, à la métamorphose grotesque et effrayante des oreilles de Midas, transformées en oreilles d’âne par Apollon, dont l’harmonieuse musique n’a pas séduit le roi, plus sensible au Barbarico (…) / Carmine (1) de Pan :

  • Le dieu de Délos ne veut pas que des oreilles si grossières conservent la forme humaine ; il les allonge, les remplit de poils gris ; il en rend la racine flexible et leur donne la faculté de se mouvoir en tous sens ; Midas a tout le reste d’un homme ; il n’est puni que dans cette partie de son corps ; il est coiffé des oreilles de l’âne aux pas lents. (2)

Un plaisir cruel transparaît ici, inscrit dans la nature même de la métamorphose : non seulement celle-ci représente un arrachement partiel à l’humain par une déformation monstrueuse qui mêle brutalité et ridicule, mais c’est aussi, par l’expansion et surtout par l’apparition d’une souplesse nouvelle, une manière, pour Apollon, de donner métaphoriquement à Midas une capacité d’écoute augmentée, compensation symbolique et férocement ironique d’une réceptivité insuffisante à une certaine forme de chant. L’humiliation infligée au roi est ici renforcée, dans son tragique et sa drôlerie, par le soin minutieux qu’apportent conjointement le dieu et le poète à détailler le processus de la métamorphose. Une minutie comparable, aux effets similaires, caractérise le récit de la métamorphose des Cercopes, que Jupiter, au livre XIV, transforme en singes (3) en opérant sur leurs corps une série de légères retouches, à la fois cocasses et cruelles, qui, les rendant à la fois dissemblables et semblables à eux-mêmes, leur font rejoindre, sur le plan physique, ce qu’ils étaient déjà intérieurement. Derrière le travail – décrit comme celui du sculpteur et du laboureur – accompli par le dieu et le plaisir qu’il y prend, c’est l’entreprise poétique que nous apercevons, s’emparant du corps du langage et le remodelant en y creusant le sillon du uersus. Ici, comme dans le récit précédent, il y a quelque chose de sinistre dans la jouissance manifeste que prennent les dieux à orchestrer jusque dans ses moindres détails une transformation soigneusement proportionnée à la faute commise envers eux ; mais, derrière la férocité du châtiment et le sourire mauvais de la divinité, se devine le rire du poète.


Notes :

1) : « La sauvage harmonie » (Ibid., XI, 162-163).

2) : Ibid., XI, 174-179.

3) : Ibid., XIV, 91-100.

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Littérature :


Dans ses Histoires naturelles (1874), Jules Renard brosse des portraits étonnants des animaux que nous connaissons bien :

L’Âne

I

Tout lui est égal. Chaque matin, il voiture, d’un petit pas sec et dru de fonctionnaire, le facteur Jacquot qui distribue aux villages les commissions faites en ville, les épices, le pain, la viande de boucherie, quelques journaux, une lettre.

Cette tournée finie, Jacquot et l’âne travaillent pour leur compte. La voiture sert de charrette. Ils vont ensemble à la vigne, au bois, aux pommes de terre. Ils ramènent tantôt des légumes, tantôt des balais verts, ça ou autre chose, selon le jour.

Jacquot ne cesse de dire : « Hue ! hue ! » sans motif, comme il ronflerait. Parfois l’âne, à cause d’un chardon qu’il flaire, ou d’une idée qui le prend, ne marche plus. Jacquot lui met un bras autour du cou et pousse. Si l’âne résiste, Jacquot lui mord l’oreille.

Ils mangent dans les fossés, le maître une croûte et des oignons, la bête ce qu’elle veut.

Ils ne rentrent qu’à la nuit. Leurs ombres passent avec lenteur d’un arbre à l’autre.

Subitement, le lac de silence où les choses baignent et dorment déjà, se rompt, bouleversé.

Quelle ménagère tire, à cette heure, par un treuil rouillé et criard, des pleins seaux d’eau de son puits ?

C’est l’âne qui remonte et jette toute sa voix dehors et brait, jusqu’à extinction, qu’il s’en fiche, qu’il s’en fiche.

II

Le lapin devenu grand.

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Prière pour aller au paradis avec les ânes


Lorsqu'il faudra aller vers vous, ô mon Dieu, faites que ce soit par un jour où la campagne en fête poudroiera. Je désire, ainsi que je fis ici-bas, choisir un chemin pour aller, comme il me plaira, au Paradis, où sont en plein jour les étoiles. Je prendrai mon bâton et sur la grande route j'irai, et je dirai aux ânes, mes amis : Je suis Francis Jammes et je vais au Paradis, car il n'y a pas d'enfer au pays du Bon Dieu. Je leur dirai : " Venez, doux amis du ciel bleu, pauvres bêtes chéries qui, d'un brusque mouvement d'oreille, chassez les mouches plates, les coups et les abeilles." Que je Vous apparaisse au milieu de ces bêtes que j'aime tant parce qu'elles baissent la tête doucement, et s'arrêtent en joignant leurs petits pieds d'une façon bien douce et qui vous fait pitié. J'arriverai suivi de leurs milliers d'oreilles, suivi de ceux qui portent au flanc des corbeilles, de ceux traînant des voitures de saltimbanques ou des voitures de plumeaux et de fer-blanc, de ceux qui ont au dos des bidons bossués, des ânesses pleines comme des outres, aux pas cassés, de ceux à qui l'on met de petits pantalons à cause des plaies bleues et suintantes que font les mouches entêtées qui s'y groupent en ronds. Mon Dieu, faites qu'avec ces ânes je Vous vienne. Faites que, dans la paix, des anges nous conduisent vers des ruisseaux touffus où tremblent des cerises lisses comme la chair qui rit des jeunes filles, et faites que, penché dans ce séjour des âmes, sur vos divines eaux, je sois pareil aux ânes qui mireront leur humble et douce pauvreté à la limpidité de l'amour éternel.


Francis Jammes, "Prière pour aller au paradis avec les ânes" in De l'angélus de l'aube à l'angélus du soir, 1898.

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