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  • Anne

Le Vautour


Étymologie :

  • VAUTOUR, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. Fin xie s. judéo-fr. voltur « grand rapace à la tête et au cou dénudés qui se nourrit de cadavres » (Raschi, Gl., éd. A. Darmesteter et D.-S. Blondheim, t. 1, 1066, p. 147) ; déb. xiiie s. [date ms.] vostor (Pseudo-Turpin, éd. Th. Auracher ds Z. rom. Philol. t. 1, p. 307, ligne 8) ; xiiie s. voutour (Isopet de Lyon, 193, éd. W. Foerster, p. 6) ; 1553 vautour (Ronsard, Œuvres, éd. P. Laumonier, t. 5, p. 111) ; 2. av. 1606 « ce qui ronge et détruit comme le vautour du supplice de Prométhée ou de Titye » (Ph. Desportes, Œuvres, éd. A. Michiels, Angélique, 1 ds Littré) ; 3. 1660 désignant ceux qui sont rapaces comme les vautours (Racan, Pseaumes ds Œuvres compl., éd. Tenant de Latour, t. 2, Paris, 1857, p. 220) ; 4. 1967 « partisan de la guerre » (L'Express, 5 juin, p. 70, col. 3 ds Dict. 4 1973). D'un lat. *vultōre (cf. p. ex. l'a. ital. avvoltore et le cat. voltor), altér. par changement de type de déclinaison du lat. vultur, -uris (lui-même à l'orig. de qq. rares formes médiév. comme voutre (ca 1330, Nicole Bozon, Contes moralisés, éd. L. Toulmim Smith et P. Meyer, p. 13 et p. 101) ; cf. aussi le béarnais boutre, butre, bouyre ds Palay). La forme en -au- au lieu de -ou- est prob. d'orig. dial. Le lat. connaissait déjà l'empl. fig. noté sous 3. Le sens 4 corresp. sans doute à une trad. de l'angl. hawk (v. faucon) plutôt qu'à l'angl. vulture « vautour ».


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.


Croyances populaires :


Selon Ignace Mariétan, auteur d'un article intitulé "Légendes et erreurs se rapportant aux animaux" paru dans le Bulletin de la Murithienne, 1940, n°58, pp. 27-62 :


Les Vautours et plus rarement d'autres oiseaux, étaient considérés comme des augures. Suivant Aristote et Pline, ils annonçaient des malheurs. Leur présence aux environs d'un camp, par exemple, terrifiait les soldats, c'était l'annonce d'une défaite, ils attendaient les cadavres.

La physionomie des Vautours avec leur tête et leur cou déplumés, leur gloutonnerie qui leur fait plonger leur tête et leur cou dans les entrailles des cadavres dont ils sont si friands, ne devait pas manquer de frapper le public. Ils personnifiaient la jalousie, la haine et l'avarice. Prométhée, attaché sur le Caucase pour avoir voulu dérober le feu divin, est livré à la voracité d'un Vautour qui lui déchire les entrailles.

Dans l'ancienne thérapeutique chaque partie du Vautour renfermait un remède particulier.

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Symbolisme :

Dans le Dictionnaire des symboles (1969, édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant on peut lire que :


"Le vautour royal, mangeur d'entrailles, est un symbole de mort chez les Mayas. Mais, se nourrissant de charognes et d'immondices, il peut également être considéré comme un agent régénérateur des forces vitales, qui sont contenues dans la décomposition organique et les déchets de toute sorte, autrement dit comme un purificateur, un magicien qui assure le cycle du renouveau, en transmutant la mort en vie nouvelle. C'est ce qui explique dans la symbolique cosmologique qu'il soit également associé aux signes d'eau ; c'est le cas du calendrier maya ; et qu'il régisse les précieux orages de la saison sèche, assurant ainsi le renouveau de la végétation, et devenant de ce fait une divinité de l'abondance. On en voit en grand nombre, droits et sombres, sur les îles limoneuses des grands fleuves, comme le Mékong, en face des villes et des villages.

Ces mêmes raisons l'associent au feu céleste, à la fois purificateur et fécondant. Dans de nombreux rites indiens d'Amérique du Sud, il est le premier possesseur du feu, qu'un démiurge lui vole, généralement avec l'aide du crapaud. En Afrique Noire, chez les Bambaras, ce même symbolisme est poussé à ses plus extrêmes conséquences, sur le plan mystique, avec la classe des initiés vautour. Le vautour du Koré est l'initié, mort à la vie profane, et qui vient de pénétrer dans la sagesse divine, purifié, brûlé par les épreuves initiatiques. Dans les sorties de la confrérie, il apparaît comme un clown, et surtout comme un enfant, car il vient en effet de naître, ou plutôt de renaître, mais dans le domaine transcendantal de Dieu, dont la sagesse revêt, aux yeux du profane, les apparences de la folie et de l'innocence. Et, comme un enfant, il se traîne sur le sol et dévore tout ce qu'il trouve, jusques et y compris ses propres excréments : c'est qu'il a triomphé de la mort terrestre, et il a le pouvoir de transmuer la pourriture en or philosophal. On dit de lui qu'il est le plus riche des êtres, car il connaît seul l'or véritable. On le célèbre dans une prière en disant que si le dessus et le dessous de l'aliment sont pareils, c'est la vérité. Enfin, dans l'analogie établie entre les classes d'initiés et les échelons de la hiérarchie sociale, il correspond à la femme toujours parturiente. Il est donc aussi, en Afrique comme en Amérique, symbole de fertilité et d'abondance, sur tous les plans de la richesse : richesse vitale, matérielle et spirituelle.


Dans Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci, Sigmund Freud a fait du vautour une métamorphose de la mère. la déesse-vautour égyptienne, Nekhbet, était, selon les croyances populaires, la protectrice des naissances.

Le vautour est parfois identifié à Isis, dans les Textes des Pyramides. Les paroles mystérieuses d'Isis, celles qui confèrent la vie, doivent être connues des défunts. La possession de l'oraison du vautour te sera bienfaisante dans la région des mille champs. C'est dans la nuit, les ténèbres, la mort, que la déesse vautour revivifie l'âme, qui ressuscitera à l'aube : Le vautour (la mère) a conçu dans la nuit, à ta corne, oh vache enceinte texte expliqué dans la notice Isis. Le vautour est aussi représenté sur un panier ou une corbeille, symbolisant ainsi la germination dans la matrice.

Le Vautour figure souvent dans l'art égyptien le pouvoir des Mères célestes. Il absorbe les cadavres et redonne la vie, symbolisant le cycle de la mort et de la vie dans une perpétuelle transmutation.

Un admirable relief d'Isis décore le temple de Philae, représentant la déesse assise sur son trône, de profil, le crâne enveloppé comme d'un casque par les ailes tombantes d'un grand oiseau, d'où se détachent une tête et une queue de vautour, casque surmonté d'un globe lunaire qu'encadrent comme une lyre deux cornes de vache ; la déesse, le buste nu, tend un sein découvert, gonflé, comme pour un allaitement : rare accumulation de symboles féminins, personnification du processus biologique dans l'univers, une des plus belles images de l'éternel féminin.

Le vautour est encore, dans les traditions gréco-romaines, un oiseau divinatoire. C'était un des oiseaux consacrés à Apollon, parce que son vol, comme celui du cygne, du milan, du corbeau, donne des présages. Rémus voit six vautours, Romulus douze, quand, installés l'un sur le Palatin, l'autre sur l'Aventin, ils interrogent le ciel pour savoir où construire la ville : Rome s'édifiera à l'endroit où les présages se seront montrés le plus favorables."

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D'après Nicki Scully, auteure de Méditations de l'Animal pouvoir, Voyages chamaniques avec les alliés esprits (1991, 2001 pour l'édition originale, ; Guy Trédaniel Éditeur, 2002),


Le Voyage du Vautour fait partie des Voyages de fondation, c'est-à-dire des voyages qui "dont la base des méditations de l'Animal Pouvoir. Ils aident à établir votre relation avec ce travail, posant les fondations et établissant des dispositions au voyage qui vous permettront d'aller plus loin dans certaines des autres sections. C'est ici que votre relation avec votre guide originel commence à s'établir.

[...]

Les premiers enseignements du Chaudron d'Or sont donnés par le Vautour et la Vieille qui représentent la partie sage, primordiale, de nous-mêmes, qui est féminine. Grâce au Chaudron, nous plongeons profondément dans notre propre psyché et nous interagissons directement avec cet archétype féminin ancien. Elle fait partie de chacun de nous, quel que soit notre genre, et elle peut aider à ouvrir le chemin vers une compréhension plus profonde de nous-mêmes et des voies de la nature.

Le Vautour est très respecté en Égypte. L'un de ses aspects, la déesse Mout est considéré comme auto-engendré, et elle est l'une des images les plus anciennes de la déesse. Tous les vautours étaient considérés comme femelles, et l'on peut voir des images de vautour sur la tête de nombreuses déesses ainsi que sur celle du Pharaon, où le vautour représente la Haute-Égypte. Le vautour sait quand vous êtes vraiment prêt pour le changement, car il regarde et attend patiemment, et quand le moment est venu, il voit la mort de l'ancien et il le dévore, pour qu'il puisse renaître.

Dans le voyage suivant, c'est Mout, la déesse vautour, qui vous transporte au temple, la matrice de la terre, où vous rencontrerez sa prêtresse, la Vieille. C'est cette Vieille, l'aspect ancien féminin, sage de vous-même, qui ouvre votre troisième œil et commence à vous enseigner les voies de l'intuition, des herbes et de la guérison.

La Vieille est la gardienne du magasin d'herbes, et vous pouvez toujours venir la voir pour en apprendre davantage sur les herbes et leur utilisation. Elle vous présentera de nouveaux alliés végétaux, ou vous fera souvenir de vos vieilles plantes amies dont vous pouvez avoir besoin dans votre vie à ce moment. Si vous n'êtes pas familiarisé avec les herbes qu'elle vous montre, consultez un livre de références sur les plantes pour plus d'information.

Rendez souvent visite à la Vieille pour obtenir une compréhension plus profonde de votre nature féminine. Il est particulièrement favorable d'entreprendre ce voyage pendant la pleine lune.


Voyage du Vautour et de la Vieille


[Faites l'alchimie du Chaudron... ]

Thoth pointe son bâton, et quand vous regarder la direction qu'il montre, vous voyez un vautour resplendissant. C'est la déesse ancienne Mout, mère de tous, au caractère et à la stature nobles. Elle est la Mère primordiale du panthéon d’Égypte. Mout vous emmène délicatement dans son vol vers les hauteurs, vous faisant contempler les paysages merveilleux de la terre Mère. Remarquez le paysage qui est au-dessous de vous quand vous vous élevez sur les courants du vent...

Mout vous emmène à son temple secret. L'entrée est cachée, recouverte de végétation luxuriante, signalée par l'eau claire près de son entrée étroite. Elle se pose avec vous et entre dans la terre à travers le sombre passage. Elle descend profondément dans la terre, jusqu'à ce qu'elle vous dépose au fond d'une grande caverne, la matrice de la Terre Mère....

Quand Mout montre le plafond, la caverne s'illumine avec un éclat doux, chaud, en sorte que vous puissiez voir autour de vous. Remarquez les détails de cet endroit, cette matrice. A quoi ressemble-t-elle, quelle sensation donne-t-elle ? Quelles couleurs et textures y a -t-il ici ? Ouvrez tous vos sens. Écoutez les sons...

Vous remarquerez le bruit de l'eau courante venant d'une niche, où elle coule doucement des murs de la grotte. Vous pouvez vous purifier dans les eaux sacrées pour vous préparer à la prochaine étape de votre voyage...

Quand vous avec achevé votre rituel de purification, vous purifiant dans les eaux courantes de la matrice, il y a un habit propre que vous revêtirez...

Retournez à la partie principale de la caverne. Vous y rencontrerez la Vieille, l'incarnation de la sagesse divine. Cette vieille femme pleine de sagesse est depuis des milliers d'années prêtresse de Mout, et cependant elle vous est familière. Elle est très contente que vous ayez fait ce voyage...

La Vieille commence à faire un cercle de cristal au centre de la caverne. Tandis qu'elle place chaque cristal, la caverne brille de lumières cristallines. Elle vous ait signe de venir au centre du cercle. Le sol bouillonne sous vos pieds, mais vous vous apercevez que vous pouvez garder votre équilibre.

Tandis que vous vous tenez debout devant la Vieille, d'un pli de son habit, elle sort une pierre magique. Cette pierre est la médecine universelle, la Pierre de Guérison qui contient toute la connaissance de la Terre et son histoire. La compréhension de sa nature vous sera révélée au cours de votre expérience. La Vieille vous montre la pierre et la place dans votre troisième œil, au centre de votre front. Sentez la pierre entrer et commencez à éveiller d'anciens souvenirs et une connaissance depuis longtemps oubliée... [Pause]

La Vieille vous offre maintenant une herbe, une plante qui est pour vous une plante pouvoir. Ce peut être la plante entière, ou une portion : une fleur, une feuille, une racine... Quand vous recevez cette plante, son essence vous remplit de la conscience de sa nature. Elle imprègne votre être, et vous la sentez dans toutes les cellules de votre corps. Vous sentez et comprenez son pouvoir. Vous sentez son parfum, et votre bouche est replie du goût de votre nouvel allié. Vous saurez comment et quand utiliser cette herbe, pour vous guérir, vous-même et les autres....

Par gratitude pour les présents que la Vieille vous a donnés, vous pouvez lui faire une offrande. Vous pouvez choisir un aspect de vous-même, de votre être physique ou de votre caractère, comme présent pour la soutenir dans son œuvre....

La Vieille a une instruction ou une initiation spécifique qui est juste pour vous, selon votre degré de préparation et d'engagement personnel à ce moment. Recevez ce qu'elle vous donne. ... [Longue pause.]

Quand le temps passé en compagnie de la Vieille est achevé, il ne vous reste qu'à la regarder profondément dans ses yeux, pour vous reconnecter avec les vibrations de la déesse vautour Mout, et vous pouvez vous envoler pour sortir du temple. Tandis que vous volez au-dessus de la riche variété de paysages terrestres, regardez vers le bas, et remarquez les changements dans votre perception...

Retournez à la porte où Thoth attend. Il a gardé votre corps pendant votre voyage. Prenez le temps de communiquer avec lui au sujet de votre expérience et de poser les questions qui peuvent s'être présentées pendant votre voyage. ... [Pause.]

Thoth vous montrera le chemin du retour dans votre corps à travers le sommet de votre crâne... Sentez-vous connecté avec votre corps physique. Prenez un moment pour vous enraciner et vous centrer, sentant que vous êtes solidement à l'intérieur de votre corps... Quand vous êtes prêt, ouvrez les yeux.


Mot-clé : Sagesse intuitive."

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes (Larousse Livre, 2000) :


"Le plus représentatif de cette espèce de rapaces diurnes est sans conteste le vautour fauve, au long cou paré de duvet blanc, aux ailes longues et larges, à la queue courte et noire et au corps fauve, qui mesure jusqu'à 2.50 mètres d'envergure en plein vol. Son aire de répartition se situe en Europe méridionale, en Asie et en Afrique du Nord. Sédentaire, il vit dans les montagnes et les plaines arides, et il se nourrit de cadavres d'animaux qu'il dépèce de son bec crochu. Dans un nid bâti dans les parois ou anfractuosités rocheuses, garni de petites branches et d'herbes sèches, la femelle pond 1 œuf par an, entre janvier et mars, qu'elle couve avec le mâle durant 7 à 8 semaines. Toutefois, le petit ne quitte le nid qu'au bout de 3 mois et ne devient pas adulte avant 4 ans.

Nekhbet, la déesse vautour de la Haute Égypte, était la protectrice des naissances et du nouveau-né. Elle fut identifiée à Isis, la Grande Magicienne, qui devint ainsi la Mère Céleste, représentée par un vautour aux ailes déployées, ayant pouvoir de vie et de mort, de naissance et de renaissance, donc de résurrection ; puis en Grèce, à Eileithiya, la déesse de la Naissance. Ainsi, malgré sa réputation non surfaite de charognard, c'est l'aspect maternel et paternel du caractère de cet oiseau rapace que nos ancêtres ont retenu."

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Pour Melissa Alvarez, auteure de A la Rencontre de votre Animal énergétique (LLewellyn Publications, 2017 ; traduction française Éditions Véga, 2017), le Vautour est défini par les caractéristiques suivantes :


Traits : Le Vautour symbolise les cycles de la vie, le renouveau et la purification. Il est aussi symbolique de la mort, parce qu'il mange des animaux morts à tous les stades de décomposition (ce qu'on appelle les charognes), bien qu'il préfère les animaux fraîchement tués. Ce symbole de mort, qui représente souvent un changement dans le statut social ou dans les finances, ou bien la fin d'une relation, d'une entreprise, ou d'une mauvaise habitude, n’indique pas une mort physique.

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Talents : Équilibre ; Propreté ; Sérieux ; Fidèle ; Peu influençable ; Patient ; Perceptions aiguisées ; Protection ; Renouveau ; Ingénieux ; Eveil sensoriel ; Tolérant ; Original ; Vision.


Défis : Trop indulgent ; Intolérant ; Manque de discernement ; Désordonné ; Trop sérieux.


Élément : Air ; Terre.


Couleurs primaires : Noir ; Brun ; Gris ; Blanc.


Apparitions : Lorsque le Vautour apparaît, cela veut dire qu'il est temps d'égaliser les choses dans votre existence. Si vous donnez trop d'attention à votre travail et ne consacrez pas suffisamment de temps à votre vie chez vous, ou vice versa, le moment est venu d'équilibrer le temps que vous passez à l'un ou à l'autre. Si vous travaillez dans un groupe où les personnes ne sont pas traitées de façon égale, alors chargez-vous de veiller à ce qu'elles soient à égalité. Il s'agit de trouver un équilibre et que tous soient traités de façon juste. Le Vautour signifie qu'il faut regarder au-delà des apparences pour voir à l'intérieur de chaque individu ce qu'il a d'unique. Il y a une légende qui dit que, lors le soleil s'est approché trop près de la terre, le vautour l'a repoussé avec sa tête et ses ailes puissantes. Les plumes de sa tête ont été brûlées quand il a sauvé le monde. Cette histoire indique que l'on peut posséder intérieurement une grande force de caractère et qu'il y a des raisons à son apparence extérieure. Si vous ne prenez pas le temps de connaître les autres, alors vous passez à côté de la possibilité de vous faire de formidables nouveaux amis. Le vautour est un expert en propreté. Lorsqu'il apparaît, cela indique qu'il est bon d'enlever tout ce qui encombre votre maison et votre environnement de travail, de lâcher tous les bagages en excès dans votre vie personnelle, ainsi que tout ce qui vous embarrasse l'esprit en vous causant un stress excessif. Quand vous aurez fait un sérieux nettoyage dans tous les domaines de votre existence, vous serez allégé de vos fardeaux et libre de vous élevez dans le vent avec bonheur et joie. Le Vautour donne la capacité à voir le bien chez les autres et à tirer les meilleur parti d'une situation difficile, et il vous encourage à toujours chercher le côté positif.


Aide : Vous avez besoin de pureté dans votre mental, votre corps et votre esprit. Le Vautour est un animal très lié à la spiritualité, et il peut vous aider à avoir des révélations sur votre essence spirituelle en vous montrant comment regarder en vous. Si vous faites l'expérience d'une croissance spirituelle, d'une renaissance ou d'une expansion de vos facultés intuitives, le vautour va vous aider à accroître votre vision pour être clairvoyant tout au long de votre chemin. Il peut vous aider à triompher des obstacles et vous faire ainsi savoir qu'il n'y a aucune limite à vos aptitudes. C'est pour vous un temps d'éveil intérieur, et vous ne serez plus le même après cette transformation. S'il y a des tâches désagréables à faire et dont personne ne veut se charger, le vautour peut vous donner l'impulsion de vous y mettre et de les accomplir en un temps record.


Fréquence : L'énergie du Vautour est extrêmement chaude, liquide, fluide. Elle vous donne la sensation d'entrer dans un sauna (qui est un lieu où l'on se purifie). Sa sonorité ressemble au son grave que fait le pincement de cordes de violoncelle.

Imaginez...

Vous regardez par la fenêtre de votre porte d'entrée et vous voyez plusieurs vautours noirs assis sur le toit de la maison de votre voisin. Vous avez un instant d'inquiétude, puis vous vous souvenez que le vautour signifie une mort symbolique pour pouvoir aller de l'avant. Vous songez à une situation difficile à votre travail et aux changements que vous pouvez faire pour sauver un compte. Alors que vous y réfléchissez, les vautours s'envolent du toit voisin pour se poser sur l'herbe devant le porche de votre maison. Les voilà en train de vous regarder, ce qui vous rend un rien nerveux. L'un d'eux s'avance vers votre fenêtre et cogne du bec contre la vitre. Vous examinez sa tête chauve, sa peau noire plissée et ses plumes épaisses. En tournant la tête sur le côté, il émet un son, comme s'il geignait faiblement, il fait demi-tour et tous s'envolent. Vous savez que vous venez de recevoir en direct le message que ce que vous êtes en train de planifier, c'est exactement ce qu'il faut faire.

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Philippe Descola, dans « Les animaux et l’histoire, par-delà nature et culture », Revue d'histoire du XIXe siècle, 54 | 2017, 113-131 revient sur le choix des oiseaux qu'il a retenus pour expliquer la différence qu'il établit entre notamment le totémisme et l'animisme :


Comme troisième formule, j’avais pris le vautour, l’urubu. L’urubu, le vautour noir du Mexique, est assez souvent un double de la personne humaine – il y en a d’autres ; il naît en même temps qu’un humain, se développe aussi et tous les accidents qui pourront lui arriver se répercuteront sur les humains, de même que les accidents qui arrivent aux humains se répercuteront sur lui. C’est là un rapport complétement différent aux oiseaux que ceux que j’ai mentionnés précédemment. Les gens ne savent pas quel est leur double, le rapport avec le double est un rapport de correspondance, mais sans lien direct ; il se passe quelque chose dans un domaine qui va se répercuter dans un autre domaine ; c’est une formule ontologique que j’ai appelé « analogisme » et qui correspond à un monde de singularités dans lequel les rapports entre les différents êtres du monde s’organisent selon des formes diverses de correspondances : le rapport entre microcosme et macrocosme, par exemple, ou les dédoublements hiérarchiques.

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Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


La tête baissée, comme pour faire oublier son long cou déplumé, le vautour expose sa silhouette lugubre dans un contrejour blafard, dans cette lumière lunaire qui anéantit les couleurs, ne sauvant que les ombres. Il y a du fantôme dans cet oiseau !

Sur les ailes du rêve, chacun peut atteindre à son heure l'illumination intérieure. Mais l'imaginaire prend aussi, parfois, les ailes du vautour, emportant alors le rêveur vers ces régions imprécises de l'onirisme qui ne connaissent ni la lumière du jour, ni les franches ténèbres de la nuit. Fantomatique, le vautour l'est par ses fréquentations sinistres, par le caractère macabre de bien des scènes auxquelles il participe, mais plus encore par les contours incertains de son image onirique.

La lecture des scénarios communique la conviction que chaque rêveur, à l'instant de prononcer le nom de cet oiseau, est saisi d'un effroi comparable à celui qui accompagne l'évocation de la mort. Il est rare que le terme vautour soit utilisé sans réticence, celle-là se manifestant au moins par un bref silence précédant le mot. Le plus souvent, l'hésitation se traduit par l'emploi de plusieurs images, comme dans cette phrase :

« Je vois maintenant un grand oiseau qui décrit des cercles au-dessus d'un cadavre... un aigle ou un vautour...» L'aigle, le corbeau, la chouette, le pélican sont ainsi appelés à partager l'espace onirique à proximité du vautour. Tout se passe comme si l'imaginaire entendait réduire l'insupportable signification du charognard en divisant l'attention par ce stratagème.

Présent dans moins de 2% des scénarios de rêve éveillé, le vautour est cependant un signe fort. L'atmosphère des séquences dans lesquelles il apparaît est très souvent impressionnante.Le vautour rêvé s'inscrit dans une chaîne d'associations dont chaque terme appellera un développement ; le désert, la sorcière, le cadavre, la décapitation, le cheval, composent son plus proche environnement symbolique. D'autres images, nombreuses, sont en corrélation avec le charognard. Comme on pouvait le supposer, le cou, cet étrange cou à collerette, figure parmi celles-là. Il occupe cependant un rang très modeste par rapport à la tête.

Si l'on considère l'ensemble des rêves composant la base de données, la tête est un symbole dont la fréquence d'apparition est très grande. Si grande qu'il n'y aurait pas lieu de s'attarder sur l'image si, dans son association avec le vautour, elle se présentait pas une saisissante particularité. Le vautour appelle des visions de tête coupée, arrachée, séparée du corps, de crâne sanguinolent ou blanchi, gisant sur un sol craquelé. La violence de telles images peut surprendre. Elles se prolongent par la vision du corps désarticulé, découpé, déchiqueté, broyé.

Il est significatif que l'imaginaire éprouve l’intérêt de distinguer l'image de la tête arrachée de celle du corps déchiqueté. Dans plusieurs scénarios, les deux visions s'additionnent mais restent suffisamment isolées l'une de l'autre pour communiquer la certitude que cette séparation est signifiante. L'observation est déterminante, car elle engage la traduction du symbole autour de deux axes différents, sur lesquelles vont se ranger des contenus, identiques pour certains, opposés pour d'autres.

La décapitation est en elle-même un geste ambivalent. Il peut se rapporter aux fantasmes de castration ou signifier, par-delà sa brutalité, la séparation du corporel et du mental. L'image du corps déchiqueté peut aussi renvoyer à la castration mais elle exprime surtout une dynamique de restructuration de la psyché. Les mythes, notamment en Inde et en Égypte, illustrent aussi le renouvellement psychique par l'image du corps découpé puis reconstitué. Quel symbole aurait assumé, mieux que le vautour, la double représentation symbolique de la castration et de la restructuration ? Seul un charognard convenait à l'emploi ! Préposé, depuis le fond des âges, à l'élimination des chairs mortes, à ce qu'on appellerait aujourd'hui le recyclage des cadavres, il apparaît comme l'agent naturel du renouvellement. Il est, par excellence, le croque-mort !

Associé à la vieille femme, à la sorcière, au cheval, à la lune, à l’araignée, il ne peut dissimuler ses correspondances avec la mère-terrible, la mère castratrice, la mort.

Le vautour mène au désert. Le désert attire le vautour. Le désert est le lieu du rien. D'un rien qui délivre des références. Un rêve de vautour, un rêve de désert, sont un acte de renoncement aux encombrements de la mémoire, aux acquis du mental, un acte de renouvellement. Au désert, la valeur présente s'intègre naturellement dans la valeur d'éternité.

Les séquences dans lesquelles la vieille femme en noir, la sorcière , voisine avec le charognard sont nombreuses. Dans son quatrième rêve, Valérie ira jusqu'à confondre les deux images : « Là, j'ai vu une petite fille en robe blanche... elle était sur un cheval de bois, cabré... et, maintenant, c'est un escalier très long, dans un château... je vois une vieille femme brune, en robe noire, longue, comme autrefois... elle regarde autour d'elle et, là... elle s'envole... elle est toujours en noir... elle se pose sur une branche d'un arbre... on dirait un vautour... à terre, il y a un chien mort... c'est-à-dire que... je ne vois que la tête... »

Les sources culturelles véhiculent peu d'images de vautour. L’Égypte propose l'image superbe d'Isis coiffée d'un oiseau à tête et queue de vautour. Mais, en fait, plusieurs figurations de la déesse mère sont représentées sous l'apparence du vautour : Nekhbet, Neith, Hathor, Mout. Cela était d'autant plus naturel pour les Égyptiens que le vautour était le hiéroglyphe du mot mout, mère. Horapollon, en son temps, l'avait remarqué et donnait comme explication que « le mâle n'existe pas dans cette espèce, quand cet animal est en chaleur, il ouvre sa vulve au vent du nord qui le féconde ». Cette fable était en tout état de cause ancrée dans la cosmogonie égyptienne. Ainsi Freud, lorsqu'il traduit le vautour, dans Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci, en lui conférant une signification maternelle, se situe dans une orientation symbolique très ancienne. Cette valeur du symbole solidement établie, le dix-septième scénario de François qui ne présente aucune référence explicite à la mère, va commencer sur des images qui rappellent, curieusement, une pratique funéraire égyptienne. C'est le rêve qui rassemble le plus grand nombre de symboles habituellement associés au vautour. C'est la plus belle illustration de la restructuration psychique qu'il nous ait été donné de recueillir à l'écoute de nos patients. A ce stade de la cure, François était plongé dans une projection sentimentale très active, à la fois conséquence et démultiplicateur de l'évolution en cours. En dépit de sa longueur, nous reproduisons ici une part importante de ce document. En voici les premiers mots : « Je suis allongé... j'ai un tissu mouillé sur la figure... sur tout le corps... c'est comme une peau mouillée... je suis sur une planche... sur une planche en bois recouverte d'un dallage... je suis peut-être mort... je ne sais pas... je suis surélevé... il y a des supports... des rondins de bois... il y a de l'eau qui passe en permanence sur le linge... je suis toujours rafraîchi... il y a un soleil éclatant au-dessus... je suis à côté d'un mur... je me suis levé... je suis descendu de mon suaire... je suis comme un fantôme... le linge a le contour de mon corps mais c'est vide à l'intérieur... la nuit est venue... une nuit noire... je me promène dans le bois... je passe à travers les arbres... je vois des animaux qui dorment... c'est très silencieux... un cheval, debout, en train de dormir... je vois d'autres fantômes... on entre dedans... on se passe au travers... » François poursuit son parcours de fantôme. Il rencontre une jeune et jolie femme, fantomatique comme lui et leurs deux structures s'intègrent l'une dans l'autre. L'animus et l'anima ont accompli leur jonction, favorisée et concrétisée par l'épisode amoureux en cours.

« Tout à coup, j'entends un coup de tonnerre... il commence à pleuvoir très fort... on se met à courir aussi... nous sommes trempés... on a trouvé une grotte pour s'abriter... y a des éclairs... très forts... des coups de tonnerre... […] Nous sommes sortis de la grotte... il y a un troupeau de buffles... on monte sur les buffles... ils mugissent... ils écrasent tout sur leur passage... ce sont de très grosses bêtes... ce sont des animaux sauvages... on s'est enlacés... on tombe... on est piétinés, écrasés, déchiquetés par tut le troupeau qui nus passe dessus... on est réduits en bouillie... on est mélangés avec la terre, l'un avec l'autre... et ce troupeau n'en finit pas... il continue à nous piétiner... maintenant, les éléphants arrivent au galop... ils nous écrabouillent encore plus... et les restes des chairs sont bouffées par les vautours... ils sont cinquante à s'arracher les lambeaux de chair en criant... en hurlant... Il y a une colline plus loin, avec un village de maisons en terre, en boue séchée et des aigles ou des vautours guettent sur les toits... un aigle a attrapé la tête d'un Noir, qui s'est détachée du corps... le type tape des mains pour essayer d'échapper à l'oiseau... il y a du sang qui sort du cou... il tombe... les vautours se précipitent sur lui... le sang jaillit comme une fontaine et les vautours boivent... ils commencent à déchiqueter l'intérieur... ils se disputent son corps, l'on tire par les pieds, l'autre par le haut... la pluie s'est remise à tomber et toutes les maisons commencent à fondre... ça fait comme une boue qui recouvre les oiseaux... qui s'écoule comme un magma sur le chemin... […] Ça fait un cours d'eau complètement rouge, violent... il emporte tout... les villageois et les objets... tout est emmené, déchiqueté, cassé... la montagne s'effrite, s'effondre... les rochers roulent... […] Il ne reste plus que la plaine... la montagne a disparu, déchiquetée... la plaine mouillée fume sous le soleil et la terre est rouge... voilà ! »

La tête arrachée, les corps broyés, les lambeaux de chair dévorés par les vautours, le village démantelé, la montagne effondrée ! Lorsqu'on a entendu François vivre une à une ces images, on sait que jamais une plus grande avidité de renouvellement ne produira une plus grande accumulation de symboles exprimant la rage d'anéantissement de ce qui était. Nous pouvons témoigner de l'effet concret de la cure de rêve éveillé chez un homme dont l'activité professionnelle était handicapée par de puissantes inhibitions et qui a, depuis, créé une entreprise employant de nombreuses personnes. Le vautour décrit souvent de mystérieux cercles dans une sorte de brume onirique. Les cercles concentriques, indice d'élargissement du champ de conscience sont aussi une manifestation du divin. Le vautour réalise un étrange amalgame où se mêlent le sens du divin, la dynamique de régénération et l'image de la mère-terrible. Cet amalgame apparaît de manière flagrante dans le premier scénario de Fanny. De manière déchirante aussi, lorsqu'on dispose de quelques informations sur la problématique qui a conduit cette femme de trente-quatre ans vers la cure. Dans le cas de Fanny, l'image et la réalité se confondent. Ouvertement rejetée par une mère psychopathe, la rêveuse est tellement imprégnée par l'image négative de la mère qu'elle projette elle-même sur son environnement des élans morbides. Elle a choisi un ami qui va disparaître tragiquement quelques semaines plus tard. La tentation est grande de considérer que le rêve exprime une prémonition. Il est plus juste d'y voir la démonstration de l'influence d'une problématique sur les chois relationnels. Nous ne reprenons ici que les phrases les plus significatives du rêve. Celui-ci contient, par ailleurs, des indices qui prouvent que l'image maternelle est omniprésente dans le scénario.

« Je vois une tête d'aigle... avec un œil agressif... il a faim... […] Je vois quelqu'un avec qui je suis liée... très spirituellement, mystiquement même... c'est une histoire platonique !... L'aigle... ou le vautour, vole au-dessus d'une eau sombre... ce n'est pas un animal qui me fait peur... ça pourrait être une partie de moi-même... l'agressivité aussi !... […] Là, j'ai vu un poignard oriental, à lame recourbée... le vautour l'emporte dans son bec... il vole avec... très très haut... il fait des ronds dans le ciel... là, il arrive dans un désert... il fait très chaud, il n'y pas d'eau... maintenant, il prend la forme d'un individu... je vois le crâne de mon ami... et le toit d'une église... […] Maintenant, je vois des cadavres... et j'ai l'association avec le croque-mort... je vois uniquement les squelettes.. un lutin essaie de les attirer sous la terre, car ils ne sont pas enterrés.. »

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Devant l'image du vautour, il ne sera jamais inutile de s'interroger sur son éventuelle relations aux fantasmes de castration.

Le plus souvent le charognard sera interprété comme une représentation de la mort, agent de renouvellement, de régénération de la vie... Symboliquement, cela revoie à la dynamique de restructuration globale de la psyché.

Les images qui entourent le symbole dans la séquence de rêve sont, en règle générale, suffisamment expressives pour que le praticien puisse établir en toute certitude quelle part il doit accorder à chacun des deux axes de traduction exposés.

Il reste que, dans tous les cas, le vautour est lié, soit à l'archétype de la mère-terrible, dans sa dimension universelle, soit au versant négatif de la relation du rêveur à l'mage de sa mère.

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Mythologie :


Selon Annie Boule, dans un article intitulé "Notes sur la civilisation guaranie" paru In : Mélanges de la Casa de Velázquez, tome 1, 1965. pp. 255-278, :


Le sinistre urubu, sorte de petit vautour américain, est la marâtre du jeune Payé, rendue folle par le mort de son fils, pour qui elle avait vilement dérobé le talisman du fils aîné de son mari... 5 Dans un autre cas, deux sœurs sont changées l'une en plante et l'autre en serpent: étant toutes deux amoureuses d'un beau naufragé qui ne pouvait répondre à leurs désirs, l'une, Randurié, l'empoisonna et devint la terrible petite vipère du même nom; l'autre, Isipô, qui pouvait le guérir et n'en fit rien, se voit obligée de le faire éternellement, car l'isipô est une liane servant d'antidote au venin des vipères.




Littérature :


Sylvain Tesson entreprend grâce à Vincent Munier une véritable quête initiatique qu'il relate dans un récit de voyage qu'il a intitulé La Panthère des neiges (Éditions Gallimard, 2019). Ce faisant, il rencontre d'autres animaux :


Les vautours se relayaient, sentinelles du requiem. Les crêtes recevaient le jour en premier. Un faucon aspergeait le vallon de sa bénédiction. Le tour de garde des oiseaux charognards m'hypnotisait. Ils veillaient à ce que tout se passât bien sur Terre : c'est-à-dire que la mort emporte son lot de bêtes et pourvoie les rations. En bas, sur les pentes rapides qui biseautaient la gorge, les yacks broutaient. […] J'attribuais à chacun des animaux une place sur l'échelle sociale du royaume. La panthère était la régente et son invisibilité confirmait son statut. Elle régnait et n'avait donc pas besoin de se montrer. Les loups vaquaient en princes félons, les yacks faisaient de gros bourgeois chaudement vêtus, les lynx des mousquetaires, les renards des hobereaux de province tandis que les chèvres bleues et les ânes incarnaient le peuple. Les rapaces, eux, symbolisaient les prêtres, maîtres du ciel et de la mort, ambigus. Ces ecclésiastiques à livrée de plumes n'étaient pas contre que quelque chose tournât mal pour nous.

[...]

Nous croisâmes une carcasse de yack, toilettée par des charognards. Les oiseaux déchiraient la viande, décollaient, se rabattaient. Jusqu'ici, j'avais toujours trouvé spectaculaire la dévoration des morts en vue de leur réincorporation ? Mais ces cous rougis et ces furies de plumes atténuèrent mon envie qu'on forjetât un jour mon corps aux vautours. Quand on a vu une fois les oiseaux devenir fous de sang on se dit que finalement, un carré de chrysanthème dans un cimetière des Yvelines a son charme.

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