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  • Anne

L'Onagre





Étymologie :

Étymol. et Hist. 1793 (Vanderstegen de Putte, traduction de Linné, Système de la nature, 284 ds Quem. DDL t. 12). Empr. au lat. sc.(Equus) Hemionus (Linné, cf. supra), empr. au gr. η ̔ μ ι ́ ο ν ο ς « mulet », formé de η ̔ μ ι- « à demi » et ο ́ ν ο ς « âne ».


  • ONAGRE, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. 1121-34 onager «âne sauvage» (Philippe de Thaon, Bestiaire, 1827 ds T.-L.) ; ca 1268 onagre (Brunet Latin, Trésor, éd. Fr. J. Carmody, I, 176, p. 156) ; 2. 1284 «catapulte, machine de guerre destinée à lancer des pierres» (Jean de Meun, Li abregemenz ... des establissemenz apartenanz a chevalerie, Trad. Flave Vegèce, éd. L. Löfstedt, II, XXV, p. 114). Empr. au lat. onager «âne sauvage» et «machine de guerre à lancer des pierres», du gr. ο ν α γ ρ ο ς désignant l'âne sauvage.

Lire aussi la définition des noms onagre et hémione pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Equus hemionus ; Âne sauvage ; Hémione.

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Symbolisme :

Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, auteurs du Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982),


L'onagre "symbolise l'homme sauvage difficile à dompter, car il est indocile par tempérament. L'onagre est souvent confondu avec l'âne sauvage. Dans la Bible, l'onagre est cité une douzaine de fois. L'ange de Yahvé compare Ismaël à un onagre (Genèse, 16, 12) en raison de sa vie aventureuse et vagabonde.

Dans la mystique, il est fait allusion à l'onagre. Guigues II le Chartreux (XIIe si.) se compare à un onagre solitaire, acceptant difficilement le joug divin."


Voir aussi : Âne.

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Littérature :


Sylvain Tesson entreprend grâce à Vincent Munier une véritable quête initiatique qu'il relate dans un récit de voyage qu'il a intitulé La Panthère des neiges, (Éditions Gallimard, 2019). C'est l'occasion d'évoquer également d'autres animaux :


Encore un matin dans les talus de poussière. Le sixième. Ce sable avait été une montagne que les fleuves avaient moulue. Les pierres gardaient des secrets remontant à vingt-cinq millions d'années, quand la mer couvrait les lieux. L'air asphyxiait tout mouvement. Le ciel était bleu comme une enclume. Une couche de givre nappait le sable d'un tulle. Une gazelle mangeait la neige à tout petits coups d'encolure.

Soudain, un âne sauvage. L'animal s'arrêta, aux aguets. Munier collait son œil dans le viseur. Cette gymnastique s’apparentait à la chasse. Ni Munier ni moi n'avions l'âme tueuse. Pourquoi détruire une bête plus puissante, et mieux adaptée sue soi ? Le chasseur fait coup double. Il détruit un être et tue en lui-même le dépit de n'être point aussi viril que le loup ou aussi découplé que l'antilope. Pan ! Le coup part. "Enfin", dit la femme du chasseur.

Il faut le comprendre le pauvre, il est injuste d'être bedonnant quand vaque autour de soi un peuple tendu comme l'arc.

L'âne ne repartait pas. Si nous ne l'avions pas vu arriver tout à l'heure, nous l'aurions pris pour une statue de sable.

[...]

Les herbivores circulaient, rasant les pâturages au contact des versants et du glacis. A la pliure du relief, là où les déclivités rencontraient l'auge de la vallée, naissaient de petites sources. Passait une file d'ânes sauvages, promenant sur les jambes jamais tremblantes une grâce fragile et une robe d'ivoire.

[...]

Un soir, nous buvions un thé noir sur le seuil de notre cabane quand Marie signala un voile levé en tourbillon au point le plus bas de la pédiplaine. Un troupeau de huit ânes sauvages fusait le long de la rivière à quatre kilomètres de la cabane, venant de l'est, et se rapprochant de nous. Déjà Munier était à son télescope.

- Equus kiang, dit-il quand je lui demandai le nom savant, hémiones, pour les intimes.

Ils s'étaient arrêtés dans une pâture de graminées, au nord. Ce jour-là, nous n'avions presque pas vu d'être vivants dans le vallon de la cabane. Le loup qui y avait chanté la veille avait semé la panique. Les bêtes ne dansent pas quand le loup chante. Elles se terrent.

Quittant l'abri, nous approchâmes les ânes en file indienne, dissimulés derrière un talus d'alluvions. Un aigle royal auréolait le troupeau. Nous gagnâmes un canyon incisé dans le versant et, dans le lit asséché, couvertes de nos tenues de camouflage, le dos courbé, nous avancions. Les ânes paissaient nerveusement. Leur robe fauve, cernée de lignes noires, faisait des taches précieuses :

- Des porcelaines sur un guéridon, dit Léo.

Les kiangs, cousins des chevaux, n'avaient pas subi l'indignité de la domestication, mais l'armée chinoise les avait massacrés pour nourri l'avancée des troupes, il y a un demi-siècle. Ceux-là étaient des survivants. Nous distinguions leur chanfrein bombé, leur crinière drue, leur croupe arrondie. Le vent tendait un lavis de poussière derrière eux. Les bêtes étaient à cent mètres et Munier les visait. Soudain il fusèrent vers l'ouest, comme électrocutés. Un caillou avait roulé sous nos pas. Une électricité traversa le plateau. Les rafales soufflaient, la lumière explosait dans la poussière levée par les galops, la cavalcade ébouriffa des nuages de niverolles, un renard dérangé courut éperdument. la vie, la mort, la force, la fuite : la beauté disjonctait.

[...]

"Je lisais mes aphorisme à mes compagnons et récoltais un sourire gêné ou une approbation polie :


Âne sauvage : chez lui, la dignité des incompris.

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