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  • Anne

Les Ondines



Étymologie :

  • ONDIN, -INE, subst.

Étymol. et Hist. I. 1569 Ondine (Ronsard, Le Septiesme Livre des Poemes, Hylas, 276, éd. P. Laumonier, 15, p. 246 : Pres de la Nymphe au plus profond des ondes Estoit Antrine aux belles tresses blondes, Et Azuine aux tetins descouvers, Verdine, Ondine...). II. 1699-1700 Ondin (Mél. d'hist. et de litt. recueillis par M. de Vigneul-Marville d'apr. Trév. 1732). Dér. de onde*; I suff. -ine*, II suff. -in*.


Lire aussi la définition pour amorcer la réflexion symbolique.




Symbolisme :


Dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et augmentée Robert Laffont, 1982), de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant on apprend que :


"Dans les mythologies germaniques et scandinaves les ondines s'apparentent aux nymphes des mythologies gréco-romaines. Fées des eaux, généralement malfaisantes, qui s'offrent à conduire les voyageurs à travers les brumes, les marais et les forêts, mais les égarent et les noient. Poètes, romanciers et dramaturges se sont inspirés de la légende nordique : Les ondines ont une chevelure vert glauque qu'elles viennent coquettement peigner à la surface des eaux ; elles sont toutes jolies, malicieuses et cruelles quelquefois. Elles se plaisent à attirer près d'elles le pêcheur ou le beau chevalier qui passe près du lac, elles l'enlèvent et le transportent au fond de leur palais de cristal, o les jours passent aussi rapides que les minutes... Les légendes scandinaves sont plus sombres et plus passionnées : le beau jeune homme entraîné par les ondines au fond des eaux ne revoit pas le jour et meurt épuisé entre leurs bras. Elles symbolisent, elles aussi, les sortilèges de l'eau et de l'amour, liés à la mort ; d'un point de vue analytique et éthique, les dangers d'une séduction à laquelle on s'abandonne sans contrôle."

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Littérature :

L'Ondine et le Pêcheur

Tous les jours, écartant les roseaux et les branches, Près du fleuve où j’habite un pêcheur vient s’asseoir — Car sous l’onde il a vu glisser des formes blanches — Et reste là, rêveur, du matin jusqu’au soir. L’air frémit, l’eau soupire et semble avoir une âme, Un œil bleu s’ouvre et brille au cœur des nénufars, Un poisson se transforme et prend un corps de femme, Et des bras amoureux, et de charmants regards. « Pêcheur, suis-moi ; je t’aime. Tu seras roi des eaux, Avec un diadème D’iris et de roseaux ! « Perçant, sous l’eau dormante, Des joncs la verte mante, Auprès de ton amante Plonge sans t’effrayer :


« À l’autel de rocailles, Prêt pour nos fiançailles, Un prêtre à mains d’écailles Viendra nous marier. « Pêcheur, suis-moi ; je t’aime. Tu seras roi des eaux, Avec un diadème D’iris et de roseaux ! » Et déjà le pêcheur a mis le pied dans l’onde Pour suivre le fantôme au regard fascinant : L’eau murmure, bouillonne et devient plus profonde, Et sur lui se ferme en tournant… « De ma bouche bleuâtre, Viens, je veux t’embrasser, Et de mes bras d’albâtre T’enlacer, Te bercer, Te presser ! « Sous les eaux, de sa flamme L’amour sait m’embraser. Je veux, buvant ton âme, D’un baiser M’apaiser, T’épuiser !… »


Théophile Gautier, "L'Ondine et le Pêcheur" in Poésies diverses, 1838 - 1845.

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Ondine


— « Écoute ! — Écoute ! — C’est moi, c’est Ondine qui frôle de ces gouttes d’eau les losanges sonores de ta fenêtre illuminée par les mornes rayons de la lune ; et voici, en robe de moire, la dame châtelaine qui contemple à son balcon la belle nuit étoilée et le beau lac endormi.


« Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant, chaque courant est un sentier qui serpente vers mon palais, et mon palais est bâti fluide, au fond du lac, dans le triangle du feu, de la terre et de l’air.


« Écoute ! — Écoute ! — Mon père bat l’eau coassante d’une branche d’aulne verte, et mes sœurs caressent de leurs bras d’écume les fraîches îles d’herbes, de nénuphars et de glaïeuls, ou se moquent du saule caduc et barbu qui pêche à la ligne ! »

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Sa chanson murmurée, elle me supplia de recevoir son anneau à mon doigt pour être l’époux d’une Ondine, et de visiter avec elle son palais pour être le roi des lacs.

Et comme je lui répondais que j’aimais une mortelle, boudeuse et dépitée, elle pleura quelques larmes, poussa un éclat de rire, et s’évanouit en giboulées qui ruisselèrent blanches le long de mes vitraux bleus.


Aloysius Bertrand "Ondine" in Gaspard de la Nuit, 1842.

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Ondine

Ton rire est clair, ta caresse est profonde, Tes froids baisers aiment le mal qu’ils font ; Tes yeux sont bleus comme un lotus sur l’onde, Et les lys d’eau sont moins purs que ton front.

Ta forme fuit, ta démarche est fluide, Et tes cheveux sont de légers réseaux ; Ta voix ruisselle ainsi qu’un flot perfide ; Tes souples bras sont pareils aux roseaux,

Aux longs roseaux des fleuves, dont l’étreinte Enlace, étouffe, étrangle savamment, Au fond des flots, une agonie éteinte Dans un nocturne évanouissement.


Renée Vivien, Etudes et préludes, 1901.

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