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  • Anne

Le Nénuphar




Étymologie :

  • NÉNUPHAR, subst. masc.

Étymol. et Hist. xiiies. neuphar, neufar (Simples medecines, éd. P.Dorveaux, § 806), neuenufar (ibid., § 792) ; xiiie s. nenufar (Antidotaire Nicolas, éd. P.Dorveaux, § 60) ; ca 1350 nenuphar (Texte médical, ms. B.N. fr. 12323, f°142 vob cité par R. Arveiller ds Romania t. 94, p. 159). Empr. au lat. médiév. nenuphar (av. 1250 ds Latham), et celui-ci à l'ar. nainūfar, nīnūfar, nīlūfar, du persan nīlūfar, lui-même empr. au skr. nīlōtpala- «lotus bleu», comp. de nīlah «bleu-noir» et utpalam «fleur du lotus» (Devic; Lammens, p.181 ; FEW t. 19, p. 137 ; Lok. no1570; Roll. Flore t. 1, p. 155 ; KleinEtymol.).


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.

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Botanique :


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Symbolisme :


D'après le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"Dans la glyptique maya, le nénuphar es un symbole d'abondance et de fertilité, lié à la terre et à l'eau, à la végétation et au monde souterrain. Il est souvent le glyphe symbolique du Jaguar et du Crocodile monstrueux portant la terre sur son dos. Il est donc l'expression des puissantes et obscures forces chtoniennes.

Même fonction symbolique, chez les Dogon du Mali : le nénuphar est le lait des femmes. Il est en rapport avec le thorax et les seins. On donne à manger des feuilles de nénuphar aux femmes allaitant, de même qu'aux femelles de bétail ayant mis bas. Le bélier mythique qui a fécondé le soleil descend sur la terre par l'arc-en-ciel et plonge dans une mare couvertes de nénuphars, en criant la terre m'appartient. Nénuphar vient de l'égyptien nanoufar qui veut dire les belles ; dans l’Égypte ancienne on donnait ce nom aux nymphéas, considérées comme les plus belles des fleurs. Un grand lotus sorti des eaux primordiales est le berceau du soleil au premier matin. Ouvrant leur corolle à l'aube et la refermant le soir, les nymphéas, pour les Égyptiens, concrétisaient la naissance du monde à partir de l'humide."

Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Consacré par les Égyptiens à Osiris, dieu de la Mort, et passant chez les Romains pour la métatmorphose d'une nymphe éprise d'Hercule et morte de jalousie, le nénuphar fut longtemps considéré comme une plante anaphrodisiaque. Pline le recommandait pour dissiper les pensées érotiques et les ermites égyptiens lui accordaient tout crédit pour supporter la chasteté. Plus tard, il fut consommé dans les cloîtres, couvents et séminaires tandis que, selon une tradition de la Côte-d'Or encore vivace au siècle dernier, on disait à un jeune homme trop entreprenant auprès de la gente féminie : " Pour te calmer, on va te faire une infusion de nénuphar".

Toutefois, porter sur soi la fleur desséchée d'un nénuphar favorise la vigueur sexuelle. Cette amulette est censée également protéger dans les actions et les voyages risqués. Ses feuilles bues en décoction redonnent du lait aux femmes et renforcent la voix des chanteurs. Qui en met une sous son chapeau ne craindra pas les coups de soleil.

D'après une croyance allemande, le nénuphar est habité par un génie ou une nymphe des Eaux qui crie dès qu'on l'arrache ; il faut alors se boucher les oreilles et le prier de sa bonne volonté. D'une manière générale, les auteurs de recettes recommandent de cueillir le nénuphar avec la main car le trancher avec un instrument en fer provoque les mauvaises visions et précipite l'imprudent dans l'abîme des eaux.

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :


"Le nénuphar et le lotus présentent évidemment de nombreux points communs, tant par leurs espèces que par les qualités qu'on leur attribue. Qui plus est, ils partagent aussi une origine étymologique commune. En effet, nénuphar est issu du persan nïlüfar, lui-même emprunté au sanskrit nïlautpala, qui signifie "lotus bleu", composé de nïla, "bleu" et de utpala, "fleur de lotus". C'est un nom d'origine indienne, donc, et non égyptienne, comme on l'a souvent cru, le lotus ayant été, il est vrai, une fleur sacrée en Égypte antique. En latin nénuphar se disait nymphea, nom dérivé du grec numphê, qui désignait aussi bien plusieurs plantes, dont le lotus et d'autres nénuphars, que les fameuses nymphes, les divinités des bois et des sources chez les Grecs, qui devinrent les fées au Moyen Âge. Comme on le voit, le nénuphar fait allusion aux fées, à la féerie, aux nymphes, à la magie de la nature, à la féminité, à la fécondité, à la fertilité.

Dès lors, sa vision dans un rêve prend soit une connotation amoureuse et sensuelle, les désirs, espoirs ou nostalgies du rêveur se focalisant autour d'un nénuphar en quelque sorte, soit un sens sacré, l'expression d'une soif d'absolu du rêveur se révélant ainsi;"

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Selon Des Mots et des fleurs, Secrets du langage des fleurs de Zeineb Bauer (Éditions Flammarion, 2000) :


"Mots-clefs : La Froideur ; L'Indifférence.


Savez-vous ? : Le nénuphar a d'autres noms communs. Il est appelé : Lotus bleu, nymphéa, lys sacré des eaux. Le lotus bleu, plus parfumé est le plus recherché en cosmétologie. Le célèbre peintre français Claude Monet a rendu à cette belle fleur un magnifique hommage en peignant les nymphéas à Giverny. Fleur sacrée dans l’Égypte ancienne, il est présent partout sur les bas-reliefs, accompagnent les représentations humaines et les cultes funéraires.


Usages : Chez les Dogons du mali, les feuilles du nénuphar sont consommées par les femmes qui allaitent car elles ont la réputation d'augmenter la lactation. Pour la même raison, elles sont données également aux femelles du bétail.


Légendes : Dans la mythologie grecque, le nénuphar est le symbole des vierges.Chez les anciens Égyptiens, le nénuphar était à la naissance du monde. Il est étroitement lié au dieu Soleil et au culte du dieu Osiris. Dans l'histoire du Bouddhisme, Brahma, créateur du monde serait né d'une fleur de lotus qui a poussé sur le nombril de Vishnou. Une légende indienne raconte qu'à la suite d'une lutte acharnée entre l'étoile du berger et l'étoile du nord, pour contrôler le royaume de la nuit, des gouttes de sueur tombèrent dans les lacs et se transformèrent en "lys sacré des eaux" autre appellation du nénuphar.


Message : Votre amour est si froid."

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D'après Nicole Parrot, auteure de Le Langage des fleurs (Éditions Flammarion, 2000) :


" Recevoir un nymphéa ou un nénuphar (c'est la même fleur sous deux noms différents) est signe d'heureux bouleversement. La jolie fleur en forme de calice protège les amoureux, les inspire et les incite à s'élever au-dessus des voluptés sensuelles. Afin qu'ils puissent ainsi aiguiser leur intuition et leur pensée créatrice. Rouge, le nymphéas déchaîne les passions les plus déraisonnables. Blanc, il suscite des idées imprévues et réserve des surprises. Le jour, il se laisse cueillir sagement malgré son cœur fade plutôt dissuasive. La nuit, il laisse échapper des malades ou fées des eaux qui se mettent à danser au clair de lune. Tous les chasseurs de gibier d'eau, des poètes comme chacun sait, vous le confirmeront.

Tout ça parce qu'une belle nuit indienne, l'étoile du berger et l'étoile polaires se querellèrent et en vinrent aux mains. Elles se battirent comme des voyous. dans les cieux, astres et divinités retenaient leur souffle. Le corps à corps fut si violent que des étincelles en jaillirent. Tombées sur lacs et rivières, elles s'y métamorphosèrent en "lis sacré des eaux", comme on surnommait autrefois les nymphéas.

Mais on ne saurait dire "nymphéas" sans penser à Claude Monet. Le grand peintre impressionniste leur consacra ses dernières années, retiré dans son jardin de Giverny, et leur dédia ses plus beaux tableaux. Tant et si bien que, selon le philosophe Gaston Bachelard, depuis qu'il les "a regardés, les nymphéas de l'Île-de-France sont beaucoup plus beaux et plus grands".

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Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


Plus on approfondit l'investigation symbolique concernant cette plante aquatique, plus on se sent entraîné dans une situation paradoxale. A mesure que les significations du symbole se clarifient, il semble qu'il soit de plus en plus difficile de les transmettre clairement. Cela tient peut-être à la nature féminine de ces naïades qui hantent les eaux d'une présence bien proche de celle des insaisissables fées et qui se protègent des atteintes en jetant au regard de celui qui les observe un voile magique. L'observation d'un nombre significatif de rêves où apparaît le nénuphar montre que ce mot n'entraîne pas pour chaque rêveur les mêmes images. Le regard des uns se porte spontanément sur la fleuret l'associe au lotus, à la libellule à l'ouverture, à l'eau claire. Celui des autres ne voit que les larges feuilles et les longues tiges qui s'enfoncent dans le sombre silence de l'eau et les lie à la grenouille, au marécage, à la boue, au crocodile. Le premier groupe est deux fois plus important en nombre que le second. Le clivage se fait naturellement en fonction de l'état psychologique du rêveur et reflète la lourde ambivalence d'une plante qui puise sa substance dans le fond vaseux pour, à travers une œuvre mystérieuse, aux relents alchimiques, livrer à la lumière cette fleur d'une inégalable pureté.

Une étroite parenté associe le nénuphar, les nymphéas qui n'en sont que des variétés diversement colorées et le lotus qui n'est présent que dans un nombre réduit de séances et presque toujours en corrélation avec le nénuphar. Celui-là inspire aisément une première interprétation qui pourrait n'être qu'intellectuelle, mais qui se trouve vivifiée par le contenu de nombreuses séquences de rêve éveillé La plante développe ses racines dans le lit de la rivière, de la mare ou de l'étang. Là, elles s'installent dans ce qu'il faut bien appeler la boue, la vase ou le limon. Que représente ce fond fangeux ? Il n'est que l'accumulation des déchets décomposés, des résidus putréfiés de ce qui fut naguère vivant et qui est redevenu poussière. De cette matière décomposée, la plante sait extraire la substance d'une vie nouvelle... D'une nouvelle forme de vie serait plus juste, d'une vie qui traverse les couches de l'eau, jaillit à la surface et regarde un soleil retrouvé, offrant au ciel le sourire immaculé d'une corolle devant laquelle toute pensée négative abdique et disparaît.

Comment ne pas sentir ce que pareille image peut évoquer d'espérance, d'inaltérable continuité des forces vitales ? Comment ne ferait-elle pas comprendre aussi que chacun, dans les lus sombres jours de son passé, dans les plus inavouables de ses actes, dans ses plus douloureux abandons, peut trouver la sève qui alimentera un devenir purifié ? Comment ne pas entendre le message d'une plante qui fait éclater à nos yeux le miracle du plus pur issu du plus souillé ?Qu'on ne s'empresse pas de voir en ces lignes l'envol lyrique d'un optimisme excessif. Nous ne faisons, en les écrivant, que suivre ce que nous inspirent les images des rêveuses et des rêveurs.

Abandonnons la poésie pour mieux assurer l'objectivité en revenant à des faits d'analyse. L'ensemble ds rêves où apparaît le nénuphar permet une observation surprenante. Ces rêves sont presque tous de ceux qui ne présentent pas de structure apparente, dont le fil conducteur reste très dissimulé, dont le discours donc est de type décousu, donnant même parfois un sentiment d'incohérence. Pourtant, un observateur familier du cheminement imaginaire n'a aucune difficulté à reconnaître, dans ces pics émergés, des repères appartenant aux mêmes enchaînements symboliques que ceux que l'on constate dans les scénarios au fil conducteur apparent. Deux brefs exemples extraits de ces séquences particulièrement spontanées, mettent en évidence la dynamique de positionnement des pôles de la verticalité qui accompagne les images de nénuphars.

Anne voit une curieuse figure de vieux sage : "... c'est un personnage de cirque, très âgé, au visage espiègle... il lève très haut une main gantée de blanc avec laquelle il fait plein de signes... si je regarde ses pieds... ce sont des sabots de cheval, qui ne cessent d'être au galop ! Il y a complète incohérence entre ce qu'il fait avec ses pieds et ses gestes du haut ! Il lance très loin une balle qui déclenche un jet d'eau, et l'eau produit des nénuphars..." La figure médiatrice du vieux sage d'Anne lui fait comprendre que son excessive réserve (les gants blancs) n'est pas en accord avec sa base instinctuelle. Le cheval au galop est expressif - selon Paul Diel - de l'impétuosité des désirs.

Sébastien émet aussi des images sans lien apparent entre elles, mais qui consolident la démonstration : "... un planeur qui fait des acrobaties... un espace de lumière, dans la nuit... un homme avec des boulets aux pieds, c'est un bagnard, à l'habit rayé... il y a un policier qui le détache... qui lui enlève ses boulets... un danseur sur scène, exécute des mouvements très aériens... un lapin... [...] Un point d'eau, une mare... il y a plein de nénuphars dessus, des roseaux, des grenouilles aussi..."

Le boulet du bagnard enchaîne les sentiments coupables aux pesanteurs de la matière. Que le sur-moi (le policier) renonce à son intention punitive, et voilà l'être rendu à la liberté aérienne du danseur.

Cette première traduction du nénuphar établie, l'étude peut être dirigée pour d'autres significations. La coquille nacrée du nénuphar, épanouie à la surface de l'eau, surgie comme une apparition miraculeuse des profondeurs aquatiques, impose l'association avec l'apparition de la vie sur la terre et avec sa puissance de renouvellement. L’Égypte antique avait déjà reconnu au lotus cette propriété d'évoquer la création du monde dans sa manifestation la plus initiale. Le symbolisme du lotus et du nénuphar comme mère universelle, comme matrice du monde et, plu simplement, comme représentation du sexe féminin, est universellement répandue. Les images produites par les patients corroborent pleinement cette traduction. Très nombreuses sont les séquences où la fleur du nénuphar est ainsi mise en scène dans le rôle de la mère. Mais ce n'est pas toujours - loin s'en faut - pour exprimer un souvenir heureux du séjour intra-utérin ! La fleur du nénuphar, comme toutes les représentations de la matrice, va permettre au rêveur - et plus souvent encore à la rêveuse - d'exprimer tous les types de ressentis enregistrés au cours de la gestation ou de la naissance, des plus violemment conflictuels aux plus paisibles. Et, comme toutes les images du genre, la fleur aquatique exprimera parfois un symbolisme de renaissance psychologique ou un revécu de la naissance, sans qu'il soit toujours aisé de faire la part de chacun des mécanismes dans le rêve observé.

La vingt-cinquième séance de Suzanne contient de très belles illustrations de la connotation maternelle du nénuphar créateur du monde. L'inconscient de Suzanne amalgame avec art les sens de matrice originelle de l'humanité, de mère terrestre et d'éveil de l'anima. La cure de Suzanne touche à sa fin, les rêves précédents ont permis le rétablissement d'une relation positive à l'image maternelle, relation jusqu'alors affectée par les séquelles œdipiennes. Ce vingt-cinquième rêve est un aboutissement. Il est aussi, parmi les rêves où le nénuphar apparaît, l'un des rares à développer une structure continue :

« ... Je vois Le Printemps, ce tableau de Botticelli... mais moi, je vois en fait trois jeunes femmes qui sortent d'un œuf... et, maintenant, je vois un couple nu... Adam et Ève... et un enfant qui joue de la flûte... et puis, un étang avec des nénuphars dessus... beaucoup... il y a du rouge, du rose, du bleu, du blanc... le ciel est très bleu, l'étang aussi... avec des lueurs rouges, çà et là... ah ! Il y a un très beau nénuphar qui se referme... il se referme et emprisonne quelque chose... un être ? Peut-être une femme, peut-être un homme... ou les deux à la fois... et je vois la peau lisse de cet être... lisse... comme du marbre...mais chaude aussi... alors, en marbre rose ! C'est le grain de la peau qui fait penser au marbre, à une pierre qui serait très belle, un peu translucide, une matière précieuse mais qui aurait la chaleur de la vie... enserrée dans les pétales du nénuphar. Ah ! Je crois que c'est une femme ! Elle y dort, repliée sur elle-même, la tête entre les bras, penchée sur les genoux... les pétales font autour d'elle un abri, comme une housse très douce... comme en satin... c'est comme une petite maison mais le mot est trop prosaïque !... Un endroit à elle, très doux, où elle dort et je pense à la chrysalide... mais elle est déjà faite ! Il s'agit seulement que la fleur s'ouvre, mais, en fait, elle est déjà faite ! Il s'agit seulement que la fleur s'ouvre, mais en fait, elle n'a pas envie que la fleur s'ouvre tout de suite car elle dort d'un sommeil doux, très reposant... un sommeil vivant, dans cette espèce de prison soyeuse, tellement douce... je dis prison, mais elle sait qu'elle pourra en sortir... ce sera le matin... l'air sera frais... le soleil se lèvera sur l'étang et elle s'éveillera lentement... et quand la lumière arrivera, le nénuphar s'ouvrira doucement... il commencera à desserrer ses pétales... alors, elle lèvera la tête, se dépliera lentement... elle étendra les bras, très fort, la poitrine libre, et le nénuphar s'ouvrira plus encore... alors, elle se redressera sur les genoux, se lèvera doucement, debout, elle regardera autour d'elle... un étang qui s'éveille, c'est, je crois, la création du monde... Le soleil montera dans le ciel et elle descendra de son nénuphar... pour explorer la vie... voilà ! »

Cette belle séquence méritait d'être rapportée dan son intégralité, en dépit de sa longueur. On notera, une fois de plus, le savoir inconscient qui fait dire à Suzanne à propos de l'évocation de la chrysalide : « Mais elle est déjà faite ! » Curieusement, la nymphe est le nom donné à l'insecte parfait dans la dernière phase de sa transformation, juste avant son déploiement... ce qui renvoie au nymphéa.

Tous les rêves de nénuphars n'irradient pas cette lumière de renaissance ! Les pétales qui s'ouvrent et se referment, s'ils évoquent aussi à la rythmique acquise dans le sein maternel, apparaissent parfois comme une menace d'enfermement. Un patient produit une séquence dans laquelle les pétales de la fleur aquatique se transforment en pinces de crabe, et la grenouille en sorcière... Il est évident que l'inconscient utilise alors le nénuphar pour exprimer le rapport à la mère-terrible. Les développements qui précèdent concernent exclusivement la fleur du nénuphar. Il faut bien aussi porter l'attention sur les rêves de ceux qui ne voient de la plante aquatique que les longues tiges, à la fois souples et raides qui rendent au fond de l’eau un réseau que le patient ressent comme un piège mortel.

Presque toujours ces sombres vision se relient par quelque côté à l'image maternelle. Cette longue tige qui conduit la vie depuis le sein des eaux jusqu'à la surface où elle semble naître, est évocateur du cordon ombilical, d'un cordon nourricier qui représente aussi, pour le bébé, au moment de la naissance, une menace de strangulation.

Aux feuilles et aux tiges de nénuphars est associée en tout premier plan la grenouille. Cela paraît bien naturel, mais l'évidence de l'association de lieu ne doit pas masquer une particularité morphologique qui la renforce : les yeux exorbités du batracien, souvent exprimés par le rêveur. Ainsi Gilles : « ... j'aperçois une grenouille, aux yeux exorbités. C'est un étang mal entretenu... pas entretenu du tout même... les branches tombent bas sur l'eau... y a plein de nénuphars, de mousse, d'herbes dans le fond... »

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Lorsque l'on se rappelle que l’œil exorbité, l’œil projeté hors de l'orbite, mais qui reste relié par un fil est un image fréquemment expressive des sentiments ou angoisses de castration, la fleur de nénuphar qui s'ouvre et se ferme comme un œil surgi à l'extrémité de la longue tige, incite à un autre champ d'investigation.

Ces derniers aspects trouvant leur développement dans l'article consacré à l’œil, il suffisait d'attirer l'attention sur un axe de réflexion qu'il sera bon de ne pas négliger au moment de l'interprétation.

Le nénuphar du rêve sera donc regardé comme l'expression, soit de la capacité du patient à puiser jusque dans ses expériences névrotiques passées les ressources de son accomplissement spirituel, soit d'une forme de relation, positive ou conflictuelle à l'empreinte maternelle, soit encore d'un état psychologique qui reste alourdi de pesanteurs névrotiques, soit enfin d'une émergence de l'angoisse ou de sentiment de castration. Plusieurs de ces sens peuvent alimenter à a fois la dynamique qui a produit l'image du nénuphar.

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Littérature :


Nymphée

[...]

Affreuse nudité de l’homme dans l’orage La catastrophe arrive alors qu’il somnolait Ou que sans se presser il rentrait le fourrage Et sur le feu la femme oublie alors le lait

Lorsqu’un peuple s’enfuit devant l’envahisseur Il laisse sur ses pas les ruines de sa vie Une salle de bal à l’aube sans danseurs La table du repas qu’on n’a pas desservie

[...]

Rien ne peut altérer la chanson que je chante Même si quelqu’un d’autre avait à la chanter Une plainte étranglée en renaît plus touchante Quand l’écho la reprend avec fidélité

Le crime de rêver je consens qu’on l’instaure Si je rêve c’est bien de ce qu’on m’interdit Je plaiderai coupable Il me plaît d’avoir tort Aux yeux de la raison le rêve est un bandit

Je parle avec les mots des jours patibulaires Où le maître bâtit le temple qu’il lui plaît Et baptise raison dans son vocabulaire Le loisir d’à nos poings passer cabriolet Il faudrait rendre sens aux mots blasphématoires

Ceux qui ne pleurent pas pour une belle histoire

Refaire un cœur saignant à ceux qui n’en ont plus

Méritent-ils le ciel qui leur est dévolu

[...]

Louis Aragon, "Nymphée" in En français dans le texte, 1943.

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Dans le roman policier Nymphéas noirs (Éditions Presses de la Cité, 2010), Michel Bussi construit une intrigue mêlée d'histoire de l'art qui se passe à Giverny. C'est l'occasion de dépeindre les fameux nénuphars qui inspirèrent tant Monet.


"J'ai l'impression que le tableau est un peu décalé par rapport à la poutre. Je traverse lentement la salle. J'appuie sur le coin en bas à droite du cadre, pour le redresser légèrement.

Mes "Nymphéas".

En noir.

J'ai accroché le tableau à l'endroit exact où l'on ne peut l'apercevoir d'aucune fenêtre, si tant est que quelqu'un puisse voir par la fenêtre du quatrième étage d'une tourelle normande construite au milieu d'un moulin.

Mon antre...

Le tableau est pendu dans le coin le moins éclairé, dans un angle mort, c'est le cas de le dire. L'obscurité rend plus sinistres encore les taches sombres qui glissent sur l'eau grise.

Les fleurs du deuil.

Les plus triste qui aient jamais été peintes...

[...]

- Rien, sinon pouvoir peindre sa propre mort ! Les derniers mois de vie, Monet peignait des "Nymphéas" inachevés, l'égal des partitions du Requiem de Mozart, si vous comprenez ce que je veux dire... Des coups de pinceau affolés, une course contre la mort, contre la fatigue, contre la cécité. Des toiles hermétiques, douloureuses, torturées, comme si Monet avait plongé à l'intérieur de son cerveau. On a découvert des nymphéas jetés en urgence sur la toile de toutes les couleurs, rouge feu, bleu monochrome, vert cadavre... Rêves et cauchemars mêlés. Une seule couleur manquait...

Sylvio voudrait bafouiller une réponse. Rien ne sort. Il sent que l'enquête dérape, lui échappe.

- La couleur que Monet avait bannie à jamais de ses toiles. Celle qu'il se refusait à utiliser. L'absence de couleur, mais aussi l'union de toutes.

Un silence, Sylvio renonce à chercher à répondre, il griffonne nerveusement sur la page de son bloc.

- Le noir, inspecteur. Le noir ! On raconte que les derniers jours avant sa mot, début décembre 1926, quand Claude Monet a compris qu'il allait partir, il l'a peint.

- Qu... quoi ? bredouille Bénavides.

Guillotin soliloque, il n'écoute plus :

- Vous comprenez bien ce que je vous dis, inspecteur ? Monet a observé sa propre mort dans le reflet des nymphéas et il l'a immortalisée sur la toile. Les "Nymphéas". En noir !

Le stylo de Sylvio pend au bout de sa main, le long de sa jambe. Incapable, désormais, de prendre la moindre note.

- Qu'en dites-vous, inspecteur ? demande le conservateur dont l'exaltation retombe. Les "Nymphéas", en noir. Comme le dahlia...

- C'est... c'est une certitude, cette histoire de "Nymphéas en noir" ?

- Non. Bien sûr que non. Bien entendu, personne n'a jamais retrouvé cette toile, ces fameux "Nymphéas en noir"... Vous pensez, c'est une légende, simplement une légende..."

[...]

Il regarde Fanette, occupée à peindre.

- Tiens, Vincent, Fanette, ça tombe bien, j'ai une devinette à propos des nénuphars. Vous savez, il paraît que les nénuphars doublent de surface chaque jour. Donc, vous m'écoutez, si on dit, par exemple, que les nénuphars mettent cent jours pour recouvrir tout un étang, combien de jours mettront les mêmes nénuphars pour recouvrir la moitié de l'étang ?

- Ben cinquante, répond aussitôt Vincent. Elle est con, ta devinette...

- Et toi, Fanette, tu dirais quoi ?

Je m'en fous, Camille, si tu savais comme je m'en fous.

- J'en sais rien. Cinquante. Pareil que Vincent...

Camille triomphe.

Si un jour il devient prof, je suis sûre qu'il sera le plus chiant du monde.

- J'étais certain que vous alliez tomber dans le piège ! La réponse, c'est pas cinquante, bien entendu, c'est quatre-vingt-dix-neuf...- Pourquoi ? demande Vincent.

- Cherche pas, glisse Camille d'un ton méprisant. Fanette, tu as compris, toi ?

Merde !

- Je peins...

Camille sautille d'une jambe à l'autre sur le pont japonais. De grosses taches de sueur inondent sa chemise sous ses bras.

- OK, OK. J'ai compris, tu peins. Juste une dernière devinette, une autre, et après je te laisse tranquille. Est-ce que vous savez quel est le nom latin des nymphéas ?

Lourd ! Lourd ! Lourd !

- Aucune idée ? Ni Vincent ni Fanette ne répondent. Ça ne dérange pas Camille, bien au contraire. Il arrache une feuille de glycine et la jette dans l'étang.

- Ben, c'est nymphea, banane. Mais avant, ça venait du grec, numphaia. Le nom français, c'est nénuphar. Et le nom anglais de nénuphar, vous le connaissez, le nom anglais ? Ça ne s'arrête jamais ? Camille n'attend même pas une réponse. Il fait mine de se pendre à la branche de glycine la plus proche, mais un craquement l'en dissuade.

- Waterlily ! déclame-t-il.

En plus, il est content de son coup. Il m'énerve, qu'est-ce qu'il m'énerve, celui-là aussi, même s'il faut ben reconnaître que waterlily, c'est très joli comme nom, beaucoup plus que nénuphar... mais je préfère nymphéa !

[...]

Je me tourne vers mes "Nymphéas" noirs. Maintenant, j'aime de plus en plus les observer ainsi, dans l'obscurité. Avec la pénombre de la pièce, l'eau figurée sur la toile semble presque disparaître, les rares reflets à la surface de l'étang s'estompent, on ne distingue plus que les fleurs jaunes des nénuphars dans la nuit, comme des étoiles perdues dans une galaxie lointaine.

[...]

Des "Nymphéas" en arc-en-ciel ! Pauvre petite Fanette.

Quelle dérision !

Je me retourne vers mes "Nymphéas" noirs. Les corolles jaunes luisent entre les teintes de deuil jetées par le pinceau d'un peintre désespéré.

Quelle vanité !

[...]

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Arts :

Pour en savoir plus sur Monet et sur les nymphéas.


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