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  • Anne

L'Opale ou le message du serpent arc-en-ciel


Étymologie :

  • OPALE, subst. fém. et adj.

Étymol. et Hist. 1. 1re moitié du xiie s. optal «pierre précieuse» (Lapidaires anglo-norm., éd. P. Studer et J. Evans, I, 843) ; 1562 [éd.] masc. (Du Pinet, Histoire du monde [trad. de Pline], t. 2, p. 740 : L'opale, est composé quasi de toutes couleurs) ; 1609 fém. (d'apr. FEW t.7, p. 358b, note 2) ; 2. a) 1769 «couleur de l'opale» (Saint-Lambert, Les Saisons, p. 100 : l'opale et l'incarnat d'un matin radieux, l'or, le pourpre et l'azur du couchant nébuleux) ; b) α) 1786 d'opale «qui a la couleur de l'opale» (Florian, Numa Pompilius, p. 348) ; β) 1797 adj. «id.» (Voy. La Pérouse, t. 1, p. 244). Empr. au lat. opalus «pierre précieuse», empr. par Pline (v. TLL) au gr. ο ̓ π α ́ λ λ ι ο ς «id.». La forme optal, remonte au b. lat. optalius (vie s. ds TLL), lui-même prob. influencé par le rad. gr. ο ̓ φ θ-, tiré de ο ̓ φ θ α λ μ ο ́ ς «œil», cette pierre ayant la réputation d'être bonne pour les yeux (v. TLL).


Lire également la définition du nom opale afin d'amorcer la réflexion symbolique.




Géologie :


Dans La parole perdue des pierres, La face cachée des joyaux les plus mythiques (Éditions Quintessence, 2008), Odile Alleguede nous explique que :


"L'opale n'est pas un cristal mais un colloïde, c'est-à-dire une sorte de pâte de silice solidifiée. Elle ne possède donc pas de forme géométrique définie, d'où le qualificatif d'amorphe associé à ce genre de structure mais elle offre toutes les caractéristiques et les capacités du quartz ou cristal de roche qui est de la silice pure ! Oxyde de silicium hydraté, sa teneur en eau varie de 3 à 13% en général, bien qu'elle atteigne parfois le chiffre impressionnant de 34%. Pierre du désert, pierre de chaleur comme la turquoise, elle est pourtant, autre reflet de sa nature ambivalente, extraordinairement amoureuse de l'eau.

Chez de nombreux peuples anciens, l'opale était respectée entre autre comme "lumière cosmique solidifiée" et ceci est d'autant plus juste que, scientifiquement parlant, l'opale qui est un cristal photonique naturel a la capacité de permettre le contrôle et la manipulation de la lumière comme on le fait déjà avec les fibres optiques... Les photons sont non seulement plus rapides que les électrons mais, de plus, ils n'interagissent pas entre eux, contrairement à nos vieux électrons. Alexei Tchelnokov, chercheur à l'Institut d'électronique fondamentale d'Orsay à Paris précise à se sujet : "Des faisceaux de lumière peuvent se croiser sans perte d'information sur l'un ou l'autre des faisceaux..."

Les cristaux photoniques sont en fait des miroirs quasi parfaits, aptes à réfléchir intégralement la riche palette des ondes, ondes radio, ultra-violettes, ondes visibles, etc. Grâce à eux, il est possible de capturer et guider la lumière selon la finalité recherchée.

Une opale est capable de dévier un rayon lumineux comme le ferait un miroir interférentiel, un hologramme. [...]

Le secret de l'opale mis à jour par les travaux d'un chercheur australien, J. V. Sanders, publiés en 1964, réside dans la structure particulière formée par le rangement de micro-sphères de silice (diamètre compris entre 0,15 microns pour le bleu et 0,30 microns pour le rouge) et de minuscules cavités pleines d'eau, source de l’extraordinaire feu d'artifice des couleurs dans l'opale précieuse. Les pierres éthiopiennes déploient toutes les couleurs du spectre mais on peut noter que les bleus sont rares tandis que les verts et les rouges sont fréquents et intenses.

Si la composition principale de l'opale est la silice, elle contient néanmoins, à l'état de traces, du calcium, du fer, du cuivre, du cobalt, de l'argent, du strontium, du zirconium et d'autres, plus rares, comme le manganèse, l'yttrium, le nickel, le titane... [...]

Généralement, la densité de l'opale se situe entre 1,35 et 2,08 et on remarque que les pierres de faible densité sont hydrophanes (elles collent à la langue !)."

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Symbolisme :


Odile Alleguede, dans son ouvrage La parole perdue des pierres, La face cachée des joyaux les plus mythiques (Éditions Quintessence, 2008), nous rapporte :


"Une légende hindoue [qui] raconte que l’Éternel a changé en nuage une femme qui était convoitée par trois dieux. Le premier d'entre eux, Brahmâ, le teinta de bleu de façon à la reconnaître parmi les autres nuages. Le second, Shiva, le colora en rouge, tandis que le troisième, Vishnou lui donna la lumière dorée du soleil. Voyant cela, l’Éternel la déposa alors sous la terre où elle devint l'opale... Cette belle parabole contient la quintessence du symbolisme occulte de cette pierre étrange et controversée entre toutes. Qu'y devinez-vous au-delà de cette mythologie enfantine ? ces trois divinités incarnent trois rayons vibratoires correspondant aux trois couleurs que sont le bleu, le rouge et le jaune... plus le vert donné par l'élément terre !

L'opale est donc l'aboutissement d'un processus de décomposition de la lumière et le réceptacle des énergies de l'arc-en-ciel. Elle est l’œil des dieux !

Pierre infiniment mystérieuse marquée du sceau de la Lune, elle est enveloppée d'une réputation pleine de contradictions et d'extrêmes, tout comme sa marraine céleste. Bénéfique, voire magique pour les uns, elle continue à traîner pour d'autres des parfumes de maléfices redoutablement entêtants. Accrochés aux voiles vaporeux et colorés de l'arc-en-ciel, peut-être parviendrez-vous à atteindre la Lune, divinité pâle et impavide, pour écouter ses confidences secrètes... Qui sait ?


Lorsque l'arc-en-ciel ouvre la porte des Dieux...

En Orient, l'arc-en-ciel est appelé "arc de nuages" ou "arc d'Allah" et est constitué de quatre couleurs : le rouge, le jaune, le vert et le bleu. Chaque couleur y correspond respectivement à un des quatre éléments fondamentaux que sont le feu, l'air et l'eau. L'opale est, de plus, pour les Orientaux, une "ancre d'espérance" qui résume à elle seule les vertus de toutes les pierres précieuses.

Pour Pline l'Ancien, l'idée est la même puisqu'il écrit dans son Histoire naturelle : "En elle [l'opale], luit la douce flamme de l'escarboucle, la pourpre brillante de l'améthyste, le splendide vert marin de l'émeraude, le jaune d'or de la topaze, le bleu profond du saphir et ainsi, toutes les couleurs y chatoient en une incomparable mosaïque..."

Effectivement, à l'instar du mystérieux arc-en-ciel, l'opale est capable de décomposer les différentes vibrations que sont les couleurs et qui se cachent dans l'apparente et trompeuse uniformité de la lumière. Un des fascinations de l'opale se trouve justement dans ses couleurs iridescentes, uniques dans le monde minéral qui paraissent palpiter en elle comme un cœur féerique.

A ne pas confondre : les couleurs de base, l'aspect laiteux appelé aussi "opalescence" et le jeu des couleurs nommé "iridescence". L'arc-en-ciel est souvent assimilé au "chemin du ciel", c'est donc une route et une sorte de porte lumineuse, à la fois addition et soustraction de l'infiniment petit... L'opale qui en est l'archétype minéral traduit le même langage symbolique. Elle est à la fois la représentation d'un passage et la "révélation" de ce qu'il contient. Elle est la démonstration évidente du tout contenu dans chacune de ses parties. Elle est l'accoucheuse de la lumière et, par extrapolation, de notre lumière intérieure, divinité cachée au fond de nous et invisible à nos yeux physiques.

N'existe-t-il pas d'ailleurs chez les Mayas la déesse des arcs-en-ciel, Ix Chel, la femme du dieu Itzamna et dieu-serpent qui est un esprit associé à la lune, à la sexualité, à l'accouchement et à la médecine ? AU Mexique, une légende proche racontée dans l'État de Michoacan parle de Mauina, la déesse de la fertilité, qui vit sous un arc-en-ciel dans le jardin de la pluie et de l'eau. D'ailleurs, le Mexique est une des terres-mères de l'opale.

L'opale et l'arc-en-ciel aiment l'eau. Ils en ont besoin pour se solidifier en quelque sorte, tout en dématérialisant la Lumière dans un acte simultanée de destruction-construction ! Savez-vous que l'opale peut contenir jusqu'à 30% d'eau ?

Les Aborigènes d'Australie, terre nourricière de l'opale, possèdent de leur côté parmi leurs mythes et leurs divinités primordiaux le serpent "Arc-en-ciel". Sorti de l'eau souterraine au "Temps du rêve", il a rampé sur la terre, dessinant au fur et à mesure par se mouvements ondulatoires, plaines et montagnes... C'est également lui qui a créé l'eau de pluie et les premiers ancêtres. Sa présence est signée par la matérialisation de l'arc-en-ciel et se devine aussi à travers les cristaux de quartz. Il détient des pouvoirs immenses données aux "hommes-médecine", ces chamans aborigènes. Par cette connaissance secrète, ils savent soigner les malades, leurs esprits et l'âme des morts. Les rituels initiatiques et certaines cérémonies incantatoires nécessitent qu'ils avaient des cristaux de quartz ou des coquillages sacrés par l'intermédiaire desquels ils absorbent les pouvoirs du serpent arc-en-ciel !

Vous ne serez certainement pas étonnés de retrouver, à des milliers de kilomètres de là au Brésil, en fait exactement a sein des croyances africaines apportées par les esclaves dont les descendants se sont fixés au "Candomblé", ce même mythe du serpent Arc-en-ciel nommé là-bas : Oxumaré...

Autres exemples à ce sujet : dans le Sud Bénin les Africains honorent le "Vodun Dan", divinité de l'arc-en-ciel représentée à nouveau par un serpent et en Haïti les Vaudous vouent un culte au "Damballah Oueddu", encore serpent Arc-en-ciel, vénéré dans l'ancien Dahomey... Il s'avère que l'pale est étrangement reliée aux mythes du serpent qui chevauchent celui de l'arc-en-ciel et cette complicité nous conduit sur la trace de la légende d'Apollon pleine d'ombres et de mystères...


Le mythe des jumeaux cosmiques :

Les mythes sont remplis de la présence duelle de jumeaux divins ou humains mais ua destin hors norme. Souvent, et c'est particulièrement énigmatique, ils sont liés à la guérison, à la médecine qu'elles soient spirituelles ou physiques. Pêle-mêle on trouve : chez les Dogons du Mali et de Volta les premiers êtres primitifs, les jumeaux dits Nummo, moitié humain et moitié serpent, les "loas Marassa" du panthéon vaudou qui, lorsqu'ils sont de bonne humeur, donnent des concoctions de plantes ou d'herbes médicinales pour guérir les maladies, Côme et Damien les jumeaux médecin du calendrier des saints chrétiens, Isis et Osiris en Égypte, les Asvini de l'Olympe indien, jumeaux médecins des Dieux et, bien sûr, Apollon et Artémis.

Apollon et sa sœur jumelle, Artémis, font un écho étrange au dieu Itzamna et à as compagne, la déesse Ix Chel des Mayas citée auparavant. La rune "Ehwaz" en personnifie la symbolique à travers la pierre qui lui est justement consacrée : l'opale. Dans ce langage à la fois exotérique et ésotérique d'origine scandinave, Ehwaz représente les dieux jumeaux entre lesquels circule un mouvement incessant, un va et vient permanent , c'est-à-dire une oscillation.

La vie tout entière dans cette dimension est oscillatoire car elle puise son énergie éternelle du jeu induit ente polarités opposées. Du deux (la dualité) naît le trois (le mouvement)... Le poète René Char traduisit ces sensations perpétuellement ambiguës en quelques vers de même nature :


"Je vous aime mystères jumeaux,

Je touche à chacun de vous ;

J'ai mal et je suis léger..."


En grec, l'opale se dit "opallion". Cela ne vous semble-t-il pas bizarrement proche du nom d'Apollon ? Mais les croisements ne s'arrêtent pas là. Apollon possède en Grèce un sanctuaire de prédilection : Delphes où, vous le savez, vaticine la "pythie" ou "Pytho" durant la haute antiquité. Ce site oraculaire a été "gagné" par Apollon, dieu solaire, lorsqu'il tua près de ce lieu (au Parnasse) et à proximité dune source, le monstre femelle "Drakaina" plus connu sous le nom de Python. Or qui était Python au sein de cette mythologie grecque ? Python est un serpent (ou un reptile) qui apparaît brusquement sur terre lorsque les eaux du Déluge se retirent enfin... Nous voici avec la plupart des ingrédients du mythe cosmogonique des aborigènes australiens, n'est-ce pas ?

Une curieuse référence à l'arc-en-ciel se trouve dans l'oeuvre de Gérard de Nerval, Aurélia ou le Rêve et la vie, avec ce passage : "La huppe messagère nous guidait au plus haut des cieux, et l'arc de lumière éclatait dans les mains divines d'Apollyon..." A noter, au passage, qu'Apollyon est assimilé à un des anges de l'abîme dans le livre de l'Apocalypse.


L'opale ou l’œil des Dieux....

L'arc-en-ciel, et c'est plutôt logique au premier niveau, entre aussi en étroite relation avec l’œil et ses capacités d'utilisation de la lumière. Mais s'intéresser à cette correspondance amène à trouver des prolongements très inattendus.

Iris est une divinité ailée de la riche mythologie grecque, incarnation de l'arc-en-ciel qui pour certains s'appelle poétiquement "l'écharpe d'Iris". C'est une Océanide appartenant à la constellation mythique du Soleil, fille de Thauma qui en grec signifie, et c'est très intéressant, "l'étonnement" ! N'est-ce pas d'ailleurs le sentiment qui nous envahit lorsque nous pénétrons au cœur des mystères de la création ? Aristote écrit à ce propos dans son ouvrage Métaphysique : "Tout homme, avons-nous dit, commence par s'étonner de ce que les choses sont ce qu'elles sont..."

Et, effectivement, il y a de qui s'étonner surtout... de ce que très peu de monde ne sache le faire... généralement ! Physiologiquement l'iris, pour l’œil, est un muscle circulaire merveilleux qui régule subtilement la quantité de lumière que peut recevoir le cristallin. Son implication et son utilité dans le processus de "traitement" de la lumière sont merveilleuses.

Or, la légende dit que le centaure Chiron fut le premier ophtalmologiste de l'histoire. Sa science magique des yeux, il l'enseigna à Esculape, dieu de la Médecine et fils d'Apollon. Or, ce qui est troublant est de noter au passage que le nom thessalien d'Esculape est "Askalapios" qui désigne la taupe, rongeur très abondant en Thesssalie et surtout animal guérisseur au sein de la médecine magique. Esculape était donc primitivement un dieu-taupe, un dieu aveugle et aussi une divinité souterraine. Dans les ruines d’Épidaure, le sanctuaire dédié à ce dieu-thaumaturge, on a retrouvé certaines inscriptions et des ex-voto relatifs à des soins de maladies oculaires.

De plus, le caducée, symbole habituellement associé à Esculape contient, entre autre, un serpent enroulé autour d'une sorte de bâton. Les connaissances hermétiques qui gravitent autour de l'œil, de la vue et, dans son prolongement ésotérique, de la voyance, utilisent peu ou prou les principaux éléments occultes liés à l'opale : l'arc-en-ciel, le serpent, Apollon, la lumière, la médecine, etc.

Et ceci expliquant cela, les opales étaient également appelées "ophtalmos" soit "pierres des yeux" par les Romains qui les employaient comme panacées contre les maladies des yeux car la gemme était porteuse, dans tout le monde romain, d'une tradition miraculeuse très ancienne. Les scientifiques savent que l'opale est, avec les épines de l'"aphrodita", un extraordinaire ver marin, le seul cristal photonique naturel recensé !

Le poète grec Orphée, dont l'existence réelle sous ce nom est contestée écrivit jadis dans son Peri lithon, sorte de traité sur l'usage des pierres sous forme de versifications à travers lesquelles il chante la Nature et ses beautés : "Je dis que les dieux aiment aussi l'opale qui a la peau semblable à celle d'un jeune enfant. Elle guérit les yeux faibles et qui versent trop facilement les larmes, en la mêlant avec de la myrrhe qui répand une bonne odeur, et avec la lépidote qui brille par ses écailles blanchissantes. Ainsi mélangées, elles t'apprendront les biens et les maux qui réserve mystérieusement l'avenir..."

On ne peut être plus clair, sans jeu de mots. L'opale, après avoir guéri l'aveugle, révèle aussi l'avenir. Mais, attention, il ne s'agit peut-être pas ici de la guérison physique d'une cécité matérielle. L'opale est probablement l'archétype minéral de l'ouverture à la lumière de la transcendance des yeux intérieurs de l'homme demeurés trop longtemps aveugles sur l'origine des mystères qui l'entourent ! L'opale ouvre un passage (l'arc-en-ciel) vers d'autres dimensions temporelles et d'autres demeures de la vie... Elle est l’œil des dieux !

Muni de cette nouvelle vision, l'homme perçoit alors l'invisible et se trouve ainsi capable de le déchiffrer. est-ce pour cette raison que l'historie mythologique précise que Zeus, furieux des pouvoirs qu'Esculape donnait à l'homme, foudroya le demi-dieu ? Il a toujours été très, très dangereux de vouloir "libérer" l'être humain de son esclavage mental et de sa cécité spirituelle !

De plus il existe un lien métaphysique entre les yeux et le mythe des jumeaux, au-delà de l'évidente transposition archétypale que l'on peut faire entre leur similitude. Dans "L'Hymne à Ninourta", on trouve ces mots :


"Tes deux yeux, Seigneur, sont Enlil et Ninlil

Les pupilles de tes yeux sont Goula et Bêlet-illi

Leur iris, Seigneur, sont les divins jumeaux

(Sîn et Shamash)..."


Enfin, chez certains voyants tziganes, l'opale noire portée sur bague d'argent représente la déesse Lilith et permet la vision des choses cachées. Au Mexique, l'opale était considérée comme une pierre éminemment sacrée. La tradition affirmait que son cœur contenait la vérité, rien de moins !


Entre peur et fascination :

Dans les écrits de Pline l'Ancien, on peut lire cette remarque : "La précieuse pierre plate nommée opalus est de toutes les pierres celle qui a le prix le plus élevé, mais elle est difficile à identifier et à décrire..." Très connue des amoureux de l'opale est cette autre histoire à la fois belle et pathétique dont Pline s'est également fait l'écho et qui a donné une célébrité bien involontaire à un sénateur romain appelé Nonius. Pline raconte que celui-ci préféra quitter Rome, sa richesse, sa charge et sa fortune plutôt que de céder son opale de la taille d'une noix à Marc Antoine qui, pourtant, lui fit un siège qui n'avait là rien de militaire. Nonius choisit donc l'exil et sa compagne fréquente : la misère. Mais peut-être était-il, en fait, le plus heureux des hommes car il avait su dire non quel qu'en soit pour lui le sacrifice ? A moins qu'il n'ait eu davantage peur d'une éventuelle malédiction de sa pierre que du courroux de Marc Antoine ou des conséquences de ses renoncements matériels ! Qui peut le savoir ?

Quoi qu'il en soit, il semble que seule la mort parvint, le moment venu, à lui enlever son opale... Compte tenu de ce qui a été écrit bien avant, il est naturel de lire un peu partout, à travers l'histoire, l'association qui est faite de l'opale avec les talismans de conquérants aux mystérieux gènes reptiliens, ces fils du serpent présentes depuis les origines aux quatre coins du monde.


Le talisman des Fils du serpent :

Extrêmement populaire en Grèce et dans le monde romain, elle y était considérée comme un puissant porte-bonheur et décorait souvent les bâtons des généraux romains auxquels elle était censée assurer la victoire. Dans cette culture antique, les opales sont considérées accorder aux hommes la beauté de la forme et la vigueur dans le combat même si le héros est déjà un guerrier carrément fatigué.

L'érudit Roger Peyrefitte citait l'opale comme un des deux talismans dont ne se séparait jamais Alexandre le Grand : sa mère Olympias la lui avait mise autour du cou à l'issue de sa première bataille. Il avait seize ans. Cette femme étrange a été initiée dès son enfance à divers cultes de mystères dont celui du "Sanctuaire des Grands Dieux de Samothrace" consacré à de mystérieuses divinité"s chthoniennes dont personne ne devait prononcer le nom et que l'on appelait alors d'un terme générique de "Cabires". Par divers recoupements, il a été possible d'identifier certains d'entre eux correspondants à Hécate, Cybèle et les Dioscures, ces dieux jumeaux que l'on retrouve un peu partout si souvent associés à l'opale !

Olympias avait chargé cette pierre selon un rituel complexe pratiqué au sein des Écoles Orphiques. Elle pratiquait aussi des cérémonies orgiaques inspirées de Dionysos où le serpent avait une place toute particulière. N'oublions pas que de nombreux auteurs et observateurs de l'Antiquité répètent une fable identique : Alexandre est fils d'un serpent ou d'un dragon qui, souvent, venait visiter sa mère.... Cette opale, destinée à protéger Alexandre durant les combats, l'accompagna tout au long de sa vie belliqueuse.

Autre anecdote sortie du même pot et bascule dans la légende est celle de Robert le Magnifique dit aussi Robert le Diable, duc de Normandie et père de Guillaume le Conquérant. De vieilles chroniques de cette époque, où le merveilleux peut facilement être considéré comme la doublure de la réalité, rapportent les déclarations de Robert qui se vante lui-même des pouvoirs magiques, de source diabolique, que lui donne une opale talisman. Or Robert ne cache pas ses origines non humaines et laisse entendre que sa mère aurait obtenu cette opale exceptionnelle en échange de ses faveurs offertes à la "Bête" !


Elle court, elle court : la rumeur...

L'opale ne laisse de toute manière, personne indifférent. J'ai lu quelque part ces mots pleins de sous-entendus : "Elle jouit d'une réputation étrange. Elle pâlit, dit-on, en cas d'envoûtement, et irait même jusqu'à disparaître. On redoute de la porter car elle attirerait, non des malheurs ordinaires, mais ces coïncidences dramatiques et fatales dont on chuchote encore, longtemps après, le récit..."

Dans certains endroits, on la surnommait même parfois "pierre de larmes". En fait, cette réputation est née [...] de la rumeur qui s'attaque à la psyché collective et nourrit un nouvel égrégore de peur et d'angoisse. En fait, tout laisse à penser qu'il y eut deux rumeurs espacées dans le temps.

La première est née à la cour du roi soleil, Louis XIV, qui avait la drôle d’habitude de baptiser ses nombreux carrosses avec des noms de pierres précieuses. Or, le cocher attitré de celui portant le nom d'Opale aimait beaucoup la dive bouteille. Toujours ivre, le pauvre cocher ne maîtrisait pas toujours ses chevaux et monter dans ce carrosse était donc une entreprise plus que périlleuse. L'opale - carrosse - était donc connu pour porter malheur ! Oui, mais l'assimiler à la pierre précieuse en elle-même était un raccourci facile et archi injuste... qui s'est pourtant répandu un peu partout.

La seconde rumeur sur les maléfices de l'opale s'est propagée au cours du XIXe siècle à travers une œuvre de Sir Walter Scott, le célébrissime auteur écossais, entre autres, d'Ivanhoé. Il s'agit là d'un de ces romans dont le pouvoir se situe bien au-delà de la force créative d'une imagination de talent ou de la beauté d'un récit littéraire. Il véhicule autre chose, une énergie étrange à la frontière de l'envoûtement et qui perdura longtemps dans les esprits, sans doute parce qu'elle se nourrissait de cet inconscient collectif dont j'ai déjà parlé... mais peut-être pas uniquement ! Qui sait ? [Voir plus bas partie Littérature]

En France, l'impératrice Eugénie se fit l'écho de cette inquiétude jaillie des pages féeriques d'un univers littéraire, sans doute aussi tout autant influencée par une superstition russe qui considérait l'opale comme un vecteur du "mauvais œil". Effectivement, il apparaît que le port de cette pierre fut souvent déconseillé, voire carrément interdit, à la cour des tsars. Une histoire mâtinée de superstition inventive flotte dans l'atmosphère alourdie du palais des souverains russes. On y raconte qu'un jour, l'impératrice étant témoin d'un assassinat dans la salle même du trône trempa involontairement son long sautoir d'opales dans le sang qui maculait le corps immobile alors qu'elle se penchait sur lui. A compter de cet instant, la souveraine refusa de le porter et la Cour, fidèle à son remarquable talent de mimétisme décérébré, reprit à son compte cet ostracisme de l'opale sans chercher le moins du monde à faire la part des faits... et du caprice. Cependant, la reine Victoria ne partageait pas l'angoisse générale de l'époque et une curieuse histoire du moment, arrivée à un membre de la Pairie, semble avoir contribué à partager encore davantage les avis.

En 1874, David Mitford, devenu Lord Redesdale se fait persuader par un ami d'acheter une opale noire. Il prétend qu'elle lui portera chance d'une manière inattendue avant que ne s'écoulent dix jours suivant son acquisition. Coïncidence, synchronicité, hasard... je vous laisse baptiser à votre gré l'événement qui se produisit avant que les dix jours fatidiques ne ses oient écoulés.

Quoi qu'il en soit, l'anecdote raconte que Lord Redesdale reçut par écrit du Premier Ministre d'alors, Disraeli, la demande extrêmement honorifique de rejoindre le gouvernement...

Pour conclure ce chapitre sur une des pierres les plus mystérieuses de la création, rappelons l'étrange disparition, conservée dans quelques pages d'Histoire, de l'extraordinaire opale de feu que Napoléon Ier offrit à sa femme Joséphine et surnommée "l'incendie de Troie" du fait de ses magnifiques entrelacs de couleurs flamboyantes !"

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Littérature :


D'après le livre d'Odile Alleguede, La parole perdue des pierres, La face cachée des joyaux les plus mythiques (Éditions Quintessence, 2008) :


La mystérieuse Lady Hermione :

Walter Scott eut une enfance bercée par les contes et les légendes de sa chère terre écossaise. Son imagination féconde s'enrichit des mille et un mythes celtes d'Irlande et d'ailleurs qu'il dévorait fiévreusement. Au sein des récits poétiques, épiques ou chevaleresques de son œuvre se trouve toujours, plus ou moins enchevêtrée, plus ou moins apparente, cette présence gothique d'un univers où la magie se marie au rêve et l'occulte à la fantasmagorie.

Parmi eux... Le récit de Donnerhugel. Dans cette histoire publiée en 1829 et qui se passe aux abords du Rhin, Scott met en scène un jeune baron de souche allemande, Herman d'Arnheim, qu'il présente lui-même en ces termes : "Les barons d'Arnheim, quoique s'occupant, de père en fils, d'études secrètes, étaient pourtant, comme les autres nobles allemands, belliqueux et amateurs de la chasse. Tel était particulièrement le caractère d'Herman d'Arnheim, aïeul maternel d'Anne de Gelerstein, qui se faisait gloire d'avoir un superbe haras, et possédait le plus noble coursier qu'on eût jamais vu dans les Cercles de l'Allemagne..."

Comme beaucoup des romans de Scott, ses récits cachent des clés et une connaissance ésotérique profonde des thèmes qu'il aborde (il appartenait notamment à une Loge Maçonnique d'Edimbourg appelée : Saint Davis n°36). Par exemple, le fougueux destrier de ce baron s'appelle... devinez... Appolyon ! Eh oui. Nous sommes bien ici au cœur d'un réseau de correspondances cachées autour de l'opale, comme vous allez vous en rendre compte...

Ce fringant baron va rencontrer un soir un très curieux personnage vêtu à la façon asiatique qui se déclare en danger et lui réclame sa protection pour un an et un jour au nom d'un "compagnonnage" secret dans lequel Herman reconnaît "un frère du Feu sacré" auquel, ainsi qu'il le dit lui-même : "Je ne puis te refuser ce que tu me demande d'après les rites des Mages perses... " En échange, Herman lui demande de l'instruire "dans les plus secrets mystères" ! Parole tenue des deux côtés et, au terme de cette année plus un jour, le mystérieux sage quitte l'hospitalité du baron lui promettant de lui envoyer sa fille pour qu'il puisse continuer l'apprentissage de ces "plus secrets mystères" à la condition expresse cependant qu'il respecte les conditions du pacte, à savoir : "Ayez pour elle de l'affection, mais ne la portez pas trop loin..."

Faute de quoi, il serait le dernier descendant mâle de sa lignée et à l'origine de nombreux autres malheurs... C'est ainsi qu'Hermione et son étrange opale, qu'elle ne quittait jamais, entrèrent toutes deux soudain dans la vie du baron : "une jeune et belle femme, portant le costume persan, et dont le rose était la couleur dominante. Elle ne portait ni turban, ni aucune espèce de coiffure ; ses cheveux d'un châtain clair, n'étaient retenus que par un ruban bleu, attaché au-dessus du front, par une agrafe d'or, dans laquelle était enchâssée une superbe opale qui, parmi les couleurs changeantes particulières à cette pierre, faisait jaillir une légère teinte de rouge qu'on aurait prise pour une étincelle de feu..."

Les mois passèrent. Jetant aux orties les recommandations du mage étranger, Herman porta très, très loin son affection pour Hermione puisqu'il décida... de l'épouser !

Douze mois plus tard naît une fille que l'on décide d'appeler Sibylle. Et c'est lors du baptême de l'enfant que la prophétie des malheurs annoncés va commencer à se réaliser. Pour faire taire les rumeurs de sorcellerie entourant sa femme, le baron veut à tout prix marquer son front, où brille en permanence l'étrange opale, avec de l'eau bénite : "Il secoua vers le beau front d'Hermione les gouttes d'eau bénite qui restaient suspendues à son doigt. Une de ces gouttes tomba sur l'opale. Cette pierre lança un feu brillant, comme une étoile filante qui se consume, et le moment d'après perdit tout son éclat, toutes ses couleurs et devint semblable au caillou le plus commun. Au même instant, la belle baronne tomba sur le marbre de la chapelle en poussant un profond soupir..."

Quelques heures plus tard, en ouvrant la pote de la chambre où était censé se reposer Hermione : "On ne put y découvrir aucune trace d'elle, si ce n'est qu'on trouva, sur le lit où on l'avait placée, une poignée de cendres grisâtres et légères, comme celles qu'aurait produites du papier brûlé..." Trois ans plus tard, jour pour jour, le baron mourait à son tour et... sans héritier mâle !

Du fait de l'immense popularité de l'autre, le roman répandit, en Grande-Bretagne d'abord puis progressivement en Europe, l'idée insidieuse que l'opale était une pierre dangereuse, maléfique et probablement détentrice d'une redoutable magie infernale. Bien évidemment dans la foulée, son cours commercial chuta terriblement au grand dam des joailliers.

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