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  • Anne

Le Lézard


Marie-Claire et moi sommes allées reconnaître le lieu de cérémonie pour l'année blanche : sur le chemin, un froissement dans les feuilles, un trait de lumière suivi d'une longue station immobile : le lézard vert des Vouilland semble nous inviter à poursuivre notre ascension.



Lézard vert

Tourne dans la spirale de mon cœur

encore.

http://inpn.mnhn.fr/accueil/films-especes

Étymologie :​

  • LÉZARD, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. Fin xie s. lajjsarde zool. (Raschi, Gloses, éd. A. Darmesteter, p. 29 [Lév. 11, 30]) ; 1121-34 laisarde (Philippe de Thaon, Bestiaire, éd. E. Walberg, 2332) ; xiiie s. lesard (Commentaire du Doctrinal d'Alexandre de Villedieuds Thurot, p. 530) ; ca 1290 lezart (Gautier de Bibbesworth, Traité, éd. A. Owen, 531) ; 2. 1832 faire le lézard « paresser au soleil » (Karr, loc. cit.) ; 3. 1922 « peau de lézard » (Giraudoux, loc. cit.). Du lat. lacertus « lézard », avec substitution de suff. (-ard*). D'abord laisarde en a. fr., du lat. lacerta « lézard ».


Lire aussi la définition du nom pour repérer quelques pistes symboliques.



Zoologie :


Dans son Atlas de zoologie poétique (Éditions Arthaud-Flammarion, 2018) Emmanuelle Pouydebat nous expose les caractéristiques du Lézard Jésus-Christ (Basiliscus plumifrons), c'est-à-dire "le lézard qui court sur l'eau" :

Impossible de courir sur l'eau ? C'est sans compter le lézard basilic, surnommé lézard Jésus-Christ. Capacité surnaturelle ? Non... Il bénéficie d'une bien jolie adaptation locomotrice : ce petit bolide se déplace sur ses deux pattes arrière, à la surface de l'eau, sans sombrer ni se noyer. Vivant dans les arbres des forêts tropicales denses, le lézard basilic se poste sur les branches qui surplombent les fleuves et les rivières. Bien qu'il puisse être la proie des serpents ou des humains, la principale menace vient du ciel. Au-dessus de lui, les oiseaux prédateurs le guettent et s'attendent à ce qu'il se réfugie dans les arbres. En réalité, lorsqu'il se sent menacé, ce lézard fait exactement le contraire ! Il se laisse tomber dans l'eau et entame une course à la surface qui lui fait gagner de précieuses secondes. Car il peut se déplacer à 10 kilomètres à l'heure, et tout en position bipède s'il vous plaît ! Fait remarquable, les nouveaux-nés sont déjà capables d'accomplir cet exploit. Pas si surprenant finalement lorsqu'on sait qu'ils peuvent se aire dévorer par leurs parents. Il leur faut donc être très rapide dès la naissance ! Que vous soyez un lézard basilic de 2 ou 200 grammes, eh bien cela ne change rien, vous savez courir sur l'eau. Comment cette prouesse est-elle possible ? Tout d'abord le basilic pose ses pattes sur l'eau si rapidement et si fort qu'il ne s'enfonce jamais plus de quelques centimètres. Un humain devrait courir à plus de 100 kilomètres à l'heure pour réaliser la même performance. Ce ci étant, il ne s'agit pas simplement de vitesse de déplacement puisque ces lézards courent finalement moins vite (1,60 mètre par seconde) que leur analogue en taille et morphologie terrestre (4 mètres par seconde) comme le lézard à queue de zèbre. Alors si ce n'est pas uniquement une question de vitesse, qu'est-ce donc ? Eh bien, ce qui est en jeu dans cet équilibre dynamique est un compromis biodynamique qui existe entre la faible masse du lézard, la surface de contact avec l'eau et un système ingénieux de mouvements latéraux des pattes arrière combinés à une action de la queue. Cette dernière, qui représente les deux tiers du corps de ce lézard, joue un rôle majeur comme contrepoids. Elle frappe également la surface pour créer en quelque sorte une vague porteuse. Alors, coureur ou surfeur ? Ce qui est sûr, c'est que les vertébrés terrestres sont contraints dans la nature de se déplacer sur des substrats divers : sols aux pentes et revêtements divers, branches de tailles variées et orientées dans toutes les directions, supports lisses, rugueux, etc. Parmi toute cette diversité d'espèces et de supports locomoteurs, le lézard basilic est le seul capable de traverser un cours d'eau, depuis son éclosion jusqu'à l'âge adulte.

Proverbe massaï : « Celui qui se lève tard ne voit pas le lézard en train de se brosser les dents. »

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Dans le Hors-série de Causette (été 2018) intitulé « Histoires d'A...mours », Claudine Colozzi nous propose un petit "Kama-sutra des animaux" sous forme d'abécédaire :


B comme Bouchon de chasteté :

Dans la nature, tous les moyens sont bons pour protéger sa semence après l'accouplement. Certains lézards ou araignées mâles mettent en place une sorte de bouchon à l'entrée de l'orifice génital de la femelle afin d'empêcher d'autres prétendants de les pénétrer. Certaines parviennent malgré tout à s'en débarrasser.

Croyances populaires :

Selon Ignace Mariétan, auteur d'un article intitulé "Légendes et erreurs se rapportant aux animaux" paru dans le Bulletin de la Murithienne, 1940, n°58, pp. 27-62 :


L'inoffensif Lézard vert est considéré par beaucoup comme venimeux : le fait qu'il mord et qu'il peut tenir ses mâchoires assez longtemps fermées fait dire qu'il ne lâche plus et que, si on est mordu au doigt, il faut le couper. Il siffle, dit-on à Mase, et il en vient un grand nombre.

Dans la Toscane centrale, le Lézard vert est maléfique. On assure que s'il peut poser sa patte sur le soulier de l'homme qui se prépare à l'assommer, celui-ci demeurera paralysé, avec son bâton levé, tant que le Lézard ne rompra pas le contact.

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Selon Jean Baucomont, auteur d'un article intitulé "Les formulettes d'incantation enfantine", paru dans la revue Arts et traditions populaires, 13e Année, No. 3/4 (Juillet-Décembre 1965), pp. 243-255 :


La tradition orale se perpétue dans le folklore de la vie enfantine. […] Une des catégories les plus curieuses de ces formulettes est celle des formulettes d'incantation.

L'incantation, nous disent les dictionnaires, signifie étymologiquement : un enchantement produit par l'emploi de paroles magiques pour opérer un charme, un sortilège. Le recours à l'incantation postule une attitude mentale inspirée par l'antique croyance au pouvoir du verbe, proféré dans certaines circonstances.

[…]

« L'incantation, dit Bergson, participe à la fois du commandement et de la prière. » On constate effectivement, que la plupart des formulettes d'incantation comportent à la fois une invocation propitiatoire : promesse d'offrande en cas de succès et une menace de sacrifice expiatoire, d'immolation en cas d'échec. Ce qui est proprement le caractère de l'opération magique traditionnelle.

[…]

Lézard, lézard

Défends-moi des serpents

Quand tu passeras vers ma maison

Je te donnerai un grain de sel.

(Provence)

Traduction de Frédéric Mistral : Mémoires et récits.

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Jean-Jacques Barloy, dans un article intitulé "Rumeurs sur des animaux mystérieux." In : Communications, 52, 1990. Rumeurs et légendes contemporaines. pp. 197-218 rapporte une anecdote au sujet d'un lézard volant :


[...] Après les crapauds volants, le lézard volant. En 1988, André Mellira relatait des événements également fort curieux et, eux aussi, assez anciens. Vers 1931, à La Bollène-Vésubie (Alpes-Maritimes), la mère d'André Mellira voit un « serpent avec des ailes » qui descend en volant depuis un arbre voisin et se pose sur le rebord d'une fenêtre. Il aurait eu les joues dilatées. Mme Mellira pousse un cri, et le serpent s'envole.

Or, André Mellira aura plus tard la surprise de remarquer, dans une auberge de Cervaseo, dans le Piémont, une chope de terre sur laquelle un dessin naïf représente un homme poursuivi par un serpent ailé : ce dessin serait l'illustration d'une vieille chanson locale.

Là encore, on pourrait invoquer une introduction : celle du petit dragon volant ou d'un gecko volant de l'Asie du Sud-Est. Mais une telle importation n'a jamais été relatée.

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Symbolisme :

D'après Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, auteur du Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982),


"On pourrait considérer son symbolisme comme dérivé de celui du serpent, dont il constituerait une expression atténuée : paresseux comme un lézard, paresseux comme une couleuvre, dit la sagesse des nations. Mais, à la différence du serpent, rival éternel de l'homme, le lézard, tout au moins en ce qui concerne les cultures méditerranéennes, est un familier et donc un ami de la maison. Les hiéroglyphes égyptiens ont choisi son image pour signifier la bienveillance. Il constitue un motif ornemental indéfiniment répété dans les arts d'Afrique noire, où il apparaît souvent comme un héros civilisateur, un intercesseur ou messager des divinités. Au commencement, dit une légende camerounaise : Dieu envoya deux messagers sur la terre : le caméléon devait annoncer aux hommes la résurrection après la mort ; le lézard, lui, portait l'annonce de la mort sans retour. Le messager qui arriverait le premier devait seul demeurer efficace. Le lézard trompa le caméléon et lui dit : Va lentement, lentement !... si tu cours, tu vas ébranler le monde ! Puis, prenant les devants, il annonça la mort sans retour.

Chez les Bantou du Kasaï rêver de lézard annonce la naissance d'un garçon, tandis que leurs voisins Luluas et Lubas font en peau de varan leurs sacs à médecines magiques. Son antériorité se confirme en Mélanésie, où il est considéré comme le plus ancien des quatre ancêtres fondateurs des quatre classes de la société. Enfin, il est clairement désigné comme héros civilisateur par les insulaires du détroit de Torres pour lesquels c'est le lézard au long cou qui a apporté le feu aux hommes.

L'Ancien Testament fait rarement allusion au lézard sinon dans la phrase : le lézard que l'on a a capturé avec la main, mais qui hante les palais des rois (Proverbes, 30, 28). L'interprétation en paraît hasardeuse, du moins y voit-on attestée sa familiarité avec l'homme et son indifférence aux hiérarchies terrestres, dont on pourrait induire que ses longues heures d'immobilité au soleil sont le symbole d'une extase contemplative. Il est d'ailleurs cité dans la Bible comme l'un de ces êtres minuscules sur la terre, mas sages entre les sages (Proverbes 30, 24).

Le lézard symboliserait ainsi l'âme qu recherche humblement la lumière, par contraste avec l'oiseau, observe Grégoire le Grand, qui possède des ailes pour voler vers les sommets."

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Selon les Cartes médecine, Découvrir son animal-totem (édition revue 1999 ; traduction française, 2010) de Jamie Sams et David Carson,


"Le Lézard flânait à l’ombre d’une grosse roche, à l’abri des rayons ardents du soleil du désert. Le Serpent s’amène en rampant ; il cherche quelque ombrage où se lover et se reposer. Le Serpent observe le Lézard dont les yeux roulent sous ses énormes paupières closes. Il siffle pour attirer l’attention de celui-ci. Lentement, le Lézard ouvre ses yeux rêveurs et regarde le Serpent.

« Serpent, tu m’as fait peur ! Qu’est-ce que tu veux ? » s’écrie le Lézard.

Le Serpent crachote de sa langue fourchue : « Lézard, tu choisis toujours les meilleurs points d’ombre sous la chaleur du jour. Il n’y a aucune autre roche aussi grosse à des milles de distance. Pourquoi ne partages-tu pas cette ombre avec moi ? »

Après un moment de réflexion, le Lézard consent : « Serpent, tu peux partager avec moi cet espace ombragé, mais va de l’autre côté de la roche et promets-moi de ne pas m’interrompre. »

Agacé par cette remarque, le Serpent siffle : « Comment pourrais-je t’importuner, Lézard ? Qu’est-ce donc que je pourrais interrompre, tu ne fais que dormir ! »

Le Lézard sourit d’un air entendu : « Pauvre serpent, espèce d’idiot ! Je ne dors pas, je rêve ! »

Le Serpent voulut savoir quelle différence existait entre rêver et dormir ; le Lézard le lui expliqua : « Rêver, c’est aller voir ce qui se passe dans le futur. Ainsi, je sais que tu ne me mangeras pas aujourd’hui. Je t’ai aperçu eu rêve et je sais que tu t’es gavé de souris. »

Le Serpent était tout étonné : « Eh bien ! Lézard, tu as tout à fait raison. Je me demandais pourquoi tu acceptais de partager ta roche. »

Le Lézard riait dans sa barbe. « Serpent, dit-il, tu cherches l’ombrage et je recherche l’ombre. L’ombre, c’est le lieu où vivent les rêves. »

La médecine du Lézard, c’est l’ombre de la réalité, cette rêverie où nous pouvons examiner nos rêves avant de prendre la décision de les exécuter. Si tel avait été son désir, le Lézard aurait tout aussi bien pu créer une situation où le Serpent l’aurait mangé.

Le Lézard, c’est la médecine des rêveurs. Que ceux-ci vous perçoivent à travers un écran de fumée ou qu’ils vous voient en rêve, les rêveurs vous aident toujours à mieux distinguer vos ombres. Ce peut être vos peurs, vos espoirs ou même toute chose à laquelle vous résistez, mais chacune de vos ombres vous colle toujours aux talons comme le plus obéissant des petits chiens.

Si le Lézard a rêvé son espace parmi vos cartes, il est temps de regarder derrière vous et de bien voir ce qui vous colle à la peau. Est-ce vos peurs face à l’avenir qui tentent de vous rattraper ? Ou encore cette partie de vous qui veut ignorer vos faiblesses et votre condition humaine ? Le Lézard vous demande peut-être de prêter attention à vos rêves et à ce qu’ils symbolisent. Tenez un cahier des rêves et écrivez-y tout ce dont vous vous rappelez. Assurez-vous d’être attentif à chaque symbole particulier ainsi qu’aux séquences qui s’y répètent.

Si vous ne vous rappelez pas vos rêves, vous pouvez tenter de régler le réveil à 2h ou 3h du matin. Ou encore boire beaucoup d’eau avant le coucher afin que votre vessie trop pleine vous réveille. Les rêves sont très importants. Accordez-leur l’attention qu’ils méritent.


A l’envers :

Si le Lézard s’est présenté à l’envers, il se peut que vous fassiez un cauchemar, ce qui révèle un conflit intérieur. Examinez ce cauchemar afin de déceler la nature de ce conflit.

Quels sentiments ce cauchemar éveille-t-il en vous ? Respirez profondément en pénétrant bien dans ces sentiments et libérez-vous-en. Tentez de percevoir la vérité que le cauchemar vous révèle. Ce peut être un message aussi simple que celui-ci : vous êtes en train de faire face à vos peurs et celles-ci auront moins de pouvoir dans votre vie quotidienne.

Autre message que le Lézard inversé livre parfois : vous avez besoin de plus de sommeil ou de plus de temps de rêverie. Il se peut aussi que vos rêves d’avenir manquent d’envergure.

L’imagination ouvre la porte à toutes les nouvelles idées et à toutes les nouvelles créations. En examinant comment vos rêves se déroulent, vous vous rendrez compte que le subconscient utilise tous les messages enregistrés au cours des événements de la journée. Ces messages peuvent provenir de sentiments refoulés qui suscitent un conflit intérieur ou bien d’idées neuves, d’objectifs nouveaux ; ils peuvent surgir d’autres dimensions de la conscience, d’événements futurs, de signaux d’avertissements, de désirs ou d’espoirs.

En un certain sens, le Lézard en position contraire vous presse d’utiliser votre imagination pour vivre de nouvelles expériences. Cela devient nécessaire quand la vie est ennuyeuse et plate. D’un autre côté, le Lézard à l’envers peut aussi s’adresser à ceux qui rêvent trop et qui négligent de manifester leurs rêves dans la réalité quotidienne.

A travers les rêves, on peut accéder à tous les niveaux de conscience. Rappelez-vous que la vie n’est pas toujours ce qu’elle semble. Êtes-vous le rêveur ? Ou celui auquel on rêve ?


Mot-clef : la rêverie.

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Selon le site http://www.signification-reves.fr/, spécialisé dans l'interprétation des rêves :


Le lézard seul évoque plutôt la méditation, la recherche du Soi (selon Jung), alors que les lézards en grand nombre signifient plutôt les angoisses intérieures.


Un lézard dans un rêve

Les lézards s’enfuient au moindre bruit, mais on peut les imaginer sur une pierre chaude, respirant lentement, méditant au soleil (symbole du père, cela a souvent son importance dans ces rêves...).

La recherche de méditation, de vérité, d’une plus grande transparence vers sa personnalité intérieure, peut être symbolisée par l’apparition du lézard.

Mais le lézard est également connu pour avoir une longue queue, c’est un reptile comme le serpent, il peut symboliser à ce titre un animal phallique, symbole alors masculin.


Exemple de lézard dans un rêve

Je me suis intéressé à la symbolique du lézard suite à l’écriture d’un rêve qui se déroulait dans la banque Lazard. Un jeu de mot ? Comme Boby Lapointe, mon inconscient apprécierait-il l’à-peu-près ? Ce rêve a été publié sur ce site. Dans cet exemple, la signification du lézard se rapprochait de la notion de transparence (baie vitrée, couloir vitré) qui dominait le scénario.


Quand grouillent les lézards