La Poule
- Anne

- 18 janv. 2017
- 40 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 3 jours
Étymologie :
POULE, subst. fém.
Étymol. et Hist. I. 1. xiiie s. [ms.] « femelle du coq domestique » virges poules (Renart, éd. E. Martin, 311 [éd. M. Roques, 325 : jones puceles]) ; cf. ca 1340 (Livre des métiers de Bruges, éd. J. Gessler, fo4, p. 12 : une poulle et deus pouchins) ; d'où expr. a) 1636 comme les poulles « en suivant les horaires des poules » (Peiresc, Let., VII, 342 [Impr. nat.] ds Quem. DDL t. 19) ; 1813 se coucher avec les poules (Desaugiers, Brazier, Merle, Monsieur Croquemitaine, 8 [Barba], ibid.) ; b) 1648 poule mouillée (Scarron, Virgile travesti, éd. V. Fournel, II, 1066 ds Richardson) ; c) 1611 [faire le] cul de poule « réunir les extrémités des cinq doigts de la main » (Cotgr., s.v. cul) ; 1660 id. « moue faite en avançant et en pressant les lèvres » (Oudin Esp.-Fr.) ; d) 1762 chair de poule (Ac.) ; e) 1767 tuer la poule aux œufs d'or (Du Pont de Neymours, Physiocratie, Leyde, p. 217, p. allus. à la fable, cf. La Fontaine, Fables, V, 13) ; 2. p. ext. nom donné à diverses espèces d'oiseaux ou de volatiles p. ex. a) 1530-31 pouilles de bois « gélinotte » (Compte, CC 31, fo25 ro, A. Mézières ds Gdf. Compl.) ; 1530 poulle deau (Palsgr., p. 287) ; b) 1555 poulles de la Guinée « pintade » (Belon, De la Nature des Oyseaux de campagne, ch. IX, p. 246) ; 3. nom donné aux femelles de divers gallinacés a) 1542 [éd.] poulle de Inde « femelle du dindon » (Rabelais, Gargantua, éd. R. Calder, XXXV, p. 216, l. 69, éd. E) ; b) 1762 poule faisane (Ac. [1694 poule faisande (ibid.)]) ; c) 1776 poule de bruyère (Valm.). II. 1. Ca 1240 terme affectueux adressé à une femme m'amie et ma pole (Roman du comte de Poitiers, éd. B. Malmberg, 815) ; 2. 1866 pop. « femme galante » (Delvau, p. 316) ; 3. 1890 « maîtresse » (arg. des souteneurs ds Esn. 1966) ; cf. 1915 (Benjamin, Gaspard, p. 140). Du lat. pulla fem. de l'adj. pullus « tout petit » en partic. subst. « petit d'un animal » (v. poulain) ; pullus est att. de bonne heure au sens de « jeune coq, poulet » et c'est au sens de « jeune poule » que poule a éliminé l'a. fr. geline (v. ce mot).
GE()LINE,(GELINE, GÉLINE), subst. fém.
Étymol. et Hist. Ca 1140 « poule » (G. Gaimar, Est. des Engleis, éd. A. Bell, 129), employé aussi dep. le xiiie s. comme terme de redevance féodale, v. DEAF col. 442, et Gdf. Du lat. vulg. galina (cf. viiie s., Gl. de Cassel, éd. F. Diez, Anc. gloss. rom., trad. A. Bauer, p. 95, 88 : galina : hanin), class. gallina, dér. de gallus « coq ». Galina serait du point de vue phonét. la forme régulière (A. Thomas ds Romania t. 32, pp. 447-450 ; v. aussi Vään. § 111) ; v. au contraire l'essai de Meyer-Lübke ds Z. rom. Philol. t. 28, pp. 114-116, pour expliquer le passage de gallina à geline. Pour l'aire du mot dans les dial. où il n'a pas été évincé par poule*, v. FEW t. 4, p. 38b.
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Expressions populaires :
Claude Duneton, dans son best-seller La Puce à l'oreille (Éditions Balland, 2001) nous éclaire sur le sens d'expressions populaires bien connues :
Donner la chair de poule : La chair de poule c'est l'aspect grenu que prend la peau sous l'effet du frisson, de peur ou de froid. Elle est provoquée par « l'érection des follicules pileux sous la forme de petites éminences coniques », ce que l'on appelle proprement l'horripilation - un phénomène examiné par les médecins dès le Moyen Âge, qui lui ont donné cette appellation savant au XIVe siècle.
Le mot chair s'est employé au XVIIe siècle pour désigner la peau ; de plus la première volaille qui servit de terme de comparaison est l'oison. C'était alors un oiseau de consommation relativement courante, que l'on avait fréquemment l'occasion de rencontrer sans ses plumes. « Chair, écrit Furetière en 1690, signifie aussi la peau et le teint. Cette femme a la chair douce, unie, blanche comme du satin. Cette autre a la chair d'oison, pour dire rude, épaisse et grenue. »
L'Encyclopédie ajouta plus tard, afin de lever tout ambiguïté à l'égard de cette chair humaine, sans rire : « Ainsi quand on dit : voilà une belle chair, et voilà de belle viande, on dit deux choses bien différentes. La première de ces expressions peut être l'éloge d'une jolie femme, et l'autre est celui d'un bon morceau de bœuf, ou de veau non cuit. » Notons en passant qu'il nous reste de cet emploi du mot « chair » la tournure un peu désuète dans notre actuelle gabegie de couleurs : des bas couleur chair - couleur de peau, et non de viande.
L'horripilation, donc, n'apparaît sous les termes chair de poule qu'au milieu du XVIIIe siècle. Encore l'expression est-elle un peu hésitante dans le contexte du Trévoux de 1771 : « On appelle cuir de poule, un cuir extrêmement délié, et de mauvais service. Et peau de poule, une peau qui est chagrinée, qui a des élevures pareilles à celles qui sont sur une poule plumée. Figurément et familièrement, faire venir la peau ou la chair de poule à quelqu'un, c'est le faire frissonner. »
Un demi-siècle plus tard, mais sans doute avant, la locution avoir, ou faire la chair de poule, s'est stabilisée comme manifestation d'une peur intense, à la fois physique et symbolique : « … Il arrive à Paris une nuée de gens qui, il y a soixante ans, n'auraient même pas osé parler de ce terrible voyage sans avoir la chair de poule. » (Vidocq, Le Paravoleur, 1830).
Il est vrai qu'entre-temps il y avait eu la Révolution qui, question frayeur, sans vouloir médire, avait donné par-ci par-là de quoi faire lever les poils des bras. Et même sur les têtes qui se trouvaient sur le point d'être décollées par le couteau de la guillotine - une mécanique sincèrement horripilante, au dire des témoins.
L'enregistrement lexicographique de la locution date de 1836, dû à Napoléon Landais : « Figuré et familier, faire venir la chair de poule, faire frissonner, tressaillir. On dit dans le même sens : j'en ai eu la chair de poule. »
Désormais l'expression demeura liée au thème de la peur qui l'avait engendrée ; souvent une peur un peu spéciale, pour ainsi dire introvertie, créée par l'imagination : la terreur causée par les visions, les manifestations surnaturelles et les récits d'épouvante. « Quelques instants après, il voit clairement le Grand Prêtre se détacher de la tapisserie e s'avancer lentement vers lui. Le Chevalier saute à terre pour le palper de ses propres mains ; le Grand Prêtre s'éloigne à reculons jusqu'à la tapisserie. "Explique qui pourra la chose, dit le Chevalier, voilà ce que j'ai vu." Et quand il racontait cette étrange apparition, chacun de ses auditeurs a dû faire la chair de poule, de plus, jusqu'à ce jour, nul n'avait expliqué le fait. » (Raspail, Almanach pour l'année 1868).
La fin du siècle connaissait le verbe donner, lié à des menaces qui semblent aujourd'hui des hors-d'œuvre bien timides : « On assure que la capitale va être bombardée, comme la été Strasbourg. Il paraît que ça a été terrible à Strasbourg. J'ai entendu faire là-dessus des récits qui vous donnent la chair de poule. » (G. Darien, L'Épaulette, 1900).
L'époque actuelle s'est tant blasée de récits atroces et de visions d'horreurs, fussent-elles en boîte, servies sur écrans panoramiques, que nous devenons un peu plus durs à horripiler. La chair de poule sert plus banalement aujourd'hui à exprimer le frisson atmosphérique du fond de l'air qui fraîchit - ou parfois encore le froid dans le dos de la répulsion physique : « Les punaises. Les millions de punaises. J'en avais jamais vu, avant. Elles s'entassent en amas serrés dans les fissures du bois, dans les replis de ta paillasse en papier… Tu glisses une lame de couteau. Horreur. Ca bouge. La chair de poule te grimpe dans le dos. » (Cavana, Les Russkoffs, 1979).
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Vertus médicinales :
F.S. Cordier, auteur de Les Champignons, Histoire - Description - Culture - Usages des espèces comestibles, vénéneuses et suspectes... (J. Rotschild Éditeur, 1876) rend compte de pratiques en vogue dans l'Antiquité :
La fiente de poule, dit Galien, a soulagé promptement des personnes qui étaient comme asphyxiées pour avoir mangé des champignons. Après avoir réduit la fiente en poudre, on la délayait dans trois ou quatre tasses d'oxycrat ou d'oxymel : peu de temps après en avoir pris, les personnes vomissaient et étaient complétement débarrassées.
Serait-ce uniquement comme vomitif que la fiente de poule agirait, ou bien est-ce en vertu de l'urate de chaux qu'elle contient ? De nos jours encore quelques personnes ont recours à l'usage de cette fiente de poule dans maintes maladies, seulement elles font choix du blanc de cette substance. Délayée dans du vin, la fiente de poule prend, à Montmorency, le nom de vin de poule.
Croyances populaires :
Selon Jacques Albin Simon Collin de Plancy, auteur du Dictionnaire infernal, ou bibliothèque universelle, sur les êtres, les personnages, les livres, les faits et les choses : qui tiennent aux apparitions, à la magie, au commerce de l'enfer, aux divinations, aux sciences secrètes, aux grimoires, aux prodiges, aux erreurs et aux préjugés, aux traditions et aux contes populaires, aux superstitions diverses, et généralement à toutes les croyants merveilleuses, surprenantes, mystérieuses et surnaturelles. (Tome troisième. La librairie universelle de P. Mongie aîné, 1826) :
Dioscoride dit que la fiente de poule ne peut être efficace que pour guérir de la brûlure, lorsqu'elle est mêlée avec de l'huile rosat ; mais Galien et Éginette assurent que, mêlée avec de l'oximel, cette fiente apaise la suffocation, et soulage ceux qui ont mangé des champignons ; car elle fait vomir tout ce qui embarrasse le cœur. Un médecin du temps de Galien guérissait la colique avec cette fiente mêlée d'hypocras fait de miel et de vin.
Adolphe de Chesnel, auteur d'un Dictionnaire des superstitions, erreurs, préjugés, et traditions populaires... (J.-P. Migne Éditeur, 1856) propose la notice suivante :
POULE. Quand la poule cherche à imiter le chant du coq, disent les Normands, c'est qu'elle chante sa mort ou celle de son maître ; aussi dans ce cas est-il prudent de la tuer, sans attendre.
Les habitants de la montagne Noire, dans le département du Tarn, sont persuadés qu'en plaçant des fleurs de vigne dans l'auge où boivent les poules, celles-ci n'iront pas, plus tard, manger le raisin.
Lorsqu'elles se battent entre elles, c'est, suivant les habitants de Cornimont, en Lorraine, un signe que les personnes absentes et dont on n'a pas eu de nouvelles depuis longtemps ou des enfants engagés au loin sont décédés. A Pouxeu, pour empêcher les poules de s'éloigner de la maison, on les pique plusieurs fois à la crête avec une épingle ; et à Lapois on obtient le même résultat en faisant le matin une croix à la cheminée.
POULE NOIRE. Cette poule, comme chacun sait, joue un très-grand rôle dans les maléfices des sorciers. Ainsi, au dire des adeptes , pour obtenir tout l'argent qu'on désire posséder, il faut, sans regarder derrière soi, se rendre à minuit sonnant, entre quatre chemins, portant sous le bras gauche une de ces poules, et crier trois fois : Poule noire ! ou Poule noire à vendre ! ou bien encore crier neuf fois : Robert ! Le diable paraît alors immédiatement, mais il faut lui adresser la parole le premier, car autrement il vous emporte et va même faire beaucoup de dégâts chez vous.
« Dans la commune de Relans, département du Jura, au déchargeoir de l'étang de la Basse-à-la-Truie, on a toujours vu, a dit M. Désiré Monnier,» une poule noire fort grasse, mais en même temps si agile, si fine, qu'il n'est pas plus aisé de la tuer d'un coup de fusil, que de l'attraper à la course, ou de la prendre au lacet.
Le fameux banquier juif Samuel Bernard, qui mourut en 1739, et laissa trente- trois millions de fortune, avait une poule noire qu'il affectionnait beaucoup et à laquelle les gens superstitieux attribuaient sa prospérité. Cette poule trépassa quelques jours seulement avant lui.
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Poule noire ! Formule incantatoire pour rencontrer le Diable ? (D’après « La Tradition », paru en 1888)
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Paul Sébillot, auteur de Additions aux Coutumes, Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne (Éditeur Lafolye, janv. 1892) relève des croyances liées aux cycles de la vie et de la nature :
Si on mange quelque chose que les poules ont becqueté, on est exposé à attraper un cancer.
Selon Ignace Mariétan, auteur d'un article intitulé "Légendes et erreurs se rapportant aux animaux" paru dans le Bulletin de la Murithienne, 1940, n°58, pp. 27-62 :
En Gruyère les ménagères mettent du grain à l'intérieur d'une roue le Vendredi-Saint ; les poules viennent le manger et ainsi elles sont préservées de l'Epervier pour une année. […]
Dans les Clos-du-Doubs, Jura-Bernois, nombreuses sont encore les familles où l'on croit ferme qu'un orage peut faire périr les oisillons dans les œufs pendant la période d'incubation.
Dès que le premier coup de tonnerre retentit, la maîtresse de maison, sa fille aînée ou la servante, court vers les couveuses pour « appeler dans les œufs » les oisillons. « Poulets ! Poulets ! » crie-t-elle aux futurs poussins et canetons s'il s'agit d'œufs de canards.
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Paul Dufournet recense des "Proverbes, dictons et locutions recueillis à Bassy et à Challonges (Haute-Savoie)". (In : Le Monde alpin et rhodanien. Revue régionale d’ethnologie, n°1/1973. pp. 7-21) :
Kan le blià vin a méchon, a ce yo qua le, lé polaille l'z'atrapon (ou l'zattrape). (C.)
Quand le blé vient à moisson, si haut soit-il, les poules l'attrapent.
Se dit de ceux qui se croient forts et malins ; il arrive toujours un moment où ils trouvent leur maître. Certains fiers à bras de village rencontrent fatalement, un jour, plus fort qu'eux. En transposant : Certains villageois parvenus très haut par leur savoir-faire en sont très fiers, mais certains autres, alors plus petits, les surpasseront à leur maturité. Rien n'est stable ; tout est toujours remis en question ; quand on a atteint le sommet on ne peut que descendre. Souvent cité aussi à Franclens.
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On tâtà eu de polaille. (B.)
Un tâte cul de poule. Plusieurs sens. Avare qui tâtait le derrière de sa poule pour savoir si elle avait encore des œufs. Celui qui s'occupe de tout ce qui concerne sa femme, qui se mêle du ménage, qui goûte les plats. Celui qui s'occupe de tout ce qui ne le regarde pas. C'est encore soit un tatillon ou soit un indécis.
Dans le Dictionnaire de la France mystérieuse - Croyances populaires, superstitions, sorcellerie, rites magiques (Editions Omnibus, 2016) Marie-Charlotte Delmas consacre un article à l'œuf de poule :
Œuf de poule : Symbole de fécondité et d’abondance, l’œuf est souvent au centre des quêtes alimentaires traditionnelles des enfants et des jeunes gens pendant certaines grandes fêtes religieuses ou profanes. Les montagnards vosgiens pratiquaient la coutume du don d’œuf : « En toute circonstance, le don d’un œuf est un signe, une assurance de bienvenue. Au vieux temps, jamais une personne n’entrait pour la première fois dans une habitation sans réclamer, au moment de passer sous la maîtresse poutre, un œuf au chef de la maison. Aussitôt le don fait, toute contrainte disparaissait, et l’étranger recevait le plus cordial accueil. » (L. F. Sauvé, 1889.) L’auteur ajoute qu’à son époque la coutume du don de l’œuf ne se pratique plus que pour les nouveau-nés lorsque les mères viennent les présenter à leurs voisins, lors de leur première sortie.
Dans les Côtes-d’Armor, on raconte que si une femme mangeait dans une même journée sept œufs « semblables », elle tomberait enceinte sans l’intervention d’un homme ; le premier œuf pondu par une poule a la vertu de rendre les femmes fécondes et de protéger de toute maladie pendant cinq mois celle qui l’ingère (Lucie de V. H., 1904). Dans les Landes, la jeune fille qui avale un œuf à deux jaunes aura des couches multiples ; cet œuf est considéré comme un présage de prospérité dans les Côtes-d’Armor.
Les œufs de poule pondus à certaines dates, notamment ceux de l’Ascension, de l’Assomption et du Carême, sont dotés de propriétés particulières. Ils se conservent longtemps sans se gâter et préservent des orages et de la foudre. Les œufs du Vendredi saint sont dotés d’un grand pouvoir magique, notamment contre les sorciers et les maléfices (voir à ces fêtes).
Les coquilles d’œufs : L’usage qui consiste à briser dans son assiette la coquille de l’œuf à la coque que l’on vient de manger est encore très répandu au XIXe siècle ; on explique que cela empêche leur possible réutilisation par les sorciers. On retrouve cette superstition deux siècles plus tôt chez l’abbé Thiers : « Ceux qui pour se préserver du maléfice frappent trois fois sur les coques d’œufs qu’ils ont mangés et les remettent ensuite dans le plat. » Au I er siècle, Pline fait état d’une croyance similaire : « Au reste, tout le monde craint pour soi d’être l’objet d’imprécations ; de là l’usage quand on a avalé des œufs ou des escargots d’en briser aussitôt les coquilles, ou de les percer avec la cuiller. » (Histoire naturelle, livre XXVIII.)
Par ailleurs, il ne faut jamais jeter les coquilles d’œufs dans le feu. Les raisons de cette étrange interdiction, quasiment générale dans les collectages du XIXe siècle, sont variées. Souvent, c’est parce que cela empêcherait les poules de pondre (Vosges, Poitou, Haute-Bretagne, Finistère) ; c’est aussi pour ne pas faire souffrir un saint (Eure-et-Loir), plus précisément saint Laurent, qui aurait été brûlé sur des coques d’œufs (Ille-et-Vilaine) ; cela alimente le feu de l’enfer (Côtes-d’Armor) et si une femme allaite dans une maison où brûlent des coquilles d’œuf ou si une nourrice y pénètre, l’une comme l’autre perdront leur lait (Vosges).
Les marins évitent de jeter les coquilles d’œuf par-dessus bord sans les casser de peur de fournir une embarcation au diable. Loys Brueyre, qui rapporte cette croyance en 1889, dit en avoir été témoin, sans fournir de localisation précise.
Divination : Au XVIe siècle, dans son livre sur les devins, Gaspar Peucer évoque l’oothyque, ou ooscopie, une méthode de divination par l’examen des formes qui apparaissaient sur les œufs des sacrifices. Il s’agit là d’un procédé antique utilisé par les prêtres perses et repris par les Grecs ; ils plaçaient un œuf sur le feu et observaient son comportement, en particulier de quel côté il suait. S’il éclatait ou coulait, c’était un très mauvais signe pour la personne qui commandait la cérémonie. La plupart des auteurs du XIXe siècle, Collin de Plancy en tête, nomment oomancie d’autres types de divination par les œufs qui se pratiquent en France, bien qu’ils soient différents. L’usage qui serait susceptible de s’en rapprocher le plus a été relevé en Corse où les devins tirent des présages des œufs qui présentent des anomalies, des taches particulières par exemple : « Au commencement de 1848, on porta un de ces œufs chez la vieille Lucietta qui, après l’avoir regardé, prédit que dans trois jours la France serait en République. Cela fit quelque bruit, et l’on arrêta la Lucietta qui fut mise en prison dans les sous-sols du collège Paoli. Quand arriva la nouvelle que la République avait été en effet proclamée, on s’empressa de la remettre en liberté. » (J. Filippi, 1894.)
Pour le reste, l’œuf est essentiellement utilisé pour les consultations amoureuses. Au XVIIe siècle, l’abbé Thiers évoque un procédé, vraisemblablement de façon incomplète, destiné à révéler la personne que l’on doit épouser : « On arrive à une pareille connaissance (s’il faut en croire les sots) en cassant des œufs sur la tête de quelqu’un et en les jetant ensuite dans l’eau. Cette admirable recette est également pour les garçons et pour les filles, pour les veufs et pour les veuves. » Dans les collectages du XIXe siècle, la méthode est plus précise. En jetant le blanc d’œuf dans un verre, et après l’avoir laissé exposé au soleil toute la journée, on peut voir s’y dessiner un indice sur le métier de son futur mari (Morbihan, Finistère) ; en réalisant cette opération pendant la nuit de la Saint-Jean, la réponse est donnée au matin (Gironde, Ariège). Dans les Deux-Sèvres, pour connaître le délai d’attente avant de rencontrer l’amour, les jeunes gens percent au couteau la coquille renversée de l’œuf à la coque qu’ils viennent de manger ; le nombre de coups de couteau nécessaires pour y parvenir donne le nombre d’années de patience. Dans la Gironde, les jeunes filles peuvent voir en rêve leur futur mari en mangeant, avant le coucher, le jaune d’un œuf dur qu’elles ont préalablement mis au saloir pendant trois jours. L’heureux élu se signalera en venant leur offrir un verre d’eau dans leur songe.
Médecine magique : Au XIXe siècle, les utilisations thérapeutiques de l’œuf sont variées et diffèrent d’une région à l’autre.
Pour guérir un panaris, les Vosgiens trempent leur doigt dans un œuf fraîchement pondu, encore chaud, tout en invoquant saint Côme et saint Damien. On attend que la fièvre ait durci l’œuf et l’on est guéri. Même pratique dans le Maine-et-Loire, où une autre recette recommande d’entourer le doigt avec la membrane qui recouvre l’intérieur de la coquille. Pour les Auvergnats, cette enveloppe, provenant d’un œuf cru du jour, coupe la fièvre lorsqu’on la met autour du petit doigt gauche.
Pour soigner le « mal de lent », qui se manifeste chez le petit enfant par des pleurs incessants sans raison apparente, on lui fait avaler un œuf de poule noire très poivré et cuit dans un plat de terre tout neuf (Maine-et- Loire). Pour calmer une mauvaise toux, il faut avaler un œuf cru (Côtes-d’Armor). Dans l’Eure-et-Loir, on éclaircit la vue en passant à plusieurs reprises un œuf frais sur les yeux.
En 1898, le docteur Ponteil s’interroge sur une pratique auvergnate : « Pourquoi se mettre sur le creux épigastrique une omelette faite avec des œufs pondus le Vendredi saint pour se guérir de la colique ? »
Sorcellerie : Les sorciers s’emparent des coquilles que les imprudents ont jetées sans avoir pris précaution de les briser et pratiquent des envoûtements sur la personne qui a consommé l’œuf. Chacun possède sa recette et le garnit d’une mixture de sa composition ; parmi ces ingrédients, une graisse donnée par le diable, des rognures d’ongles ou des cheveux ayant appartenu à celui à qui l’on veut nuire sont usuellement utilisés dans la confection du maléfice. Au XIXe siècle, la plupart des procédés restent secrets et certains Vendéens se contentent de dire qu’il s’agit d’un mystérieux liquide mortel ; d’autres expliquent qu’il faut garnir la coquille de rosée et la piquer sur une épine noire. Au fur et à mesure que la rosée s’évapore, la victime ciblée s’affaiblit, puis finit par mourir. On retrouve la même recette dans la Manche. Dans le Maine-et-Loire, le sorcier urine dans la coquille et le malade dépérit à mesure que le liquide s’évapore (C. Fraysse, 1905).
Dans les Vosges, lorsqu’une poule pond un « œuf mou », dont l’enveloppe calcaire n’est pas à terme, il ne fait aucun doute qu’un sorcier est passé par là. Il faut alors s’empresser de brûler l’œuf, voire la poule responsable, entre minuit et une heure du matin, sans être vu de personne (L. F. Sauvé, 1889).
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Poule : De toutes les volailles, seuls la poule et le coq font l’objet d’une grande série de croyances magiques, reflet de leur importance dans les campagnes.
Divers procédés sont utilisés pour protéger les poulaillers, notamment des renards, mais également des maléfices des sorciers qui empêchent les poules de pondre pendant une durée déterminée.
Les poules, auxquelles on doit cet aliment de base que sont les œufs, ne doivent pas s’éloigner de la ferme. C’est pourquoi on place une croix faite de petites branchettes sur le chemin qu’elles empruntent pour aller pondre au loin, afin de les arrêter et de les faire rentrer au poulailler (Côtes-d’Armor). On peut aussi piquer leur crête avec une épingle (Vosges), leur nouer un ruban à la patte (Poitou) ou leur faire gratter la suie de la cheminée avec le bec (Haute-Bretagne). Toutefois, l’usage qui semble le plus répandu consiste à tracer une croix dans la cheminée (Vosges, Deux-Sèvres, Maine-et-Loire).
Lors de certaines fêtes, la confection de crêpes est destinée à obtenir des pontes abondantes, et de beaux poulets. Cette croyance est largement relevée, et la première crêpe est parfois offerte aux poules lors de la fête de la Chandeleur.
Si l’on veut empêcher les poules de couver, on leur fait avaler du poivre, sorte d’aphrodisiaque qui les attire vers le coq, ou on leur attache un ruban rouge sur le bout de la queue (Haute-Bretagne). Dans le Loiret, on leur arrache une certaine plume qui se trouve sous l’aile et que l’on dit remplie de sang.
A noter que le pain bénit qui fait miracle pour le bétail rend souvent enragées les poules qui en mangent.
Pour avoir de bonnes couvées : Pour réussir une couvée, certains moments sont à éviter. C’est le cas des jours dont le nom comporte un r, car les poulets n’engraisseraient pas, notamment le vendredi, jour néfaste par excellence. On peut lire dans les Evangiles des quenouilles : « On ne doit jamais mettre à couver des œufs de poule et de canne le vendredi, car, pour vrai, les poussins qui en viennent sont souvent dévorés par les oiseaux et les bêtes sauvages. » (XVe siècle.)
Il existe néanmoins quelques exceptions à ce tabou du vendredi. C’est ce jour que l’on choisira si l’on veut obtenir des coqs, mais il faut mettre les œufs à couver avant le lever du soleil (Loiret) ou laisser un homme s’en occuper, cette opération faisant généralement partie des tâches féminines (Lot). Dans les Deux-Sèvres, où le vendredi donne aussi des coqs, le jeudi est le meilleur jour pour avoir des poules. Dans le Gers, on évite la Saint-Eutrope (29 avril), car les poussins naîtraient estropiés (en analogie avec le nom du saint), de même que la Sainte-Agathe (5 février). De plus, il faut se garder des jours « bermious », c’est-à-dire le jour de la semaine qui correspond au 15 août de l’année, « parce qu’ils seraient morveux, et cette morve les tuerait » (L. Mazeret, 1907).
Si en Haute-Bretagne les couvaisons de mars font des œufs aux coquilles trop dures qui les empêchent d’éclore, dans la Beauce les poules nées au cours de ce mois donneront les meilleures pondeuses.
Le mois de mai, dont la magie s’exerce sur la nature, n’est pas toujours favorable. On dit en Dordogne, en parlant des volailles : « Ce qui naît au mois de mai / Il faut le prendre par une patte et le jeter là-bas. » Dans les Deux-Sèvres, les œufs couvés ou pondus au mois de mai donnent des poulets qui ne cessent de piauler.
De la même façon, la Saint-Jean, période sacrée dotée d’une grande puissance magique, ne convient pas toujours aux couvées. Si dans quelques lieux (Ille-et-Vilaine, Beauce), on prétend que les œufs mis à couver ce jour-là donnent les plus beaux poulets, dans beaucoup d’autres cela porte malheur et peut faire entrer la mort dans la maison. Dans le Loiret, où les fermières vont jusqu’à se lever dans la nuit du 23 au 24 juin pour ôter les poules couveuses de dessus leurs œufs, à minuit, un dicton rappelle ce tabou : « Si Saint-Jean trouve poule couvant / Il y aura mort de bête ou de gens. » En revanche, dans le Berry, est donnée comme excellente la période entre les deux « Bonnes Dames » (entre l’Assomption, le 15 août, et, selon le folkloriste, le 27 septembre – ce qui est étrange, la seconde « bonne dame » étant en principe la fête de la Nativité de la Vierge, le 8 septembre). En Sologne, où il faut mettre à couver après le coucher du soleil pour se protéger des sorciers, on aura des coqs si le vent est haut, des poules s’il est bas.
La lune a aussi une influence : les poulets nés en lune morte ou vieille lune sont difficiles à élever (Eure) et pas aussi robustes que les autres (Deux-Sèvres). Ceux qui naissent quand la lune croît sont les plus vigoureux (Perche, Oise). Dans le Gers, les œufs couvés en lune ancienne ou nouvelle ne peuvent pas éclore. Au Moyen Age, l’une des héroïnes des Evangiles des quenouilles explique qu’elle a souvent entendu dire « qu’il faut se garder de mettre un œuf à couver le jour devant que la lune se refasse et le jour après qu’elle est faite, car les poussins qui en viennent ne font jamais bonne fin » (XVe siècle).
En Vendée, mieux vaut faire couver les œufs lorsque la marée monte, cela permet aux poussins de naître le même jour, à la même heure.
Enfin, certains gestes permettent également de favoriser la couvée et de la protéger. On doit se servir alternativement de la main gauche et de la droite pour mettre les œufs dans le nid (Morbihan), ne jamais en mettre un nombre pair (Haute-Bretagne, Deux-Sèvres, Berry, Maine-et-Loire). On retrouve chez Pline une recommandation de ce type : il faut faire couver treize œufs à chaque poule, moins en hiver, mais neuf au minimum (Histoire naturelle, livre XVIII). A Marsaneix (Dordogne), les fermières vont déposer un œuf avant le lever du soleil sur le bord d’une certaine fontaine, avant de mettre leurs poules à couver.
Si l’on veut avoir des coqs, c’est un homme qui doit mettre les œufs sous la poule (Gers) ; dans le Berry, ce sera un jeune garçon, qui doit dire en même temps : « Plus de coqs que de poulettes. » Dans les Vosges, en mettant les œufs pointe contre pointe, on obtient des poules ; pour des coqs, ce sont les gros bouts des œufs que l’on range les uns contre les autres.
Dans beaucoup d’endroits, pour éviter que l’orage n’empêche les couvées de bien réussir, on place un morceau de fer sous le nid. Sans cette précaution, les poussins crèveraient dans l’œuf – on explique, dans le Gers, qu’ils meurent assourdis par les coups de tonnerre. Afin d’accroître la puissance magique du métal, on choisit parfois un morceau de fer à cheval (Eure-et-Loir, Maine-et-Loire) ou l’on place deux morceaux de fer en croix (Finistère). En Franche-Comté, on remplace parfois la croix de fer par une croix de buis.
Présages : « Lorsque vous voyez les poules s’assembler sous un appentis ou dans un recoin, sachez pour vrai que le temps se transformera très vite en pluie. » (Evangiles des quenouilles, XVe siècle.)
Le lien entre le comportement des poules et la pluie est toujours d’actualité au XIXe siècle, même si, comme souvent, les présages diffèrent d’un lieu à l’autre. Il pleuvra si elles lissent et secouent leurs plumes (Auvergne), battent des ailes (Provence), se roulent dans la poussière (Eure-et-Loir, Côtes-d’Armor), se couchent tard (Cher) ou se mettent à sauter (Côtes-d’Armor). On sait aussi que la pluie ne s’arrêtera pas si les poules ne vont pas se mettre à l’abri (Deux-Sèvres). Lorsqu’elles ont des brins de paille dans les pattes, une visite est à prévoir (Maine-et-Loire).
Les poules peuvent aussi délivrer des messages de mort. Lorsqu’elles se battent entre elles, elles annoncent la mort d’un parent éloigné dont on n’a plus de nouvelles depuis longtemps (Vosges). Si une poule vient gratter l’âtre (Corse-du-Sud) ou tombe morte sur le seuil de la porte (Vosges), c’est une personne de la maison qui est menacée de mort. Dans le Finistère, la poule qui traîne une paille sur sa queue présage un deuil.
Lorsque le coq chante à des heures inhabituelles, ce n’est jamais bon signe, bien pire lorsque la poule imite le chant du coq, car c’est partout l’annonce d’un malheur, le plus souvent le décès d’un membre de la famille. Généralement, le volatile paie de sa vie son sinistre présage : on s’empresse de lui tordre le cou pour conjurer le sort. Dans certains lieux, cela ne suffit pas. Il faut ensuite le peser (Corse), clouer sa tête à la porte du jardin (Marseille) ou encore le jeter par-dessus la maison (Loiret). En Gironde, on vend la poule et, avec l’argent récolté, on achète un cierge que l’on fait brûler.
Divination et bréchet : du poulet Qui n’a tiré sur ce petit os en V, ou fourchette claviculaire du poulet ? Le rituel s’exécute à deux. Après avoir fait un vœu, chacun doit saisir une branche de l’os et tirer jusqu’à ce qu’il se brise. Selon ce qui a été décidé par les partenaires, celui qui a l’os le plus court ou celui qui a le plus long avec la spatule sternale verra son vœu réalisé. Ce procédé, qui s’apparente surtout à une forme de jeu, est essentiellement utilisé au XIXe siècle en magie amoureuse afin de savoir lequel se mariera en premier. On peut aussi se servir du bréchet pour connaître le sexe de son futur enfant. Il suffit de le jeter à terre. Si les branches touchent le sol, ce sera un garçon (Alpes-Maritimes).
Médecine magique : En dehors des vertus thérapeutiques de ses œufs, la poule offre également la faculté de soigner certains maux. On pense, en Loire- Atlantique, que ses pattes constituent un bon somnifère. La fiente de poule semble assez réputée : dans le Finistère, c’est en cataplasme qu’elle est employée, principalement contre les inflammations du visage ou les abcès liés aux maux de dents ; seule la fiente d’une poule jaune est efficace contre les brûlures. Moins appétissante encore est la recette utilisée contre les contusions dans le Maine-et-Loire. Elle consiste à boire, chaque matin jusqu’à la guérison et à jeun, un verre d’un breuvage fait de vingt-cinq fientes de poule délayées dans l’eau. Ce n’est guère mieux dans la Sarthe, où une folkloriste rapporte la recette du « vin de chute » : « Voici un vin merveilleux dont ma grand’mère avait la spécialité ; en a-t-elle donné de ces bouteilles ! On enlevait sur une certaine quantité de fientes de poule, 20 je crois, une sorte de taie blanche qui s’y trouve ; on mettait cela à tremper pendant 24 ou 48 heures dans une bouteille de bon vin blanc, puis ceux qui avaient chuté en prenaient un verre à jeun jusqu’à entière consommation. » (Mme Destriché, 1905.).
Les poules peuvent parfois transmettre des maladies. En Haute-Bretagne, on dit que l’on attrape le cancer (chancre) en mangeant quelque chose que les poules ont déjà becqueté.
Poule noire et sorcellerie : La poule noire est un oiseau du diable, parfois même son incarnation. Compagne des sorciers, elle demande un traitement particulier. En Eure-et-Loir, par exemple, le sorcier doit tracer un cercle autour de lui afin de se protéger lorsqu’il jette chaque matin à ce démon à plumes une bouchée de pain par-dessus son épaule gauche. On croit dans la Côte-d’Or qu’une ferme dans laquelle il y a beaucoup de poules et de poussins noirs est hantée par les sorciers. Dans les Vosges, les poussins noirs nés le Vendredi saint sont les meilleurs pour toutes les opérations de sorcellerie, notamment pour l’invisibilité.
La poule noire sert également à invoquer le diable lors des pactes, et tous les grimoires donnent leur version du déroulement de ce rituel qui se pratique au centre d’un carrefour.
A l’image du chat noir, la poule noire est aussi un cadeau que le diable fait à ceux qui lui ont vendu leur âme. Elle porte chance et procure de l’argent, et l’on dit d’un homme fortuné qu’« il a trouvé la poule noire » (Loire-Atlantique).
Dans le Berry, « la poule noire fait grande figure dans les rites magiques de nos sorciers. Ordinairement, lorsqu’ils veulent avoir une entrevue avec Georgeon [un des noms du diable], ils se rendent, à minuit, sur un carroir [carrefour], ou tout simplement à l’embranchement de quatre chemins, et là, tenant par les pattes une poule noire, ils la font crier et crient eux-mêmes par trois fois : “Qui veut de ma poule noire ? Le diable ne tarde jamais à paraître… Quelquefois, au contraire, c’est le diable qui vend des poules noires, et l’on devine à quel prix. Alors, ce volatile infernal procure à celui qui en a fait l’acquisition tous les trésors qu’il peut désirer » (Laisnel de La Salle, 1875). D’après Collin de Plancy, Samuel Bernard, banquier de la cour de France, mort à quatre-vingt-huit ans en 1739, qui habitait place des Victoires à Paris, possédait une poule noire dont il prenait grand soin et qui l’avait enrichi. Lorsqu’il mourut, peu de temps après sa poule, sa fortune s’élevait à trente-trois millions (Dictionnaire des sciences occultes, 1846).
En Vendée, lorsque le propriétaire de la poule magique lui met une pièce dans le bec, elle lui en redonne deux ; à Saint-Cast (Côtes-d’Armor), cette poule pond chaque jour un œuf et une pièce de cent sous.
Autour de toutes ces poules noires, quelques exceptions. Dans les Landes, une poule blanche très particulière pond des œufs d’or pendant la nuit de la Saint-Jean. Pour cela, on recommande de porter une poule blanche quelconque dans un carrefour et de faire un cercle sur le sol en criant : « La poule blanche ! Qui veut acheter ma poule blanche ? » Les diables arrivent alors en bande pour l’acheter. Celui qui, pris de peur, lâche la poule, sera loup-garou pour sept ans ; dans le cas contraire, il aura de l’or. On dit de quelqu’un qui devient riche rapidement qu’« il a vendu sa poule blanche ». En Corse, celui qui réussit dans toutes ses entreprises est aussi soupçonné d’être « le fils ou l’enfant de la poule blanche ». Sur l’île de Batz (Finistère), la poule entièrement blanche ou entièrement noire peut préserver du mal.
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Symbolisme :
Dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée : Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, on peut lire que :
"La poule joue un rôle de psychopompe dans les cérémonies initiatiques et divinatoires des Bantous de la cuvette congolaise. Ainsi, dans le rituel initiatique des femmes-chamans chez les Lulua rapporté par le Dr Fourche l'impétrante, à la sortie de la fosse où elle accomplit son épreuve de mort et de renaissance, est considérée comme définitivement intronisée, lorsqu'un de ses frères suspend une poule à son cou : c'est par cet appeau qu'elle exercera désormais le pouvoir d'aller allécher dans la brousse les âmes des médiums défunts, pour les ramener et les fixer auprès d'arbres à eux consacrés. Dans de nombreux rites de caractère orphique elle apparaît associée au chien.
Le sacrifice de la poule pour communiquer avec les défunts - coutume répandue dans toute l'Afrique Noire - relève du même symbolisme."
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Dans l'Encyclopédie des symboles (1989, édition française 1996) établie sous la direction de Michel Cazenave, on apprend que :
"D'un point de vue symbolique, la poule n'est pas identique au coq. Elle incarne l'archétype de la maternité. "De même que la poule qui couve prend soin de ses petits et ne laisse rien approcher qui puisse les blesser, celui qui se tient en sécurité sous la protection du Seigneur est épargné par tous les maux, misères et attaques (Hohlberg, 1647). La poule qui couve incarne ainsi l'amour protecteur envers les faibles - voir les paroles de Jésus : "Jérusalem, Jérusalem... que de fois j'ai voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemblant ses poussins sous ses ailes !" (Évangile selon Saint Mathieu XXIII, 37). La patiente couvaison de la poule illustre, dans la représentation allégorique des sept arts libéraux, la grammaire qui exige elle aussi une grande patience. Les hommes de l'Antiquité croyaient que son sang refrénait les désirs sexuels exacerbés. Tandis que la poule joue le rôle de guide des âmes dans les rites d'initiation des femmes africaines, elle est associée, dans les mentalités d'Europe centrale, à la stupidité, comme en témoigne sa signification symbolique a plus couramment admise en psychanalyse. Les poules, désignent en effet, dans les rêves "une collectivité faible d'esprit et extravertie. Elles sont souvent prises d'une panique stupide, tels les imbéciles qui se mettent soudain à courir en tous sens... A travers la poule, une chose à laquelle le rêveur accorde trop d'importance dans la vie réelle apparaît dans toute sa petitesse" (Aeppli). La poule "aveugle, folle, pauvre" que l'on retrouve dans les locutions populaires de divers pays peut également, dans les contes, pondre des "œufs d'or" et il serait alors insensé de vouloir la tuer. La poule couvant ses œufs incarne, dans certaines légendes, des trésors gardés par des forces surnaturelles."
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Selon Ted Andrews, auteur de Le Langage secret des animaux, Pouvoirs magiques et spirituels des créatures des plus petites aux plus grandes (Édition originale, 1993 ; traduction française, Éditions Dervy, 2017), la Poule a les caractéristiques suivantes :
Points clés : Fertilité et sacrifice.
Cycle de puissance : Toute l'année au lever du jour.
La poule est un des premiers oiseaux à avoir été domestiqués. Et même s'il est toujours un volatile domestique, beaucoup de symbolismes et de significations lui sont encore associés. Le mot anglais pour traduire « poule/poulet », chicken, vient de l'anglo-saxon, cicen, désignant une jeune volaille domestique. C'est un descendant des faisans ou des gallinacés sauvages. L'examen des faisans pourra vous apporter des éclairages.
En raison de leur capacité à pondre, les poules ont toujours été associées à la fécondité. leurs plumes ont servi aux garnitures de literie, le cadre premier des activités sexuelles. Tout au long de l'histoire, elles ont aussi été communément utilisées dans les rites sacrificiels. Cela explique en partie leurs points lés. Le sacrifice a des liens avec les anciens mystères de la sexualité. Dans le processus de fécondation/fertilisation, la semence du mâle est sacrifiée pour imprégner l'œuf de la femelle. Parce que l'éjaculation intervient à l'extérieur du corps, elle a des correspondances avec un acte de sacrifice. Même à l'époque de Shakespeare, cette croyance demeurait commune. Dans nombre de ses pièces, le mot die (mourir) avait un double sens qui renvoyait à l'orgasme ou à l'éjaculation. C'était parfaitement connu du public populaire ordinaire de l'époque.
Des formes de divination entouraient les œufs et les poules. Par exemple, on voyait comme un mauvais présage qu'une poule ponde un nombre pair d'œufs. En revanche, des œufs pondus le Vendredi Saint étaient une assurance de fécondité dans tous les domaines de la vie. On pensait que l'on invoquait des divinités par le simple faire de lancer du grain aux poules. Et si ces dernières montraient peu d'entrain à se nourrir, cela indiquait alors que les dieux étaient en colère.
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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et 2019), Éloïse Mozzani nous propose la notice suivante :
Symbole d'abondance à cause des œufs qu'elle produit, la poule était sacrée en Inde comme en Perse tandis que les Étrusques lui accordaient le don de divination parce qu'elle glousse en pondant. Lorsqu'ils sacrifiaient la poule, ils se servaient de sa clavicule pour faire un vœu (de là vient la pratique augurale du bréchet). Les anciens Romains, avant une bataille, se servaient du poulet comme oracle. Pratique à laquelle fait allusion (ironiquement, Paul Valéry (Regards sur le monde actuel) : « Ils trouvaient dans les entrailles de leurs poulets plus d'idées justes et conséquentes que toutes nos sciences politiques n'en contiennent. » Les Celtes, eux, s'interdisaient de manger de la poule.
Au Moyen Âge, la poule, notamment celle de couleur noire, se distinguait par son rôle dans l'évocation du diable qui, selon les démonologues, prenait parfois l'apparence du volatile pour assister au sabbat. La plupart des grimoires de sorcellerie proposent le « secret de la poule noire ».
Prenez une poule noire qui 'ait jamais pondu et qu'aucun coq n'ait jamais approchée ; faites en sorte, en la prenant, de ne la point faire crier, et pour cela vous irez à onze heures du soir, lorsqu'elle dormira, la prendre par le cou, que vous ne serrerez qu'autant qu'il le faudra pour l'empêcher de crier ; rendez-vous sur un grand chemin, dans l'endroit où deux routes se croisent ; là, à minuit sonnant, faites un rond avec une baguette de cyprès, mettez-vous au milieu et fendez le corps de la poule en deux en prononçant ces morts par trois fois : Eloïm, Essaïm, frugativi et appellavi. Tournez ensuite la face vers l'Orient, agenouillez-vous et dites une oraison ; cela fait, vous ferez la grande appellation ; alors l'esprit immonde vous apparaîtra vêtu d'un habit écarlate galonné, d'une veste jaune et d'une culotte vert d'eau. Sa tête, qui ressemblera à celle d'un chien à oreille d'âne, sera surmontée de deux cornes ; ses jambes et ses pieds seront ceux d'une vache. Il vous demandera vos ordres ; vous les lui donnerez comme vous le jugerez bon, car il ne pourra plus se refuser à vous obéir, et vous pourrez vous rendre le plus riche, et par conséquent le plus heureux des hommes. Il est bon que vous sachiez qu'avant de commencer tout ce qui est dit ci-dessus il faut que vous ayez fait vos dévotions et que vous n'ayez plus rien à vous reprocher. Cela est d'autant plus essentiel que, s'il n'en était pas ainsi, vous seriez plutôt aux ordres de l'esprit malin qu'il ne serait aux vôtres.
La poule noire, considérée comme ne incarnation diabolique au service d'une personne vendue au diable, pond de l'argent, « un œuf ou une pièce de cent sous » tous les matins, disent les bretons pour qui la poule à crête rouge donne, au lieu de crottes, l'argent que le démon lui a introduit dans le corps. Pour désigner une personne semblant vivre de ses rentes, l'expression « il possède la poule noire » était de rigueur. On prétend qu'un banquier de la cour de France, Samuel Bernard, mort en 1739 à quatre-vingt-dix ans en laissant une fortune de plusieurs dizaines de millions, était en possession de la diabolique poule aux œufs d'or.
Les sorciers, qui envoûtaient en perçant d'épingles le cœur du volatile, sacrifiaient au démon
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Diana Cooper, auteure du Guide des archanges dans le monde animal (édition originale 2007 ; traduction française : Éditions Contre-dires, 2018) nous délivre un :
Message des oiseaux de la troisième dimension :
Nous voulons que vous compreniez qu'un aigle
n'est pas meilleur qu'un moineau. Pas plus qu'un colibri n'est
meilleur qu'un corbeau. Ils vibrent simplement à des fréquences
différentes et ont des leçons uniques à vous enseigner. Nous
avons choisi les leçons que nous voulons vous transmettre et
la manière dont nous allons vous les présenter un peu comme
un conférencier choisit le sujet qu'il veut enseigner et la façon dont
il veut l'enseigner. Vous êtes unique et spécial quelle que
soit la fréquence à laquelle vous vibrez.
Tous les oiseaux de la troisième dimension appartiennent à une groupe d'âmes et nous enseignent des leçons à les démontrant dans leurs propres vies. Ils viennent de Sirius ou sont descendus sur Terre en passant par cette planète.
Les poules sont arrivées avec les animaux destinés à rendre service au début de l'âge d'or de l'Atlantide. Elles sont venues expressément pour donner leurs plumes et leurs œufs, que les gens à cette époque acceptaient avec reconnaissance.
Puisque leur travail de service consiste à offrir leurs œufs, beaucoup d'entre elles caquettent de contentement quand elles en pondent un. Elle démontrent qu'elles sont heureuses de donner.
Elles viennent d'un astéroïde éloigné dans l'univers de la dixième dimension de Shekhina et descendent leur fréquence en passant par Sirius. Ces petites créatures portent l'amour et la joie dans leurs champs d'énergie d'une manière qui dépasse notre compréhension.
Elles sont également là pour enseigner aux humains que l'aide st un partie importante de notre chemin d'ascension.
VISUALISATION POUR TIRER DES ENSEIGNEMENTS DES OISEAUX
Aménagez un espace où vous pourrez vous détendre sans être dérangé.
Fermez les yeux et détendez-vous.
Pensez à un oiseau et appelez-le, mais vous pouvez aussi laisser n'importe quel oiseau apparaître dans votre esprit.
Dites mentalement à l'oiseau que vous êtes prêt à écouter ses enseignements et demandez une communication ou une démonstration.
L'oiseau peut chanter pour vous, auquel cas relaxez-vous et laissez le message pénétrer dans votre cœur.
Si l'oiseau vous montre une photo, demandez-vous quel est le message.
L'oiseau peut communiquer avec vous par télépathie, alors restez ouvert pour apprendre.
Remerciez l'oiseau et cherchez-en un de ce type dans votre vie, dans un livre ou à la télévision.
Si vous en voyez un, sachez que cela vient confirmer qu'il vous apporte un message important.
Alternativement, vous pouvez sortir dans votre jardin, un parc ou la campagne et observer quels oiseaux se présentent à vous.
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Mythologie :
Jean Poirier et Marie-Joseph Dubois proposent dans un article intitulé "Les mythes de Maré" (paru dans le Journal de la Société des océanistes, tome 4, 1948. pp. 5-47 ; doi : https://doi.org/10.3406/jso.1948.1590) une transcription du mythe des deux Hnaroredu :
Les deux Hnaroredu.
Deux jeunes filles qui portaient le même nom de Hnaroredu (là où se couche le soleil), tombaient souvent dans un profond sommeil. Impossible de les réveiller. Leur maladie s'appelait wenedu (1). On croyait que pendant ce temps, leurs âmes étaient parties avec les moyaace. Ces deux filles pouvaient ainsi dormir un jour et demi de suite.
Alors qu'elles dormaient, quelqu'un les vit bouger. Il dit aux autres : « Les deux Hnaroredu vont peut-être s'éveiller ». On accourt. Elles s'éveillent en effet. L'une tient dans sa main une efflorescence d'angakedre, l'autre une toute petite poule wasinengone.
Elles racontent ce qu'elles ont vu pendant leur sommeil : elles sont passées par une sorte de porte en bas sous terre; et elles retrouvèrent beaucoup de gens du pays, morts précédemment. Les hommes faisaient un pilou. Les femmes jonglaient avec des boules kedi waco selon leurs coutumes. La porte était en haut de la salle souterraine, comme une trappe.
Pour jouer au waco, il y avait une femme au centre, meneuse de jeu; et autour d'elle, deux, trois, quatre cercles de femmes. La meneuse lançait la balle (un fruit : waco) à une femme du premier rang. Celle-ci la faisait rebondir en la recevant à main plate, pour que sa voisine fasse de même, etc. La balle ne devait pas toucher terre. Quand la balle avait fait le tour du premier cercle, elle passait au second, et ainsi de suite. La dernière femme du dernier cercle la renvoyait à la meneuse, et le jeu s'arrêtait là ou repartait.
La première Hnaroredu passe par la porte juste au moment où arrive la boule. On lui crie : « Vie waco ! attention à la balle ! » Elle est obligée de la renvoyer et d'entrer dans le jeu. Même chose quand se présente la deuxième fille.
Elles durent longtemps rester sous terre. En partant, elles emportèrent Tune une efflorescence de kedre, l'autre une petite poule titewe, et les introduisirent dans la région du district actuel de Medu.
Note : 1) La léthargie, mot à mot : qui vient du soleil, qui se couche et dort longtemps.
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Contes et légendes :
La petite poule rousse, conte que mon père adorait nous raconter...
La Moitié-Poule
Il y avait une fois, dans la montagne de la Madeleine, une poule extraordinaire ; si extraordinaire qu'elle était obligée de vivre seule, car elle n'avait qu'un œil, qu'une patte sur laquelle elle sautait pour se déplacer, mais elle était si forte qu'elle faisait de grands sauts et marchait ainsi très vite lorsqu'il le fallait. Mais elle n'avait aussi qu'une aile et une moitié de bec, et un ventre... un ventre aussi grand qu'elle était grosse ! Aussi les autres poules en avaient peur et s'enfuyaient quand elle s'approchait d'elles.
Alors elle était toujours toute seule et elle s'ennuyait, s'ennuyait... Un jour, elle se dit :
— J'en ai assez d'être toujours toute seule. Dans deux jours ce sera la foire à Roanne, je vais aller me vendre ; au moins je verrai des gens et je verrai la ville.
Elle se mit donc en chemin, sur la grand-route de Clermont à Roanne qui passait près de chez elle. Tout en sautant, elle chantait un air gaillard pour se donner du courage. Au premier tournant, près du bois, elle entendit un grondement : « Hou ! Hou ! Hou ! ». A travers les branches, elle aperçut le loup.
— Oh ! Moitié-Poule, où donc te vas si matin ?
— Je vais à Roanne.
— Te vas à Roanne ? Qu'é que tu vas faire à Roanne ?
— Dans deux jours c'est la foire, je vais m'y vendre.
— Te vas t'y vendre ? Oh ! Moitié-Poule, mène-moi donc avec toi ; je n'ai jamais vu la foire et je n'ai jamais pu aller à Roanne ; chaque fois que j'ai essayé, il y a quelque chien qui s'est mis à aboyer, et quand le chien aboie le chasseur sort avec son fusil. Avec toi je ne craindrai rien ; mène-moi avec toi.
— Jamais tu pourras y arriver, c'est trop loin !
— Penses-tu, tu n'as qu'une patte et moi j'en ai quatre !
— Eh bien, viens.
Et le loup se mit à trotter auprès de la Moitié-Poule qui sautait, qui sautait sur sa seule patte. Mais bientôt il lui dit :
— Oh ! aide-moi ; si tu ne m'aides pas, jamais je pourrai y arriver.
— Je t'y avais bien dit que c'était trop loin pour toi. Mais je veux bien t'aider : monte donc dans mon ventre.
Et elle sautait, sautait sur la route pour remplacer le temps perdu. Plus loin, la route longeait des broussailles ; deux yeux y luisaient : c'était le renard.
— Oh ! Moitié-Poule, où donc que te vas ?
— Je vais à Roanne.
— Te vas à Roanne? Qu'é que tu vas faire à Roanne?
— Dans deux jours c'est la foire, je vais m'y vendre.
— Te vas t'y vendre ? Oh ! Moitié-Poule, mène-moi donc avec toi ; je n'ai jamais vu la foire et je n'ai jamais pu aller à Roanne...
— Jamais tu pourras y arriver, c'est trop loin !
— Penses-tu, tu n'as qu'une patte et moi j'en ai quatre !
— Eh bien, viens.
Et le renard se mit à trotter auprès de la Moitié-Poule qui sautait. Mais au bout d'un moment, il lui dit :
— Oh ! aide-moi, jamais je pourrai y arriver.
— Renard, j'ai pitié de toi : loge-toi sous mon aile.
Elle poursuivait activement son chemin. A l'endroit où il est bordé de cerisiers — à cette époque tous en fleurs —, un bourdonnement : c'était la mouche, une grosse mouche verte et noire.
— Oh ! Moitié-Poule, où donc que te vas ?
Même dialogue.
— Je pourrai pas aller à Roanne ? Tu n'as qu'une patte et qu'une aile ; moi j'ai six pattes et quatre ailes.
Au bout d'un moment, la mouche dit :
— C'est y encore bien loin, Roanne ?
— Je t'y avais bien dit. Tu ne sais que voleter d'une ferme à l'autre pour taquiner les bœufs et déposer tes sales asticots sur les fromages. Allons, cache-toi sous une de mes plumes.
Le soleil était chaud, la route avait été longue. La Moitié-Poule avait soif et s'approcha de la rivière. Même scène. Tout au long de la route, la rivière s'épuisait à perdre son eau.
— Allons, entre donc dans mon bec, tu me désaltéreras.
Sur la foire, la Moitié-Poule se morfondait. Elle était si grosse qu'aucun acheteur n'en voulait... Enfin arriva Justine, la bonne du juge qui lui avait dit :
— J'attends des invités, vous m'achèterez la plus grosse poule que vous trouverez.
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— Mille francs, c'est bien cher ! Enfin, mon mossieur m'a dit d'acheter la plus grosse ! Mais vous êtes trop lourde ; vous ne tiendrez pas dans mon cabas et je ne pourrai pas vous porter.
— Mais madame, marchez devant et je vous suivrai.
Le juge s'exclama :
— Ah ! Justine, où allons-nous mettre cette poule ?
— Mais avec les autres, dans le poulailler.
Le coq et toutes les autres poules se précipitèrent sur l'intruse, selon l'habitude, ongles et becs en avant pour lui atteindre la crête.
— Oh ! renard, ! sors donc de dessous mon aile, tu vas bien trouver ton affaire.
Il sortit, saigna toutes les poules et, démolissant le grillage, il partit en emportant la plus grosse. La Moitié-Pôule sortit dans le jardin en chantant :
Kikeriki !
Monsieur, je suis pas cuit !
— Oh ! Justine, mettez c'te diable de poule avec les moutons.
Dans la bergerie, les moutons lui firent mauvais accueil ; chacun s'élançait d'une extrémité de l'écurie pour lui foncer dessus, tête baissée.
— Oh ! loup, sors donc pour me délivrer des moutons !
Il sortit, égorgea tous les moutons et partit en emportant le plus gros. Dans le jardin, la Moitié-Poule chantait :
Kikeriki !
Monsieur, je suis pas cuit !
— Mais Justine, c'est vraiment le diable, cette poule. Allez me chercher au grenier ma grande culotte que j'ai rapportée de mon service militaire chez les zouaves.
Et le juge fourra la Moitié-Poule dans sa culotte qu'il avait enfilée. Comme elle était serrée, et comme il faisait chaud ! Elle dit à la mouche
— Sors donc de dessous ma plume, et même si sa peau est dure, pique-le, pique-le !
Le juge n'y tint pas :
— La Justine, mettez cette poule dans le four et faites un bon feu !
La chaleur était intenable.
— Oh ! rivière, sors donc ; éteins ce feu et noie tout le monde !
Ainsi fut fait : Justine et le juge furent noyés. La Moitié-Poule demeura seule propriétaire de la maison, dans laquelle chaque année elle réunissait et ses amis pour leur servir un festin : le loup, le renard, la mouche et rivière.
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Littérature :
La Femme et la Poule
Une femme veuve avait une poule qui lui pondait tous les jours un œuf. Elle s’imagina que si elle lui donnait plus d’orge, sa poule pondrait deux fois par jour, et elle augmenta en effet sa ration. Mais la poule devenue grasse ne fut même plus capable de pondre une fois le jour.
Cette fable montre que, lorsqu’on cherche par cupidité à avoir plus que l’on n’a, on perd même ce qu’on possède.
Ésope, traduction par Émile Chambry, Fables, Société d’édition « Les Belles Lettres », 1927.
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La Poule
Compliment de deux fils à leur mère.
Dans une ménagerie, Une Poule donnait ses soins A sa famille chérie, Et pourvoyait à ses nombreux besoins. Tous admiraient sa bonté maternelle. Déterrait-elle quelques grains, Aussitôt sa voix autour d’elle Rassemblait ses joyeux poussins, Et sa tendresse, Avec ivresse, A ses charmants petits, Qui tous poussaient des cris, Distribuait cette richesse. Au moindre bruit de l’orage, ou des vents, Pleine de zèle, Cette mère fidèle Cachait ses doux enfants Sous son aile. Si quelque main cruelle Voulait les lui ravir, Sa brûlante colère, Sur le champ, lui faisait sentir Que ses enfants sont tout pour une mère.
Arsène, sans être flatteurs, Nous ne trouvons dans cette image Qu’une ombre de la mère sage Qui s’applique à former nos cœurs ; Et, si notre jeunesse Manque d’expression Pour peindre mieux sa si vive tendresse, Va, notre affection, Bien mieux que des paroles Hélas ! souvent frivoles, Te prouvera les sentiments Qui rempliront toujours le cœur de tes enfants.
Abbé Louis-Maximilien Duru, « La Poule », Fables nouvelles, ou Leçons d’un maître à ses élèves, 1855.
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Georges Sand, dans une pièce intitulée Le Diable aux champs (1869), alterne les scènes de personnages humains avec quelques chœurs animaux :
SCENE XIII (3e partie)
[...] UNE POULE, au bord de l’eau, avec UNE BANDE DE CANETONS.
LA POULE. — Enfants ! enfants ! où courez-vous ? N’allez pas si près du rivage. La rivière gronde et court. Elle mouille, elle entraîne, elle noie. Enfants, ne me quittez pas, soyez toujours près de mon sein, près de mon aile. Des enfants sages ne doivent pas courir comme des fous, sans écouter ce qu’on leur dit. Enfants, enfants, m’entendez-vous ? N’allez pas si près du rivage !
LES PETITS CANARDS. — De l’eau ! de l’eau ! voyons, voyons ! oh ! comme elle brille ! oh ! qu’elle est belle ! Mère, viens-tu ? Dans l’eau ! dans l’eau ! Va donc, toi, frère ! passe le premier… j’ai peur, j’ai envie… Ah ! je n’y tiens plus, je me risque. Nous y voilà, voguons, voguons ! Ah quel plaisir ! de l’eau, de l’eau !
LA POULE, éperdue, sur le rivage. — Enfants, enfants ! méchants enfants ! voulez-vous donc me rendre folle ? Perdus, perdus ! ils vont mourir ! Petits, pauvres petits que j’ai couvés, vous n’aimez donc pas votre mère ? Revenez, revenez à moi ! la rivière est votre ennemie. Hélas ! hélas ! mes chers enfants, revenez bien vite au rivage !
LES PETITS CANARDS. — De l’eau, de l’eau ! Ah ! que c’est bon ! Vois, mère, comme nous voguons bien, comme nous allons vite ! L’eau court, et nous courons avec elle. N’aie donc pas peur, viens avec nous. L’eau ne mouille pas, l’eau ne tue pas. L’eau, c’est notre élément, notre vie ! Ah ! que c’est bon ! de l’eau, de l’eau !
LA POULE. — Oui, je vous suis ; mourons ensemble, méchants enfants ! Je sais bien que vous êtes perdus, je sais bien que l’eau fait mourir ! Allons, mourons ! adieu pour toujours le rivage ! Mais non, vous revenez, vous m’entendez enfin ! Venez vite vous sécher dans mes plumes. Ah ! que vous avez froid, pauvrets ! Vous n’y retournerez jamais, n’est-ce pas ! vous n’approcherez plus du rivage ?
LES PETITS CANARDS, rêvassant et babillant sous le ventre de la poule. — De l’eau, de l’eau, encore de l’eau ! Ah ! que c’est bon ! ah ! que c’est beau !
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Jules Renard dans ses Histoires naturelles (1874) brosse des portraits toujours étonnants. Ainsi en est-il de la poule :
La poule
Pattes jointes, elle saute du poulailler, dès qu’on lui ouvre la porte.
C’est une poule commune, modestement parée et qui ne pond jamais d’œufs d’or.
Éblouie de lumière, elle fait quelques pas, indécise, dans la cour.
Elle voit d’abord le tas de cendres où, chaque matin, elle a coutume de s’ébattre.
Elle s’y roule, s’y trempe et, d’une vive agitation d’ailes, les plumes gonflées, elle secoue ses puces de la nuit.
Puis elle va boire au plat creux que la dernière averse a rempli.
Elle ne boit que de l’eau.
Elle boit par petits coups et dresse le col, en équilibre sur le bord du plat.
Ensuite elle cherche sa nourriture éparse.
Les fines herbes sont à elle, et les insectes et les graines perdues.
Elle pique, elle pique, infatigable.
De temps en temps, elle s’arrête.
Droite sous son bonnet phrygien, l’œil vif, le jabot avantageux, elle écoute de l’une et de l’autre oreille.
Et, sûre qu’il n’y a rien de neuf, elle se remet en quête.
Elle lève haut ses pattes raides comme ceux qui ont la goutte. Elle écarte les doigts et les pose avec précaution, sans bruit.
On dirait qu’elle marche pieds nus.
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