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  • Anne

Le Chancre

Connu sous le nom de Tatzelwurm




Étymologie :

  • CHANCRE, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. 2e moitié xiie s. cancre « ulcère, cancer » (Grégoire, 211, 3 ds T.-L.) ; 1re moitié xiiie s. chancre (Du Chevalier qui recovra l'amor, éd. Montaiglon-Raynaud, t. 6, p. 144, v. 189) ; 1566 « ulcère vénérien » (H. Estienne, Apol. pour Her., ch. 14 [I, 201-202] ds Hug.) ; 2. 1690 sylvic. (Fur.) ; 3. début xviiie s. fig. (Saint-Simon, 20, 231 ds Littré). Du lat. cancer, -iri [« crabe », v. cancre] « chancre, cancer » attesté dep. Caton ds TLL s.v., 231, 14 attesté sous la forme cancrus vie s. Oribase, ibid., 228, 32 ; emploi fig. en lat. chrét., Tertullien ds Blaise.


Autres noms : Couî ; Pi ; Tatzelwurm.




Zoologie :


Dans 50 idées fausses sur les serpents (Éditions Quae, 2019) Françoise Serre Collet propose un petit encadré sur le Tatzelwurm :


Le Tatzelwurm, un mythe alpin

Les Alpes hébergeraient un animal bien mystérieux, le Tatzelwurm (en allemand "ver à pattes"). On raconte qu'il possède un corps de serpent mesurant entre 60 et 90 cm, avec ou sans petites pattes, recouvert ou non d'écailles, parfois avec une tête de chat et des caractères mammaliens. Il vivrait dans des grottes à une altitude comprise entre 500 et 2000 mètres. Cet animal extraordinaire est né de la confusion entre plusieurs espèces connues. Certains l'associent à une salamandre, d'autres à un Orvet des Balkans, (Pseudopus apodus).

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Croyances populaires :


D'après Rose-Claire Schüle, auteure d'un article intitulé "Je l’ai vu de mes yeux." (ACTES DE LA CONFÉRENCE ANNUELLE SUR L’ACTIVITÉ SCIENTIFIQUE. 1995) :


[...] Ce qui a éveillé mon attention au sujet des animaux fabuleux que je ne m’attendais certes pas à pouvoir rencontrer, c’est que certains de mes conteurs avaient d’étonnants accents de sincérité en parlant d’animaux inconnus qu’ils auraient rencontrés ci et là près des mayens. Il s’agissait uniquement de reptiles, plus précisément de serpents ou de lézards. Quand ils disaient avoir rencontré près du grand éboulis de Dzerjonna, au-dessus de Haute-Nendaz, des serpents à tête de chat, l’animal nommé couî, des serpents à poils, parfois à pattes ou un lézard géant, ils utilisaient la troisième, voire parfois la première personne.

  • “Le couî ressemble à la belette, mais il n’a que les pattes antérieures et un corps bien plus long, qui finit sans queue, brusquement. C’est une de ces bêtes qui habitaient le Valais avant les hommes. J’ai toujours fait un signe de croix et je me suis éloignée”.

  • Ma sœur et deux de ses amies étaient près de l’éboulement de Dzerjonna en train de cueillir des petits fruits, des myrtilles je crois. Elles étaient bien et ne pensaient à rien de mal. Tout d’un coup elles ont entendu un étrange sifflement derrière elles et quand elles se sont retournées elles ont aperçu le couî qui venait vers elles. Elles n’ont pas fait long, elles ont dévalé vers le village en laissant en plan corbeilles et bidons et elles ont couru jusqu’à Haute-Nendaz sans se retourner ou sans s’arrêter une seule fois. Une des amies de ma sœur a dit que ce n’était pas du tout le couî mais un serpent à tête de chat, ce qui, au fond, n’est pas mieux. Elles n’ont pas tenu à vérifier."

  • “Ma mère a vu deux fois le couî, en haut, au-dessus des Rairettes, plus tard elle ne voulait plus jamais passer par là. Elle avait trop eu peur”.

  • “On dit que sous Dzerjonna il y aurait encore des diablats qui sont restés pris sous les pierres lorsque saint Michel a arrêté l’éboulement. C’est un endroit maudit. On y voit souvent des belettes, mais aussi le couî, des gros serpents à pattes, à poils et à tête de chat. Quand je passe par là j’ai toujours mon chapelet à la main”.

  • “Le couî, c’est une superstition. Les gens disent comme ça parce qu’ils n’osent pas regarder. Moi, j’ai vu une fois ce qu’ils appellent couî, eh bien c’est simplement un serpent à tête de chat, il a de grosses moustaches et des yeux plus grands que ceux du serpent, des yeux de chat, quoi !”.

  • “Le couî, ça existe bien sûr. J’en ai jamais vu de vivants, mais à Sierre, dans une pharmacie il y en avait un dans un grand bocal avec de l’alcool. J’ai vu. Mais quand je suis retourné là avec un ami pour lui montrer parce qu’il n’y croyait pas, ils n’ont plus voulu le montrer. Ils ont dit qu’ils ne savaient pas ce que c’était et qu’ils l’avaient envoyé à Châteauneuf parce que là, ils savent un peu tout”.

Lorsqu’un chasseur m’a raconté qu’il avait vu le serpent à poils et s’en était approché, j’ai hésité à classer simplement son histoire dans le règne de l’affabulation.

  • “J’ai bien vu un serpent à tête de chat. Il passait près de moi, j’étais assis tranquillement en train de me restaurer quand je l’ai aperçu. Je n’ai pas peur des serpents, j’en ai souvent attrapé. Je me suis levé pour mieux voir, mais quand je n’étais plus qu’à deux ou trois mètres pfft, le serpent s’est défait et je n’ai plus rien vu. Pourtant il n’était pas très long, moins d’un mètre, mais plus rien !”.

Un autre Nendard m’a dit avoir vu de ses yeux, en montant à l’alpage, un long serpent, gros comme un bras, poilu, avec une tête de chat qui avait disparu, à la vitesse d’un lézard, dans un pierrier.

J’ai noté ces récits et quelques autres similaires et pendant une dizaine d’années je n’y ai plus du tout pensé. En 1959, je lis par hasard un article intitulé ‘Les jeunes musaraignes à l’école’, avec un sous-titre ‘Le légendaire dragon des Alpes démasqué’, agrémenté de plusieurs photos montrant des caravanes de musaraignes. Le journaliste rapporte une histoire de chasseur fort proche de celle que j’avais notée, relative toutefois à une caravane formée de belettes. L’auteur de l’article mentionne le zoologue Walström qui a le premier, semble-t-il, observé en 1929 que les jeunes musaraignes forment parfois une longue caravane derrière leur mère lorsque celle-ci désire déplacer toute sa famille, chaque musaraigne s’attachant en mordant près de la base de la queue, dans la fourrure de la précédente.

Une telle caravane peut fort bien passer pour un serpent à poils et à pattes et bien sur, en cas de danger, au moindre dérangement se désagréger en un clin d’œil. Les photographies sont plus récentes, elles datent de 1957. Une zoologue, Zippellius, étudiait alors le comportement des musaraignes et elle a pu observer non seulement la formation de caravanes, mais toute l’éducation que la femelle musaraigne prodigue à ses petits pour leur apprendre à se mettre en ligne avant le déplacement de la famille.

Et qu’en est-il du long serpent poilu épais comme un bras ? Les musaraignes sont petites, minces et ne peuvent en aucun cas prendre de telles dimensions. Je me suis souvenue de I. Mariétan qui écrivait : « Aux Flancs, forêt au-dessus de Saint-Luc, vit, dit-on, un animal ayant un corps de serpent, une tête de chat avec de grosses moustaches (…). On parle de serpents à tête de chat, portant des poils et des pattes, confusion probable avec les belettes ». Comme la plupart de nos informateurs choisissent de fuir éperdument au moindre mouvement d’un animal dans un pierrier, pourrait-il s’agir de belettes, de martre, de fouine, de tout autre animal au corps allongé comme le déclarait le chasseur dans l’article ou comme le soupçonnait Mariétan ?

Pour en avoir le cœur net j’ai eu recours au directeur du Musée de Zoologie de Lausanne qui m’a immédiatement confirmé que les zoologues connaissent fort bien les caravanes de musaraignes et que son musée en possède de nombreux documents photographiques. En ce qui concerne le ‘gros’ serpent, il doute par contre qu’il puisse s’agir du déplacement à la queue leu leu d’autres mammifères plus grands. En revanche il n’exclut pas du tout qu’une femelle fouine ou belette, en chaleur, puisse être coursée par un ou plusieurs mâles, ce qui, de loin, pourrait faire penser à un long animal extrêmement rapide dans ses déplacements.

Pour le Valais, très spécifiquement, le directeur du Musée d’Histoire naturelle de Sion a lui aussi confirmé que des caravanes de musaraignes ont été observées en Valais et ailleurs et qu’elles figurent même sur la couverture d’un Manuel des Mammifères d’Europe.

Mes conclusions me mènent à penser que nos conteurs ne doutent en principe pas de la véracité de ce qu’ils nous relatent, mais qu’ils se distancent néanmoins tout en disant déjon pour ce qu’ils n’ont pas vérifié par eux-mêmes, tout comme ils le font pour les prévisions de la météorologie nationale par exemple : “ils disent qu’il va faire beau”. Dans les on dit chez nous il n’y a pas vraiment de doute. Quelqu’un qu’on connaît, qui est fiable, qui ne dit pas de mensonges a vu le fait relaté et on peut s’engager dans la certitude. Mais quand une personne vous dit : je l’ai vu de mes yeux le doute n’est plus permis. Bien sûr, il reste l’interprétation des faits. Elle peut être erronée, inspirée par la peur, par le souvenir de récits locaux ou traditionnels. Il faut donc analyser et cela ne peut se faire que par une collaboration interdisciplinaire. Pour ces êtres que nous qualifions d’imaginaires ce sont les spécialistes, les zoologues qui peuvent nous éclairer.

J’ai appris que les zoologues eux-aussi sont intéressés à nos travaux d’ethnologues, de collecteurs de récits, d’enquêteurs. Il existe parmi eux des spécialistes qui s’occupent de cryptozoologie pour qui tous les témoignages, anciens et modernes qui parlent d’animaux inconnus, disparus, sont importants, même si ces êtres n’ont peut-être jamais existé sous la forme relatée par nos conteurs. Des trouvailles d’archéozoologie non identifiées pourraient révéler une partie même infime de leur secret grâce aux récits ; par ailleurs par la collaboration interdisciplinaire nous constaterons que dans les contes et récits légendaires, le fond n’est pas toujours imaginaire.

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Symbolisme :


Selon Michel Rouzé, auteur du compte-rendu intitulé "Le regard qui tue" (In : Raison présente, n°88, 4e trimestre 1988. Flash sur la droite. p. 158) :


LE REGARD QUI TUE

Méduse — l'une des trois Gorgones — pétrifiait les êtres vivants par son seul regard. Dans les légendes helvétiques, le Tatzelwurm, le ver effrayant, sorti des profondeurs de la terre, tue instantanément ceux dont le regard rencontre le sien. Depuis longtemps les militaires rêvaient d'un dispositif permettant de foudroyer l'ennemi rien qu'en fixant chercheurs les yeux sur lui. rien Grâce à des chercheurs de sur l'université de Valenciennes, leur vœu est exaucé. Décrit dans CNRS-Info (1.3.88) l'oculomètre saisit instantanément le champ observé par un opérateur et la position du regard dans ce champ. Il se présente sous la forme d'un masque portant deux caméras. L'une enregistre la scène visuelle, l'autre filme l'œil. Il ne reste qu'à regarder la cible et à appuyer sur un bouton.

L'appareil pourrait trouver aussi des applications pacifiques. Par exemple, permettre à de grands handicapés de communiquer, ou jouer le rôle interface homme/machine pour effectuer certaines commandes à un poste de travail. Des dispositifs industriels de ce genre existent déjà au Japon, mais l'oculomètre français se distinguerait par une meilleure capacité de traitement automatique des informations.

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Jean-Jacques Barloy, dans un article intitulé "Rumeurs sur des animaux mystérieux." In : Communications, 52, 1990. Rumeurs et légendes contemporaines. pp. 197-218 fait l'état des lieux de cette énigme :


L'affaire du Tatzelwurm.

Tatzelwurm signifie en allemand « ver à pattes ». Il s'applique à un hypothétique animal signalé de longue date dans les Alpes suisses, autrichiennes et allemandes.

Il est décrit comme une sorte de gros lézard long de 60 centimètres à 1 mètre. Selon les cas, il aurait quatre pattes, ou seulement les deux pattes antérieures, ou même serait totalement apode. Il pénétrerait l'hiver dans les granges pour hiberner dans le foin. Agressif, il sauterait parfois au visage des gens qui le rencontrent.

La plupart des zoologistes, ne voulant pas croire à l'existence d'un animal inconnu aussi grand au cœur de l'Europe, estiment que l'affaire est née de confusion avec des espèces connues.

Cependant, ne pourrait-on pas imaginer qu'il s'agit d'un amphibien urodèle (c'est-à-dire du groupe des salamandres) cavernicole sortant rarement des grottes où il vit ?

J'ai justement recueilli une information selon laquelle, dans le Val d'Aoste, un Tatzelwurm sortirait par une source, chaque printemps.

En France, nous ne possédions guère de témoignage comparable, jusqu'à ce que M. Jean-Claude Augustin me rapporte le sien.

Il a fait dans les Hautes-Alpes, en juillet 1978, une étrange observation. La scène se passe près de Saint-Véran. M. Augustin et son épouse suivent le lit d'un petit ruisseau parsemé de paquets de mousse. Soudain, « une sorte de grosse salamandre noire et blanche » sort de dessous l'un de ces amas de mousse, pour disparaître sous un autre. M. Augustin a vu l'animal durant cinq ou six secondes, et sa femme l'a aperçu pendant une ou deux secondes. Il mesurait de 70 à 75 centimètres (d'après un repère pris sur les lieux).

Quelques rares autres observations de salamandres ou de lézards de taille exceptionnelle ont été rapportées ici et là. Parfois, il s'agit de confusion avec le lézard ocellé, ou bien des spécimens exotiques en fuite peuvent les expliquer.

La description du Tatzelwurm se transforme quelquefois au point de présenter des caractères mammaliens. Ainsi, Mlle Jacqueline Lavanchy m'a rapporté qu'en 1930 sa tante et son oncle ont vu, dans le Valais, un animal à tête de chat, mais couvert d'écailles. Il se tenait dans un grenier. En Savoie, cet animal serait connu sous le nom de chancre et fréquenterait les alpages.

Mlle Lavanchy dit avoir elle-même rencontré un spécimen qui, tout en se rattachant à ce cycle, serait franchement un mammifère. L'observation date de 1975 : elle avait alors 10 ans. « J'étais allée, raconte-t-elle, en exploration avec quelques mômes de mon âge dans une vieille scierie abandonnée depuis longtemps, qui se situe à l'orée de la forêt, au pied de la montagne. Nous sommes entrés par une sorte de cassure dans une plaque de métal, qui donne sur le sous-sol de la scierie. Au moment où nous allions ressortir, on a aperçu un animal tapi dans la sciure, au poil noir, de la grosseur d'un chat adulte bien portant, avec un museau de rat, de minuscules oreilles et une queue de rat. Cela aurait pu être un rat, si ce n'est qu'à la place d'avoir les yeux opposés, cet animal est capable de regarder droit devant lui, avec ses gros yeux ronds. »

Le Tatzelwurm est d'ailleurs parfois décrit avec une tête de chat, ainsi que ses diverses variantes.

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Daisy De Palmas Jauze, dans une thèse intitulée La figure du dragon : des origines mythiques à la Fantasy et à la Dragon Fantasy anglo-saxonnes contemporaines. (Littératures. Université de la Réunion, 2010) évoque elle aussi le Tatzelwurm pour l'assimiler à un dragon :


Les scientifiques du XIIème siècle se disaient dragonologues. Ils établirent des listes de dragons aux caractéristiques les plus diverses, dont les dessins anatomiques se comptent par milliers. Les dragonologues suisses ont opéré une classification de leurs dragons, visible au Natur-Museum de Lucerne, une liste de termes terminés par wurm, tels le lindwurm, sans ailes, pourvu de deux pattes [note : C‟est le dragon de la légende suédoise du Lindorm héritier d'un royaume], le stollenwurm, le ver griffu aux membres rudimentaires ou encore le tatzelwurm reconnaissable à sa tête de chat et son collier de poils blancs dans une fourrure rouge, une queue fourchue et de courtes pattes ressemblant à des nageoires. Il en existe de nombreux exemples, bipèdes ou quadrupèdes, répertoriés depuis 1650 et même un à deux queues qui aurait été vu par le pâtre Barthélemy Alègre en 1696, gravure conservée à la Bibliothèque centrale du Muséum d‟Histoire naturelle de Paris. Un tatzelworm aurait été aperçu durant l‟été 1921 à Hochfilzen dans le sud de l‟Autriche, et un autre en 1954 près de Palerme, en Sicile. Selon le folklore local, des stollenworms et des tazelworms ont été même tués à maintes reprises au cours du siècle .dernier. Les gravures et peintures sont nombreuses, mais aucun zoologue n‟en a identifié un corps.

Ces noms découlent du terme germain wurm, qu'on retrouve dans l'anglais worm, dans l‟anglo-saxon wyrm, le gothique waurms, le français ver, du latin : vermis. Dans tous les textes anciens, ils font toujours référence au « serpent fabuleux » ou « ver fouisseur » de la mythologie celte, l‟aspect chtonien de leur Dea Genitrix, la Déesse-Mère, le « dragon » ancien.

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