Blog

  • Anne

Le Chat (suite)


Suite de l'article sur la symbolique du chat.



Symbolisme celte :

Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée : Robert Laffont 1982) :


"Dans la tradition celtique, le symbolisme du chat est beaucoup moins favorable que celui du chien ou du lynx. Il semble que l'animal est été considéré avec quelque méfiance. Cenn Chaitt tête de chat est le surnom de l'usurpateur Cairpre qui, occupant la royauté suprême, cause la ruine de l’Irlande. Un chat mythique punit, dans la Navigation de Male-Duin, un des frères de lait de ce dernier qui avait voulu, dans un château désert où la troupe avait festoyé, s'emparer d'un cercle d'or. Le voleur est réduit en cendres par une flamme jaillie des yeux du petit chat, lequel retourne ensuite à ses jeux. Le portier du roi Nuada à Tara avait également un œil de chat, ce qui le gênait quand il voulait dormir, car l’œil s'ouvrait la nuit au cri des souris ou des oiseaux. Au Pays de Galles enfin, un des trois fléaux de l'île d'Anglesey est, d'après les Triades de l'île de Bretagne, un chat mis bas par la truie mythique Henwen -Vieille-Blanche) ; jeté à la mer par le porcher, il fut malencontreusement sauvé et élevé par des imprudents. On peut se demander cependant si, dans tout cela, il ne s'agit pas quelquefois plutôt du chat sauvage que du chat domestique."

*

*

Selon L'Oracle des Druides (1994, traduction française 2006) de Philip et Stephanie Carr-Gomm, les mots clefs associés au chat (cat) sont :


Surveillance ; Détachement ; Sensualité.


"La carte représente un chat sauvage de Haute-Ecosse. Au premier plan fleurissent du pied-de-chat rose et de la porcelle jaune et tachetée. Du cotylédon pousse à côté de la queue du chat. La porcelle se nomme en anglais "oreille de chat" et le cotylédon "gant de chat des montagnes".

Le chat nous permet d'observer une situation avec calme et sans idée préconçue avant de prendre une décision. Il semble endormi, mais il écoute en fait le moindre bruit et peut rester tapi pendant des heures avant d'agir avec détermination. Rappelez-vous qu'"un chat peut regarder un roi" et que vous avez le droit de choisir à quel moment et de quelle manière résoudre vos problèmes. Tout en participant au monde spirituel, le chat ferait preuve d'une très grande sensualité. Contrairement à la dualité de l'esprit et du corps professée par le courant religieux prédominant, il prouve que la conscience et la sensibilité sont les facettes d'une même réalité. Nous devons apprendre à apprécier à la fois la valeur matérielle et spirituelle de la vie.


Renversée, la carte signale que vous risquez de vous désintéresser du monde si vous vous blottissez au coin eu feu comme les chats paresseux. Une sensualité égoïste et indolente n'est en général qu'un échappatoire devant la réalité. Elle empêche au Soi d'être ouvert aux merveilles du monde physique. Le chat, dont l'esprit voyage facilement dans l'Autre Monde, montre qu'il est important d'être bien ancré dans la réalité quotidienne. L'intérêt pour le mystère et l'occultisme peut se révéler inopportun, surtout s'il est utilisé pour échapper aux problèmes et aux peines de la vie.


Le Chat dans la Tradition

A Sainte Brighid, les chats rapportent le petit-bois

Dicton écossais

Dans la tradition irlandaise, galloise et bretonne, le chat domestique ou sauvage est consacré à la déesse. La Haute-Écosse est le seul endroit où l'on trouve encore des chats sauvages et le lien entre le chat et le sacré est encore plus fort en Écosse qu'ailleurs. Le chat était le totem de plusieurs clans écossais : chat domestique pour les MacIntosh, les MacNeishe et les MacNicol, chat sauvage pour les MacBain. Un peuple-chat, tribu picte connue sous le nom de Kati, vivait sur le Caithness, le promontoire des chat. Enfin, le nom gaélique du Sutherland est Cataobh, qui signifie pays des chats.

Les guerriers irlandais, comme très certainement ceux du monde celtique, portaient des peaux de chat. D'après le récit d'un barde irlandais, Talc, fils de Trone, était surnommé "chef à la tête de chat" parce qu'il portait une peau de chat sauvage sur son habit de guerre, et sur son casque la tête de l'animal. Le Livre jaune de Lecan irlandais décrit aussi des combattants - dont un champion gaélique - portant des têtes de chat. Le nom de l'un des rois d'Irlande était Cairhar cinn chait, ou Carbar à la tête de chat.


Le Chat en tant qu’animal "impie"

Le chat, que les guerriers utilisaient au même titre que le sanglier, le corbeau et l'ours, pour invoquer le pouvoir vengeur et protecteur des dieux, était aussi associé à la déesse et à la féminité. Les traditions populaires lui attribuent donc des qualités aussi bien négatives que positives. L'animal, proche de la déesse et du monde spirituel, a été victime de persécutions et d'actes de cruauté terribles. Alliés privilégiés des druides et des magiciens dont l'Eglise craignait les pouvoirs, des milliers de chats furent torturés et brûlés dans des paniers en Grande-Bretagne et en France.

Reconnaissons que l'ère chrétienne n'est malheureusement pas la seule époque où l'on ait brûlé des chats. En Écosse, les Celtes employaient la méthode du Taghairm. Pour mettre les chats à la question, ils embrochaient un chat vivant et le faisait rôtir jusqu'à ce que d'autres chats apparaissent pour sauver leur congénère en donnant l'information recherchée, ou que le roi des Cath Sith (les chats des fées), nommé Grandes Oreilles, vienne lui-même donner les réponses. Cette pratique ayant été rapportée sous l'ère chrétienne, il est possible qu'elle soit apocryphe.

"Que Dieu nous garde tous, hormis le chat", disait-on en Irlande, insinuant que cette créature de la déesse avait un côté "impie". Si le premier animal de l'année qu'on apercevait était un chat, c'était, croyait-on, un signe de malheur, excepté pour les membres de la famille MacIntosh ou du clan Cattan (dont le chef s'appelait le Grand Chat). Aujourd'hui, encore, beaucoup de gens restent persuadés qu'un chat noir croisant leur chemin est un mauvais présage. Le chat sert aussi à désigner vulgairement les organes génitaux féminins, le lieu des origines, la déesse, la sensualité et le mystère. A Clough dans le Connaught, un chat svelte est adossé sur une chaise de vieil argent à l'entrée d'une grotte sacrée ; il conseillait ceux qui venaient l'interroger. D'aucuns soutiennent que trois chats, décrits comme des "animaux druidiques" sortirent de la grotte de Cruachan, l'entrée du Monde des Profondeurs.

Le Chat de Brighid a mangé le jambon

Dicton irlandais

La déesse Brighid, "fille de l'ours" dans la tradition irlandaise, avait un chat pour compagnon. La férocité du chat était légendaire en Écosse : on y racontait que la déesse Ceridwen, ayant pris la forme de la grande truie Henwen, avait mis bas un louveteau, un aiglon, une abeille et un chaton. Malheureusement, ce dernier devint le chat Palue, l'un des trois fléaux d'Anglesey, que le roi Arthur et Cai finirent cependant par occire après une longue bataille.

On retrouve la férocité du chat et son rôle de gardien dans Le Voyage de Maelduin, l'un des quatre récits merveilleux des voyages mystiques qu'on appelle immrama dans la tradition irlandaise. Dans ce conte, le druide Nuca apprend à Maelden à construire un bateau magique pour qu'il parte venger le meurtre de son père. Maelden et ses compagnons sont près d'atteindre l'île des meurtriers lorsque le vent les repousse en mer. Ils se perdent et cherchent leur route pendant trois jours et trois nuits, parvenant finalement à gagner un groupe d'îles sur lesquels règnent des animaux. La première est l'île des Fourmis Géantes, la deuxième celle des Nombreux Oiseaux et ainsi de suite jusqu'à la dixième : l'île du Chat. Là, ils découvrirent une "demeure royale", de la nourriture et des boissons en abondance, des lits moelleux et des bancs d'or. Cette demeure renferme un trésor de broches d'argent, d'épées à la garde d'or et de colliers. La seule présence est celle d' "un chat avide, perché sur un pilier, prêt à bondir". Désobéissant à Maelduin, son frère de lait tente de voler un collier d'or, mais "le chat merveilleux, d'un coup de sa patte de feu" le transforme en un tas de cendre. Le chat joue ici le rôle de gardien des trésors de l'Autre Monde.

Le chat nous enseigne le respect et la précaution. Il est sensuel et accepte notre affection, mais à ses conditions. Il est fier, indépendant, observe ce monde et l'au-delà. On raconte que de "grands chats" mystérieux apparaissent régulièrement en Grande Bretagne. Certains croient que ce sont des animaux échappés des zoos. D'autres pensent que les chats des Fées, les Cath Sith, viennent nous rappeler par leur présence l'existence de l'Autre Monde."

*

*

D'après Jean Markale, auteur du Nouveau Dictionnaire de Mythologie celtique (Éditions Pygmalion - Gérard Watelet, 1999),


"Le nom français du chat provient du gaulois par l'intermédiaire du latin catus. En dehors du Chat Palu, monstre mythologique, le chat a toujours été considéré comme un animal bénéfique chez les Celtes. Un proverbe irlandais prétend que les yeux des chats sont la porte de l'Autre Monde.


Cath Palud : le "Chat Palu" est une sorte de monstre démoniaque et destructeur, l'un des "trois fléaux de l'Île de Bretagne", selon les fameuses Triades galloises, recueil d'informations historiques ou légendaires."

Dans Animaux totems celtes, Un voyage chamanique à la rencontre de votre animal allié (2002, traduction française : Éditions Vega, 2015), John Matthews nous propose la fiche suivante :


"Chat = irlandais : cat ; gallois : cath ; gaélique : cat ; langue de Cornouailles : cath ; breton : kazh.


Le chat apparaît à plusieurs reprises dans la mythologie celte, notamment dans le voyage de Maeldwin où les voyageurs rencontrent ce qui paraît être un chaton innocent, bondissant de l'un à l'autre de quatre piliers. Au moment où un des membres d'équipage tente de voler un trésor se trouvant à proximité, le chat se transforme en flèche enflammée et le réduit en cendres. Dans une autre histoire, le guerrier Arthur rencontre le chat Palug, qui était un descendant de Hen Wen, la grande truie. Arthur n'en viendra à bout, qu'au terme d'une longue lutte. Le chat est un excellent gardien et un bon protecteur des pouvoirs intérieurs. On peut l'invoquer, par exemple, lorsque l'on doit faire face à une situation de confrontation, où sa férocité peut être appropriée.


Préceptes du totem :

Éclaireur : Le chemin le plus court n'est pas forcément le meilleur.

Protecteur : Un effort plus important risque d'être nécessaire.

Challenger : Pourquoi hésites-tu toujours ?

Aide : Sois fidèle à toi-même.

*

*



Symbolisme alchimique :


D'après Patrick Rivière, auteur de L'Alchimie, science et mystique (Éditions De Vecchi, nouvelle édition augmentée 2013),


"Les Égyptiens l'adoraient sous le nom d'Aelurus et d'Atoum. Il était l'emblème d'Osiris, donc du Soleil, puisque ses moustaches en forme de X en exprimaient le rayonnement. Dans l’œuvre alchimique, il est indispensable. C'est le loyal serviteur du marquis de Carabas (de bas carat !) : l'ingénieux chat botté du conte de Perrault (cf. notre article "Du chat noir au chat roux ou des primes couleurs de l'Œuvre" in revue Atlantis n°283). Gageons que ce n'est certainement pas par hasard si "c'est autour du chat noir" que l'on trouve fortune ! Ajoutons à cela le culte égyptien dédié à la chatte Bastet, de même qu'à la déesse léonine Sekhmet détentrice des qualités vitales du sang..."

*

*




Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


Vouloir définir le chat à travers les produits de l'imaginaire revient à s'assigner une tâche paradoxale. Définir, c'est dessiner des limites, enfermer une image dans des contours précis, lui attribuer une ou plusieurs fonctions déterminées. Définir, c'est finir ; déterminer, c'est terminer. L'essence symbolique du chat, c'est le mystère et la liberté. La notion de mystère et celle de liberté sont, par nature infinies ! Un symbole qui exprime la disponibilité pour la métamorphose ne peut pas être soumis aux limitations que propose une volonté normative. Plus on approfondit la recherche en multipliant les observations sur les situations oniriques dans lesquelles apparaît le chat, et plus on doit convenir de l'aptitude du symbole à se manifester das des rôles très différents. L'étude des corrélations conduit à reconnaître des constantes dans les caractéristiques symboliques du félidé mais montre aussi la variété de représentations dont il est capable. A la fois mystérieux et familier, infiniment lointain et très proche, le chat inspire, dans les rêves contemporains, des compositions qui reflètent cette ambivalence. Il s'installe avec la même aisance et une égale fréquence parmi les images explicitement liées aux mystères de l’Égypte antique et dans les scènes relatives à la constellation familiale du rêveur ou de la rêveuse.

Le chat, dans l'univers onirique, exprime, suivant les situations, un ou plusieurs des grands thèmes auxquels renvoient les analyses classiques, ais il demeure, dans tous les cas, le symbole type de l'évolution vitale, de l'affranchissement des formes, de la flexibilité d'être, de la disponibilité pour les métamorphoses de l'âme.

Le rêve associe le chat au tigre et au lion, parfois à la panthère. Les félins sont avant tout des représentations de la souplesse, de l'élasticité de la forme, du mouvement libre et imprévisible. Littéralement, ils sont l'image de la transformation. Une étroite association existe, dans l'inspiration littéraire, entre le chat et le nuage. Le chat, dans l'imaginaire, est un nuage animalisé. Comme le nuage, il change à volonté de forme, mais, surtout, il échappe à toute prévision du changement. Il est le signe le plus représentatif de l'imprévisibilité de l'évolution. Par là, il séduit et fait peur.

Le serpent figure parmi les corrélations observées autour du symbole. La queue si particulière du chat, que tant d'auteurs comparent spontanément au serpent dressé, renvoie à la fois à la flexibilité que nous venons d'évoquer et à la connotation sexuelle qui s'attache au félidé. Le chat est d'essence féminine, lunaire. Il est évocateur de sensualité. Les chatteries désignent une approche sensuelle et frôleuse, liée aussi à la fourrure. L'expression chatte, dans le langage trivial, s’applique à l'appareil vaginal. Il serait banal de rappeler l'interprétation sexuelle que donne la psychanalyse des jeux du chat et de la souris, si les rêves ne venaient pas confirmer l'association entre ces deux animaux. Femme, le chat est mystère, imprévisibilité, flexibilité, magie. Le chat imaginé tient commerce avec la fée et la sorcière, ces images de la bonne et de la mauvaise mère.

Il ne nous paraît pas convenable d'appliquer à cet animal le qualificatif domestique en raison de la tonalité de servilité dont l'usage a chargé ce mot et qui s'oppose si franchement à l’indépendance d'humeur du chat. Le terme familier nous paraît infiniment plus juste, dans la mesure où il répond à la tendance du chat onirique à se substituer, soit à la personne qui rêve, soi à sa mère et plus souvent encore à l'un de ses frères ou sœurs. L'expression mon petit chat que chaque enfant a entendue tant de fois, appliquée à lui-même ou à l'un de ses collatéraux, est évidemment l'une des origines probables de ces associations. L'observation peut paraître anodine. Deux exemples sont pourtant illustre ce rôle de l'image et révéler qu'elle peut véhiculer une charge émotionnelle de forte intensité.

Quelques phrases du dix-septième scénario de Reine, qui restituent de douloureux ressentis postnatals, montreront aussi que la seule idée de la transformation de la métamorphose, suffit à induire l'apparition du chat.

« … C'est un hélicoptère qui descend en spirale... en bas, y a un avion accidenté, qui a piqué du nez et gît là, la queue en l'air... l'hélicoptère atterrit à côté de lui... en vibrant... il se transforme... en gros poisson ! Je vois vachement bien la tête du grand poisson... avec les écailles et le museau... il devient un serpent, qui s'enroule autour de la queue de l'avion... il explore l'intérieur maintenant... il se transforme encore... en belette cette fois... il se métamorphose... là, c'est un perroquet vert... je vois très bien la queue du perroquet... son derrière... son anus... c'est une maman-oiseau qui veut faire sortir son petit... elle pousse énormément...et... boum ! Le petit tombe dans un seau... le seau est tout rouge... il a mal partout le petit... on le prend par les pattes mais lui n'aime pas ça...il en a marre de tester la tête en bas... […] L maman-oiseau a très mal... elle le lèche... il devient tout doux, comme un petit chat et elle est aussi comme une chatte... comme une panthère, allongée aussi... elle a très mal...lui veut téter mais il ne peut pas... »

Dans l'article consacré au perroquet nous développons le sens de cette séquence, dont il suffit, ici, de remarquer qu'elle expose clairement la chaîne d'associations : queue-serpent- métamorphose-chat-mère-enfant.

Ramon est l'aîné de six enfants. Il souffre d'une frustration d'amour parental justifiée. Son quatrième rêve confirme le chat dans son rôle de représentation d'un membre de la constellation familiale. En fait, dans ce cas, le symbole condense l’image du frêne, celle du rêveur lui-même et la tendresse que Ramon n'a pas connue : « ... maintenant, je vois le studio de mon frère... j'ai l'image d'un chat aussi... et celle de mon frère, de l'un de mes frères... il est devant la télé... il se retourne, il a un chat dans les bras... il est souvent devant la télévision... il a une attitude passive qui m'irrite... il a des problèmes et ne fait rien pour s'améliorer... maintenant, je vois le visage de ma mère, qui regarde mon frère... c'est drôle, parce que je vois ma mère adulte et mon frère enfant... un petit enfant... elle le prend dans ses bras... l'image se fige... elle s'arrête là... pour moi, elle est inconfortable... un peu comme lorsqu'on se trouve en présence de deux personnes qui s'embrassent et qu'on ne sait pas quelle attitude adopter... et, maintenant, je vois mon frère dans les bras de mon père !... [long silence]... Je souhaiterais, moi aussi, être pris dans les bras de mon père et de ma mère !... »

Ces extraits forment un raccourci fidèle et saisissant d'une très longue séquence. Ils permettent de diriger l'attention vers une autre facette de la symbolique du félidé : la passivité. Si l'on ajoute à la passivité la touche de sensualité inséparable de l'image du chat, il est permis de dire : lascivité ! La structure du quinzième scénario d'Anne est très révélatrice. Plusieurs rêves, faits par d'autres personnes, se développeront sur le même modèle : dans la première moitié de la séance, le chat apparaît, lié à la passivité, voire à la lascivité, le rêveur ou la rêveuse se complaisant dans l'attente d'une solution magique de sa problématique. Dans une seconde partie du rêve, la personne s'engage courageusement dans une épreuve douloureuse et salvatrice. Voici le début du scénario d'Anne : « Je me suis sentie tirée par le cou, comme on prend un petit chat et jetée en prison... en fait c'est juste l'idée car ce n'est pas une prison... je suis dans le ciel ! J'ai été tentée d'atterrir sur un nuage... mais non ! J'atterris sur un chapiteau doré, comme dans les contes de fées, avec des voiles qui flottent aux fenêtres... Y a une musique féerique, très douce... c'est un palais arabe des mille et une nuits, avec des tigres ! Je suis la reine du château... ou la courtisane, car je ne suis pas une reine qui gouverne ! Non ! Je suis là pour être bien, en sécurité... j'ai un petit chat blanc, comme une boule de poils... je mène une vie facile, je me repose... on ne me demande rien... alors, je peux prendre le temps de me détendre, de ne rien faire... » Derrière ces images, fréquentes, par lesquelles la rêveuse s'installe dans le rôle de reine, de princesse ou de courtisane, accompagnée du chat, il est facile de pressentir le proche aveu de l’usurpation œdipienne. . La patiente est prête à reconnaître qu'elle s'est inconsciemment placée sur le trône de la mère-reine. S'il fallait un exemple de scénario produit par un homme et susceptible de convaincre de la valeur féminine du chat, nous choisirions une séquence du vingt-deuxième rêve de Ludovic, repris dans l'article consacré au sexe de femme. Les images ,'exigent pas de commentaire ! Elles se structurent autour de la chaîne d'associations : sexe-serpent-voile-femme-chat-métamorphose-sorcière-magie-Égypte. Les ressentis de castration sont aussi très évidents : « Je vois un homme avec lequel j'ai eu une expérience homosexuelle... il est dans une cave... à côté, il y a un squelette... une momie... peut-être une momie de femme encore vivante !... Elle a des voiles transparents... il y a un serpent près d'elle... je mets mon doigt dans le sexe de la momie, qui se tord... elle devine tune boule de feu... qui brûle mon index et disparaît... je n'ai plus qu'un bout d'index … je deviens un gros chat... je marche sur l'homosexuel, je l'écrase... et je passe par la fenêtre ouverte avant de devenir très gros... e m'envole, comme une sorcière sur son tapis volant... […] Maintenant, je suis un jeune chef Peau-Rouge... je suis androgyne.. j'ai le ventre ballonné parce que je suis enceinte... […] Et je suis Osiris, un dieu-aigle égyptien... mes pieds sont des palmes de canard... »

Faut-il rappeler que le corps d'Osiris, jeté dans le Nil après avoir été dépecé par Seth, sera reconstitué par Isis qui en aura retrouvé tous les morceaux, à l'exception du pénis qu'un poisson avait avalé ?

Le rêve associe fréquemment le chat à des images puisées dans la mythologie égyptienne. Là, le chat rejoint le décor qui lui convient le mieux : celui du mystère ! Mystère des temples et d'une civilisation dans laquelle le meurtre d'un chat était puni de supplices et de mort, mystère de l'inconscient qui restitue des connaissances réputées perdues... mystère du chat.

Le chien, parfois, se substitue au Vieux Sage dans la dynamique de franchissement du seuil. Il prend alors le rôle de gardien du seuil, adoptant la même attitude volontairement ambivalente d'interdiction et de permission. Le chat s'inscrit aussi dans quelques scènes de franchissement mais il y assume plus volontiers un rôle d'accompagnateur actif que celui de gardien. Cela n'a rien qui puisse surprendre, d'un animal dont la vocation symbolique première est d'incarner le mouvement évolutif.

*

Lorsqu'il reçoit des images du chat, le praticien à l'écoute du rêve doit en toutes circonstances se rappeler qu'il est en présence d'un indice de transformation, de flexibilité, d'un agent zélé favorisant le passage d'une forme de l'être à d'autres formes de l'être. Son regard se posera d'abord sur le rêve à travers cette optique. Il s'en trouvera généralement éclairé. Au-delà de cette vision globale, le chat imaginé conduira sa réflexion :

  • soit vers l'analyse des rapports du rêveur ou de la rêveuse à la cons