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  • Anne

Le Dragon de la Terre



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Dans L'Oracle des Druides, Comment utiliser les animaux sacrés de la tradition druidique (Édition originale 1994 ; traduction française Guy Trédaniel Éditeur 2006) de Philip et Stephanie Carr-Gomm, les mots-clefs qui définissent ce dragon de la terre (Draig-talamh) sont :


- Pouvoir

- Potentiel

- Richesse.


La carte représente un dragon enroulé dans sa caverne, gardant un trésor. Un vieux villageois écossais de Penllyne, mort au début du siècle, assurait que son père et son oncle avaient tué de tels dragons. Il les avait vus étant enfant enroulés sur eus-mêmes dans leur sommeil, "paraissant couverts de bijoux de toutes sortes. certains avaient des crêtes resplendissant de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel." Quand on les dérangeait, ils s'éloignaient doucement en glissant vers leur cachette, "scintillant de mille éclats."

Le dragon de la terre nous confronte à nos propres potentiels. Nous apprenons avec lui à utiliser les talents et ressources qui sont amassés en nous. Le gardien de ce trésor nous a peut-être jusque-là empêchés de nous en approcher, mais nous sommes prêts à comprendre qu'il ne représente qu'un des aspects de notre personnalité. Apprenons à le connaître et à l'aimer ; il nous montrera les secrets de notre cœur. Nous décèlerons alors plus facilement la force et la beauté qui se cachent dans le cœur des autres.



Renversée, la carte indique peut-être que vous n'utilisez pas la bonne méthode pour accéder à vos richesses intérieures. Le dragon de la terre garde les trésors de votre âme avec férocité, mais il est votre allié et non pas votre ennemi. N'essayez pas de le tuer ni de lui arracher le trésor de force. Vous devez peut-être consacrer un peu de temps à vous familiariser avec cette créature assoupie en vous depuis si longtemps. Abordez l'exploitation de vos talents et potentiels avec sagesse et n'essayez pas d'en récolter les fruits avant l'heure.


Le Dragon de la Terre dans la Tradition

Le dragon attendra dans le tumulus,

vieux et plein de richesses

Beowulf


La grande silhouette calcaire du Cheval Blanc d'Uffington, en Oxfordshire, domine la colline du Dragon. On raconte que Saint Georges tua là un dragon dont le sang empoisonne encore la colline et empêche l'herbe de pousser à plusieurs endroits du sommet. Certains suggèrent que le cheval stylisé représente en fait un dragon. Vrai ou pas, il reste que le cheval et le dragon sont associés pareillement à l'énergie terrestre, à la puissance du sol.

Bien que quelques dragons légendaires ne soient associés qu'à un seul élément, beaucoup d'autres bénéficient des caractéristiques de tous les éléments ; ils dorment dans des trous d'eau, s'enroulent autour des collines pendant la journée et s'envolent dans le ciel ou crachent des flammes à volonté. D'essence alchimique, ils symbolisent les énergies et les pouvoirs cachés en nous et dans notre environnement.

Les paysages ne sont pas figés mais changent continuellement ; certains spécialistes ont avancé l'idée que les druides pratiquaient un équivalent du Feng-Shui, cette science chinoise qui fait partie de ce qu'on appelle la géomancie. Elle requiert la connaissance des "lignes du dragon" - courants d'énergie qui sillonnent la terre. Elle consiste à ajouter les traits morphologiques qui manquent au paysage ou à supprimer ceux qui gênent, pour créer l'atmosphère le plus harmonieuse possible : agréable au niveau esthétique et bénéfique à l'énergie de la région. Les alignements préhistoriques et les courants d'énergie sont donc peut-être à l'origine des dragons. On essaie dans ce cas de les "mater" en pratiquant cette acupuncture terrestre, piquant des baguettes de fer à certains endroits du sol pour contrôler ou faire dévier les mauvais courants de la région.


Les Gardiens de Menhirs

Vénérant la terre pour sa puissance, on y élevait autrefois des menhirs, tumulus, cromlechs et dolmens. On enterrait des objets précieux dans les tumulus, où ils accompagnaient l'âme des chefs et des guerriers après leur mort. Les druides invoquaient probablement les esprits pour leur demander de garder ces trésors, comme le faisaient en Égypte les prêtres pour empêcher les tombes royales d'être profanées. Avec le temps, ces gardiens sont peut-être devenus les monstrueux dragons légendaires qui gardent jalousement les trésors de stumulus du "Dragon's Hour" dans l'Oxfordshire, du "Old Field" dans le Shropshire, du "Drakelow" dans le Derbyshire et le Worcestershire, et du "Drake Howe" dans le Yorshire. On parle même d'un long tumulus où seraient enterrés les ossements d'un dragon tué à Walmsgare (venant du mot Wormsgate, signifiant en anglais "Seuil du Dragon") dans le Lincolnshire.

Trésor caché et Quête intérieure

On a aussi enterré des trésors sous certaines collines surveillées par des dragons comme à Wormelon Tump dans le Herefordshire et Money Hill-on-Gunnarton Fell, dans le Northumberland. On dit dans le Sussex qu'un monceau d'or est enterré à Cissbury sous le fort datant de l'âge du fer ; on peut l'atteindre par un passage souterrain long de trois kilomètres, mas personne n'a jamais pu le trouver car deux dragons, veillant au milieu du souterrain, en empêchent l'accès.

La croyance dans les dragons gardiens de trésor est encore plus forte au Pays de Galles qu'en Angleterre, mais les dragons gallois vivent plutôt dans les forêts épaisses et sur les collines isolées que dans les tumulus et sous les monuments de pierre. Il est intéressant de noter que contrairement aux dragons de l'air, du feu et de l'eau, les dragons de la terre n'ont pratiquement jamais aucun contact avec les hommes : personne n'essaie de les tuer car ils ne saccagent pas la campagne. Ils restent cachés et inactifs à condition qu'on ne les dérange pas. Ils ne sont pas cruels mais ressemblent aux volcans endormis, pouvant un jour se réveiller et devenir dangereux. l'un d'eux sommeille peut-être en chacun de nous, protégeant la splendide essence de notre Moi et de nos potentiels. Il en refuse parfois l'accès à notre propre conscience.

Le dragon de la terre, vivant parfois enroulé autour des collines, imprime la forme en spirale de son corps sur leurs flancs, comme à Glastonbury Tor ou Bignor Hill dans le Sussex. Selon la légende, la colline de Wormington prit sa forme actuelle lorsque le dragon de Linton se contracta autour d'elle en mourant. Ces spirales de terre symbolisent parfaitement la quête intérieure et spirituelle.

Il existe un lien entre le dragon qui sommeille enroulé autour de la colline ou qui veille sur le trésor de notre cœur et la créature que nous découvrons au centre de la spirale o u labyrinthe. Gardiens du seuil, ils représentent différents aspects de nous-mêmes. Nous devons les respecter et les aimer mais aussi leur faire face, et dans un certain sens les dominer. Les spirales et labyrinthes, dans leur forme classique, à sept anneaux comme celles des sculptures du XVIe siècle d'Hollywood en Irlande et de Tintagel en Cornouailles ou dans la forme archaïque à trois anneaux apparaissant à Newgrange en Irlande et à Achnabreck en Ecosse, représentent de l'avis général le voyage des incarnations successives de l'âme. Essayons de faire face, avec sincérité et humilité, au dragon qui garde le trésor de notre âme et de l'Autre Monde. Il nous conduira peut-être au cœur du monde, à travers le labyrinthe, vers le courage et l'inspiration dont nous avons besoin pour renaître dans l'espace et le temps."

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Selon Gilles Wurtz, auteur de Chamanisme celtique, Animaux de pouvoir sauvages et mythiques de nos terres (Éditions Véga, 2014),


"Le dragon de la terre était pour les Celtes un dragon important et puissant vêtu d'un magnifique manteau d'écailles couleur terre. Il n'est pas toujours doté d'ailes et aime se lover bien au chaud dans des cavités naturelles sous terre. Le dragon de la terre avait le statut de gardien de la terre et, en tant que tel, il avait une influence sur elle. Les Celtes disaient par exemple qu'un tremblement de terre ou un glissement de terrain était dû au dragon qui remuait de mécontentement suite à une mauvaise action contre la terre. Les hommes étaient alors invités à faire une cérémonie pour réparer cette action préjudiciable la terre et retrouver un équilibre avec elle.


Applications chamaniques celtiques de jadis

Le dragon de la terre était souvent le dragon le plus vénéré par les Celtes. Gardien de la terre, il la servait et la protégeait des agressions. Avant d'entreprendre l'extraction de minerai, les Celtes faisaient un rituel sur le lieu, avec des offrandes et des prières, pour prévenir la terre de leurs intentions et lui demander d'accepter de leur donner ce matériau de ses profondeurs. Ils s'assuraient également d'avertir le dragon gardien de la terre, pour ne pas provoquer son courroux. Les extractions se faisaient ensuite avec beaucoup de respect ; elles étaient rythmées par des offrandes et des prières régulières à kl'esprit de la terre et à son dragon gardien pour les remercier et entretenir la bonne entente existante. aussi, avant de défricher une forêt ou de cultiver une terre, les Celtes organisaient une cérémonie spécifique pour demander l'accord de la terre et la bienveillance du dragon gardien.

Chaque sorte de dragons avait des vertus médicinales propres, l'esprit du dragon de la terre était sollicité par nos ancêtres pour aider à soigner les problèmes liés à l'élément terre chez un être humain, c'st-à-dire des affections de l'ossature, de la dentition et de tous les organes en lien avec l'alimentation et la digestion qui contribuaient à assimiler la nourriture produite par la terre. certains guérisseurs et chamans étaient devenus des spécialistes, alliés aux dragons liés aux éléments. Relayant leurs énergies, ils dispensaient des soins très ciblés. Des urgences, telles fractures, rages de dents, empoisonnements ou intoxications alimentaires étaient alors traitées par un guérisseur ou un chaman secondé par l'esprit du dragon.


Applications chamaniques celtiques de nos jours

De nos jours encore, l'esprit du dragon de la terre peu aider un praticien en chamanisme celtique à soulager et à guérir les problèmes ou urgences liés à l'énergie de la terre comme ceux cités ci-dessus.

Là où l'homme déboise, défriche, construit, pratique la culture intensive, il pourrait consulter l'esprit de la terre, et réapprendre à le prendre en compte et à le respecter et non plus à s'imposer.

Dans les endroits où l'homme creuse la terre pour extraire pétrole, charbon et métaux rares, il serait bénéfique de demander son accord et surtout ses recommandations... pour éviter de l'épuiser. Et peut-être serions-nous guidés tout naturellement vers des alternatives salutaires pour tous...

Au niveau individuel, grâce à la pratique chamanique celtique, l'esprit du dragon de la terre est un guide avisé qui peut nous aider à labourer nos terres intérieures dans le respect de notre être profond.


Mot-clef : La terre"

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