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  • Anne

Le Lombric




Étymologie :

  • LOMBRIC, subst. masc.

Étymol. et Hist. Fin xiie s. plur. lumbris (Guischart de Beaulieu, Sermon, éd. A. Gabrielson, 51) ; 1555 lombrics (Evon., Tresor, c. vi ds Gdf.). Empr. au lat. lumbricus « ver de terre, ver intestinal ».

  • VER, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. a) Ca 980 verme « larve de certains insectes qui ronge le bois » (Jonas, éd. G. de Poerck, 155) ; b) 1538 ver à soie (Est., s.v. bombyx) ; 1512 ver coquin « délire, fantaisie, colère » (Gringore, Prince des Sotz, Moralité, I, 261 ds Hug.) ; 1538 ver coquin « larve qui ronge la vigne » (Est., s.v. volucra ); 1556 ver luisant « insecte qui jette une lueur dans l'obscurité » (Belleau, Petites inventions, Le Ver luisant de nuict ds Œuvres poét., éd. Ch. Marty-Laveaux, t. 1, p. 70) ; c) 1488 [éd.] « remords » (La Mer des hystoires, t. 1, f°24a ds Gdf. Compl.) ; 2. a) ca 1150 verm « lombric terrestre ; tout animal qui offre une conformation analogue à celle du lombric » (Wace, St Nicolas, éd. E. Ronsjö, 1531) ; 1530 ver de terre (Palsgr., p. 290) ; b) 1225-30 nu come vers « entièrement nu » (Guillaume de Lorris, Rose, éd. F. Lecoy, 443) ; 1611 nu comme un ver (Cotgr.) ; 3. 1174-76 ver « vermine » (Guernes de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, 1459 et 3973) ; 4. a) fin xive s. ver « parasite en forme de ver qui se développe dans le corps de l'homme et des animaux » (Aalma, 7.014 ds Roques t. 2, p. 240) ; 1714 ver solitaire « ténia » (N. Andry, De la génération des vers dans le corps de l'homme, p. 81 ; cf. éd. 1700, p. 90 : ce qui [...] l'a fait nommer solium ou solitaire) ; b) 1405 tirer les vers du né à qqn ,,faire parler, questionner habilement`` (Christine de Pizan, Trois vertus, éd. C. C. Willard, 210, 91) ; c) ca 1850 tuer le ver « boire à jeun un verre d'alcool » (Murger ds Larch. 1859). Du lat. vermis « ver ».


Lire aussi les définitions de ver et de lombric pour amorcer la réflexion symbolique.




Zoologie :

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Symbolisme :


D'après Le Livre des symboles, réflexions sur des images archétypales (2010) dirigé par Ami Ronnberg et Kathleen Martin, avec le concours des auteurs de ARAS,


"Qui respecte vraiment le ver de terre,

Cet ouvrier qui oeuvre profondément sous l'herbe.

Il conserve la terre toujours changeante. Il besogne tout rempli de terre,

Muet de terre, et aveugle.


C'est le fermier d'en dessous, le souterrain,

Là où les champs se font tailler leurs habits de moissons.

Qui le respecte vraiment,

Ce calme travailleur des profondeurs,

Cet éternel fermier gris et minuscule dans la terre de cette planète."


Harry Martinson, The Earthworm ("Le Ver de terre")


La petite figure féminine enveloppée dans son linceul représente la "matrone argile", ou la Mère terre qui, ne faisant qu'un avec le ver qu'elle nourrit, est le "lombric", la forme de matière la plus humble. Cependant, conformément au principe alchimique "ce qui est en haut est comme ce qui est en bas", dans l'imaginaire de Blake le ver de terre est autant une demeure du divin que l'aspect le plus noble des cieux (Raine).

Le ver de Blake incarne le complexe symbolique qui s'est formé autour de ce petit animal simple. Les vers sont des créatures sans pattes, nues, tubulaires et segmentées appartenant à de nombreux phylums. Leur physiologie primitive, leurs mouvements ondulatoires et leur aspect souvent visqueux sont autant de facettes qui nous troublent. Autonomes ou parasites, on les confond souvent avec des larves d'insectes tels que les asticots.

L'oeuvre discrète du ver, la décomposition de la matière, en fait une métaphore de la destructivité insidieuse. Le ver a été associé symboliquement avec la mort et la décomposition, au grignotement des cadavres et à la peur de l'ensevelissement. On retrouve ce sentiment d'horreur dans le poème en vieux norrois Volupsa, appartenant à l'Edda poétique : "Des gouttes de poison tombent du plafond ; les murs de la salle sont constitués de corps de vers" (CW 14 : 482). Pourtant, les caractéristiques singulières du lombric qui répugnent bon nombre d'entre nous sont également celles qui le rendent si précieux pour la nature. Les chemins qu'il creuse sous terre et ses excrétions aèrent le sol et le préparent à la germination des semences.

L'alchimie associait le lombric à la phase de putrefactio, évoquant la décomposition des attitudes dysfonctionnelles "trop mûres" afin de préparer le terrain psychique de l’individu à la régénération organique. Dans un certain nombre de mythes de la création, une nouvelle vie émerge des vers qui se nourrissent du cadavre d'un être primordial. De même, dans le mythe du Phénix, la première créature à émerger des cendres est un minuscule ver, évocation de la "chose méprisée" qui, paradoxalement, est la source du potentiel lumineux de la personnalité.

En raison de son humilité, "de sa proximité à la terre" et de sa vulnérabilité, les hommes associent le lombric à la soumission, voire à la flagornerie ainsi qu'aux comportements "mous". Se sentant abandonné par Dieu, le psalmiste hébreu s'écrie : "Et moi, je suis un ver non un homme, l'opprobre des hommes et le méprisé du peuple" (Psaume 22 : 6). Pourtant, pour les Chrétiens, le même verset renvoie à "l'élu", le Messie. A l'instar de la mouche et du grain de sable, le ver de terre est l'image du punctum ; le point le plus petit où réside l'éternité (Raine). Insignifiant et divin, il incarne la mutabilité de la terre et de tout ce qui vient de la terre. La beauté, la vie et le psychisme sont sujets au changement, au déclin et à la désintégration. toutefois, le ver pouvant régénérer ses segments perdus en en développant de nouveau, la terre qu'il habite devient le terrain de la renaissance."


Légende de l'illustration The Worm in Her Winding Sheet ("Le ver dans son linceul") : "Blake enjoint le lecteur à reconnaître Dieu dans ses créatures les moins évoluées "... car il se fait ver pour nourrir les plus faibles." (Raine)


Kathleen Raine, Blake and Antiquity, Princeton, NY, 1977 /

Kathleen Raine, Blake and Tradition, Princeton, NY, 1968

Kathleen Raine, William Blake, trad. N. Tisserand et M. Oriano, Paris, 1975.

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Pour Melissa Alvarez, auteure de A la Rencontre de votre Animal énergétique (LLewellyn Publications, 2017 ; traduction française Éditions Véga, 2017), le Lombric est défini par les caractéristiques suivantes :


Traits : Le Ver de terre symbolise le fait que les petites choses peuvent signifier beaucoup. Le ver de terre est sans doute petit, mais il contribue à donner forme au sol. Il n'a pas de poumons, c'est donc par la peau qu'il respire. Tout son corps correspond à son système digestif, constitué de 90 % d'eau, et il vit sous terre. Il prend sa nourriture dans la terre et donne en retour de quoi nourrir le sol sous forme de potassium et d'azote. Le ver de terre est le jardinier du sol, qu'il nettoie et nourrit, ce qui nous évoque une nouvelle croissance et le renouveau.


Talents : Profond penseur ; Nettoyage ; Compassion ; Termine une tâche avant d'en commencer une nouvelle ; Fait attention aux détails ; Examine ; Jardine ; Croissance ; Optimiste ; Émotions intenses ; Persévérant ; Revitalisation ; Sensible aux vibrations ; Sincérité ; Modeste.


Défis : Froideur ; Se cache dans l'obscurité ; Inhibitions ; Manque d'ambition ; Repli sur soi ; Indifférent ; Vulnérable ; renfermé.


Élément : Terre.


Couleurs primaires : Brun ; Rouge.


Apparitions : Lorsque le ver de terre apparaît, cela veut dire que vous devez prendre le temps de voir les petites choses qui font partie de votre existence. Regardez attentivement et intégrez les détails infimes : retournez-les et travaillez de la même façon que vous vous occupez d'un jardin. Ce n'est qu'en travaillant une situation que vous pouvez l'amener à se résoudre de façon valable. Cultiver et prendre soin de votre existence avec amour, joie et bonheur permet une nouvelle croissance. Vous pouvez avoir l'impression que les efforts que vous faites ne sont pas grand-chose et ne donnent rien, mais ce que vous faites va redonner forme à votre environnement ! L'apparition du ver de terre signifie qu'il vous faut creuser profondément et avancer doucement et méthodiquement pour pouvoir faire des progrès substantiels et durables. Vous êtes persévérant dans l'attention que vous portez aux détails. Vous êtes un gardien de la nature, vous éprouvez de la joie à aider les autres et les animaux, et vous vous battez souvent pour des causes qui auront un impact positif sur l'environnement. Le ver de terre vous encourage à un nettoyage aussi bien physique qu'émotionnel, et à libérer tout ce qui obstrue votre organisme. Il vous met en garde contre les personnes qui pourraient essayer de profiter de vous, aussi soyez prudent envers ceux qui soudain se mettent à avoir un vif intérêt pour vous et pour ce que vous faites.


Aide : Si vous cherchez à comprendre ce que signifie une situation ou à discerner vos propres sentiments, le ver de terre vous aide à regarder en vous pour y trouver les réponses que vous recherchez. Il vous aide à être plus patient avec votre entourage. Si vous êtes en train d'étudier un nouveau sujet, il vous encourage à l'approfondir. Il peut contribuer à ce que vous restiez concentré sur votre voie, vous aider à voir les détails et vous rendre plus sensible à votre propre fréquence et à celle des autres. Le ver de terre ne se fatigue pas dans son travail, il peut vous donner une énergie qui vous stimule lorsque vous en avez besoin. C'est un rappel que parfois vous devez vous salir pour amener une nouvelle croissance. Le ver de terre peut vous accompagner si vous devez travailler avec d'autres animaux, parce qu'il vous donne de la patience, la capacité à voir les plus petits changements dans leur comportement et la faculté de vous connecter à eux par empathie.


Fréquence : L'énergie du ver de terre est fraîche et glissante. Elle donne la sensation d'un lourd silence qui vous enveloppe, mais sans rien de suffocant. Elle est semblable à une chaude couverture par une journée froide d'hiver. La sonorité du ver de terre ressemble à un cliquetis étouffé dont la résonance vous traverse.


Imaginez...

Vous êtes en train de faire un parterre de fleurs, vous êtes donc en train de creuser le sol pour le préparer à recevoir les plants que vous avez achetés. Vous êtes tout excité par ce projet et vous avez du mal à attendre de voir les fleurs écloses dans leurs vibrantes couleurs. Tout en creusant, vous êtes en train de penser à des choses qui se passent dans votre vie, lorsque vous remarquez un gros ver de terre qui avance le long d'une motte. Vous le ramassez et il se tortille autour de votre main. Comme vous êtes déjà dans le mode contemplatif, vous observez cette petite créature. La sensation est fraîche au toucher, du genre caoutchouteux et luisant. Puis il semble se recroqueviller dans la paume de votre main, où il s'installe. Vous ressentez son énergie qui résonne dans votre bras. Il est si vulnérable couché dans votre main que vous avez envie de le protéger. Vous vous approchez d'un buisson pas loin de votre parterre de fleurs et vous creusez un petit trou. Vous mettez le ver de terre dans le trou que vous recouvrez légèrement de terre pour qu’il ne se dessèche pas. Vous êtes heureux d'avoir pris le temps d'observer une petite chose de la vie.

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Symbolisme celte :


Selon Gilles Wurtz, auteur de Chamanisme celtique, Animaux de pouvoir sauvages et mythiques de nos terres (Éditions Véga, 2014),


"On trouve en moyenne 1 à 2 tonnes de vers de terre par hectare de terrain, cela peut aller dans certains cas jusqu'à plus de 5 tonnes.

Aujourd'hui, les chercheurs ont établi que la biomasse totale des lombrics est supérieure à celle de tous les animaux terrestres réunis. Il y aurait en France une tonne de vers de terre à l'hectare en moyenne, alors que l'homme ne représente que 55 kilos sur la même surface. Ils peuvent creuser jusqu'à 5 000 kilomètres de galeries par hectare. En France, les vers de terre font passer 270 tonnes de terre par hectare et par an dans leur tube digestif, ce qui fait d'eux des composteurs indispensables pour l'ensemble de la nature.

En Amérique centrale et du Sud, certains vers de terre peuvent atteindre les 3 mètres.

Le ver de terre est considéré comme une espèce indispensable à la vie, comme les abeilles et les araignées. Malheureusement dans des zones agricoles où les pesticides sont utilisées on a constaté une diminution massive de la population des vers de terre : de 2 tonnes par hectare, elle ne représente plus que 50 kilos. Cette diminution est catastrophique pour la santé de nos écosystèmes.


Applications chamaniques celtique de jadis

Les Celtes, qui avaient une grande connaissance du règne animal, respectaient le rôle et l'importance du ver de terre. Il contribue à aérer la terre en l'ingurgitant et en la rejetant, elle est alors mélangée, affinée, compostée et enrichie. Conscients de la masse de terre qui peut être transformée par le ver de terre, les Celtes l'ont logiquement assimilé au ventre de la Terre. Mais il remplit une autre fonction indispensable : il permet et favorise le drainage du sol en facilitant l'infiltration de l'eau, notamment grâce aux innombrables galeries qu'il creuse. De même, les Celtes savaient qu'il était le véritable poumon de la terre, puisqu'il l'aérait constamment et lui permettait de respirer. Ils priaient donc l'esprit du ver de terre de continuer à prendre soin de la terre pour que les sols ne cessent de s'enrichir afin de donner de bonnes récoltes.

Fermiers, paysans, agriculteurs le priaient de répandre ses bienfaits dans leurs terres. fait intéressant : ces travailleurs de la terre le consultaient régulièrement à travers leur pratique chamanique pour améliorer et développer leur propre relation avec la terre.


Applications chamaniques celtique de nos jours

A notre époque, le ver de terre est toujours aussi important et vital pour la terre. Il est toujours le ventre et le poumon de la terre. A ce titre, il a beaucoup à nous apprendre. Personne ne connaît mieux la terre que lui. Voici bien un des esprits avec lesquels il est urgent de renouer... afin de retrouver une relation bienveillante et respectueuse avec la terre.


Mot-clef : Le poumon et le ventre de la terre."

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Littérature :


Le lombric

Dans la nuit parfumée aux herbes de Provence,

le lombric se réveille et bâille sous le sol,

étirant ses anneaux au sein des mottes molles

il les mâche, digère et fore avec conscience.

Il travaille, il laboure en vrai lombric de France

comme, avant lui, ses père et grand-père ; son rôle,

il le connaît. Il meurt. La terre prend l'obole1

de son corps. Aérée, elle reprend confiance.

Le poète, vois-tu, est comme un ver de terre

Il laboure les mots, qui sont comme un grand champ

où les hommes récoltent les denrées langagières ;

Mais la terre s'épuise à l'effort incessant !

sans le poète lombric et l'air qu'il lui apporte

le monde étoufferait sous les paroles mortes.

Jacques Roubaud, « Le Lombric », Les Animaux de tout le monde, 1990.

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Dans Le Dieu perdu dans l'herbe, le philosophe Gaston-Paul Effa rapporte son initiation auprès d'une guérisseuse pygmée, nommée Tala. C'est l'occasion pour lui de remettre en question son enseignement, en particulier son rapport au langage. Il définit ainsi les mots à ses élèves :


"Le mot est comme la lumière du jour qu'il faut apprendre à aimer. La parole doit être respectée éperdument, tel l'insecte venu se poser sur la pierre, tel le ver de terre couché à même le creux du monde, descendant dans sa boue épaisse, mélangeant dans son propre corps la terre avec la pluie. Il faut vider sa bouche de toute parole pour pouvoir nommer le grain de pollen collé au ventre d'une abeille, le papillon qui défroisse ses ailes entre deux feuilles. Il faut offrir aux mots un lieu où se loger, un endroit du corps où attendre comme dans une précaire chapelle de sang et de chair."

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