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  • Anne

Le Cristal de roche





Étymologie :

  • CRISTAL, AUX, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1100 « quartz hyalin » (Roland, éd. J. Bédier, 1263); b) id. « ornement fait en cette matière » (ibid., 2296) ; 2. xive s. « verre d'une grande transparence » (de Laborde, Émaux, p. 234 ds Littré) ; 3. 1690 chim. plur. « sels cristallisés à l'apparence de roches cristallines » (Fur.) − 1798, Ac. ; 4. 1889-1901 « carbonate de sodium en morceaux utilisé pour le nettoyage » (DG). Empr. au lat. crystallus « glace ; cristal de roche ; objet en cristal » (gr. κ ρ υ σ τ α λ λ ο ς « glace, cristal »).

  • QUARTZ, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1729 quertz (L. Bourguet, Lettres philosophiques sur la formation des sels et des crystaux, Amsterdam d'apr. FEW t. 16, p. 428b) ; 1749 quartz (Buffon, Hist. nat., t. 1, p. 263). Empr. à l'all.Quarz, de même sens (att. dep. le xive s., v. Kluge 20, Duden Etymol.).


Lire aussi les définitions du cristal et du quartz pour amorcer la réflexion symbolique.




Lithothérapie :


Synthèse sur les propriétés du Crsital de roche ou Quartz réalisée par la Librairie L'Or du Temps de Grenoble :


Propriétés énergétiques : 3ème œil ; Conscience ; Esprit clair ; Méditation ; Centrage et alignement des énergies dans le corps ; Réaligne les corps éthériques ; Déblocages énergétiques ; Pierre programmable.


Vertus physiques : Stimule le système nerveux et les glandes ; Atténue les douleurs et les tuméfactions ; Favorable à l'estomac et aux intestins ; Facilite la digestion.


Purification : Eau distillée salée. Purification indispensable avant tout travail nécessitant une reprogrammation.


Rechargement : Beaucoup de soleil (attention aux sphères-loupe => risque d'incendie).

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Symbolisme :


D'après le Dictionnaire des symboles (1ère édition 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"Le cristal est un embryon : il naît de la terre, du roc ; selon la minéralogie indienne, il se distingue du diamant par son degré de maturité embryologique : le cristal n'est qu'un diamant insuffisamment mûr.

Sa transparence est un des plus beaux exemples d'union des contraires : le cristal, bien qu'il soit matériel, permet de voir à travers lui, comme s'il n'était pas matériel. Il représente le plan intermédiaire entre le visible et l'invisible. Il est le symbole de la divination, de la sagesse et des pouvoirs mystérieux accordés à l'homme. Ce sont des palais de cristal que les héros de l'Orient ou de l'Occident rencontrent au sortir des sombres forêts dans leur quête d'un talisman royal. Une même croyance unit le quartz tjuringa des initiés australiens au Saint-Graal de la chevalerie occidentale taillé dans l'émeraude mystique.


Il n'est pas téméraire de rapprocher de ce point de vue celui du chamanisme océano-australien, voire nord-américain, qui fait du cristal de roche des pierres de lumière, détachées du Trône céleste, et des instruments de la clairvoyance du chaman. A Bornéo, le chaman Dayak utilise, pour découvrir l'âme du malade, différents objets magiques, dont les plus importants sont des cristaux de quartz : bata ilau (ou pierre de lumière).

A Donu (Mélanésie), le guérisseur perçoit dans le cristal la personne qui a provoqué la maladie, qu'elle soit vivante ou trépassée. En Australie, les cristaux de roche, qui jouent un rôle important dans initiation de l'homme-médecine, sont d'origine céleste... Ils sont fréquemment considérés comme des fragments détachés du trône de l'Être suprême céleste. Même croyance chez les Negritos de Malacca. Chez les Semang et les Dayak, les chamans ont des pierres-lumière, qui reflètent tout ce qi arrive à l'âme du malade et, partant, où elle se trouve égarée. Chez les Negritos, le guérisseur voit aussi la maladie dans les cristaux. Ces cristaux sont censés habités par des esprits qui montrent la maladie.

En étroite relation avec le serpent arc-en-ciel, ils octroient la faculté de s'élever au ciel. même symbolisme chez les Indiens d'Amérique. Le cristal est ainsi considéré comme une substance sacrée d'origine ouranienne, comportant des pouvoirs de clairvoyance, de sagesse, de divination et la capacité de voler. Les hommes-médecine d'Australie et d'ailleurs rattachent d'une manière obscure leurs pouvoirs à la présence, à l'intérieur même de leur corps, de ces cristaux.

Les pierres transparentes ou translucides telles que le cristal de roche, ou quartz, l'obsidienne, la diorite du sud, sont employées traditionnellement chez les Indiens de la Prairie comme talismans et producteurs de vision : ils facilitent la transe, laquelle permet la perception de l'invisible. Chez les Navaho c'est le cristal de roche qui, le premier, élève le soleil, illuminateur du monde. Chez les Maya, des prêtres lisaient l'avenir dans des fragments de cristal de roche immergés dans une coupe d'hydromel, pour qu'il éveille à la conscience.

Dans la chrétienté, la lumière pénétrant le cristal est une image traditionnelle de l'Immaculée Conception : Marie est un cristal, son fils, la lumière céleste ; ainsi la traverse-t-il toute sans pourtant la briser (Angelus Silesius).

[...]

Dans le même ouvrage, à l'entrée quartz, on peut lire qu'il "symbolise l'élément céleste dans les initiations. L'eau sacrée et puissante, dans les rituels initiatiques des medecine-men australiens, est considérée comme du quartz liquéfié. (Mircea Eliade, Significations de la Lumière intérieure dans Eranos Jahrbuch, 1957, 26, p. 195)."

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Selon Le Livre des superstitions, Mythes, légendes et croyances (Éditions Robert Laffont, 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani,


Pour de nombreux peuples d'Australie, d'Indonésie ou d'Amérique du Nord, le quartz, qui a une valeur amulettique, passe pour "des fragments détachés du ciel, ou du trône céleste : il est l'instrument de la clairvoyance des chamans". Certains lui attribuent une origine très ancienne : le quartz aurait été découvert en Atlantide.

Selon les Basques, qui appellent le quartz « fiente d'étoile », il faut l'extraire de sa gangue une nuit de pleine lune pour qu'il ait des pouvoirs bénéfiques. Dans la tradition russe, il est recommandé « aux maris débordés par la luxure de leurs épouses ». Le quartz rose protège des ennuis et des faux amis ; il favorise la fécondité et assure l'équilibre émotionnel. Le quartz bleu renforce le système immunitaire et le métabolisme. Le quartz noir remédie aux troubles nerveux, aux lésions musculaires et agit contre les malaises cardiaques. Enfin, les quartz « qui comportent des inclusions de rutile ou tirent sur les tons violets renversent le processus du vieillissement, soulagent les dépressions, dissipent les peurs ».

A l'entrée cristal :

O riche et bienheureux cristal

Plus précieux que le métal,

Dont Jupiter pour couverture

Et pour masquer fist une fois,

De larmes d'or baignant les tois,

A ses amours prompte ouverture


Rémi Belleau, Amours et nouveaux échanges des pierres précieuses, 1576.


Appelé par les Grecs crystallos ("glace claire"), le cristal de roche ou quartz hyalin incolore passait aux yeux des Anciens pour de la glace (ou de la neige) congelée au point qu'elle ne pouvait plus fondre : parce qu'il était associé au froid, ce minéral était doté du pouvoir de calmer les sens et de rendre chaste. Les Anciens prétendaient que « les dieux ne résist[ai]ent pas aux prières de celui qui se présent[ait] dans leur temple en tenant dans sa main un cristal limpide ». Les Égyptiens plaçaient en outre sur le front des morts un « troisième œil » en cristal qui était censé « aider l'âme à trouver son chemin sur la route de l'au-delà ». Le cristal, qui est l'emblème de la pureté - « Marie est un cristal ; son fils, la lumière céleste ; ainsi la traverse-t-il toute sans pourtant la briser » (Angelus Silesius, XVIIème siècle) -, se caractérise par sa limpidité : « Sa transparence est un des plus beaux exemples d'union des contraires : le cristal bien qu'il soit matériel, permet de voir à travers lui, comme s'il n’était pas matériel ». C'est pourquoi il se situe aux confins du monde visible et du monde invisible (on se sert du cristal notamment pour faire apparaître ne fée) et qu'il est le support le mieux adapté à la divination. Associé à la sagesse naturelle, à la différence du diamant qui évoque la sagesse spirituelle – la minéralogie indienne considère d'ailleurs que le cristal « n'est que diamant insuffisamment mûr » -, le cristal aiguise l'intuition, l'imagination, la lucidité et permet la clairvoyance.

Cette assimilation du cristal à la divination explique que certains ont identifié les gemmes (Ourim et Toummîm) portées par le grand prêtre des Hébreux comme étant des cristaux de quartz : l'Ourim et le Toummîm, ou les "sorts sacrés", permettaient les révélations divines et les prophéties.

La divination appelée cristallomancie (ou cristalomancie) s'effectuait autrefois à l'aide de miroirs ou de vases en cristal. Si l'histoire veut que le roi Chilpéric (Childéric pour d'autres) ait possédé un petit globe en cristal pour interroger l'avenir, une des premières mentions de cet outil divinatoire figure semble-t-il dans un des premiers traités à usage de inquisiteurs, la Summa de officio inquisitionis (vers 1270), qui parle de l'expérience « de la sphera ou sphère, sans aucun doute un globe de verre ou de cristal ». A partir du XVIème siècle, l’utilisation de la boule de cristal (parfois en béryl ou en pierre de lune) se substitua aux divinations au moyen d'un miroir ou d'objets à surface brillante et polie (épée, manche d'ivoire, et même ongle du pouce). Au cours des siècles, certains réaffirmèrent que le minéral était habité par des démons qui permettaient cette opération. Dans les Propos de table de Luther, il est d'ailleurs question d'un homme qui, ayant conclu un pacte avec le diable, reçut de lui un cristal grâce auquel il pratiquait la divination. Il fit fortune grâce à ses consultations avant d'être condamné à mort pour crime de sorcellerie et d'être exécuté à Erfurt en 1537.

La boule de cristal, qu'on peut d'ailleurs acheter dans le commerce (et qui est rarement en cristal naturel , trop coûteux), est restée très populaire auprès des voyants. Elle favorise la méditation et la télépathie ; on l'utilise également pour y voir les clichés astraux. Dans son ouvrage Les Vrais Secrets de sorcellerie (1983), Pierre La Greugne explique comment "consacrer" la boule de voyance que l'on vient d'acquérir :


  • Tout d'abord prenez un morceau de tissu noir pour couvrir votre table de travail ; vous pouvez aussi la peindre. Dessinez à la peinture sur votre table un triangle blanc d'environ 30 centimètres de côté. Ce triangle est un très ancien symbole magique qui représente la matérialisation de la forme à partir du chaos [...].

  • Pendant que vous tracez votre triangle, répétez l'incantation qui matérialise, en quelque sorte, l'intention profonde qui vous anime : "Bénie, sois-tu boule magique qui me fera découvrir l'avenir."

  • Puis vous scellerez votre consécration de trois signes de croix en prononçant la formule consacrée des magiciens : « Que ma volonté soit faite. »

  • Lorsque vous ne l'utiliserez pas, enveloppez soigneusement votre boule de voyance dans un linge noir, de soie de préférence. […]

  • Vous consulterez votre boule une heure après le coucher du soleil. Posez-la sur la table et maintenez-la en place avec deux doigts de chaque côté. Puis prononcez l'incantation suivante : « Boule magique, permets-moi de lire dans l'avenir. »

  • Répétez cette incantation jusqu'à ce que commencent à paraître certain signes, certaines couleurs plus sombres dans la boule : l'avenir commence à se dégager.

Dans le chamanisme océano-australien, et même nord-américain, qui « fait du cristal de roche des pierres de lumière, détachées du Trône céleste », ce minéral fait partie également des instruments de clairvoyance du chaman. Les cristaux de quartz sont utilisés par le chaman Dayak de Bornéo « pour découvrir l'âme du malade » et par le guérisseur mélanésien qui y perçoit l'individu, vivant ou mort, qui est à l'origine d'une maladie. Chez les Indiens de la Prairie, le cristal favorise la transe productrice de visions. Les Aztèques lui prêtaient le pouvoir de lire l'avenir et de protéger des serpents ; les prêtres mayas s'en servaient également pour des opérations de divination. Précisons encore une tradition mexicaine voulant que "des âmes vivent dans le cristal".

Le cristal de roche, qui permettait de gagner les faveurs des dieux, puis celles des rois, attire les hautes dignités et protège des ennemis. il porte bonheur à son possesseur, renforce sa sagacité et lui assure le succès dans ses entreprises. Un anneau de cristal, porté de préférence à l'auriculaire de la main droite, a le pouvoir de "susciter des sentiments forts chez les individus d'une grande rigidité de coeur et de ranimer la flamme de l'amour éteinte par la tristesse ou la déception."

Le cristal, qui est « un champ énergétique naturellement équilibré », possède également un pouvoir sédatif : « Il peut calmer le sujet en opposant un barrage au flux excessif de l'énergie, transmettre cette dernière d'un système à un autre, l'emmagasiner ou la concentrer sur un objectif ». L'eau dans laquelle a séjourné du cristal de roche, outre qu'elle éveille la spiritualité, protège des maladies.

Un cristal de roche sur soi ou sous son oreiller procure un bon sommeil et empêche les cauchemars. La tradition arabe lui accorde un grand pouvoir contre les terreurs et les démons nocturnes. En Europe, on dit parfois que le cristal met à l'abri de la sorcellerie : cette propriété est toutefois moins fréquemment évoquée que pour d'autres gemmes. Le cristal soulage les maux de reins (Pline) et toutes douleurs inflammatoires, le lumbago, les migraines ; il remédie aux refroidissements, à la goutte, à la dysenterie, protège du choléra, empêche la formation de calculs dans la vessie et accélère la cicatrisation des plaies et des brûlures. Des frictions de cristal favorisent l'accouchement. Au XVIIème siècle, on l'utilisait contre les évanouissements. On dit encore qu'il favorise les montées de lait : il suffirait d'absorber du cristal en poudre mêlé à du miel ou de boire régulièrement le matin un liquide dans lequel, depuis la veille, a infusé le minéral.

On guérira un troupeau malade en lui faisant boire de l'eau où l'on a plongé trois morceaux de cristal. En Écosse, la Cloch Dearg ou Pierre d'Ardvorlich (appartenant à la famille du même nom) fut longtemps populaire, notamment pour son pouvoir de guérir animaux et hommes : il s'agissait d'une boule de cristal de roche sertie dans quatre bandes d'argent, provenant de l'est de cette région, qui communiquait ses propriétés curatives à l'eau dans laquelle elle avait trempé. On apportait l'eau dans la maison où se trouvait la pierre et, après macération, on acquérait une bouteille du liquide magique. Ce dernier perdait ses vertus si, avant de rentrer chez soi, on était entré dans une autre maison. En Inde orientale, le cristal de roche met à l'abri des voleurs, des animaux sauvages et il sert d'antidote aux poisons. En Australie, il attire la pluie ainsi que dans certaines tribus du bord du Nil également, où le sorcier fait pleuvoir en déposant dans de l'eau du cristal (aux côtés d'autres « pierres de pluie », comme l'améthyste et l'aventurine) et, « avec une baguette de roseau, [en montrant] aux nuages de quel côté cingler. » Casser accidentellement du cristal est de très bon augure. Qui rêve de cristaux doit veiller à sa santé. Le quartz hyalin est particulièrement bénéfique pour les natifs du Cancer et du Verseau. Selon une tradition, le cristal, consacré à Diane, déesse lunaire, est en relation avec la lune et avec l’argent : il doit être serti de préférence dans ce métal. Il faut savoir toutefois que, certains en font également un emblème solaire.

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Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


"Une exploration de la rêverie cristalline doit se garder d'un glissement insidieux qui la conduirait à se disperser dans la fantasmagorie des pierres précieuses. Cette dérive se produirait d'autant plus naturellement que le cristal n'est pas étranger à la profusion colorée qui explose tout de suite à l'évocation des pierreries, ni à cette suprême expression de la vie cristalline qu'est le diamant.

La plupart des grands interprètes du langage symbolique sont conduits à des amalgames qui prêtent au cristal ce qui vient des pierres précieuses et à ces dernières ce qui est propre au cristal. Dans Le Test de l'Arche de Noé, au sujet du paon, nous assimilions aussi le cristal de roche, le diamant, et la diversité des pierres précieuses. L'étude des textes littéraires sur laquelle reposait alors notre réflexion, non seulement autorisait, mais appelait ces rapprochements.

Certes, le mot cristal ne peut être isolé de son origine étymologique, qui renvoie au quartz cristallisé. Le cristal de roche inspire généreusement la rêverie cristalline mais aussi le cristal du rêve, c'est aussi, et peut-être avant tout, une essence et une substance synthétisées dans une matière translucide ou transparente. en d'autres termes, le cristal participe autant du symbolisme du verre que de celui du diamant. Et si le diamant a pour durée imaginaire l'éternité, le destin du verre, dans la dynamique du rêve, est d'être brisé. Par cette double appartenance, le cristal réalise l'union symbolique de l'unique et du fractionnel, de l'invisible et du visible, du pérenne et de l'éphémère, de la nature divine et de la condition humaine. Du diamant, le cristal rêvé a reçu le pouvoir magique de réfraction. Du verre il a pris celui de réaliser la transparence, c'est-à-dire de donner accès à l'autre côté du monde visible.

Le cristal du rêve est probablement l'un des archétypes les plus puissants qui structurent le psychisme. Jung ait même du phénomène de cristallisation, principe immuable qui reproduira toujours, pour une même organisation moléculaire, la même forme cristallisée, l'image exprimant sa conception de l'archétype. L'archétype est une empreinte qui commande l'apparition d'une image symbolique.

Nous rédigeons ces lignes en ayant achevé l'étude de plus de cent symboles. Au cours de cette longue observation, que nous avons voulue aussi objective que possible, nous n'avons rencontré que des confirmations de la théorie suivant laquelle les phénomènes psychologiques obéissent sans exception au rapport entre deux mouvements fondamentaux : flexibilité évolutive qui implique l'acceptation d'un devenir imprévisible et crispation figée sur la volonté de permanence, qui s'ancre à la mémoire. Alors, le cristal, résultat visible du concept de cristallisation, est l'image la plus parfaite de la mentalité figée. Joël de Rosnay, dans Le Macroscope oppose avec clairvoyance la "structure cristal", symbolisant la résistance au changement, l'inadaptabilité par la rigidité des principes, à la "structure cellule", infiniment disponible pour les transformations.

Le cristal du rêve est donc en toute première traduction, le symbole d'une volonté de maîtrise du destin, d'une attitude psychologique orientée vers la permanence, la conservation, l'intangibilité d'un moi en défense. Il est le pôle fixe de la dynamique évolutive. Le cœur minéral de la vie. Autour du cristal, les corrélations sont peu nombreuses. Aucun personnage familier, très peu d'animaux, aucun végétal. C'est dire si, dans la profondeur des liaisons inconscientes, le cristal se place hors des mouvements de la vie. Dans l'ordre des surprenantes différences entre le cristal et le diamant. Dans l'imaginaire, les pierres sont souvent créditées de croissance. Dans l'article consacré au diamant on peut trouver un exemple de ce type. Le cristal-image, lui, ne peut que se maintenir ou se briser.

Il était indispensable d'insister sur cette observation fondamentale. Cependant, la loi des équilibres psychologiques veut que le noir attire le blanc, que la fée, reine d'illusion, ramène aux conditions de la terre, que la sorcière conduise à la lumière. Le cristal, point extrême rigide sur l'échelle de la flexibilité, n'échappe pas à la règle. Le tigre, le chat blanc, symboles de disposition pour la métamorphose lui sont fortement associés.

La famille des corrélations les plus importantes avec ce symbole n'est pas celle des matières mais celle des formes. La sphère, mais aussi le triangle, la pyramide, la colonne, trois figures qui expriment la relation entre le ciel et la terre, le divin et le terrestre, l'unique et la multiplicité manifestée. La moitié des scénarios placés sous le signe cristallin commencent ou se terminent par la vision d'un triangle, pointe dressée vers le haut, parfois vers le bas, les deux positions se superposant souvent pour former l'étoile à six branches, le sceau de Salomon. On ne peut éviter d'observer, au passage, l'association avec les facettes triangulaires de la pointe du quartz. mais aussi, comment mieux exprimer que par ces triangles inversés, le double mouvement d’échange entre le ciel et la terre, courant ascendant et courant descendant ?

Une séquence d'un très beau rêve de Myriam va montrer à quel point le cristal est un centre à partir duquel s'effectue la grande respiration universelle, rythmée par es alternances, centrifuges et centripètes, du lux et du reflux. La séance commence par ces mots :

"... J'ai plein d'images... je suis dans un tunnel de mine, sous terre... c'est une mine très ancienne, étayée par des rondins de bois... j'ai une petite lampe... il y a des bennes en métal, comme pour transporter le charbon... je suis dans une de ces bennes... je descends en profondeur dans la mine... en fait, c'est une mine de pierres précieuses... ce que je prenais pour du charbon, c'était des cristaux : rouges, jaunes, verts, bleus, blancs et même argentés !... Au mur tous ces cristaux sont mélangés mais chaque benne est remplie d'un cristal propre... il y a des galeries en étoile, ça fait comme un soleil... les bennes s'évacuent dans toutes les directions... chaque galerie fait évacuer une couleur et chaque couleur correspond à une branche de l'étoile... Je suis au centre de cette caverne et, en même temps, maintenant, je me visualise dans une église... c'est une toute petite chapelle à l'intérieur de laquelle il y ajuste un linge blanc et... un siège en bois !... Tout y est simple, pas de sculptures... ça fait penser à une chapelle de montagne entourée de prairies... je suis en recueillement dans cette chapelle... la lumière entre par les vitraux où l'on retrouve toutes les couleurs des pierres à la mine... le soleil les éclaire... je retrouve toutes les couleurs et toutes les directions maintenant... comme tout à l'heure... tout à l'heure ça partait du centre... maintenant, ça arrive au centre... cette lumière tombe sur moi... j'entends des chants, qui viennent de l'extérieur, des chants célestes... j'ai envie de dire "des voix d'anges"... "

Qui produira de plus belles images pour exprimer l'expir et l'inspir universels, la création du monde par la diffusion des couleurs et des sons, l'échange entre ce centre du monde qu'est chaque personne et la divinité ? Aucun symbole sans doute se serait mieux apte que le cristal à contenir à la fois le point unique et tout l'univers de la manifestation.

Pourquoi dès lors s'étonner de ce qu'un regard inspiré par la rêverie cristalline puisse lire dans une sphère de cristal tus les moments du monde ? Une substance qui contient tout peut tout montre à l’œil qui sait la pénétrer. Qu'on ne nous accuse pas hâtivement de lyrisme imaginatif : ce sont les mots de nos patients qui nous guident ! Anne, dans son quinzième rêve, rencontre une énorme porte contre laquelle elle frappe de toutes ses forces. Elle pénètre, après beaucoup de difficultés dans une sorte de palais arabe « des Mille et Une nuits ». Là : « … Je mène une vie facile, comme une reine, mais pas une reine qui gouverne... j'y suis bien, en sécurité. Près de moi, il y a un petit chat blanc, une vraie boule de poils. Je me repose... j'attends quelque chose... qu'une page se tourne, que quelque chose tombe du ciel... Ah ! Quelque chose est tombé, justement ! C'est... un grand livre, en bois, avec des pages immenses, très lourdes... Ah ! C'est tellement lourd ! C'est le grand livre de la vie... impossible de voir à travers une page en bois !... mais... elle commence à se tourner.. lentement, c'est quelque chose d'inexorable... et le passé se referme... le passé est écrasé... peut-être moi, quelque chose de moi qui reste dans les pages de gauche... et, de l'autre côté, sur la page de droite, il y a comme une vasque avec de l'eau... c'est peut-être une boule de cristal... quelque chose qui porte des images dedans... et je veux voir ! Mais... pour voir, il faudrait que je sois détendue... je suis tellement avide de voir, de savoir, que je ne peux pas voir !... Ce qui m'empêche de voir, c'est une très grande douleur... j'ai envie de crier... »

Le cristal et l'eau ! La plus figée et la plus flexible des matières. Une patiente voit la Vierge pleurant des larmes de cristal... une autre parle des larmes de sang du Christ alors qu'elle vient d'évoquer le cristal. Un jeune homme voit un cœur de cristal, qui se transforme en cœur vivant, pulsant le sang.

Le cristal est l'unique, le pérenne, le figé. Dans la plupart des rêves où il apparaît, il a pour complément psychologique des images de fractionnement, d'évolution, de flexibilité. Le rêve rejoint spontanément les mythologies dans lesquelles le cristal s'est détaché du trône de Dieu ou de sa représentation solaire.

"Un cristal, écrivait Charles Cros, est un talisman sans limite." Ne faudrait-il pas un livre entier pour explorer ne image qui contient tout ? Puisqu'il faut se limiter, une dernière séquence, extraite de la vingt et unième séance de Sophie, va montrer que la création passe par la division de l'unité, que la vie se déploie à travers le nombre et que l'esprit primordial se révèle par la diffusion des sons et des couleurs.

Sophie était arrivée ce jour-là fort préoccupée par des difficultés relationnelles avec son compagnon. Les deux tiers de la séance, c'est-à-dire du rêve, expriment en clair la nature de ces difficultés. Le décor du scénario est le lieu habituel de vie de Sophie et de son compagnon. Rien jusqu'alors ne laissait prévoir ce qui allait suivre au cours de la fin du rêve : « ... Au fond, J... a une grande justesse... au niveau des gestes par exemple... sa façon de prendre un objet... une très grande sûreté de soi... une grande écoute des autres... ça sonne juste ! Comme un tintement de cristal !... D'ailleurs, là, il y a un verre de cristal... et puis... j'entends le son ! Là aussi c'est quelque chose de... c'est proche de la perfection... c'est la perfection ! La finesse du verre, la transparence extrême, c'est une forme ouverte. Je suis émerveillée ! Finesse de la forme, finesse de la matière et finesse du son... c'est une pièce de collection. Bon ! Mais les pièces de collection, ça me fatigue ! Alors, je le jette ! Je le jette pour qu'il se brise en tous petits morceaux, en tas de morceaux différents. C'est pas un geste agressif ! C'est pour briser quelque chose de trop plein de religiosité et d'interdiction de toucher, comme quand les choses sont rop belles et qu'on n'a pas le droit d'y toucher et, du coup... elles perdent de leur vivant, de leur accessible... alors, peut-être par sympathie pour ce très beau verre, et pour qu'il échappe à ça... je le casse et puis... c'est une façon de lui redonner... une autre forme... même dans une forme cassée, il n'a pas perdu sa substance ! Il se transforme ! Il devient autre chose ! Alors, je la mets tous les morceaux dans une boîte, tous les morceaux de cristal cassés et, du coup, j'en fait un instrument de musique... c'est une autre son mais toujours du cristal... c'est un... mais c'est un multi... comme un crépitement de petits bruits, comme des étincelles auditives et j'agite mon instrument... ces sons, c'est un « réveillez-vous là-dedans ! » C'est un appel pour un jour nouveau, une belle journée, pour un plaisir... c'est le crépitement du soleil par un beau matin, que je fais là en agitant mon cristal... c'est, au fond, la même chose que la baguette de la fée : en bougeant, on transforme les choses... je sais, maintenant, que j'irai vers des joies simples... » Cette longue séquence si riche appellerait de nombreux commentaires, mais les paroles de Sophie sonnent si juste, leur sens est si clair qu'il nous est permis de renoncer à ces développements pour résumer la symbolique cristalline. »

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Pôle fixe de la dynamique évolutive, le cristal imaginé sera regardé d'abord comme le point de référence absolu d'une volonté de maîtrise du destin. Mais, comme il serait absurde de penser qu'une dynamique d'accomplissement dirige vers une image d’absolue fixité, on pourra déduire que l'apparition du symbole prépare au contraire une réhabilitation de la flexibilité. Elle invite le patient à briser l'armure de cristal dans laquelle il s'est enfermé pour se redonner la liberté de sentir. Le rêve de cristal est un rêve d'amour en voie d'accomplissement, d'amour de toutes les directions et de tous les bruits de la vie. Aimer, c'est aller vers et aller vers, c'est être, authentiquement, puisque c'est devenir ! Derrière l’image du cristal, l’analyste attentif discernera toujours, à travers des signaux explicites ou implicites, une crainte du rêveur de se livrer en confiance à un devenir prédéterminé et qu'il ne peut connaître. Blanche-Neige, dans son cercueil de cristal, n'est plus qu'une âme morte, une apparence. C'est lorsque les nains trébuchent et que le cercueil se brise que la jeune fille reprend vie pour accomplir son destin de femme, fait de joies, de larmes et de sang. Tout cristal est un prisme sans lequel les couleurs du monde vivant seraient sommées dans un absolu, éblouissant certes, mais que l'être humain ne saurait percevoir sans en être aussitôt anéanti et qui ne peut donc pas être un objectif idéal pour le temps de la terre.

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Symbolisme celte :


Selon le Dictionnaire des symboles (1969 ; édition revue et corrigée, Robert Laffont 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"Aussi, avant de devenir des instruments divinatoires, les boules de cristal étaient-elles un objet de vénération : les Écossais les appelaient pierres de victoire.

Les messagères de l'Autre Monde celtique, selon la majorité des textes irlandais, viennent sous forme d'oiseaux ; mais quand elles viennent par mer, elles utilisent des bateaux de verre ou de cristal. Ces matériaux symbolisent apparemment une perfection technique inaccessible à l'industrie humaine. Ou bien la transparence du navire de cristal symbolise l'immatérialité même du voyageur et le caractère tout spirituel de sa mission. Les Elfes, comme Cendrillon, avaient des sandales de cristal ou de verre. [attention, pantoufle de vair]


Une interprétation psychanalytique du Palais de cristal s'appuie notamment sur le conte de Perrault, "Gracieuse et Percinet". Perdue dans une sombre forêt, tombée à terre d'épuisement, invoquant Percinet : Est-il possible que vous m'ayez abandonnée ? Gracieuse aperçut un palais tout de cristal qui brillait autant que le soleil... Reçue dans ce palais de féerie, elle fut menée dans une grande salle, dont les murs étaient de cristal de roche... Toute son histoire y était gravée, et chacun de ses actes s'inscrivait sur ces murs de cristal. tel est le symbolisme des Palais de cristal et, plus généralement, de tout palais surgissant de terre à la volonté des fées. Le conte en fait l’habitacle des images gravées dans notre inconscient et qui racontent, à travers nous, l'histoire du monde. Pour les initiés, les images ancestrales s'impriment dans la substance lumineuse du corps astral - ultime enveloppe de l'âme - d'où leur nom de clichés astraux. Ceux-ci renaissent d'existence en existence et perpétuent à travers les siècles des fantasmes appartenant aux époques et aux milieux les plus divers. Corps astral, inconscient collectif, quel que soit le substrat de l'image, le palais de cristal semble bien appartenir aux archétypes du rêve et de la rêverie."


NB. Les auteurs font erreur : le conte "Gracieuse et Percinet" n'est pas de Charles Perrault mais de Mme d'Aulnoy. (Cliquez sur l'image ci-contre si vous souhaitez le lire).









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