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  • Anne

L'Oiseau



Étymologie :

  • OISEAU, subst. masc.

Étymol. et Hist. A. 1. a) Ca 1100 oisel ornith. (Roland, éd. J.Bédier, 1616) ; ca 1165 oiseaus plur. (Benoît de Ste-Maure, Troie, 6752 ds T.-L.) ; b) 1771 à vol d'oiseau «en ligne droite» (Trév.) ; 2. a) α) fin du xive s. «individu» (Froissart, Chroniques, éd. L. Mirot, t. 12, p. 167, 20) ; β) 1665 rare oiseau (La Fontaine, Joconde, 136 ds Œuvres, éd. Ad. Régnier, t. 4 p. 75) ; 1829 oiseau rare (Béranger, Chans., t. 2, p. 156) ; γ) 1883 drôle d'oiseau (Delvau) ; 3. 1872 se donner des noms d'oiseaux (Larch., p. 184, avec citat. d'aut.). B. 1. 1358-59 maçonn. (Doc. ds Delaville-Le-Roux, Registre des comptes municipaux de la ville de Tours, RegistreI, p. 47, §244) ; 2. 1832 «sorte d'auge à l'usage des couvreurs, des ardoisiers» (Raymond). Du b. lat. aucellus «oiseau» (cf. TLL), forme syncopée de *avicellus, dimin. de avis "oiseau". Oiseau, terme de maçonn., a prob. subi l'infl. de auge* et ses dér. (cf. aubjoel «id.», 1290 ds Gdf. Compl. et augeot «id.», Boiste 1808, s.v. oiseau, v. aussi FEW t. 24, p. 380b).


Lire aussi la définition pour amorcer la réflexion symbolique.


Paléontologie :

Selon Ronan Allain, auteur d'une Histoire des Dinosaures (Perrin, 2012) dont il est spécialiste,


"Si on ne peut que se réjouir de l'engouement que suscite la disparition des dinosaures, on peut aussi s'étonner que beaucoup oublient que cette fin n'en est pas une et que les dinosaures sont encore parmi nous. Le botaniste et généticien des populations Pierre-Henri Gouyon se plaît souvent à rappeler que "les individus sont des artifices inventés par les gènes pour se reproduire". Dans le cas des dinosaures et des oiseaux, l'artifice peut paraître à la fois trompeur et habile, mais il n'en demeure pas moins qu'à travers les oiseaux c'est bien le patrimoine génétique des dinosaures qui est parvenu jusqu'à nous. (Pourquoi diable Spielberg a-t-il utilisé une grenouille pour cloner les dinosaures de Jurassik Park ? )

Le fait de reconnaître les oiseaux comme des dinosaures à part entière a un impact profond sur la vision qu'il faut avoir de la biodiversité actuelle et passée. [...] A l'image des mammifères, les oiseaux profitent largement de la crise K-T. Certains groupes d'oiseaux modernes semblent apparaître dès le Crétacé, mais c'est bien au début du Tertiaire qu'ils vont se diversifier, comme l'attestent les très nombreux oiseaux fossiles découverts dans les schiste bitumineux de extraordinaire gisement de Messel, en Allemagne. Au cours du Paléocène et d'une partie de l’Éocène, les dinosaures occupent toujours le plus haut niveau trophique. Le rôle de grand prédateur est en effet tenu à cette époque par des oiseaux géants de près de 2 mètres. Le plus célèbre d'entre eux, Gastornis, dont les premiers restes découverts à Meudon, en région parisienne, sont connus depuis 1855, était incapable de voler mais devait être un redoutable prédateur pour les petits vertébrés. Un squelette complet de Gastornis fut découvert en 1870 aux États-Unis par Edward Cope, le célèbre chasseur de dinosaures partisan de l'origine dinosaurienne des oiseaux, et reconstitué dès 1881. Dans la nature actuelle, les oiseaux sont représentés par environ 10 00 espèces alors qu'on compte seulement 3 500 espèces de mammifères. Dans ces conditions, difficile d'affirmer que nos écosystèmes sont dominés par les mammifères. Qui peut aujourd'hui prétendre que ces derniers survivront aux dinosaures ?

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Zoologie :

D'après la revue Science et Vie d'octobre 2014,


"Les oiseaux issus de croisements emprunte des voies de migration pile à mi-chemin entre celles de leur père et de leur mère. La migration est donc fortement contrôlée par la génétique... mais se révèle fatale quand ils survolent des régions hostiles. (V.G.)"

On apprend également que "Dans une nuée, les oiseaux sont guidés par la lumière. On pensait que les oiseaux volant en nuée de plusieurs centaines de milliers d'individus se dirigeaient uniquement en fonction des mouvements de leurs proches voisins. Mais, d'après Daniel Pearce, de l'université de Warwick (Angleterre), cela ne suffit pas à expliquer l'organisation de ces grands rassemblements. Ces nuées, malgré leurs formes diverses, ont toujours la même densité moyenne, a remarqué le physicien. Cela permet aux oiseaux d'êtres protégés des prédateurs (qui discernent mal leurs proies noyées dans la masse), tout en conservant une visibilité constante, sous différents angles, pour mieux repérer l'arrivée d'un danger. Les étourneaux maintiendraient cette densité grâce à un système visuel qui leur assure une vue en deux dimensions de l'état global de la nuée, sous la forme d'une alternance de zones claires (le ciel) et sombres (leurs congénères). Une hypothèse qui semble confirmée par un simple outil de simulation informatique élaboré par le chercheur : "Dans notre modèle, les oiseaux devaient à la fois suivre leur plus proche voisin et se diriger vers les zones les plus clairsemées", explique-t-il. Résultat : l'expérience a permis d'obtenir des nuées virtuelles comparables à celles que l'on observe dans la nature."

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Dans le Hors-série de Causette (été 2018) intitulé « Histoires d'A...mours », Claudine Colozzi nous propose un petit "Kama-sutra des animaux" sous forme d'abécédaire :


M comme Moonwalk

A chacun sa technique de drague. Celle du manakin à cuisses jaunes, un oiseau d'Amérique du Sud, rappelle beaucoup le pas de danse popularisé par Michael Jackson dans les années 1980. Lors de la parade nuptiale, il marche rapidement à reculons sur une branche pour attirer l'attention de sa belle.

[...]

Q comme Quart d'heure américain

Alors que l'initiative revient quasiment toujours aux mâles, le rapport de séduction s'inverse chez certains oiseaux. Madame se pare de ses plus beaux et colorés atours pour attirer les faveurs de monsieur. Et elle devient si attirante qu'elle peut même s'unir à plusieurs mâles, le papa restant à couver les œufs après la ponte.

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Croyances populaires :

Selon Ignace Mariétan, auteur d'un article intitulé "Légendes et erreurs se rapportant aux animaux" paru dans le Bulletin de la Murithienne, 1940, n°58, pp. 27-62 :


Les migrations des oiseaux sont souvent interprétées comme prévision du temps à longue échéance. Lorsque, vers la fin de l'été, on voit partir les premiers migrateurs on dit : l'hiver sera précoce et rigoureux cette année, les oiseaux partent déjà. Or on n'a pas même noté les dates habituelles de départ.

Les migrations des oiseaux s'effectuent selon une impulsion intérieure instinctive qui n'est pas sous la dépendance directe des facteurs extérieurs comme le désenneigement et qui ne suit pas non plus étroitement la courbe du développement de la végétation. L'impulsion est déclenchée chez les oiseaux avant qu'une réaction directe ait pu se produire entre l'organisme et le milieu.

[…]

Que d'erreurs au sujet de l'utilité des oiseaux, des insectivores en particulier : « Un problème toujours pendant, particulièrement difficile à résoudre, est celui de savoir si les insectivores sont exclusivement utiles, et s'ils ne défont pas en partie leur œuvre en mangeant aussi bien les Insectes parasites que les autres. Il importe, en effet, de retenir que notre principal auxiliaire contre l'Insecte est l'Insecte lui-même, dont beaucoup d'espèces pondent leurs œufs dans le corps vivant d'autres espèces, surtout quand celles-ci sont à l'état de larves... C'est un exemple très propre à montrer qu'aucun problème n'est simple et qu'aucune question, relative aux êtres vivants, ne peut être isolée d'une foule d'autres. » (Coutière : Le Monde vivant, vol. II).

Dans les Clos-du-Doubs, Jura-Bernois, nombreuses sont encore les familles où l'on croit ferme qu'un orage peut faire périr les oisillons dans les œufs pendant la période d'incubation.

[...]

Fabre rapporte le récit d'un jeune homme ayant mis une nichée de jeunes oiseaux dans une cage. Il vit les parents, pour leur épargner les souffrances de la captivité, les empoisonner en leur donnant la becquée avec des Araignées à travers les barreaux. Il ajoute que ce garçon se trompait ; les pauvres petits moururent d'ennui, peut-être de faim, mais à coup sûr ils ne furent pas empoisonnés par leurs parents, surtout pas avec des Araignées qui sont très recherchées par beaucoup d'oiseaux.

On nous a raconté que, aux Mayens de Sion, un nid de passereaux ayant été découvert et touché, la mère emporta un à un les jeunes et les laissa tomber de haut sur une dalle en ciment où ils furent tués. Les oiseaux abandonnent parfois les petits dans le nid lorsqu'on l'a dérangé, le reste de l'histoire a certainement été ajouté pour la rendre plus dramatique, suivant une tendance très fréquente.

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Selon Grażyna Mosio et Beata Skoczeń-Marchewka, auteurs de l'article "La symbolique des animaux dans la culture populaire polonaise, De l’étable à la forêt" (17 Mars 2009) :


"La symbolique des oiseaux dans la culture populaire polonaise est très diversifiée. Spécialement significatif était le fait qu’en volant ils pouvaient se libérer de l’ordre terrestre, parvenir jusqu’aux divinités et aux esprits célestes, mais aussi à ceux qui occupaient l’espace du royaume souterrain. Ils étaient par ce fait prédestinés au rôle de médiateurs. Certains d’eux disparaissaient de l’entourage humain à l’époque hivernale, ce qu’on liait également à leur séjour dans l’au-delà. On distinguait ceux qui étaient plus ou moins favorables à l’homme. Les oiseaux noirs menant une vie turne, les rapaces, se nourrissant de charogne, suscitaient le respect, ces attributs pouvant être un indice de leurs relations avec le monde souterrain. D’autres étaient traités en tant qu’émissaires du ciel : ils étaient entourés d’estime, on leur déposait des offrandes. Aux premières semailles du blé dans la région de Mazowsze on prononçait la formule: “Je jette d’abord pour Toi, mon Dieu, pour les oiseaux célestes, les insectes souterrains et pour moi. Fais germer, mon Dieu» (Dworakowski 1964 : 129-130). On croyait que tout comme les oiseaux, les différentes parties de leur corps avaient le pouvoir de protéger l’homme du mal. C’est pourquoi on trouve souvent des plumes comme éléments des costumes, surtout de ceux qui sont portés pendant les rites de passage, ou de ceux des personnes spécialement exposées aux dangers (par exemple les mineurs). En tant qu’êtres médiateurs, ils étaient volontiers utilisés pour prévoir l’avenir. Leur comportement servait à prédire le temps, les récoltes, à déchiffrer les plans matrimoniaux, etc. Très répandues étaient les croyances disant que sous la forme d’oiseaux se cachent des âmes ou des êtres démoniaques. Les âmes des personnes bienfaisantes – ce sont en général des oiseaux blancs, des personnes méchantes – des oiseaux noirs."

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Symbolisme :


Dans son ouvrage intitulé Les Oiseaux messagers des dieux (Coll. Les Chemins de l'impossible, Éditions Albin Michel, 1975) Christine Dequerlor résume les caractéristiques symboliques des oiseaux :


Par ailleurs, d'après les mythes et légendes, les oiseaux apparaissent bien avant l'homme, ce qui est confirmé scientifiquement. Ils concrétisent son rêve de toujours : voler. De plus, dès les origines, les yeux de nos ancêtres ne pouvaient que se lever vers les cieux qui leur apportaient la lumière, la chaleur du soleil, source de vie, la nuit étoilée, la clarté lunaire, la pluie fécondante, mais aussi la neige, les terribles orages, qui faisaient naître en eux le respect, et la crainte de ce qui venait de la voûte céleste. ILS CONFONDIRENT LES PHENOMENES NATURELS AVEC DES DIEUX, dont ils voulurent s'attirer les bonnes grâces.

Les oiseaux, seuls capables d'échapper à la pesanteur, de s'élever dans les airs, donc de s'approcher des mystères du ciel et des divinités, étaient tout désignés pour servir d'intermédiaires, de messagers entre eux et les hommes.

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Plongez-vous dans l'Alphabet des oiseaux de Robert-Régor Mougeot.

Dans le Dictionnaire des symboles (1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, on apprend que :


"Le vol des oiseaux les prédispose, bien entendu, à servir de symboles aux relations entre le ciel et la terre. En grec, le mot même a pu être synonyme de présage et de message du ciel. C'est la signification des oiseaux dans le Taoïsme, où les Immortels prennent figure d'oiseaux pour signifier la légèreté, la libération de la pesanteur terrestre. Les sacrificateurs ou les danseuses rituelles sont souvent qualifiés par les Brâhmana d'oiseaux qui s'envolent au ciel. Dans la même perspective, l'oiseau est la figure de l'âme s'échappant du corps, ou seulement des fonctions intellectuelles (l'intelligence, dit le Rig-Veda, est le plus rapide des oiseaux). Certains dessins préhistoriques d'hommes-oiseaux ont pu être interprétés dans un sens analogue (Altamira, Lascaux) : envol de l'âme ou vol extatique du chaman.

L'oiseau s'oppose au serpent comme le symbole du monde céleste à celui du monde terrestre.

Plus généralement encore, les oiseaux symbolisent les états spirituels, les anges, les états supérieurs de l'être. Les nombreux oiseaux bleus (Maeterlinck) de la littérature chinoise des Han sont des fées, des immortelles, des messagères célestes. Les oiseaux, en Occident comme en Inde, se posent - hiérarchiquement - sur les branches de l'Arbre du monde. Dans les Upanishad, ils sont deux : l'un mange le fruit de l'arbre, l'autre regarde sans manger, symboles respectifs de l'âme individuelle (jîvâtmâ) active et de l'Esprit universel (Atmâ), qui est connaissance pure. En réalité, ils ne sont pas distincts, et c'est pourquoi on les représente parfois sous la forme d'un seul oiseau à deux têtes. Les oiseaux sont plus spécialement dans l'Islam, les symboles des anges. Le langage des oiseaux dont parle le Coran est celui des anges, la connaissance spirituelle. Po-yi, assistant de Yu-le-Grand dans son oeuvre d'organisation du monde, saisissait aussi le langage des oiseaux et il subjugua, peut-être de ce fait, les Barbares-oiseaux. Les oiseaux voyageurs - tels ceux de Fari-od-Din Attâr et du Récit de l'Oiseau d'Avicenne - sont des âmes engagées dans la quête initiatique. Guénon signale en outre le cas des auspices de Rome : la divination, d'après le vol et le chant des oiseaux, n'est-elle pas, d'une certaine manière, une saisie du langage des oiseaux, et donc du langage céleste ? Le poète Saint-John Perse a sans doute l'intuition d'une sorte de pureté primordiale dans ce langage, lorsqu'il écrit : Les Oiseaux gardent parmi nous quelque chose du chant de la création.

La légèreté de l'oiseau comporte pourtant, comme c'est souvent le cas, un aspect négatif : saint Jean de la Croix y voit le symbole des opérations de l'imagination, légères, mais surtout instables, voletant de-ci, de-là, sans méthode et sans suite ; ce que le Bouddhisme nommerait la distraction ou, pire, le divertissement.

C'est en ce sens peut-être que le Tao revêt les Barbares d'une forme d'oiseaux, pour désigner une spontanéité primordiale, violente et incontrôlée. Le Chaos est symbolisé en Chine par un oiseau jaune et rouge, comme une boule de feu, sans visage, mais doté de 6 pattes et de 4 ailes, capable de danser et de chanter, mais ni de manger, ni de respirer. Accessoirement, on notera ce signe relevé par les Chinois de l'Antiquité : l'oiseau détruit-il son nid ? C'est l'annonce du trouble et du désordre dans l'Empire.

Il faut mentionner en Orient le symbole hindou du Kinnara, mi-homme, mi-oiseau, jouant de la cithare, et qui paraît être surtout associé à des personnages de caractère solaire ou royal tels Vishnu, Sûrya ou le Bouddha.

Les documents les plus anciens, parmi les textes védiques, montrent que l'oiseau (en général, sans spécifications particulières) était tenu pour un symbole de l'amitié des dieux envers les hommes. C'est un oiseau qui va chercher le soma, c'est-à-dire l'ambroisie, sur une montagne inaccessible et le donne aux hommes. Ce sont les oiseaux qui, en attaquant les serpents, donnent la victoire aux Aryens sur les Barbares, qui s'opposent à leur avance. Plus tard, l'épopée célébrera la fidélité de l'oiseau Jatayu, qui se sacrifiera pour tenter d'empêcher le démon Râvana d'enlever Sîta. et l'interprétation mystique de cette histoire, professée par de nombreux hindous, voit l'amitié divine sous la forme d'un oiseau s'efforçant de préserver l'âme des entreprises démoniaques de l'esprit du mal. dans la mesure où mes Dieux sont tenus pour des êtres volants (comme les anges de la Bible), les oiseaux sont en quelque sorte des symboles vivants de la liberté divine, affranchie des contingences terrestres (pesanteur, face à la grâce que les dieux possèdent éminemment). Quant au nid des oiseaux, ce refuge quasi inaccessible, caché au plus haut des arbres, on le tient pour une représentation du Paradis, séjour suprême où l'âme n'accédera que dans la mesure où, se délivrant des pesanteurs humaines, elle parviendra à voler jusque là. D'où encore l'idée que l'âme elle-même est un oiseau, et les Upanishad précisent : un oiseau migrateur (en sanskrit Hamsa ; cf l'allemand Gans), par référence à la croyance en la migration de l'âme de corps en corps, jusqu'à l'envol final vers ce nid, où elle trouvera enfin refuge contre les périls de la transmigration. Ce dernier symbole est si fort que l'on raconte que Râmakrishna, il y a une centaine d'années, tomba un jour en extase en voyant un oiseau migrateur, tout blanc, sortir soudain d'un nuage noir. [...]

Dans le Coran, le mot oiseau est souvent pris comme synonyme de destin : Au cou de chaque homme, nous avons attaché son oiseau (Coran, 17,13 ; 27, 47 ; 36, 18-19).

Quand les Abyssins, sous la conduite d'Abraham, marchèrent sur La Mecque, Dieu envoya contre eux des oiseaux qualifiés d'Abâbîl qui leur jetèrent des pierres d'argile (Coran, 105, 3). Dans les traditions de l'Islam, le nom d'oiseau vert est donné à un certain nombre de saints et l'ange Gabriel a deux ailes vertes. Les âmes des martyrs voleront au Paradis sous forme d'oiseaux verts (Coran, 2, 262).

Il est de croyance commune que les oiseaux ont un langage. Le Coran (27, 16) indique que le roi Salomon connaissait ce langage. L’œuvre célèbre de Fari-od-Din Attâr (XII-XIIIe siècles) Mantic ut-Tair, Le Langage des oiseaux, un classique de la littérature persane, utilise ce thème pour décrire les péripéties de l'itinéraire mystique en quête du divin (voir Anqâ et Sîmorgh).

L'oiseau est pris aussi comme symbole de l'immortalité des âmes dans le Coran (2, 262 ; 3, 43 ; 67, 19) et dans la poésie. L'âme est comparée au faucon que le tambourin du Maître appelle, à l'oiseau captif d'une cage d'argile, etc. Comme la plupart des autres traditions, la mystique musulmane compare souvent la naissance spirituelle à l'éclosion du corps spirituel brisant, comme l'oiseau sa coquille, sa gangue terrestre.

L'oiseau, symbole de l'âme, a un rôle d'intermédiaire entre la terre et le ciel. Le signe de l'outarde, symbole de l'union des âmes et de la fécondité, de la descente des âmes dans la matière... est commun à plusieurs tribus maraboutiques berbères. Les touaregs de l'Aïr, au Sud du Hoggar, portent sur leurs boucliers le signe des deux Shin opposés, les deux pattes de l'outarde. Ce symbole se retrouve aux Indes, dans le monde celtique crow's foot, sur le vêtement des chamans des traditions ouralo-altaïque et jusque dans la grotte de Lascaux.

Dans une toute autre aire, les Hopi attribuent aussi aux oiseaux le pouvoir magique de communiquer avec les dieux. Ils sont souvent représentés la tête entourée de nuages, symboles de la pluie qui est un bienfait des dieux fertilisant la terre, et nimbée d'un cercle brisé, qui représente la création, la vie, ainsi que l'ouverture et la porte, symbole de la communication.


A propos de l'ornithomancie, Ibn Haldûn déclare qu'il s'agit de la faculté de parler de l'inconnu qui s'éveille, chez certaines gens, à la vue d'un oiseau qui vole ou d'un animal qui passe, et de concentrer son esprit, après sa disparition. C'est une faculté de l'âme qui suscite une saisie prompte, par l'intelligence, des choses vues ou entendues, qui sont matière à présage. Elle suppose une imagination forte et puissante...

Les deux branches de l'ornithomancie arabe se fondent sur l'interprétation de la direction du vol des oiseaux observés et sur celle de leurs cris

Au Kurdistan, pour les Yezidis comme pour les Ahl-i Haqq (Fidèles de Vérité), le symbole de l'oiseau apparaît dès l'existence d'un monde spirituel. C'est ainsi que chez les Yezidis, Dieu, à l'époque où tout l'univers était recouvert par la mer, est figuré sous la forme d'un oiseau perché sur un arbre, dont les racines s'enfoncent dans les airs. Il en est de même dans la cosmogonie des Ahl-i-Haqq : Dieu est représenté sous l'apparence d'un oiseau aux ailes d'or, alors que n'existaient encore ni terre ni ciel. On se rappelle qu'au début de la Genèse (1, 1) l'esprit de Dieu plane, tel un oiseau, sur les eaux primordiales. (M. Mokri, Le Chasseur de Dieu et le mythe du Roi-Aigle, Dara-y Dâmyâri, Wiesbaden, 1967).


L'oiseau est une image très fréquente dans l'art africain, notamment sur les masques. L'oiseau symbolise la puissance et la vie ; il est souvent symbole de fécondité. Parfois, comme chez les Bambaras, c'est à l'oiseau, à la grue huppée par exemple, que se rattache le don de la parole. On voit souvent sur les vases le thème de la lutte de la Vie et de la Mort.

Les Yakoutes croient que, à la mort, les bons comme les mauvais montent au ciel, où leurs âmes prennent la forme d'oiseaux. Vraisemblablement, les âmes-oiseaux se posent sur les branches de l'Arbre du Monde, image mythique, quasi universelle.