La Forêt du Meygal
- Anne

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Toponymie :
Dans l'Inventaire des Paysages de la Haute-Loire (d.i.r.e.n. Auvergne, mars 2001) on apprend que :
"Le Meygal, étymologiquement le « pays de la pierre », représente un des territoires plus types du département.
Il doit sa forte identité à un certain nombre d’éléments clairement identifiés, résultat d’une intervention laborieuse de l’homme, en parfaite harmonie avec un environnement où les forces créatrices de la nature s’expriment de manière spectaculaire :
Des reliefs surprenants, des formes coniques aux sommets rocheux, drapés d’un sombre manteau de conifères ourlé à la base d’une frange d’arbres feuillus. Ces "sucs" créent autant d’appels visuels et offrent depuis leurs sommets de remarquables panoramas.
Un bocage dense, délimitant des petites parcelles de prairies et de cultures, qui cloisonne l’espace et engendre une découverte intimiste et progressive du paysage.
Un habitat traditionnel, aux caractéristiques bien déterminées, qui se fond dans ce paysage grâce à l’utilisation de la pierre tant pour la construction des murs que des toitures.
La pierre volcanique, élément marquant profondément ce territoire que ce soit par ses manifestations naturelles surprenantes (orgues basaltiques, chirats...), que son utilisation dans le bâti et le parcellaire. Les murets de pierres sèches qui composent parfois un véritable « bocage minéral» , les éléments du patrimoine (croix, fontaines, ...)"
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Historique :
Selon Jean Gadant, auteur d'un article intitulé "Le reboisement en Auvergne." (In : Revue forestière française, 1968, no 7-8, pp. 449-457) :
"Aujourd'hui, sur un total de 600 000 hectares, la Région possède 285 000 hectares de peuplements résineux. A l'exception de sapinières et de pineraies naturelles, de nombreuses forêts ont une origine artificielle. C'est dire toute l'importance de l'œuvre patiemment accomplie depuis ces précurseurs lointains du reboisement auvergnat. Ces forêts ont été créées au cours de trois principales périodes.
1. — Les lois du 18 juillet 1860 et du 4 avril 1882.
En Auvergne, des travaux de grande envergure démarrent avec les lois de 1860 et de 1882 sur le reboisement et la restauration des terrains en montagne. Ces textes sont promulgués à la suite des graves inondations de 1856 et 1859. Ils aboutissent à la création d'un Service du reboisement et des améliorations pastorales Ils permettent aux Pouvoirs Pulics de délimiter des périmètres d'intervention et éventuellement d'y rendre les travaux obligatoires ou de recourir à l'expropriation au profit de l'Etat. Ces plantations réalisées à la fin du siècle dernier, essentiellement dans un but de protection des sols contre les dégâts d'érosion et de lutte contre les inondations, constituent aujourd'hui des massifs résineux très productifs. On doit en particulier à cette législation, les splendides forêts du Meygal et du Lac du Bouchet en Haute-Loire, de Chaudes-aigues dans le Cantal, des Goules, de Peyssades, d'Herment, des Fraux dans le Puy-de-Dôme, etc.... et il y en a beaucoup d'autres en Auvergne."
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Description :
L'Inventaire des Paysages de la Haute-Loire (d.i.r.e.n. Auvergne, mars 2001) situe la partie forestière du territoire du Meygal :
"Le Haut-Meygal : Situé à l’Est de l’entité, le massif du Meygal qui a donné son nom à l’entité représente le secteur le plus élevé. Avec le Pic du Lizieux, il se différencie du reste de l’entité par son relief plus massif, des pentes moins fortes et densément boisées au pied desquelles l’espace agricole est moins bocagé. Altitude et boisement offrent des perceptions contrastées.
Ce qui caractérise le Haut-Meygal :
Ambiances forestières : paysage d’altitude au couvert forestier dominé par l’épicéa. Espace fermé, ombragé et frais. Jeux d’ombres et de lumières dans les grandes futaies.
Larges panoramas ouverts depuis le « toit » du Meygal.
Le Testavoyre (altitude 1436 m) représente le sommet culminant du Meygal. Son sommet rocheux, émergeant à peine d’un épais manteau forestier, permet de profiter de vues remarquables qui portent le regard bien au-delà des limites de l’entité.
Plus à l’Est le Lizieux culmine quant à lui à 1388 mètres. Son sommet rocheux est particulièrement visible à l’Est depuis les espaces plans des plateaux granitiques."
Sur le site du Conservatoire Botanique National - Massif Central, on peut lire la description suivante concernant le massif du Meygal :
"Végétations forestières : Le Meygal est actuellement assez fortement boisé, et compte un taux de boisement de 41%. Parmi les forêts actuelles, 33% seraient anciennes, ce qui est légèrement inférieur à la moyenne du Massif central. Le reste des forêts actuelles est issu de recolonisation spontanée de terres délaissées par l'agriculture ou de reboisements par plantation ou semis. Le taux de boisement a ainsi été multiplié par 2,4 depuis le milieu du XIXe siècle. Le secteur a cependant subi des défrichements de forêts anciennes depuis 150 ans, puisque 22% des forêts présentes sur la carte de l’État-major, au moins en partie anciennes, ont été défrichées. En forêt ancienne, les peuplements sont notamment constitués de mélanges de feuillus avec une part de conifères, et dans une moindre mesure de Pin sylvestre. Ces peuplements sont essentiellement constitués d'essences autochtones, même s'ils peuvent abriter une petite part d’essences exotiques en mélange. Les peuplements dominés par les essences exotiques ne représentent que 5% des forêts anciennes"
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Le site du Petit Fûté permet de situer géographiquement la forêt du Meygal :
"Bordée par les monts du Forez, du Vivarais, les massifs du Mézenc, du Pilat et du Devès, cette forêt de près de 1 200 hectares s'étend sur le territoire de cinq communes : Saint-Julien-Chapteuil, Champclause, Queyrières, Araules et Yssingeaux. Le massif du Meygal impressionne par son dense et vaste manteau d'épines. Composée pour l'essentiel de résineux, la forêt est un véritable jardin botanique où se mêlent de nombreuses variétés de plantes : digitale, achillée, serpolet, gentiane... Vous y trouverez également, si le temps a été clément, les fameux cèpes et autres girolles. Sa plantation, sur une lande qui servait de pâturage, remonte à la fin du XIXe siècle. Le GR 65 (chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle), dans sa partie qui va de Genève au Puy-en-Velay, traverse cette forêt. L'hiver, les amateurs de ski de fond trouveront leur bonheur ici."
Sarah Chelles, Vincent Hugonnot, Florine Pépin et Marc Philippe, auteurs d'un article intitulé "Écologie, démographie et conservation du Tetraplodon angustatus (Hedw.) Bruch et Schimp. en France." (In : Le Journal de botanique, n°108, 2023. pp. 34-48) complètent cette présentation :
"Le Meygal est entièrement situé dans le département de la Haute-Loire dans le sud-est du Massif central. Le climat est continentalmontagnard teinté d’influences méditerranéennes (Jouve, 2001 ; Darnis, 2010). La température moyenne annuelle s’élève à 6,5°C (Janvier : -1-0°C ; Avril : 4-5°C ; Juillet : 15-16 °C ; Octobre : 6-7°C). Le nombre moyen de jours de gel est de 110, avec une moyenne de 30 jours de neige. Les précipitations moyennes sont de 1050-1100 mm/an. Les sucs correspondent à des sommets volcaniques fortement exposés aux vents du sud-est et de l’ouest. Le site Natura 2000 FR8301086 – Sucs du Velay-Meygal compte quelques sucs phonolithiques et trachytiques importants : Montivernoux ; Mounier ; Pic du Lizieux ; Testavoyre et Tortue (Feybesse et al. 1998). Le plus haut sommet est toutefois le Testavoyre, avec 1436 m. Depuis le sommet jusqu’à la base des versants des sucs, on observe typiquement divers assemblages rocheux où la gravité (surtout sur les pentes > 30°) et la gélifluxion sont les deux processus principaux.
[...]
Les sucs offrent une végétation trachéophytique relativement constante. En dehors des nombreuses plantations de résineux, les forêts sont des pinèdes (issues des reboisements RoM pour partie) sur les versants sud, ou des hêtraies-sapinières sur les versants nord. Dans les éboulis et sur les rochers la végétation est éparse. Les espèces dominantes sont Avenella flexuosa [Canche flexueuse], Campanula rotundifolia [Campanule à feuilles rondes], Cryptogamma crispa [Fougère des rochers], Dryopteris filix-mas [Fougère mâle], Silene rupestris [Silène des rochers], Valeriana tripteris [Valériane triséquée]. Une colonisation centripète de certains éboulis peut être constatée, avec l’apparition de cortèges landicoles comme Calluna vulgaris [Callune commune], Rubus idaeus [Framboisier rouge] et Vaccinium myrtillus [Myrtille sauvage] et des ligneux comme Betula pendula [Bouleau blanc], Sorbus aucuparia [Sorbier des oiseaux] etc."
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Littérature :
Jules Romains, dans les tomes XV et XVI de Les Hommes de bonne volonté (soit les volumes Prélude à Verdun et Verdun) évoque la forêt de sa région natale :
Page 65 — "En tout cas, lui Jerphanion était parti avec sa compagnie, en s’annexant à la rigueur celle de Fabre. I1 n’avait plus dépendu de personne. Après bien des errances et des aventures, et malgré les tentations de s’installer rencontrées en route, il finissait par amener sa troupe dans un pays qu’il connaissait bien, le sien. 11 l’y amenait parce que c’était le sien, évidemment ; mais aussi parce qu’il voyait très bien comment s’y installer, et comment, une fois installé, en écarter les concurrents et s’y défendre. Il y avait une première période, assez longue, et dangereuse, où il fallait avant tout asseoir sa domination, la mettre bien à l’abri, décourager les résistances ou les assauts extérieurs, éviter la dépression ou l’amollissement des hommes. Le beau temps féodal viendrait plus tard. D’abord le temps de l’occupation. C’est pourquoi, au lieu de s’établir d’emblée, lui et sa bande, à Saint-Julien-Chapteuil, au centre du bassin, il occupait la forêt du Meygal, si admirablement située au point de vue militaire, et l’organisait. Simple jeu que d’organiser une position pareille, pour des gens qui avaient creusé au front tant de tranchées et de boyaux dans des coins impossibles. Aucune difficulté pour eux, non plus, que d’habiter en forêt. Quand on a tout son temps pour se faire des abris et des guitounes confortables... Quand il ne tombe pas d’obus... 11 faudrait construire dans le rocher."
Page 180 — "A Pagny, les officiers venaient à peine d’installer leurs hommes qu’ils recevaient des ordres pour tout un programme de manœuvres et d’exercices qui ne se présentaient pas comme de simples passetemps. 11 s’y joignait des commentaires du genre : « Reprendre en main les troupes avec le maximum d’énergie. » Les officiers se disaient entre eux : « Ça va barder. » Du coup Jerphanion fut ressaisi par son idée obsédante de l’automne : « La guerre ne finira pas. La voilà repartie. Encore toute cette année ; et puis le prochain hiver ; et des repos trompeurs (si n’intervient pas, à titre individuel, le grand repos qui ne trompe pas) ; et des manœuvres de reprise en main ; et ainsi de suite... » Il se jeta de toutes ses forces dans sa rêverie du Meygal, qu’il n’avait jamais entièrement abandonnée, mais qu’il avait caressée d’une manière plus distraite à l’époque heureuse des Grandes-Loges. Le Meygal. La bande, bien installée dans ses fortins et ses réduits. Les petits postes aux points d’accès principaux de la forêt. Six en tout, de quatre hommes chacun, pour ne pas gaspiller l’effectif... 11 y a cette question des munitions. Economiser celles qu’on a emportées du front, soit. Mais il faut en prévoir le remplacement. Ça, c’est très compliqué."
Page 265 — "Criollet avait une barbe de deux jours environ (elle devait dater de Beauzée) ; des moustaches taillées court, comme la mode au front commençait à s’en répandre. Il traînait les pieds dans la neige, avec une espèce de souplesse, une savante économie d’effort, qui elle aussi faisait penser aux vieilles armées. « Homme étonnant ! » pensait Jerphanion. « Ce qu’il ferait bien dans ma bande du Meygal !..."
Antoine Chopot, auteur d'une thèse intitulée Réanimer le monde ? : Crise de l’agentivité et subjectivités non-humaines dans les pensées écologiques contemporaines. (Philosophie. Université de Montpellier Paul-Valéry, 2025) clôt les remerciements qui ouvrent son travail sur la gratitude qu'il éprouve pour la forêt du Meygal :
"La forêt du Meygal, d’avoir accueilli mes marches et mes déambulations philosophiques, elle a largement participé à faire naître de nouvelles pensées, oxygénées et rafraîchies, quand le cerveau humain, trop humain, commençait à surchauffer."
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