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  • Anne

Le Silène (plante)




Étymologie :

  • SILÈNE, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. 1765 bot. subst. masc. (Encyclop.) ; 2. 1791 « nom d'un papillon, du genre satyre », « nom d'un macaque » (Valm.). Du lat. sc. mod. silene, silenus « id. », du lat. Silenus « Silène, demi-dieu ventru, fils de Pan, père nourricier et compagnon de Bacchus », parce que la fleur a un calice gonflé comme le ventre de Silène.


Lire également la définition du nom silène afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Silene vulgaris ; Pavot d'Héraklès.

Silene latifolia ; Compagnon blanc ; Lychnis à grosses graines ; Silène à larges feuilles ;

Silene noctifolia ; Silène de nuit ;

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Utilisations :


Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot nous apprend que :


En Vendée ils emploient en guise de petites toupies les capsules non mûres de la fleur des compagnons blancs, ils les manœuvrent en faisant rouler le pédoncule entre leurs doigts de là vient le nom de sabot.




Croyances populaires :


Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot recense nombre de légendes populaires :


On tire des présages de l'éclatement des fleurs ou des feuilles Dans la Vienne, si on fait éclater sur le front d'un ami une fleur de compagnons blancs, celui-ci recevra un affront quelconque dans la journée. Au XVIe siècle on demandait aux feuilles des oracles amoureux :


De frais pavot une fueille nouvelle

Bien ne defant, que les mots a cecy...

Ha, lasse-moy ? Je suis, je suis perdue !

Dessus mon poing ceste fueille etandue

Las ! sous ma main frapante n'a dit mot.


[...] Aux environs de Dijon, quand un jeune homme fait claquer une fleur de compagnon blanc sur le front d'une jeune fille, c'est lui dire qu'il la choisit ; si elle ne l'aime pas, elle a soin de ne pas se laisser faire.

[...] Les pèlerins rapportent, comme souvenir de leur visite à des sanctuaires, généralement éloignés de leur demeure, des emblèmes empruntés à la flore champêtre : [...] ceux qui ont visité Sainl-Gildas en Penvenan en reviennent portant des fleurs de gazon d'Olympe (statire armoria,) dit aussi fleur de Saint-Gildas, ou une touffe de silène maritime.

[...] En Haute-Bretagne on fabrique aussi des sifflets avec des tiges de prêle, et dans divers pays avec le petit ballon qui soutient les pétales des compagnons blancs et des silènes, qui portent des noms conformes à cet emploi.

[...] Une amusette très répandue consiste à faire éclater avec bruit sur le front ou sur la main les fleurs du coquelicot arrangées d'une certaine façon beaucoup de noms y font allusion les compagnons blancs, les silènes enflés servent à des divertissements analogues.

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Symbolisme :


Emma Faucon, autrice d'un ouvrage intitulé Le langage des fleurs. (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) rapporte les équivalences de l'Horloge de Flore :


Il est des fleurs qui s'ouvrent invariablement à la même heure ; les horticulteurs profitent de cette horloge naturelle pour régler leur temps, et les amoureux emploient ce moyen pour indiquer le moment où ils passeront sous les fenêtres de celle à qui ils offrent leurs vœux.


Onze heures = Le silène noctiflore.

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Mythologie :


Selon Julien-Bernard Chabot, auteur d'un article intitulé "L’essayiste « fictif » : autoportrait d’André Belleau en silène à lunettes." (in Voix et images, 2016, vol. 42, no 1, p. 53-65) :


[...] En réalité, si Belleau arrive à résoudre par ses autoreprésentations essayistiques le problème de la dissociation du personnage-écrivain qui s’imposait à ses réflexions dans Le romancier fictif, c’est grâce aux emprunts qu’il effectue à une longue tradition d’origine populaire, et qu’il connaît en profondeur pour y avoir consacré de nombreux travaux : le carnavalesque. Et il se trouve, justement, que la littérature carnavalesque compte parmi son répertoire de personnages une divinité bien connue, issue de la mythologie grecque et portant le nom de Silène, qui personnifie tant physiquement qu’intellectuellement la réunion antagoniste de la nature et de la culture, du comique populaire et du savoir le plus haut. Créature au corps mi-humain et mi-animal, Silène est un vieux satyre bedonnant dont l’illustre intelligence se dissimule sous une apparence grotesque. Belleau, qui le connaît bien, le présente en ces termes : « Père de Bacchus, Silène était traditionnellement représenté sous les traits d’un vieillard ivre, obèse et obscène. Il avait néanmoins enseigné à Bacchus la sagesse… La sagesse divine (1). » C’est dans la mesure où cet antagonisme recoupe celui de l’extériorité (repoussante) et de l’intériorité (attrayante) que le nom commun silène en est venu à désigner, outre un satyre devenu vieux, de petites boîtes ayant l’allure de figurines ; d’après Érasme, « fermées elles ne présentaient qu’une apparence risible et déformée de joueur de flûte, mais ouvertes elles montraient soudain une divinité (2) ». Ces petites boîtes jouent un rôle notoire dans le prologue de Gargantua, lors du passage qui recommande d’interpréter le livre « à plus hault sens », de façon à « rompre l’os » de la bouffonnerie pour en « sugcer la sustantificque mouelle (3) », selon un même principe opposant l’apparence et le contenu réel. Il semble ainsi que la figure du silène, à laquelle le Belleau des essais mimétiques s’apparente — au point de partager avec lui, comme on le verra bientôt, ivresse, obésité et obscénité —, permette de rassembler en un tout cohérent plusieurs des intérêts majeurs de l’essayiste, allant du statut de l’intellectuel-écrivain abordé dans Le romancier fictif à la carnavalisation de la littérature explorée dans Notre Rabelais.

[...]

Ainsi, grâce à la figure du silène qui, comme le dit Belleau lui-même, a la vertu de « maintenir les oppositions et de résorber la dualité » (NR, 23), on comprend mieux comment l’essayiste a réussi à concilier dans ses autoreprésentations la double exigence du savant et du populaire qui caractérise le conflit des codes typique de notre institution littéraire. [...] En authentique silène, s’il a su maintenir un équilibre aussi précaire sans jamais sacrifier l’intelligence ou verser dans le populisme, c’est parce que chez lui la panse va de pair avec la pensée, la nourrit et donne véritablement corps à l’écriture.


Notes : 1) André Belleau, Notre Rabelais, Montréal, Boréal, coll. « Papiers collés », 1990, p. 60.

2) Érasme, « Le silène d’Alcibiade », cité dans François Rabelais, Gargantua, traduction en français moderne de Marie-Madeleine Fragonard, Paris, Pocket, coll. « Pocket classiques », 2007, p. 467.

3) François Rabelais, « Gargantua », p. 52.

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Littérature :


Yves Paccalet, dans son magnifique "Journal de nature" intitulé L'Odeur du soleil dans l'herbe (Éditions Robert Laffont S. A., 1992) évoque brièvement le silène :

22 mai

(Fontaine-la-Verte)


[...] Dans la prairie, sous la maison, j'arrête mes sens sur la silène (mélandre, compagnon) blanche Yin et Yang : calices enflés, rougeâtres et velus (mâles) ; corolles blanches, virginales (femelles). Le végétal poisse la main qui le touche. Son parfum marie l'âcre et le sucré. Mon oreille résonne encore du claquement de ses calices sur mes genoux d'enfant. Faut-il que je le goûte ?

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