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  • Anne

La Fougère mâle




Étymologie :


Selon Wikipédia :


Le nom scientifique Dryopteris, ou dryoptère en français, vient du grec drus [chêne] et pteris [fougère] et fut attribué par Dioscoride (médecin grec) à des fougères se développant dans les bois de chênes. L'épithète latin filix mas signifie littéralement « fougère mâle ». Cette espèce n'est pas plus masculine que la fougère femelle, Athyrium filix-femina n'est femelle : c'est simplement que la première paraît plus robuste que la seconde, gracile.


Autres noms : Dryoptéris filix-mas ; Polypose ; Polystie ; Porte-aigle.




Botanique :


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Intérêt culinaire :


Selon Marcel Coquillat , auteur d'un article intitulé "Au sujet du "pain de fougère" en Maconnais." (In : Bulletin mensuel de la Société linnéenne de Lyon, 19ᵉ année, n°7, septembre 1950. pp. 173-176) :


En conclusion, il est donc certain que furent utilisés avec efficacité, au moins les tiges souterraines ou rhizomes de la Fougère Aigle et de la Fougère mâle, vraisemblablement séchés et pilés, quelquefois moulus, et mélangés si possible à d'autres produits tels que : son, farine de seigle, farine d'orge, etc..., pour la fabrication du pain de fougère, consommé en période de disette, à défaut d'un meilleur aliment.

Cette pratique, signalée comme certaine en Auvergne et en Forez a sans nul doute été employée autour du Massif Central, et notamment dans le Morvan granitique d'où elle a pu émigrer en Mâconnais, pays situé dans des collines dépendant des Cévennes septentrionales, et dont l'histoire n'est nullement exempte de grandes épreuves suivies de famines. En 1028, la disette y fut telle, à Mâcon notamment, qu'après s'être nourris des feuilles et de l'écorce des arbres, les habitants furent réduits, disent les chroniques du temps, à aller chercher leur subsistance dans les cimetières ; certains auteurs affirment qu'on vendit publiquement de la chair humaine dans les marchés de la ville : cette famine dura quatre années ».

Six cents ans plus tard, une semblable catastrophe a permis à Girardot de Nozeroy d'écrire : « La famine de notre Bourgogne, en cette année 1638, a passé par-dessus toutes les autres, incomparablement... La postérité ne le croira pas ;... on vivait des herbes des jardins et de celles des champs ; les charognes des bêtes mortes étaient recherchées aux voiries, mais cette table ne demeura longtemps mise : ... Enfin on en vint à la chair humaine... ».

Comme le Pain de fougère devait sembler acceptable, voire même bon, en de pareilles époques ! Ces temps sont heureusement révolus, au moins dans nos régions, même si on tient à faire état d'une récente période de guerre et d'occupation durant laquelle, si l'on n'eut pas à revenir au pain de fougère, on eut tout de même le pain « de balayures de greniers », comme l'écrit avec esprit notre collègue et ami M. Bonnot.

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Vertus thérapeutiques :


André Lawalrée et Georges-Eugène Frisque, auteurs de "Ptéridophytes d’Europe utilisées comme simples jusqu’au XIXème siècle, Baume des neuf herbes et Théorie des signatures." (in Les Naturalistes Belges, volume 84, 1, janvier- mars 2003, p. 25) réactualisent les connaissances sur la Fougère mâle :


La poudre de rhizome [de la fougère mâle] est un vermifuge prescrit depuis Théophraste, Pline, Dioscoride, puis Avicenne. [...]

L’ancien remède de NOUFFER, contre le taenia, était une décoction contenant entre 10 et 64 g/litre de souches de fougère mâle, puis réduite à moitié par ébullition. On distillait aussi ces souches pour obtenir 50 g d’une huile vermifuge au départ de 500 g du végétal. Dès 1825, J. et Chr. PESCHIER de Genève, imaginèrent la préparation d’un extrait éthéré de fougère mâle contenant plus de 16% de filicine brute. L’extrait a disparu de l’arsenal thérapeutique en 1965 et avec lui les accidents qu’il provoquait épisodiquement. La filicine des PESCHIER est un mélange de six composés dont l’acide filixique et des albaspidines (des cétones phénol) dont l’overdose est fatale. La filicine provoque des crampes, une irritation gastro-intestinale et des troubles visuels.




Symbolisme :


Marcel Coquillat dans "Les Herbes de la Saint Jean (suite)." (In : Bulletin mensuel de la Société linnéenne de Lyon, 15ᵉ année, n°8, octobre 1946. pp. 54-56) évoque les propriétés magiques de la fougère mâle :


Les Fougères (nom collectif) comprenant :

  • Fougère Aigle ou Fougère Impériale : (Pteris aquilina L.).

  • Fougère mâle (Polystichum Filix-mas Roth.).

  • Fougère femelle (Polystichum Filix femina Roth.) et sans doute les genres voisins (Aspidium, Asplenium, et.).

Les Fougères sont des "plantes sacrées dans les croyances populaires nordiques. La graine, couleur d'or, doit être récoltée la nuit de la Saint-Jean et donne le pouvoir de résister à tous les sortilèges. Cueillie dans certaines conditions, elle permettait à son possesseur de se rendre invisible. Mise dans le coffre où on enfermait son argent, elle faisait que cet argent ne diminuait jamais. Mais ceci n'est rien en comparaison des vertus de la fleur de Fougère qui ne s'épanouit que dans la nuit de la Saint-Jean, à la minuit précise. Il existe sur le sujet une certaine littérature légendaire.

Selon M. À. Bonet et al. auteurs d'un article intitulé "Contribution à la connaissance ethnobotanique des ptéridophytes dans les Pyrénées." (Bocconea, 2001, vol. 13, pp. 605-612), la fougère mâles a de multiples utilisations :

Utilisations :

  • Médicinales. - Anthelminthique (décoction du rhizome, D. I.). Hypotenseur (*décoction des frondes, D. I. ;). On emploie aussi les frondes mélangées avec du seI comme un *antiinflammatoire.

  • Folkloriques. - Les jeunes filles la récoltent la veille de la Saint-Jean pour faire tomber amoureux l'homme qu'elles aiment. On croit traditionnellement que la fougère "fleurit et fructifie" juste à minuit de cette veille-là et celui qui la récolte à ce moment-là devient riche et heureux.

  • Domestiques. - Utilisée comme attrape-mouches : un bouquet de jeunes frondes est accroché au plafond de la cuisine et quand les mouches s'y enferment on le jette au feu.

  • Ornementales. - Cultivée parfois dans les jardins.

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Pascal Lamour, auteur de L'Herbier secret du Druide, des plantes pour les hommes et les esprits (Éditions Ouest-France, 2017) fait le point sur ses recherches :

Nom gaulois : Ratis, que l'on trouve chez Marcellus de Bordeaux. Ce terme est assez imprécis et semble désigner les fougères en général.

Saisonnalité Samain : Pour comprendre la symbolique celtique de la Fougère, il faut se plonger dans le récit irlandais de La Mort de Muirchertach, roi suprême d'Irlande du VIe siècle. Il rencontre Sin, une fée de l'Autre Monde qui transforme l'eau en vin, les pierres en moutons et surtout les fougères en porcs, qu'elle donne ensuite aux troupes. Ce sera d'ailleurs la dernière nourriture du roi avant sa mort tragique. Or le cochon est un des animaux majeurs de la Samain. Sa viande est consommée rituellement aux festins. Le meilleur morceau est réservé au roi, illustrant la force royale que représente ce moment de passage. D'origine magique, par cette transformation en cochon, la fougère devient elle-même symbole royal, par les mains d'une fée.

A la fête de la Samain, et durant trois nuits, les esprits et les humains qui parviennent à se rendre invisibles se rencontrent et passent ensemble dans l'Autre Monde. Or les anciens pensaient que la fougère produisait des graines invisibles pour se reproduire, suite à la « floraison » qui se passait au solstice d'été. (On sait depuis qu'elle n'a pas de fleurs, donc pas de graines, et qu'elle se reproduit grâce à des spores). Celui, qui les consommait pouvait aussi devenir invisible et se frayer facilement une place dans les voies vers l'Autre Monde. En Bretagne, de nombreux contes parlent de personnages qui se rendent invisibles grâce à la fougère. Ils parlent aussi de son rhizome écaillé, qui en fait un terrain magique pour les korrigans facétieux, qui peuvent se rendre invisibles et perturber les humains. Cette capacité en fait une plante fondamentale de la Samain.

Les feux de fougères marquent la fin de l'année celtique. Dans le Dindshenchas de Ui Neit, en Irlande, sur les conseils de Lug et de Figol, le druide, le bétail de Munster est passé dans un feu de fougères puis frotté de cendres de roseau. Cette allégorie nous présente une année qui s'assombrit et qui meurt pour faire la place à celle qui arrive, fêtée à la Samain.


Son installation dans le Nemeton : Au centre de Samain.

Son caractère Samain : Ses effets antiparasitaires et antihelminthiques.


Propriétés dans les trois mondes :

Dans le premier monde : la santé du corps

Dans la tradition celtique : Son action vermifuge est connue depuis la nuit des temps. on employait la poudre de rhizome. Des feuilles de fougères frottées sur le corps calmeraient les douleurs rhumatismales.

[...]

Dans le deuxième monde : la santé de l'esprit, les propriétés ésotériques

C'est ici que la fougère a toute sa place.

En premier, elle a des capacités protectrices et il semble que les feuilles « éloignent les puces et les mouches. La fumée de fougère fait fuir les animaux dits "nuisibles". On dit que les souches à cinq crosses repoussent les ensorceleurs et tous les jeteurs de sortilèges. »

Deuxièmement, symbole d'invisibilité, de passage dans le monde supérieur, elle permet à celui qui en revient de conter aux autres la vie merveilleuse qui s'y passe. C'est donc un symbole de la mémoire dans les rêves éveillés. Par cette action, elle est censée repousser les démons. il faut pour cela la couper au solstice (à la Saint-Jean), après sa « floraison », puis la brûler au dernier feu de la Samain. C'est la fumée qui éloigne les êtres malfaisants toue l'année, et en particulier :

  • Huccan, démon breton qui incite au combat par un hydromel de sa composition, alors que Samain doit rester un temps de trêve ;

  • l'Ankou, personnage mythologique de Bretagne, tenu à distance pour éviter d'être le premier mort de l'année, chargé ensuite de mener tous les autres dans l'Autre Monde.

Dans « Héloïse et Abailard » du Barzaz Breiz, édition Librairie Académique de 1867, Henri de Villemarqué, nous conte ceci, et c'est Héloïse qui s'exprime : « La première drogue que je fis avec mon doux clerc fut faite avec l'œil gauche d'un corbeau et le cœur d'un crapaud ; et avec la graine de la fougère verte, cueillie à cent brasses au fond du puits, et avec la racine de l'herbe d'or arrachée à la prairie... »


A noter : seuls le premier et le deuxième monde concernent cette plante.

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