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  • Anne

L’Épicéa





Étymologie :

  • ÉPICÉA, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1765 (Encyclop. t. 14, p. 367, s.v. sapin). Altération du lat. imp. picea, fém. « épicéa, pesse ».


Lire aussi la définition pour amorcer la réflexion symbolique.




Botanique :


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Symbolisme :


Selon Annie Pazzogna, auteure de Totem, Animaux, arbres et pierres, mes frères, Enseignement des Indiens des Plaines, (Le Mercure Dauphinois, 2008, 2012, 2015),


"Le simple "embrassement" de l'épicéa ouvre notre cœur. Sa force protectrice et revitalisante s'écoule et attise le feu, un moment assoupi, qui doit nous animer. Cet arbre doux et maternel offre les perches qui deviendront tipi, l'habitation des Indiens des Plaines : d'une dizaine à une vingtaine, selon la dimension. Écorcées, liées en cône, les perches recouvertes de peau ou de toile, diffusent une énergie groupée, reçue et réfléchie par le foyer central qui ne s'éteint pas, lueur du Grand Mystère. Les Lakota peuvent être à même de toucher toutes les perches de leur tipi pour demander aide et protection en certaines circonstances."

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Mythes et légendes :


Selon Véronique Barrau et Richard Ely, auteurs de Les Plantes des fées (Éditions Plume de carotte, 2014), dans leur article sur le sapin pectiné (abies alba) nous avons tendance à confondre sapin et épicéa :


"Illusion et confusion : C'est en Scandinavie, au cœur de la nature sauvage, que vivent les trolls, une race de géants primitifs. L'illustrateur norvégien Theodor Kittelsen a souvent représenté ces personnages de légende auxquels il était attaché. Celui qui nous intéresse plus particulièrement ici est le troll des montagnes dont le corps est recouvert d'une forêt d'épicéas, donnant l'illusion d'une colline boisée. On associe communément l'épicéa au sapin alors qu'il s'agit d'une espèce différente."

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Littérature :


Dans La Peau de bison (Éditions Flammarion, 1971) de Frison-Roche, dès le début du roman, Max et Jack sillonnent le grand nord canadien, l'un comme pilote d'avion, l'autre afin de recenser la faune arctique :


- Les premières épinettes ! lança Max.

Ils se sentirent tout à coup soulagés d'un grand poids, ils venaient d'atteindre la tree-line, la fameuse ligne des arbres, sinueuse et irrégulière, qui sépare en deux les territoires du Nord. Partant de l'embouchure du Mackenzie, elle coupe en diagonale le Grand Nord canadien, en deux régions bien distinctes. La toundra au nord-est où le sol ne dégèle jamais en profondeur, les Barren Lands, vides et inhabités, sinon sporadiquement aux époques de chasse par quelques Eskimos et, au nord-ouest, la taïga forestière couverte de forêts de spruces que les Canadiens français nomment l'épinette et qui n'est qu'une variété d'épicéa.

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Peter Handke, dans son essai qui s'intitule : Essai sur le fou de champignons, Une histoire en soi (Gallimard, 2017), évoque l'obscurité d'une forêt d'épicéas :


S’il quitta les lisières pour pénétrer à l’intérieur puis au tréfonds des forêts, ce fut d’abord pour les raisons d’argent évoquées plus haut. Les forêts de la région de son enfance étaient surtout des forêts de résineux et, à l’exception des îlots clairsemés de mélèzes sur les hauteurs, presque exclusivement des épicéas au manteau d’aiguilles particulièrement épais ; ces arbres poussaient toujours très près les uns des autres, branches et ramures imbriquées et enchevêtrées, et plus on s’enfonçait dans ce labyrinthe, plus il faisait sombre, si bien qu’au fur et à mesure qu’on progressait on ne distinguait ni les arbres séparément ni la forêt dans son ensemble, et l’endroit le plus sombre et le plus perdu se trouvait à l’intérieur de la forêt qui souvent ne tardait pas, parfois juste après quelques pas loin de ses bordures, à se refermer comme une gangue : le regard ne passait plus entre les troncs dont les branches basses étaient généralement sèches, et ne parvenait plus jusqu’à l’espace libre qui l’environnait encore quelques instants plus tôt, jusqu’à la lumière du jour qui éclairait encore la vaste campagne quelques instants plus tôt ; la seule lumière était un crépuscule constant et profond qui nulle part ne devenait vraiment lumière, et dans les cimes (invisibles) pas même « à peine un souffle », rien, ni même le chant des oiseaux entendu quelques pas auparavant.

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