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  • Anne

Le Plaqueminier



Étymologie :

  • PLAQUEMINIER, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1719 (La Harpe in P. Margry, Mémoires et Documents, VI, 265 d'apr. Fried., p. 516). Dér. de plaquemine*; suff. -ier*.

  • PLAQUEMINE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1682 piakimina (Lett. de M. de La Sale in P. Margry, Déc. et Etabl., I, p. 178 d'apr. König, p. 169, note 1) ; 1719 plaquemine (La Harpe in P. Margry, Mémoires et Documents, VI, 304 d'apr. Fried., p. 516). Empr. à l'algonquin piakimin (FEW t. 20, p. 76a).

  • KAKI, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. [1765 Ssibu-Kaki (Encyclop. t. 15, p. 486a : c'est un figuier du Japon)] 1822 Kaki « plaqueminier du Japon » (Dict. des sc. nat., t. 24) ; 2. 1820 figue caque « fruit du plaqueminier » (ibid., t. 16, p. 532) ; 1832 kake (Raymond) ; 1893 Kaki (Catalogue d'estampes japonaises, Paris, Leroux, p. 14). Mot japonais (FEW t. 20, p. 97). Lat. sc. Diospyros Kaki (1798, Linné Syst. Veget., p. 750, n°1161), Kaki (1712, Kaempfer [voyageur et naturaliste all., 1651-1716], Amoenitates exoticae, p. 85, table 86 ds Linné, loc. cit.).


Lire aussi les définitions du plaqueminier, nom dérivé de plaquemine et de son fruit, le kaki, pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Diospyros kaki ; Figuier caque ; Plaqueminier kaki.

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Botanique :


Jean-Marie Pelt, dans son ouvrage intitulé simplement Des fruits (Librairie Arthème Fayard, 1994), brosse le portrait du Kaki :


Les Diospyros forment un genre très vaste comportant un grand nombre d'espèces. le Diospyros kaki est originaire du Japon ; il a débarqué sur les marchés français à la fin du XIXe siècle.

Les fruits apparaissent sur l'arbre après que celui-ci a perdu toutes ses feuilles. très consommé au Japon et en Chine en hiver, le kaki rappelle la tomate par sa forme et sa taille, sa peau fine et lisse ; mais il s'en distingue par les quatre large sépales qui restent attachés à sa base et par sa couleur orangée. Il se consomme seulement lorsqu'il est très mûr et que sa pulpe est molle ; elle exsude un suc doux et sucré, peu parfumé. Quant à la peau, il est préférable de l'éliminer, car elle est indigeste.

Le kaki est très riche en vitamines A et C.

L'arbre est aujourd'hui cultivé dans le midi méditerranéen et en Afrique du Nord sous le nom de plaqueminier. Il est très proche de l'ébénier dont le bois noir et lourd est si réputé.

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Usages traditionnels :


Kevin Yvars dans son mémoire pour l'obtention du D.U. en Ethnobotanique Appliquée (Université de Lille, Faculté des Sciences Pharmaceutiques et Biologiques, 2019) intitulé Etude sur l’utilisation traditionnelle des plantes en pays Dagara liste les différents usages du kaki à forme de nèfles :


Diospyros mespiliformis Hochst. Ex A.DC.


Usage médicinal : Consommation des fruits verts contre la dysenterie

Ecorce calcinée réduite en cendre dont la poudre est disposée sur les plaies tel un

cataplasme en tant que désinfectant et cicatrisant.

Culinaire : Les fruits mûrs sont très appréciés, notamment des enfants.

Artisanal : Fabrication de gourdin pour la chasse.

Cultuel : Arbre Totem du village de Nakar et la culture Dagara.

Seul le chef de terre, le Tengan sob, et les initiés détiennent le savoir lié à cette espèce.

De nombreux tabous et connaissances magico-religieuses entourent l’espèce :

- Si le chef de terre dépose au seuil d’une habitation des branches feuillées cela signifie que les habitants sont bannis du domicile. Un paiement et des sacrifices sont alors exigés en retour.

- Il est interdit pour tout habitant d’en cueillir et utiliser ses feuilles et rameaux chez soi.

- Le bois ne peut être utilisé pour les constructions.

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Symbolisme :


Dans Les Fleurs naturelles : traité sur l'art de composer les couronnes, les parures, les bouquets, etc., de tous genres pour bals et soirées suivi du langage des fleurs (Auto-édition, Paris, 1847) Jules Lachaume établit les correspondances entre les fleurs et les sentiments humains :


Plaqueminier lotus - Force.

Le bois de cet arbre sert à faire des brancards de voiture et ne le cède guère au fer lui-même pour la résistance.

 

Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version catholique des équivalences symboliques entre plantes et sentiments :


PLAQUEMINIER - PÉNITENCE.

Que toute âme soit soumise aux puissances supérieures ; car il n'y a point de puissance qui ne soit de Dieu et toutes les puissances de la terre sont ordonnées de Dieu. Celui donc qui résiste aux puissances résiste à l'ordre de Dieu et ceux qui résistent at tirent sur eux la condamnation.

Romains : XIII, 1, 2.

 

D'après le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée, Robert Laffont : 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"Les célèbres kakis du peintre chinois Mou-k'i sont moins un symbole formel qu'une tentative pour exprimer l'inexprimable, la trace subtile de l'Illumination.

Le kaki (fruit du plaqueminier) est, en Extrême-Orient, désigné par le caractère che, homophone de che (affaires). Aussi est-il utilisé pour exprimer les souhaits d'affaires prospères."

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Plaqueminier de Virginie (Diospyros virginiana) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Féminin

Planète : Vénus

Élément : Eau

Pouvoirs : Changement de sexe ; Guérison ; Chance.


Utilisation magique : Cette espèce américaine de Plaqueminier donne un fruit agréable à manger, à condition qu'il soit un peu blet. Aux Etats-Unis, on en consomme volontiers dans les États du Sud. Une croyance populaire tenace lui attribuait, dans certaines circonstances, le pouvoir de changer une fille en garçon. Dans plusieurs comtés d'Alabama, on disait, jusqu'à une époque toute récente, que la fille mécontente de son sexe et aspirant à devenir un homme n'avait qu'à manger neuf kakis, non épluchés et non vidés. La transformation était alors attendue dans les deux semaines suivantes.

Lorsqu'une mauvaise grippe sévit, on prend une ficelle et l'on y fait autant de nœuds qu'il y a de personnes malades dans la famille, puis on va l'attacher autour du tronc d'un Plaqueminier. Le virus n'y résiste pas.

Citons pour mémoire les légendaires lotos de l'Antiquité : ce serait, selon certains auteurs, les fruits du Plaqueminier lotus égyptien. En Afrique du Nord, pour attirer la chance, on enterre ces fruits derrière la maison, quand ils sont encore verts.

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Kevin Yvars dans son mémoire pour l'obtention du D.U. en Ethnobotanique Appliquée (Université de Lille, Faculté des Sciences Pharmaceutiques et Biologiques, 2019) intitulé Etude sur l’utilisation traditionnelle des plantes en pays Dagara nous livre les informations suivantes :


Ainsi, Diospyros mespiliformis [le kaki à forme de nèfles], intéresse autant le champ du médical que de l’alimentation, l’artisanat ou la sphère cultuelle. [...]

Au sein de la culture Dagara, certains végétaux sont considérés être liés aux génies, aux esprits. Certains plus que d’autres, tels que Afzelia africana, Diospyros mespiliformis et Manilkara multinervis entourés de nombreuses croyances et savoirs liés à la sphère cultuelle.

Diospyros mespiliformis, est estimé arbre totem de Nakar. Profondément lié à la culture Dagara, seul le Chef de terre et les personnes initiées à la culture Dagara détiennent les savoirs associés à Diospyros mespiliformis. Il est interdit pour tous habitants de le cueillir et l’utiliser de quelconque manière chez soi. Par ailleurs, au niveau symbolique, si le Chef de terre en dépose des rameaux feuillés au seuil d’une habitation, cela signifie que ses occupants doivent quitter leur domicile. [...]

De la même manière que Diospyros mespiliformis, une branche déposée devant une habitation se révèle être de mauvaise augure. [...]

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Littérature :


Dans Le Livre des Fleurs (Librairie philosophique J. Vrin, 1989), Georges Ohsawa (Nyoiti Sakurazawa) tente d'initier les Occidentaux à cet art ancestral particulièrement subtil qu'est celui des fleurs et des bonsaï. Il propose ce haïku qui célèbre le kaki :


C'est la mort d'un jour d'automne

Sur les branches des kaki

Les corbeaux se posent.

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Dans son recueil poétique Notes du ravin (Éditions Fata Morgana, 2016) Philippe Jaccottet évoque ainsi le plaqueminier :


A un an de sa mort, âgé de quatre-vingt-deux ans, Goethe offre à son ami le musicien Zelter un beau poème anniversaire, qui se termine ainsi :


Là où tout se fige

Savoure l'image !


Ainsi celle, aujourd'hui que la neige s'est mise à tomber à gros flocons, épaississant le silence, du plaqueminier illuminé de tous ses fruits orange entre ses branches emmitouflées de blanc.

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