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  • Anne

Le Homard



Étymologie :

  • HOMARD, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. 1525. VI. hommars zool. (Comptes de François Ier, B.N. 10384, f°13 r°ds Gdf. Compl.) ; 2. 1847 « soldat anglais » (Dictionnaire d'argot ds Esn.). Prob. empr. au b. all. hummer de même sens, issu de l'a. nord. hummarr « id. », la date de l'apparition du mot en fr. ne permettant pas de remonter à un empr. direct à l'a. nordique. Le sens 2. s'explique par une analogie de couleur (cf. aussi l'angl. lobster, proprement « homard » qui servait à désigner les soldats angl. d'apr. leurs uniformes rouges : ca 1643 ds NED).


Lire également la définition du nom homard pour pouvoir amorcer la réflexion symbolique.

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Symbolisme :

Selon Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani :


Le homard, qui pourtant n'a pas un aspect plus séduisant que celui du crabe, n'est pas comme ce dernier assimilé à une créature diabolique. Le folklore breton veut d'ailleurs que Dieu, ayant créé le homard, le diable, tentant de le surpasser, fit le crabe. Les Bretons prétendent que "dans l'intérieur de la tête de homard se trouve une vierge avec deux anges".

Au dire d’Élien, rhéteur grec qui enseigna à Rome (IIe-III" siècle), les homards retrouvés morts dans l'île de Séphiros "étaient enterrés et pleurés comme s'ils appartenaient à une famille très honorée de l'île".

A la différence des crabes, dont certains sont monstrueux et s'attaquent aux hommes, les homards, même gigantesques, sont inoffensifs. En Norvège, certains pêcheurs ont évoqué l'existence d’énormes et terribles homards mais qui se tiennent toujours à distance.

Selon un conte danois, voici pourquoi le homard a une pince plus longue que l'autre : "Une princesse a jeté ses clefs à la mer et le héros pour l'épouser doit les lui rapporter [...]. C'est un vieux homard qui les rapporte, mais en les arrachant d'entre les pierres où elles étaient engagées, il a brisé une de ses pinces. C'est pourquoi depuis ce temps elles sont d'inégales longueurs."

Pour attirer les homards dans les casiers, les pêcheurs bretons, notamment ceux de la région de Saint-Malo, leur adressent une longue conjuration, plutôt bienveillante et affectueuse :


Homard, viens dans mes casiers

Qui sont au proche des rochers,

Manger les morceaux qu'y sont

Tu te régaleras au fond.

J'ai mis ces morceaux pour toi.

Manges-les donc encore une fois.

Viens-y hardiment,

Sans avoir crainte en entrant,

Le poisson qu'y est te reçoit

Au milieu de lui comme un roi,

Tu le manges dans le casier

Sans avoir peur d'être attrapé,

Mais méfie-toi en sortant

D'être mangé par le sultan.

Je veux parler du congre vorace

Qui te croque quand il t'attrape.


Les Américains prédisent ennuis et chagrin à celui qui en prend un inopinément.

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Littérature :


"Celui qui ne voit rien d'étrange n'a jamais regardé un homard en face."

Auguste Villiers de L'Isle-Adam

Le homard et la boîte de corned-beef que portait le docteur Faustroll en sautoir


Fable

A A. F. Herold. Une boîte de corned-beef, enchaînée comme une lorgnette, Vit passer un homard qui lui ressemblait fraternellement. Il se cuirassait d’une carapace dure Sur laquelle était écrit à l’intérieur, comme elle, il était sans arêtes, (Boneless and economical) ; Et sous sa queue repliée Il cachait vraisemblablement une clé destinée à l’ouvrir. Frappé d’amour, le corned-beef sédentaire Déclara à la petite boîte automobile de conserves vivante Que si elle consentait à s’acclimater, Près de lui, aux devantures terrestres, Elle serait décorée de plusieurs médailles d’or.

Gestes et opinions du docteur

Faustroll, pataphysicien


Alfred Jarry, "Le homard et la boîte de corned-beef que portait le docteur Faustroll en sautoir" in Œuvres poétiques complètes.

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Le Homard


Homard le pacha de la mer, Homard le bleu, Homard le rouge, Homard le nageur à l’envers, Homard, si tu remues, tu bouges. Homard, ermite des rochers, Homard, mauvais garçon, bon prince, Homard, la gloire des marchés, Homard, Monseigneur de la Pince.


Robert Desnos, "Le homard" in Chantefables et Chantefleurs, 1952.

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Suzanne Fernandez, dans un article intitulé "Présences animales et humaines sur la scène : la réalité scandaleuse." et transmis dans le colloque Que la bête meure ! L’animal et l’art contemporain (Hicsa/musée de la Chasse et de la Nature – INHA 11 & 12 juin 2012) s'interroge sur la présence sur scène de l'animal :


Pouvoir transgressif de la présence animale

Le metteur en scène argentin Rodrigo García, fils de boucher et créateur de la compagnie La Carnicería Teatro (La Boucherie Théâtre) est connu pour son utilisation souvent violente des animaux sur scène, justifiée par un message politique. Dans le court spectacle-performance Accident : tuer pour manger, créé en 2005, on voit un acteur, assis et silencieux, suspendre à un crochet un grand homard vivant, dont les battements de cœur sont diffusés dans la salle. Il l’asperge d’eau de temps à autre, l’observe en fumant un gros cigare, puis le coupe en deux, le grille et le mange avec les doigts, lentement, en buvant un verre de vin. Cette scène a provoqué l’interdiction du spectacle en Espagne, pourtant pays de la corrida ; à Milan, les carabiniers ont empêché que le spectacle ait lieu, et à Wroclaw, où Rodrigo García venait recevoir le prix « Europe pour les nouvelles réalités théâtrales », en compagnie de Pippo Delbono, François Tanguy, Guy Cassiers, et Árpád Schilling, une femme a porté plainte, un homme est monté sur scène pour délivrer le homard, et Rodrigo García a reçu des coups, ainsi que le raconte par exemple Guy Duplat dans un article au titre évocateur, « Rodrigo García et le scandale du homard » (1). Bruno Tackels, présent à l'événement, raconte qu’après enquête des services vétérinaires, le spectacle a été autorisé mais à condition d’être présenté comme une « démonstration gastronomique » (2). Pourquoi cet acte qui se produit tous les jours au restaurant dans l’indifférence générale fait-il à ce point scandale sur la scène de théâtre ? Certes, c’était la mise à mort violente du homard qui choquait, mais si cette mise à mort scandalise au théâtre et non au restaurant, c’est que la réalité heurte dans l'espace fictionnel du théâtre, tandis que la démonstration gastronomique ne perturbe pas : on a interdit non l’acte en soi, qu’un homme tue un homard en public, mais le fait que cet acte se produise dans un espace artistique où la réalité doit être celle de l'illusion. Rodrigo García compare les réactions scandalisées de certains spectateurs face au traitement réservé aux animaux sur la scène au trouble suscité lorsqu'il demande au public de se dénuder :

« Certains sont irrités de voir des lapins jouer avec des acteurs sur scène au lieu d’être dans une casserole ou dans un élevage où ils sont engraissés et d’où ils ne sortent que pour finir en civet (3). D’autres s’offensent de voir le public monter sur scène pour se déshabiller avec nous, parce qu’ils voient des corps exposés, éclatants de désir de se montrer dans un lieu insolite et dans une situation peu banale. Et surtout ils s'offensent parce qu'ils découvrent que leur voisin, assis sur le siège d'à côté, est différent et capable de faire quelque chose qu'ils n'auraient jamais eu l'audace de faire »(4).


Notes :

1) : DUPLAT Guy, « Rodrigo García et le scandale du homard », journal La Libre Belgique, 7 avril 2009. URL : http://www.lalibre.be/culture/scenes/rodrigo-garcia-et-le-scandale-du-homard-51b8a918e4b0de6db9b63a9d

2) : TACKELS Bruno, « Et en Europe comment va le théâtre ? », 19 avril 2009. URL : http://tackelsbruno.wordpress.com/2009/04/19/et-en-europe-comment-va-le-theatre-par-bruno-tackels/

3) : Dans After Sun, un acteur danse avec deux lapins blancs sur la chanson de Tom Jones Sex Bomb. Il les malmène et mime un rapport sexuel avec eux.

4) : GARCIA Rodrigo, « Je n'ai pas l'intention de me taire », Dossier de presse Borges + Goya, Théâtre de la cité internationale, Paris, 8 mai – 3 juin 2006.

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Arts visuels :




Dali, Téléphone-Homard, 1936.











Dali, Portrait de Gala avec homard, 1933

© Salvador Dalí, Fundació Gala-Salvador Dalí, Figueres, 2007.