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  • Anne

L'Herbe d'Or



Symbolisme :


D'après Marc Questin, auteur de La Médecine druidique (1990, nouvelle édition inchangée 1997),


"Pour cueillir l'herbe d'or, il faut être nu-pieds, en chemise, et tracer un cercle à l'entour ; elle s'arrache mais ne se coupe pas. cette croyance vient des druides.

D'après La Villemarqué, celui qui la foule aux pieds s'endort aussitôt mais il comprend à son réveil le langage des oiseaux, des chiens et des loups. C'est le selago des Anciens que l'on croit être la camphorate, plante de la quatorzième classe des végétaux (didynamic). Au dire de Pline, il se récoltait aussi à jeun, nu-pieds, en robe blanche, sans le secours de la faucille et en plaçant la main droite sous le bras gauche. On le recueillait dans une toile qui servait seulement pour cette fois. "J'irai cueillir le selago", fait dire Chateaubriand à Velleda, la grande druidesse.

Dans le Finistère, celui qui trouverait l'herbe ou la plante sur laquelle le pivert aiguise son bec dans les prés comprendrait le langage des animaux.

Dans le Pays de Guérande, il serait sûr de faire fortune, car elle possède la propriété de changer en or tout ce qu'elle touche sauf, sans doute, les becs des piverts. Par contre, elle est connue dans l'est des Côtes-du-Nord : c'est sur l'anis que le pivert va se frotter le picot. Il peut ensuite traverser facilement le bois, car cette herbe possède l'étonnante vertu de couper même le fer."

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Roland Mogn et François de Beaulieu, dans un article intitulé "Les plantes magique de Bretagne" et paru dans la revue Penn ar Bed n°212 en novembre 2012 proposent d'identifier la mythique Herbe d'or :


Pierre-Jakes Hélias a fait de l’herbe d’or le titre de l’un de ses romans (publié en 1982) où la plante est ainsi décrite : « … l’étoile portait un pistil en son centre et [elle] était éclose dans une couronne de feuilles dorées, rondes et grasses » (c’est plutôt la description du Pinguicula lusitanica L.). La Villemarqué lui-même l’évoque par trois fois dans le Barzaz Breiz (1839). Dans Merlin tout d’abord : « Merlin ! Merlin ! Où allez-vous avec votre chien noir ? […] Je vais chercher dans la prairie le cresson vert et l’herbe d’or ». Puis dans le Tribut de Noménoë : « L’herbe d’or est fauchée ; il a bruiné tout à coup. – Bataille ! – Il bruine, disait le grand chef de famille du sommet des Montagnes d’Arrez ». Enfin, dans la gwerz d’Héloïse et Abailard : « La première drogue que je fis avec mon doux clerc fut faite avec l’œil gauche d’un corbeau, et le cœur d’un crapaud ; et avec la graine de la fougère verte, cueillie à cent brasses au fond d’un puits, et avec la racine de l’Herbe d’or arrachée dans la prairie ».

Au passage, La Villemarqué offre même une note savante : « L’herbe d’or est une plante médicinale ; les paysans bretons en font grand cas, ils prétendent qu’elle brille de loin comme de l’or ; de là, le nom qu’ils lui donnent. Si quelqu’un par hasard la foule aux pieds, il s’endort aussitôt, et entend la langue des chiens, des loups et des oiseaux. On ne rencontre ce simple que rarement et au petit point du jour : pour le cueillir, il faut être nu pieds, en chemise ; il s’arrache et ne se coupe pas. Il n’y a, dit-on, que les saintes gens qui le trouvent. C’est le Sélage de Pline. On le cueillait aussi nu-pieds, en robe blanche, à jeun, sans employer le fer, en glissant la main droite sous la main gauche, et dans un linge qui ne servait qu’une fois ». L’auteur du Barzaz Breiz a, de toute évidence, une aussi bonne connaissance de la tradition populaire que des textes classiques et une partie de son commentaire recoupe bien le témoignage antérieur de Boucher de Perthes qui, dès 1831, dans ses Chants armoricains, écrit :

« On ne rencontre l’herbe d’or qu’en Basse-Bretagne : l’aour-yeoten croît dans les plaines ; on l’aperçoit de très loin, elle brille comme de l’or ; dès qu’on s’en approche, elle cesse de luire, et l’on ne la peut trouver ; si elle est dans la rivière, elle nage contre le courant ; celui qui parvient à se la procurer devient invisible à volonté, découvre les trésors, n’est jamais malade ».

Des nombreux auteurs qui, après Boucher de Perthes et La Villemarqué, ont évoqué l’herbe d’or, on peut tirer quelques autres propriétés communes. On trouve souvent l’idée que la faucher par mégarde provoque la pluie. Elle ouvre les serrures, propriété qu’elle partage avec la primevère Primula veris L. comme l’indiquent de nombreux noms populaires de cette plante. On trouve, par exemple, en breton bokedalc’hwez, en gallois alweddan Pedr, en latin clavis sancti Petri, en français clef de Saint Pierre, en anglais keyflower, en germanique Schlüsselblume et Himmelschlüssel. L’herbe d’or remonte le cours de la rivière si on la jette dans l’eau (cf. plus loin Chrysosplenium oppositifolium) ; elle pousse dans les prairies à trois coins ; brille au loin mais pas quand on s’en approche, reste couverte de rosée, qu’il fasse chaud ou froid. Dans le pays de Guérande, cette herbe a « le don de changer tout en or ». L’aour iaotenn, qui sert à retrouver les objets perdus, est très rare et pousse seulement au milieu des foins, sans qu’il puisse « dans le même lieu en exister deux pieds à la fois ».

L’herbe d’or doit être cueillie, explique L.-F. Sauvé dans la Revue celtique, « dans une prairie à trois cornières, aussi rapprochée que possible de l’église de la paroisse. Pour la reconnaître il faut opérer un vendredi, et savoir combien de vendredis se sont écoulés depuis la dernière fenaison. Ce nombre connu, et la première condition observée, le sorcier se rend sur le terrain qu’il a étudié d’avance, en ayant soin de l’aborder par le côté de l’ouest. Se dirigeant alors vers l’est, il compte autant de pas, plus neuf, qu’il y a de vendredis révolus, s’arrête à l’endroit précis où il est conduit, et arrache à ses pieds autant d’herbe que peut en contenir son bonnet ou son chapeau. Cela fait, il n’a qu’à abandonner sa cueillette au ruisseau le plus voisin : pendant que les plantes sans valeur sont emportées en aval, l’herbe d’or remonte le courant. Il faut alors qu’il s’en empare en récitant une assez longue prière ; lorsqu’elle est finie, il se tourne successivement vers chacune des trois cornières de la prairie et prononce à haute voix le nom de l’objet en possession duquel il veut rentrer. La personne qui l’a ramassé se sent tout à coup, en quelque lieu qu’elle puisse être, poussée par une force inconnue vers le porteur de l’herbe merveilleuse ».

Mais il y a, semble-t-il, un moyen plus simple pour se procurer l’herbe d’or : il suffit d’épier le vol et les allures d’un pic vert, et « lorsqu’on le verra s’arrêter près d’une herbe à laquelle il frottera son bec, on pourra se flatter d’avoir rencontré le précieux talisman ». Le folkloriste Laisnel de la Salle, qui a recueilli cette tradition en Berry vers 1875, ajoute une remarque qui donne une interprétation originale du cri du pic vert : « dans quelques-uns de nos villages, de pauvres diables perdent leur temps à chercher ce trésor, et leur nombre doit être considérable, si, comme on l’affirme, toutes les fois que le pic vert fait retentir nos vallées de son cri moqueur et prolongé, qui ressemble à un bruyant éclat de rire, c’est qu’il vient d’apercevoir quelqu’un de ces rôdeurs en quête de son herbe. » L’idée que l’herbe sert au pic pour creuser son nid est bien attestée en Bretagne. Depuis l’antiquité (Pline) et le Moyen Âge (Richard de Fournival), les vertus de « l’herbe du pic » ont été soulignées et montrent que celle-ci ne fait qu’une avec l’herbe d’or. Tout comme les traditions populaires, les sources savantes ou littéraires nous ramènent à un symbolisme très cohérent qui associe le soleil et le feu (le pic est, comme l’hirondelle et le rouge-gorge, un oiseau « pyrophore ») ainsi que l’eau et le métal (associée à l’or et antagoniste au fer).

Bien des caractéristiques de l’herbe d’or peuvent s’appliquer aux droseracées. Souvent nommée rossolis (c’est-à-dire rosée du soleil) ou son équivalent dans la plupart des langues européennes ; elle est aussi souvent appelée matago – dérivé possible de mandragore – (Charente, Sologne, Limousin), parfois, aussi, « oreille de diable » (Mayenne) ou herbe des sorciers. C’est encore un ouvrage botanique ancien qui contribuera à l’identification de l’herbe d’or : en 1857, la Flore du centre de la France (Boreau, 1857) souligne en effet que « nos paysans accordent au drosera des propriétés magiques et surnaturelles, entre autres celle de rompre le fer ». Mais il est beaucoup d’autres plantes nommées « herbe d’or » (plus de 70 en Europe) ou présentant certaines de ses caractéristiques.

Ainsi, les inflorescences de Chrysosplenium oppositifolium L. flottant à la surface de petits cours d’eau temporaires de fin de printemps. Cette plante est enracinée sur le fond et les fleurs jaune d’or (Chrysos = Crésus), résistant au courant, semblent le remonter par l’effet d’une aberration bien connue. Cette plante porte aussi le nom de cresson doré, herbe dorée, dorine en français, golden saxifrage (saxifrage doré) en anglais, tormaen euriad (casse-pierre doré) et eglyn melyn (eglyn jaune) en gallois. L’herbe d’or pourrait aussi bien être un lycopode rare, Huperzia selago (L.) Bernh. ex Schrank & Mart. Sa sporulation est brève, mais particulièrement abondante. On notera que les spores des lycopodiacées, de couleur jaune d’or, étaient vendues sous le nom de soufre végétal.

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