Le Cauchemar
- Anne

- il y a 9 heures
- 13 min de lecture
Étymologie :
Étymol. et Hist. 1. Ca 1375 cauquemare (Sym. de Hesdin, Val. Max., fol. 54ads Gdf. Compl. : Quant il semble que aucune chose viengne a son lit, qu'il semble qu'il monte sur lui, et le tient si fort que on ne peut parler ne mouvoir, et ce appelle le commun cauquemare, mais les medecins l'appellent incubes [cf. incube au sens de « cauchemar, suffocation » 1584-90 Du Bartas ds Hug.]) ; ce malaise a souvent été attribué à l'action de sorcières, d'où quauquemaire « sorcière » 1440-42 (Lefranc, Champ. des Dames, Ars. 3121, fo120d ds Gdf.) ; 1564 cauchemare (J. Thierry, Dict. fr.-lat.) ; 1677 cauchemar (Miège, A new dict., fr. and engl.) ; 1718 (Ac. : C'est un homme qui donne le cochemar) ; 1835 (Ac. : Cet homme est un véritable cauchemar) ; 2. p. ext. 1833 « rêve effrayant » (G. Sand, Lélia, p. 112). Composé, pour le premier élément, de la forme verbale cauche, de cauchier « presser », qui, étant donnée l'orig. pic. du composé (cf. 1580, Bodin, Demon., 108 vods Hug. : Au pays de Valois et de Pycardie, il y a une sorte de sorcieres qu'ils appellent cochemares), représente prob. un croisement entre l'a. fr. chauchier « fouler, presser » attesté sous cette forme dep. la 2e moitié du xiies. (Li Sermon saint Bernart, 159, 22 ds T.-L.), du lat. calcare (v. côcher) et la forme pic. correspondante cauquier. Le second élément est l'a. pic. mare (1285-1300 Gloss. abavus [Marchiennes, Nord], 1407 ds Roques, p. 37 : incubus : mare), empr. au m. néerl. mare « fantôme qui provoque le cauchemar », Verdam, auquel correspondent l'ags. mare « spectre » [angl. nightmare], l'a. h. all., m. h. all. mar [n. h. all. Mahr] (De Vries Nederl. ; Kluge20).
Lire également la définition du nom cauchemar afin d'amorcer la réflexion symbolique.
*
*
Croyances populaires :
Dans le Dictionnaire de la France mystérieuse - Surnaturel, superstitions, être fantastiques, apparitions, lieux enchantés (Editions Omnibus, 2017) Marie-Charlotte Delmas consacre un article au cauchemar :
Cauchemar - Créature fantastique
On emploie aujourd’hui le mot cauchemar pour qualifier un mauvais rêve, mais ce terme avait jadis une tout autre signification. Il est composé du vieux verbe français caucher, qui veut dire « presser, fouler », et de mare, « mauvais esprit » (mahr allemand, mara nordique). Lorsqu’on parlait du cauchemar, on évoquait une entité malfaisante qui venait la nuit peser de toutes ses forces sur la poitrine d’une personne endormie allongée sur le dos pour tenter de l’étouffer. Ainsi expliquait-on les suffocations nocturnes.
Nature du cauchemar : Au XVe siècle, cette entité mystérieuse est évoquée à plusieurs reprises dans les Evangiles des quenouilles, où il est dit que la « cauquemare » ou « coquemaire » se différencie des « luitons » (lutins) et qu’elle est parfois la fille d’un « warou » (loup-garou). En 1818, Collin de Plancy écrit à l’article Cauchemar de son Dictionnaire infernal : « On ne savait pas trop, au quinzième siècle, ce que c’était que le cauchemar qu’on appelait aussi alors chauche-poulet. Les uns voyaient, dans cet accident, une sorcière qui pressait le ventre des gens endormis, leur dérobait la parole et la respiration, et les empêchait de crier ou de s’éveiller pour demander du secours ; les autres, un démon incube qui étouffait les gens en leur faisant l’amour. Les médecins n’y voyaient pas plus clair que les autres ; et Delrio [Martin Delrio, 1551-1608] crut probablement décider la question, en disant que Cauchemar était un suppôt de Belzébuth, et qu’il se nommait le démon dépuceleur. »
De fait, théologiens et démonologues vont associer le cauchemar aux démons, notamment aux incubes fornicateurs des Romains et aux sorciers : « En pays de Valois et de Picardie, il y a une sorte de sorciers qu’ils appellent Coche-mares : et de fait Nicolas Noblet, riche laboureur, demeurant à Haute-Fontaine en Valois, m’a dit que, lui étant jeune garçon, il sentait souvent la nuit de tels Incubes ou Ephialtes, qu’il appelait Coche-mares, et, le jour suivant, au matin, la vieille sorcière qu’il craignait ne faillait point à venir quérir du feu ou autre chose, quand la nuit cela lui était advenu. » (J. Bodin, 1581.)
Dans les témoignages recueillis au XIXe siècle, le cauchemar est évoqué sous différentes appellations qui comportent souvent le mot « fouler » dans les différents dialectes locaux. L’influence des discours des démonologues se fait encore sentir quant à la nature de cette entité. Le terme « vieille » que l’on retrouve dans plusieurs noms du cauchemar renvoie à la sorcière, comme la Chausse-Vieille dans la Loire ou le Chaoucho-Vieillo, Chaucho-Vieillo ou Chauco-Vieillo du Périgord, décrit vers 1820 comme une vieille sorcière ou une sorte d’esprit diabolique qui s’introduit par le trou de la serrure (P. Sébillot, 1897). En Franche-Comté, on parle de Cauche-Paille ou Chauche-Paille et plus anciennement Chasse-Mare, entité qui vient à Noël peser sur ceux qui dorment au lieu d’être à la messe de minuit. Dans le Bugey et la Bresse, on dit Cauche-Vieille ou Chauche-Vieille. Dans le Languedoc, c’est la Caucaviélha (de cauca, « fouler », et viélha, « vieille ») ou la Sarramauca (de sarra, « serrer », et mauca, « ventre »). Selon Charles Joisten, qui recueille des témoignages dans les Alpes dans les années 1950 et 1960, un homme de Montmaur (Hautes-Alpes) dit avoir été oppressé par la Tsaouta-Vieillo (1958).
Dans le canton d’Arinthod (Jura), le cauchemar est une entité masculine et se nomme Chauceur. Désiré Monnier rapporte à son sujet les propos qu’une informatrice, Mme Palmyre, a recueillis sur place : « II me serait bien difficile d’analyser tous les rapports que l’on m’a faits sur le Chauceur. Sujette moi-même au cauchemar, lorsque je me plaignais, devant certaines de mes voisines, d’en avoir subi les angoisses, elles ne manquaient pas de me dire : “0 dama, éiet lou Chauceux que vous a enchaussâ”, mais elles ne le dépeignaient point. Christine de Rougemont […] me racontait un jour, à peu près en ces termes, la connaissance qu’elle avait faite avec cet être fantastique, enfant de l’angoisse et du rêve. “J’étais couchée ; j’entendais dans la chambre comme les pas de quelqu’un qui aurait marché légèrement. Ce n’était pourtant pas quelqu’un. Puis, on sauta sur le pied de notre lit. Les feuilles de la paillasse crièrent sous la pression, et bientôt ma poitrine fut oppressée d’un poids qui s’y posa. On me saisissait par le cou ; j’entendais han ! han !, expression des efforts que l’on faisait pour me suffoquer. Mon mari, m’entendant gémir et râler, me secoua vivement. Ça me quitta aussitôt, et nous entendîmes tous deux le froissement des feuilles de la paillasse, et le même genre de pas dans la chambre. J’étais délivrée du Chauceur. La porte et la fenêtre étant fermées, ça dut passer par la serrure.” » (D. Monnier, 1854.)
Dans certains lieux, les cauchemars sont explicitement assimilés aux lutins, comme le Boudic ou Bom-Noz de Basse-Bretagne, qui s’attaque aussi à la crinière des chevaux pour l’embrouiller au point qu’il est difficile ensuite de démêler les crins, le Fouleur ou Fouloux (Ille-et-Vilaine) et le Faudeur ou Faudoux (Côtes-d’Armor), qui passent pour des lutins des greniers à foin, car leur nom est lié à l’action de fouler ou « fauder » le foin pour l’entasser ; le Fauleur de la Beauce ; le Flou de la Côte-d’Or, qui vient tresser la nuit la crinière des chevaux, oppresse ceux qui cherchent à la démêler ; le Tsoutsu (presseur) du Puy-de-Dôme, un lutin qui s’attaque aux jeunes enfants et laisse parfois sur leur corps des marques de main. On dit que ce sont les âmes de leurs grands-parents coincées dans le purgatoire qui viennent les étouffer pour que, une fois au ciel, ces innocents les délivrent par leurs prières.
D’autres cauchemars ont une forme animale indéterminée, comme le Retsousu ou Betsoutsu auvergnat ou le Letzel alsacien. Selon le folkloriste Auguste Stoeber, en 1852 : « Au lieu de dire de quelqu’un : “Il a eu un cauchemar”, l’on dit : “Le Letzel s’est assis sur lui.” On pense des enfants qui ne grandissent pas que le Letzel les suce. » Il évoque aussi le Schroetzmoennel de Muhlbach et des villages voisins : « Croquemitaine des enfants. Il vient la nuit, comme le Doguin d’Illzach, s’assied sur leur cœur et semble les étouffer. On emploie des moyens magiques pour l’empêcher de venir. » (1852, R. Stiébel, 1902.)
Apparence du cauchemar : Mal et diversement défini, le cauchemar est également peu décrit car il s’évanouit dès que l’on veut s’en saisir et s’enfuit souvent comme il est venu, par le trou de la serrure. Dans les Evangiles des quenouilles, une femme parvint à tâter la « cauquemare » et « trouva que c’était une chose velue et au poil assez doux ».
Doux, velu et mou sont les qualificatifs qui reviennent le plus souvent dans les récits collectés au XIXe siècle : « On ne connaît pas la forme sous laquelle le Boudic commet ses méfaits. Des personnes réveillées en sursaut par le sentiment d’oppression qu’il leur faisait éprouver, ayant vivement porté la main à leur poitrine, ont senti un objet velu qui glissait entre leurs bras et s’échappait. » (Le Men, 1870.) Le Chaucho-Vieillo périgourdin est « doux et moelleux » au toucher, si bien que lorsqu’on essaie de s’en saisir pour l’étrangler, il file entre les mains.
Un aubergiste de Moncontour (Côtes-d’Armor) décrivit le Faudoux qui l’avait attaqué comme une masse verte (P. Sébillot, 1882). Le Flou de l’Auxois (Côte-d’Or), apparut sous la forme d’un très gros rat. Quant au Letzel alsacien, on ne connaît de lui que sa queue d’argent. Moyens de protection contre le cauchemar Au XVe siècle, les femmes des Evangiles des quenouilles donnent plusieurs moyens de protection contre la Cauquemare. Ainsi, pour éviter d’être chevauchée, on ne doit pas « se coucher sans remuer le siège sur lequel on s’est déchaussée ». On peut aussi laisser un pot bouillir sur le feu, s’endormir les bras en croix ou faire quatre petites croix, placées aux quatre coins du lit, avec « huit fétus » cueillis la nuit de la Saint-Jean. Enfin, on brûle la cauquemare en plaçant « une sellette de bois de chêne devant un bon feu. Si elle s’assoit dessus, jamais elle ne pourra se relever avant le jour, et cette chose est prouvée ».
Dans les récits collectés au XIXe siècle, on trouve également différents procédés. A Lanchères (Somme), on adresse une prière à la vieille statue de saint Christophe qui se trouve dans l’église (F. Duine, 1908). Dans les années 1870, selon un informateur de Chazeau (Loire), on chasse la Chausse-Vieille en plaçant un bouquet de roses sur sa porte à la Saint-Jean (Taverne, 1935). Dans la Beauce, on se protège du lutin fouleur en mettant ses bras en croix ou en ouvrant un couteau près de soi. En Bretagne, un homme mit un galetier brûlant au pied du lit-clos pour se préserver des Faudoux ; un autre posa une planche hérissée de clous sur sa poitrine (P. Sébillot, 1882). Dans le Languedoc on fait de même avec un peigne à chanvre contre la Sarramauca : « On dit qu’une femme qui était tracassée par la Sarramauca eut l’idée, en allant au lit, de poser sur sa poitrine un horrible ustensile de travail qui a disparu depuis que nous n’avons plus à peigner ni lin ni chanvre, mais qu’on voyait il y a cinquante ans, dans toutes les bordes : las penches (les peignes). C’est ce qu’on appelait en français le séran ou sérançoir : une forte planche de bois ayant la forme d’un tranchoir de cuisine, dont l’une des faces était armée de grandes dents de fer. Elle posa donc à plat sur sa poitrine le sérançoir levant vers le ciel ses dents aiguës. Voilà que, vers minuit, elle fut éveillée par ces paroles qui la firent trembler d’épouvante : “E se las reviri ?” (Et si je les retourne ?) Cependant la Sarramauca disparut sans lui faire aucun mal ; mais on raconte que, pour d’autres, qui voulurent employer la même ruse, elle ne se contenta pas de la menace : elle le retourna, le sérançoir, et s’assit dessus, enfonçant ainsi ses dents dans leur poitrine. » (A. Perbosc, 1941.)
Pour les cauchemars associés aux lutins, on pose un plat de grains en équilibre sur leur passage, et, lorsqu’ils l’ont renversé, comme ils se sentent obligés de les compter ou de les ramasser un par un, ils préfèrent fuir devant cette tâche harassante. On met des pois contre le Faudoux breton, des graines de rave pour éloigner la Chouche-Vieille (Isère, 1959) et l’on étend des cendres sur le passage du Betsoutsu auvergnat. Ce procédé du comptage impossible est un grand classique pour se protéger des lutins domestiques.
*
*
Symbolisme :
Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, auteurs du Dictionnaire des symboles (Éditions Seghers, 1969) :
Cheval : [...] Mais il en est aussi de pâles, de blêmes, que l'on confond souvent avec le cheval blanc ouranien, dont la signification est exactement contraire. Si ces chevaux blêmes sont parfois dits blancs, il faut entendre par là la blancheur nocturne, lunaire, froide, faite de vide, d'absence de couleurs, tandis que la blancheur diurne, solaire, chaude, est, elle, pleine, faite de la somme des couleurs. Le cheval blême est blanc comme un suaire ou un fantôme. Sa blancheur est voisine de l'acception la plus courante du noir : c'est la blancheur du deuil, telle que l'entend le langage commun, lorsqu'on parle de nuits blanches ou de blancheur cadavérique. C'est le cheval pâle de l'Apocalypse, le cheval blanc, présage de mort dans les croyances allemandes et anglaises. Ce sont tous les chevaux néfastes, complices des eaux tourbillonnantes, que l'on rencontre dans le folklore franco-allemand, depuis le Schimmel Reiter qui détruit les digues pendant la tempête, la Blanque Jument du Pas-de-Calais et le Bian Cheval de Celles-sur-Plaine, jusqu'au Drac, beau cheval blanc qui saisit les voyageurs pour les noyer dans le Doubs. Au Moyen Age, la civière s'appelait cheval de Saint-Michel ; le cheval symbolisait l'arbre de mort. Ces derniers exemples illustrent la valorisation négative du cheval lunaire, associé à l'élément eau ; nous examinerons plus loin sa valorisation positive. C'est, pour finir, le lourd et inquiétant cheval au regard fixe, qui hante l'imagination d'Albrecht Diirer. Sémantiquement, Krappe voit ce cheval sinistre, qu'il soit noir ou blême, à l'origine même du français cauchemar ou de l'anglais nightmare : la mahrt allemande (jument) est un démon chthonien, comme le mot l'indique (comparer vieux slavon mora sorcière ; russe mora spectre ; polonais mora ; tchèque mura cauchemar ; latin mors, moriis ; vieil irlandais marah mort, épidémie ; lituanien inaras mort, peste ; lettonien meris peste ; et la sinistre Mor (r) igain irlandaise).
Les chevaux de mort ou de cauchemar hantent le folklore celtique : le March-Malaen (Maiaen, lat. Malignes) est un des trois fléaux de l'île de Bretagne : les Kelpies d'Ecosse sont des chevaux-démons et le folklore breton est rempli d'anecdotes ou de contes relatifs à des chevaux diaboliques, qui égarent les voyageurs ou les précipitent dans des fondrières ou des marais. Les chevaux noirs, dans ce folklore, sont le plus souvent soit le diable, soit un démon, soit un damné, ou une âme en peine ; ou bien ils sont la monture d'un héros de ces chasses maudites, tout à l'heure évoquées par Ronsard, et dont le plus célèbre est sans doute le roi Arthur, condamné à poursuivre dans une course sans fin un gibier inaccessible. Il est significatif, au passage, de remarquer que dans ses plus anciennes versions, la chasse Arthur est accompagnée d'une meute de chiens blancs et poursuit un lièvre, animal typiquement lunaire.
[...]
Autre symbole typiquement chinois, celui des chiens de paille (cf. Tao-te King, chapitre 5), L'usage rituel de ces figurines, suggère M. Kaltenmark, peut être d'origine chamanique ; ce sont, écrit Wieger, des filtres à maléfices qu'on détruit après usage. Le symbole utilisé par Tchouang-tseu repose précisément sur l'existence passagère de l'objet qu'on jette, piétine et brûle lorsqu'il a fait son office (chapitre 14). Doit être rejeté ce qui a cessé d'être utile, en conclut-il, sous peine de devenir néfaste. Lao-Tseu en fait le symbole du caractère éphémère des choses de ce monde, auxquelles le sage renonce à s'attacher. D'après Tchouang-tseu, dans Le destin du ciel : les chiens de paille étaient avant l'offrande gardés dans des coffres enveloppés de belle toile. Après l'offrande au mort, ils étaient brûlés, car si on les avait fait resservir une autre fois, chaque membre de la famille du défunt aurait été tourmenté de cauchemars.
Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et 2019), Éloïse Mozzani nous propose la notice suivante :
Cauchemar : Le cauchemar - de « quauquemaire » ou « quauquemare », qui vient du mot picard cauquer (fouler, presser) et du néerlandais mare (fantôme) - était attribué autrefois à un(e) sorcier(ère), portant le nom de « cauche-mare », au démon Belzébuth, à un incube ou à un esprit malfaisant, « chasse-mare », qui mettait tout en œuvre pour perturber le sommeil des hommes en provoquant terreurs nocturnes, angoisse, oppression et suffocation.
Cet esprit était aussi appelé « chauceur » (Jura), « chauce-paille » (Franche-Comté), « chauche-vieille » ou « cauche-vieille » (Bugey, Bresse, Vivarais), ou encore « chauco-vieillo » (Périgord). Selon les traditions périgourdines, le cauchemar est « un esprit diabolique qui passe par le trou des serrures et vient se jeter sur vous quand vous dormez, si vous êtes couché sur le dos. Il est connu sous le nom de chauco-vieillo ; il monte sur le lit par les pieds et se ferait un malin plaisir de vous étouffer. Si cependant vous avez la force et le courage de le saisir au corps, vous pourriez peut-être l'étrangler ; mais, d'un autre côté, il est si doux et moelleux au toucher, qu'ordinairement il vous échappe et s'en va, en vous disant des sottises. »
Les lutins étaient parfois soupçonnés de s'asseoir sur la poitrine des gens endormis et de les oppresser. En Auvergne, le cauchemar était provoqué par une bête appelée le « Betsoutsa » ; en Italie (Abruzzes), il était produit par un chat noir.
Au XVIe siècle, Ambroise Paré imputa le cauchemar (ou chauche-poulet) à un excès de boisson et de nourritures : « La cause est le plus souvent pour avoir bu et mangé viandes par trop vaporeuses, qui ont causé une crudité, desquelles se sont élevées au cerveau grosses vapeurs qui remplissent ses ventricules à raison de quoi la faculté animale qui fait sentir et mouvoir est empêchée de reluire par les nerfs, dont s'ensuit une suffocation imaginaire, par la liaison qui se fait tant au diaphragme qu'au poumons et aux autres parties qui servent à la respiration. Et alors la voix est empêchée, tellement que si peu qu'il leur en demeure, c'est en geignant et balbutiant et requérant aide et secours, s'ils pouvaient parler » (Des monstres et prodiges).
Pour ne pas cauchemarder, il faut s'endormir les bras croisés sur la poitrine ou réciter trois fois cette formulette (que l'on aura écrite sur un parchemin vierge) : « Je me coucherai et dormirai en paix, car Toi seul, ô Éternel, me feras habiller en assurance. Ainsi soit-il. »
Qui, à Noël, reste au lit au lieu d'aller à la messe de minuit aura des cauchemars toute l'année.
*

*
Mythologie :
Bernard Terramorsi, dans « La figure mythique du cauchemar », (In : Cahiers de recherches médiévales, 11 | 2004, mis en ligne le 06 mars 2008) montre la pérennité du mythe dans la peinture et la littérature des XIXe et XXe siècles :
*






