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  • Anne

Le petit Pois



Étymologie :

  • POIS, subst. masc.

Étymol. et Hist. I. A. 1. Ca 1160 «fruit d'une plante légumineuse enfermé dans une cosse verte» exprime dans les deux exemples suiv. une valeur minimale : un peis pesant (Eneas, 4434 ds T.-L.) ; 1160-74 ne ... vaillant un pois (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, II, 4145), cf. F. Möhren, Renforcement affectif de la négation, 1980, p. 197 ; 1197 (Hélinant, Vers de la mort, L, 12 ds T.-L. : De si chier morsel n'ai je cure, Mieuz aim mes pois et ma poree) ; ca 1200 pois au lart (Aliscans, éd. E. Wienbeck, W. Hartnacke et P. Rasch, 7895, leçon des mss a [anno 1225] et C [xiiie s.]) ; spéc. a) 1538 pois cices (Est., s.v. cicer, v. aussi chiche2) ; b) 1552 pois gris, v. infra ; c) 1600 petits pois (Olivier de Serres, Theatre d'Agriculture, Paris, Jamet Métayer, p. 467) ; d) pois verts [1611 fig. faire manger des pois verts au veau «mystifier» (Cotgr.)] 1621 poids vers en gousse (César Oudin, Tesoro de las dos lenguas francesa y espanola, Paris, P. Bilaine, non folioté, s.v. gasapos) ; e) 1694 pois goulus (Ac.) ; f) 1869 pois cassés (Littré) ; 2. fig. a) 1552 avalleur de poys gris «goinfre» (Rabelais, Quart livre, XXIX, éd. R. Marichal, p. 139, 14) ; b) 1640 si vous me donnez des pois, je vous donneray des fèves «je vous rendrai la pareille» (Oudin Curiositez) ; 1718 il donne un pois pour une fève «il donne peu pour avoir beaucoup» (Ac.) ; c) 1679 manger des pois chauds (Sévigné, 6 oct. ds Lettres, éd. E. Gérard-Gailly, t. 2, p. 466: ,,il mange des pois chauds`` comme dit M. de La Rochefoucauld quand quelqu'un ne sait que répondre) ; d) 1690 souffler les pois (en parlant d'une personne endormie) (Fur., s.v. souffler) ; e) av. 1741 être la fleur des pois (Saint-Simon, Mém., éd. G. Truc, t. 2, p. 388). B. 1549 désigne la plante ramer des pois (Est.) ; 1579 faire la culbute sur les pois verdz expr. libre (Larivey, Escolliers, IV, 3 ds Hug.). II. P. anal. de forme 1. 1811 pois d'orange «petite boule d'iris ou d'orangette mise dans un cautère pour entretenir la suppuration`` (Affiches, annonces, avis divers, 22 nov., p. 16 ds Brunot t. 9, p. 1216) ; 2. 1833 indienne semée de pois rouges (Balzac, Méd. camp., p. 32) ; 1837 à pois (d'une robe) (R. théâtre, XI, p. 137 ds Quem. DDL t. 20). Du lat. pisum «pois», André Bot., p. 253.


Lire également la définition du nom pois pour amorcer la réflexion symbolique.

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Expression populaire : Claude Duneton, dans son best-seller La Puce à l'oreille (Éditions Balland, 2001) nous éclaire sur le sens d'expressions populaires bien connues :


La fleur des pois : cette locution, increvable dans son étrangeté, nous paraît un peu bizarre : pourquoi « la fleur des pois » ? C'est que nous n'avons plus idée, dans nos sociétés d'abondance et de pléthore jardinière, de ce que furent les pois pour les gens des siècles passés. Les pois et les fèves furent, avant l'existence de la pomme de terre, la base de la nourriture quotidienne de l'homme occidental. Les pois verts, surtout, les pois primeurs, que nous appelons aujourd'hui « petits pois », étaient l'objet de vénération parmi les gourmets des sociétés anciennes - un mets d'aristocrates s'il en fût. Les plus précoces, au mois de mai, réjouissaient es cœurs et les ventres les plus nantis - la notion même de « pois vert » était synonyme de succulence et de distinction. Boileau les chante en alexandrins, et ce n'était pas seulement pour la rime :


Je conviens de bon cœur, pour punir ma folie,

Que tous les vins pour moi deviennent vins de Brie ;

Qu'à Paris le gibier manque tous les hivers

Et qu'à peine au mois d'août on mange des pots verts.


Ils étaient en effet, avec les cerises, symboles de printemps. un proverbe disait « Il faut manger les petits pois avec les riches, et les cerises avec les pauvres », parce que les petits pois nouveaux, les plus succulents sont très chers, tandis que les cerises sont meilleures lorsqu'elles sont bien mûres, au moment où elles sont bon marché.

Une antique tradition anglaise - on sait le cas que fait l'Angleterre de ses peas ! - voulait qu'une jeune fille à marier plaçât sur le linteau de la porte une gousse garnie de neuf pois ; ainsi e premier célibataire qui entrerait dans la maison deviendrait son mari. Curieuse coutume du peascod qui concentre à la fois la célébration du printemps - saison des pois - et de la fécondité - neuf mois de gestation.

Donc la gloire des pois nous incite à voir d'un œil plus compréhensif notre expression farfelue l la fleur des pois, c'est-à-dire « la crème » en somme, par une autre métaphore culinaire, de la bonne société, le nec plus ultra de la distinction.

Cela dit, la floraison des petits pois ramés n'ayant rien, que je sache, de très remarquable, ce qui précisément nous rend perplexe quant à la locution, je crois qu'il faut entendre la fleur au sens de « la partie la plus fine » telle qu'on l'entend dans « la fleur de farine » ou « la fine fleur de la noblesse ». C'est là sans doute ce que veut dire Saint-Simon lorsqu'il parle de la belle Mme de Nangis qui, malgré ses vices, « était la fleur des pois à la cour et à la ville ».

C'est en effet cette première attestation, au début du XVIIIe siècle, qui date l'expression... Faut-il en rapporter la création au printemps de 1696, qui connut la folie des petits pois dans la haute noblesse ? Un événement mondain dont n'eut pas connaissance Mme de Sévigné, morte le 18 avril. Mme de Maintenon écrivait à sa place au mois de mai : « Le chapitre des pois dure toujours ; l'impatience d'en manger, le plaisir d'en avoir mangé et la joie d'en manger encore sont les trois points que nos princes traitent depuis quatre jours. » Dans une France anéantie par la folie royale, où les gens moururent de faim au bord des chemins, ces petits pois-là ne manquent pas de sel... La femme de Louis XIV notait encore le 18 mai 1696 : « Il y a des dames qui après avoir soupé avec le roi, et bien soupé, trouvent des pois chez elles pour manger avant de se coucher, au risque d'une indigestion : c'est une mode, une fureur. »

Le tout début du XXe siècle perçut comme un éclat de ces splendeurs potagères du temps jadis dans un refrain de music-hall qui n'est pas précisément considéré comme la fleur des pois de la chanson française, mais qui connut un succès immense et durable avec la voix de l'inoubliable Dranem :


Ah ! les p'tits pois, les p'tits pois, les p'tits pois

Sont des légumes bien tendres !

Ce qu'il fallait démontrer.

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Botanique :

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Bienfaits :


Selon Hildegarde de Bingen, auteure de Physica, Le livre des subtilités des créatures divines, les plantes, les éléments, les pierres, les métaux, les arbres, les poissons, les animaux et les oiseaux (édition originale 1151-1158 ; Édition Jérôme Millon, Grenoble, 2011),


"Le pois est de nature froide, et producteur de phlegme. Il comprime quelque peu le poumon. Mais il est bon à manger pour celui qui est de nature chaude, et il lui donne de l'ardeur. Cependant, comme il est de nature froide, il ne vaut rien pour les malades, cvar, lors de la digestion, il provoque en eux beaucoup d'écoulements d'humeurs.

[Ed. Le pois est même nocif dans toutes les maladies, et il n'a en lui aucune propriété pour les chasser. Toutefois, si on souffre d'un rhume de cerveau avec un écoulement abondant, réduire en poudre un pois blanc en le mâchant avec ses dents, le mélanger à du miel très pur, placer le tout sur les tempes et attacher avec un bandage. répéter jusqu'à ce que'on se trouve mieux. Si quelqu'un a les entrailles malades, qu'il avale souvent du jus de pois chaud, et il se portera mieux.]

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Croyances populaires :


D'après Véronique Barrau, auteure de Plantes porte-bonheur (Éditions Plume de carotte, 2012) : le petit pois est un véritable "grain de chance".


De l'intérêt d'écosser les petits pois : Depuis la mise en vente des petits pois surgelés et des petits pois en boîte, peu de gens, hormis les jardiniers écossent aujourd'hui ces légumineuses. Grave erreur ! Car seule cette tâche permet de trouver des gousses renfermant neuf pois, présageant un mariage à venir. Alors, si vous rêvez de convoler en noces, énoncez votre souhait avant de vider la cosse puis lancez-la derrière vous.

D'une manière plus générale,le fait de garder ces neuf grains sur soi ou d'accrocher la gousse dans sa cuisine attire la chance et pourvoit à nos besoins essentiels. "Neuf petits pois tout neufs vous remettront à neuf ! C'est la preuve par neuf que le bonheur existe !" disait-on jadis. En Gironde, les habitants prélevaient de telles cosses le jour de la Saint-Jean à midi pile, pou en extraire quatre grains. Portés sur soi, ces petits pois attiraient la chance. Soyez également attentif aux cosses ne contenant qu'un seul pois car nos voisins d'Outre-Manche y voient aussi un porte-bonheur.


Cassés mais fonctionnels : Les petits pois sont un concentré de porte-bonheur. Lors de la guerre mondiale de 1914-18, les soldats italiens plaçaient respectivement trois grains brisés en trois parties dans trois poches de leur uniforme afin de se protéger des affres de la bataille. Quant aux pois cassés, les Américains les vénéraient comme de précieux porte-bonheur. Placés dans un porte-feuille ou un porte-monnaie, ils permettraient à son propriétaire de n'être jamais à court d'argent.


Des pois frits : Dans certaines régions de France et de Suisse, une coutume voulait que les mariés de l'année fassent frire des petits pois et les offrent aux jeunes venant quêter à leur porte ou, dans certains cas, à leurs voisins et connaissances en leur souhaitant prospérité.


Des petits pois pour avoir des petits : Afin de favoriser la descendance et le bonheur aux nouveaux couples mariés de France, des pois étaient jetés sur leur tête ou devant leur logis. Egalement symbole de fertilité dans les pays slaves, le pois passait pour faciliter la grossesse et combattre la stérilité. Lors de certaines festivités tchèques et polonaises, un homme affublé d'un costume de paille de cette légumineuse se promenait parmi les badauds afin que toute femme désirant un enfant puisse concevoir plus facilement.


Des pois au feu : La petitesse du pois est largement compensés par la grande générosité avec laquelle il dispense le bonheur. Au Japon, une poignée de ces grains jetée dans l'âtre passait ainsi pour détourner la foudre. Mais nous allons voir que le pois est encore plus généreux question chance."

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Symbolisme :


Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Trouver neuf pois dans une même cosse porte bonheur et signifie un mariage prochain ; il faut alors faire un vœu, vide la cosse et la jeter par-dessus son épaule. Les Anglais croient que si une célibataire place un de ces pois chanceux sur le linteau de la porte d'entrée, le premier homme à franchir le seuil sera le futur époux.

Dans le livre de Jean d'Albret, mettre une cosse de pois à neuf graines dans le bénitier de l'église permet de reconnaître les sorcières - elles sortiront les dernières de l'office -, tandis que dan le Gers, c'est une gousse à onze grains que l'on y jette avec de la terre provenant de trois cimetières ramassée avant le lever du jour : « La messe dite, les sorciers sont comme pétrifiés à leur place et ne peuvent sortir ».

Outre-Manche, une cosse contenant un seul pois est également un augure très favorable. En Italie, rois petits pois, brisés en trois morceaux et portés dans trois poches, constituent des amulettes. Elles furent notamment en vogue dans l'armée pendant la Première Guerre Mondiale. Aux États-Unis, les pois cassés portent bonheur. On les glisse en général dans son porte-monnaie.

Pour savoir si la jeune fille qu'il courtise va tomber dans ses bras, un homme arrachera une cosse de petits pois à un plant et l'ouvrira : si les pois adhèrent à l'enveloppe, ils lui prédisent le succès de sa démarche. On promet également un époux riche à la jeune fille qui aime écosser les petits pois.

En jeter une poignée devant sa maison favorise la fécondité du couple. Selon une tradition du Jura, lors d'un mariage, la mère de l'époux, depuis la maison, répand sur les jeunes gens des pois, censés leur porter chance dans leur union.

Rêver de pois est de bon augure. Les Japonais les lancent dans le feu pour empêcher la foudre de tomber sur la maison.

Une feuille jaune apparaissant dans une rame de petits pois est un présage de mort. En Bretagne, si des pois mis sur une balance se mettent à bouger, le présage n'est pas meilleur. Selon une croyance polonaise, en faire cuire entre Noël et le jour de l'an rend le bétail aveugle.

Tous ceux qui sont attachés à la fidélité doivent éviter de faire manger à leur conjoint des petits pois, dont on croyait autrefois que l'odeur rendait fou, car ils incitent aux écarts de conduite et rendent volage.

Les pois sont parfois associés à la sorcellerie : il faut en offrir aux démons invoqués, comme le recommandent souvent les grimoires et recueils de secrets magiques mais, selon une croyance du Moyen-âge, « lorsque les pois bouillent dans le pot qui est mis hors du feu, sachez alors qu'il n'y a nulle sorcière en la demeure ». Enfouis sous la racine d'un pommier, ils font trébucher les démons, bêtes, lutins et autres mauvais génies susceptibles de nuire à l'arbre.

A cause de leur forme rappelant les verrues, les petits pois sont très souvent utilisés pour les faire disparaître. L'usage courant prescrit d'envelopper dans un petit linge autant de pois que l'on a de verrues et d'abandonner le sachet dans un chemin ou dans un puits. Celui qui le ramasse attrape les verrues tandis que son ancien propriétaire en est définitivement débarrassé. De nombreuses variantes existent. En Suisse romande, on y ajoute autant de cheveux que de pois ; en Normandie, on les plonge dans un verre d'eau qu'on cache dans un endroit de la maison et dans les Vosges, on les jette dans le feu et on quitte les lieux avant de les entendre brûler. De nombreuses recettes à peine différentes servent à enlever les tics ou verrues des animaux.

Chez les Tziganes, qui dans leurs opérations magiques utilisent souvent le pois, lorsqu'une femme vient d'accoucher d'un enfant mort-né, on en met dans un peut de lait de la mère pour le faire tarir.

Il faut semer les pois quand la lune décroît ; le faire en nouvelle lune donne plus de fleurs que de légumes et selon une croyance bretonne, ceux qui sont mis en terre dans le croissant de lune poussent en hauteur sans donner de graines. Certains jours sont conseillés : le centième jour de l'année dans les Vosges, le même jour de la semaine que celui de Noël en Belgique. D'autres sont très déconseillés : les jours en R (mardi, mercredi, vendredi) et l'après-midi du vendredi saint. En Suisse, les pois plantés sous le signe du Capricorne fleurissent toute l'année et dans l'Orne, les semer le jour du mardi gras les protège des mulots. Enfin, pour avoir une bonne récolte, les paysannes de Liège (Belgique), le jour de l'ensemencement, jetaient quatre fois une pincée de pois par-dessus l'épaule, en offrande à Dieu, à la Vierge, au patron du village et aux moineaux.

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Symbolisme alimentaire :

Pour Christiane Beerlandt, auteure de La Symbolique des aliments, la corne d'abondance (Éditions Beerlandt Publications, 2005, 2014), nos choix alimentaires reflètent notre état psychique :


Le caractère de Petit Pois peut être qualifié d'« aéré » ; cette légumineuse est capable de secouer - comme un oreiller - des masses compactes trop pesantes et d'en disperser les composants, de les diviser, voire de les rendre plus vaporeuses ; tout devient plus léger. Cette graine incite l'être humain à ne pas considérer la vie comme une lourde affaire et à digérer les choses dans une agréable légèreté, en les relativisant Elle exhorte à l'optimisme, au regard ouvert et confiant.

L'être humain se bloque-t-il dans un schéma pesant ? Es-il plongé dans de lourdes réflexions ? Vaque-t-il, le coeur serré et l'esprit tendu, à ses affaires quotidiennes ? Alors, Petit Pois est là en lui disant : « Relâche la pression. Ne vois pas tout en noir. Ne te fais pas tant de soucis. Laisse passer les choses dans le pessimiste. Allège-toi l'esprit, dans a joie, en ayant confiance que tout ira bien... et lâche prise ! Ne te coince pas dans de graves pensées ; ne te harcèle pas, ne t'énerve pas parce que ceci ou cela doit être fait d'urgence... Abandonne cette vision ténébreuse de la Vie. Fais en sort que rien ne te reste sur l'estomac ou sur le coeur. Vis plus gaiement, le cœur plus léger. Ouvre-toi ; permets-toi s=davantage de laisser venir les choses, rends-toi la vie un peu plus facile. Vis avec franchise et aisance, aie le sens du relatif. Vois les choses de haut... »

« Tout cela n'est pas aussi garce que tu ne le penses ! » dit Petit Pois. » « Vois le côté ensoleillé de la vie ! Tu existes ; tu vis... c'est cela l'essentiel. Le reste est secondaire. Ne sois pas affligé, ne t'avachis pas, ne te laisse pas glisser vers des régions encore plus basses plus lourdes. Allons, courage ! Regarde au-devant ! »

La vie ne devient accablante que si l'homme ne se ressent pas comme un être joyeux, s'il ne considère pas que la vie est vraiment "gaie", s'il croit être obligé de faire certaines choses qui lui pèsent... Cet être humain apprendra à accomplir ses tâches dans la joie, sans trop se faire du mouron. Il devra bien comprendre que les conditions extérieures résultent d'un état intérieur. S'il veut changer certains éléments de sa vie, il devra d'abord modifier son attitude envers lui-même et envers la vie. Son Noyau Vivant sait très bien pourquoi il s'est attiré certaines tâches dans cette vie. Il ne devra pas opposer de résistance à lui-même ; il vaut mieux qu'il se demande "pourquoi ?".

Petit Pois signale à l'être humain que celui-ci attache trop d'importance à certaines choses, qu'il ferait bien de s'y prendre d'une manière plus enjouée, plus reconnaissante. Quelle que soit la tâche qu'il a dans l'existence : il vit et il est heureux de pouvoir "Être"... et, quoi qu'il fasse, il le fait dans la joie, se réjouissant de pouvoir contribuer au Bien d'un onde nouveau et magnifique. Si une chose va vraiment à l'encontre de sa nature profonde, tandis qu'il vit dans la gratitude, alors il verra se produire les circonstances qui feront que ces tâches disparaissent automatiquement de sa vie.

Petit Pois possède la propriété de tout raviver, de tout alléger de manière que plus rien ne pèse sur les épaules de l'être humain. Le dos est heureux de porter. Les intestins digèrent avec la plus grande aisance ; le corps se déleste. La sphère psychique des Petits Pois débrouille l'écheveau, elle défait les piles ; elle analyse, sépare, divise ; elle démêle les divers éléments ou parties et fait que chacun reçoive sa part d'oxygène et d'attention.

L'être humain en apprendra que, lorsqu'il essaie d'embrasser les choses par l'esprit ou la raison, il fera bien de temps en temps de disjoindre les choses, de considérer les différents faits séparément..., d'en opérer une bonne analyse... pour en tirer une conclusion et évacuer l'inutile.

Petit Pois n'aime pas que l'être humain agglutine tout en un méli-mélo inextricable d'éléments chaotiques : « Remets de l'ordre dans tes affaires, avec une vue d'ensemble bien aérée. Médite-les bien, analyse tranquillement... Tu finiras par en acquérir une Vision claire, lumineuse, plus légère ! » lui dit le Petit Pois.

L'être humain s'est-il englouti dans un creuset confus de problèmes et de soucis ? Il lui suffit de démonter calmement les pièces - comme celles d'une voiture - et de tout examiner soigneusement. Une chose ne demeure pesante que si l'être humain ne voit pas clair ou qu'il ne l'envisage pas correctement. Avec une vue générale raisonnable, avec confiance et optimisme, il parviendra, à l'instar du Petit Pois, à démêler tranquillement les choses afin de créer de l'Ordre dans son esprit brouillon ou sans a situation de vie chaotique. Celui qui a envie de Petits Pois demande une vision plus claire de la vie, une limpidité qui lui permette de faire les pas et de régler les affaires susceptibles de rendre la vie plus "légère", plus allègre.

Conclusion :

Celui qui a faim du goût des Petits Pois aspire à voir la vie d'un œil enjoué et à secouer tout fardeau trop pesant. Il a besoin d'épanouir tout ce qu pèse trop lourd, de l'aérer avec de la lumière t de l'oxygène et, quand il le faut, de concevoir des solutions, d'opérer des changements, de lâcher prise vis-à-vis de certaines choses... pour ensuite parcourir les espaces de la vie d'un pas encore plus léger, libéré, optimiste !

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Littérature :


Un de mes contes préférés d'Hans Christian Andersen : "La Princesse au petit pois"

Aider à écosser des petits pois


C'est presque toujours à cette heure creuse de la matinée où le temps ne penche plus vers rien. Oubliés les bols et les miettes du petit-déjeuner, loin encore les parfums mitonnés du déjeuner la cuisine est si calme, presque abstraite. Sur la toile cirée, juste un carré de journal, un tas de petits pois dans leur gousse, un saladier.

On n'arrive jamais au début de l'opération. On traversait la cuisine pour aller au jardin, pour voir si le courrier était passé...

« Je peux t'aider ? »

Ça va de soi. On peut aider. On peut s'asseoir à la table familiale et d'emblée trouver pour l'écossage ce rythme nonchalant, pacifiant, qui semble suscité par un métronome intérieur. C'est facile, d'écosser les petits pois. Une pression du pouce sur la fente de la gousse et elle s'ouvre, docile, offerte. Quelques-unes, moins mûres, sont plus réticentes - une incision de l'ongle de l'index permet alors de déchirer le vert, et de sentir la mouillure et la chair dense, juste sous la peau faussement parcheminée. Après, on fait glisser les boules d'un seul doigt. La dernière est si minuscule. Parfois, on a envie de la croquer. Ce n'est pas bon, un peu amer, mais frais comme la cuisine de onze heures, cuisine de l'eau froide, des légumes épluchés - tout près, contre l'évier, quelques carottes nues brillent sur un torchon, finissent de sécher.

Alors on parle à petits coups, et là aussi la musique des mots semble venir de l'intérieur, paisible, familière. De temps en temps, on relève la tête pour regarder l'autre, à la fin d'une phrase ; mais l'autre doit garder la tête penchée - c'est dans le code. On parle de travail, de projets, de fatigue - pas de psychologie. L'écossage des petits pois n'est pas conçu pour expliquer, mais pour suivre le cours, à léger contretemps. Il y en aurait pour cinq minutes, mais c'est bien de prolonger, d'alentir le matin, gousse à gousse, manches retroussées. On passe les mains dans les boules écossées qui remplissent le saladier. C'est doux ; toutes ces rondeurs contiguës font comme une eau vert tendre, et l'on s'étonne de ne pas avoir les mains mouillées. Un long silence de bien-être clair, et puis :

« Il y aura juste le pain à aller chercher. »


Philippe Delerm, "Aider à écosser les petits pois" in La Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, 1997.

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