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  • Anne

La Parisette




Étymologie :

Étymol. et Hist. 1778 (Lamarck, Flore franç., n°667 ds Fonds Barbier). Dimin. de [herbe de] Paris (ca 1540, J. Yver, Le Printemps ds Conteurs fr. du XIVe s., éd. P. Jourda, p.1151), nom du héros troyen ; suff. -ette(-et*).


Lire également la définition du nom parisette afin d'amorcer la réflexion symbolique de cette plante.


Autres noms : Paris quadrifolia ; Étrangle-loup ; Herbe à Pâris ; Morelle à quatre feuilles ; Parisette à quatre feuilles ; Raisin de renard ;

Paris trifolia ; Étrangle-loup ; Herbe à Pâris ; Morelle à trois feuilles ; Raisin de renard ; Trisette ; Trossette.

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Botanique :


Plante toxique devenue rare.

Ainsi selon Elena Ciobanu, Cătălina Croitoru, Gheorghe Ostrofeţ, Ala David et al. auteurs d'un cours magistral intitulé Fondements de l'hygiène alimentaire (Chișinău • 2018) :


La parisette à quatre feuilles est une plante à tige verticale à quatre feuilles elliptiques, à sommet pointu et à fleur jaune-verdâtre, de laquelle se forme un fruit noir. Il est prouvé que toutes les parties de la plante sont toxiques, mais les gens s’intoxiquent le plus souvent avec ses fruits. Les signes d’intoxication apparaissent soudainement et se manifestent par des vertiges, des maux de tête, des nausées, des vomissements, de la diarrhée.

 

Dans son ouvrage intitulé Éléments de tératologie végétale : ou Histoire abrégée des anomalies de l'organisation dans les végétaux. (Paris, P.-J. Loss, Libraire-Éditeur, 1841) Alfred Moquin-Tandon nous fait part d'une anomalie assez commune, qui affecte également la parisette :


Feuilles. Le développement de deux feuilles ou de plusieurs à la place d'une seule n'est pas rare, dans plusieurs cas de phyllomanie ou de fullomanie, on observe cette multiplication. La fertilité du terrain, la quantité de l'eau, l'abondance des engrais, influent souvent sur l'apparition de cette anomalie. [...]

Un des exemples les plus curieux de cette multiplication est celui qui est offert de temps en temps par la Parisette à quatre feuilles. Cette plante, qui doit son nom au nombre de ses organes foliacés, présente quelquefois une feuille surnuméraire : j'en conserve un échantillon avec cinq feuilles parfaitement développées en rosette, dont une est bilobée à son sommet et semble prête à donner une sixième feuille. (1)


Note : 1) « Folia habiter communiter quatuor, aliquando quinque et sex. » (C. Bauh., Pin. 167.) - Soyer-Willemet, Observation des plantes françaises, p. 179 - Un pied de Parisette a présenté 506 feuilles à Haller. Dans cet exemple, il y avait sans doute une prolification.

[...]

Les sépales et les pistils offrent, en général, une texture très voisine de l'organisation foliacée. Ces organes se changent quelquefois en véritables feuilles, soit isolément, soit simultanément ; d'autres fois cette même transformation s'effectue aussi dans la corolle et l'androcée, et la fleur tout entière est métamorphosée d'une manière plus ou moins complète en un bourgeon foliacé.

Si l'on compare dans la Parisette à quatre feuilles (Paris quadrifolia), les étamines aux pétales, les pétales aux sépales, et ceux-ci aux feuilles, on reconnaîtra, avec Cassini, l'extrême analogie qui unit tous ces organes. Une étamine de Paris, dit ce savant botaniste, est exactement comparable à un pétale de la même plante dans lequel les deux portions du parenchyme, occupant les bords latéraux du tiers moyen de la longueur, se seraient converties en pollen, et dont l'épiderme s'ouvrirait sur ces mêmes bords pour livrer passage à la poussière fécondante. Or un pétale de la même plante ne diffère d'un sépale que par sa taille et sa position, et ce dernier est parfaitement organisé comme une petite feuille.

Ainsi le bouton floral d'un Camellia ressemble à un bourgeon foliacé, avant son éclosion, et la fleur d'un Paris est comparable à un bourgeon qui vient d'éclore.

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Remèdes de bonne fame / femme :


C. Busser, dans un article intitulé "Baies, fruits et pseudo-fruits toxiques utilises en médecine populaire ou en phytothérapie. (Phytothérapie, 2007, vol. 2007, n°1, pp. 31-36) rapporte les usages suivants :


Usages populaires : « Compresses de parisette, avec 2 ou 3 feuilles fraîches, cueillies à n’importe quel moment de l’année et à appliquer directement sur un abcès ou une plaie infectée : le lendemain, la plaie blanchit, et la guérison suit en trois à quatre jours ; ne pas utiliser les fruits. » (Ban-de-la-Roche).


Mode d’emploi : Plante inusitée aujourd’hui, et à éviter : les fruits et toute la plante sont toxiques par les sapogénines provoquant des troubles digestifs. Moins de cinq baies peuvent provoquer des troubles digestifs, nerveux et cardiaques graves ! L’utilisation homéopathique est limitée dans les cas de névralgies oculaires avec propos incohérents. Les laboratoires homéopathiques français préparent une teinture mère à base de la plante entière fraiche récoltée au moment de la fructification.

 

Recette trouvée sur le forum du site https://www.complements-alimentaires.co/ et publiée par Brigitte Claude le 24 juin 2015 À 21 H 59 min :


"Mes grands parents qui tenaient ce savoir de leurs ancêtres, cueillaient la parisette, seulement en août, surtout les feuilles, et quelques fruits et les faisaient macérer dans de l’eau de vie pure. Après quelques semaines, on peut l’utiliser pour mettre sur les plaies infectées. On pose la feuille directement sur la plaie sur laquelle on pose une compresse et on tient le tout à l’aide d’un sparadrap. On laisse agir la nuit et le matin on nettoie. Le pus et les saletés responsables de douleur et infection se retrouvent sur la feuille. A renouveler matin et soir, jusqu’à guérison. Je l’utilise régulièrement pour ma famille et moi même. On peut aussi sortir une écharde dans un doigt impossible à tirer. Très utile, tout le monde en réclame."

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Symbolisme :


Paul Sébillot dans Les travaux publics et les mines dans les traditions et les superstitions de tous les pays : les routes, les ponts, les chemins de fer, les digues, les canaux, l'hydraulique, les ports, les phares, les mines et les mineurs. (J. Rothschild, 1894) indique que :


Dans le Forez, si on met le pied sur une herbe, la tourmentine, on marche pendant douze heures par monts et par vaux, tant qu'on n'a pas trouvé la parisette, herbe dont les graines marquent le chemin par la direction où elles tombent.

 

Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), la Parisette (Paris trifolia) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Féminin

Planète : Vénus

Élément : Eau

Pouvoirs : Chance, gains matériels.

Parties toxiques : Le rhizome ; les fruits.


Utilisation magique : Porter sur soi de la Parisette attire la bonne fortune dans toutes les affaires d’argent.

Aux États-Unis, le rhizome séché était un luck charm (talisman porte-chance) apprécié par beaucoup de joueurs professionnels.

Ce rhizome, tout comme les « raisins » portés par cette plante, renferme deux glucosides dangereux : la paridine et la paristyphnine. La Parisette doit donc être manipulée avec précaution, et en aucun cas être consommée par voie buccale.

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Selon Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani :


Plante à baies bleuâtres commune dans les bois et les prairies, la parisette est une amulette précieuse, en particulier pour tout ce qui concerne les affaires d'argent : en porter sur soi attire les gains matériels. Aux États-Unis, les joueurs professionnels font toute confiance au rhizome séché de la plante, appelé d'ailleurs luck charm (talisman porte-chance).

Quand on a perdu son chemin, notamment à cause de la tourmentine (ou tormentillle), qui est une "herbe d'égarement" (la fouler fait perdre son chemin), il suffit d'observer les grains que la parisette fait tomber : ils indiquent la direction qu'il faut prendre.

 

Selon Véronique Barrau et Richard Ely, auteurs de Les Plantes des Fées et des autres esprits de la nature (Éditions Plume de Carotte, 2014),


Un pied sur la tourmentine, ou herbe d'égarement, et vous voilà parti pour des errements sans fin. Seul remède efficace contre cette malédiction, la parisette, Paris quadrifolia L., une petite plante discrète de nos bois."


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Mythologie :


Comme son nom l'indique, cette plante aurait été dédiée à Pâris le prince troyen responsable (partiellement, le pauvre !) du déclenchement de la guerre de Troie et de l'extermination de sa famille... Pourquoi ? Je n'ai pas encore trouvé...

 

En revanche, Pierre Dubois, auteur de La Grande Encyclopédie des lutins (Hoëbeke, 1992) propose une description détaillée de la Parisette, en tant qu'être appartenant au monde des lutins :


Aux jours où étaient sacrées les branches hantées des forêts (Keats)


Lorsque Flore régnait sur le monde végétal, les Fayettes, Demoiselles, Nymphes, Bacchan-Sœurettes, Huldre, Giane, Vily, Vouivres et leurs suivantes vivaient leur Âge d'Or sur l'étendue des bois et des forêts, chacune possédant son château de verdure : son lac, sa clairière, sa roche, se chênaie, sa saulée, son massif de fleurs, son if. Bien sûr, hyper-féminies, ces exquises créatures n'étaient pas toutes éthérées au point de n'être que pures évanescences ailées. Au contraire, les drôlesses, sous leurs voiles transparents, visages angéliques et cheveux solaires, ne manquaient jamais pour un oui ou pour un non de se crêper le chignon. Et comme ces belles, toutes expertes en magie, ne craignaient point d'utiliser leurs dons, les duels de sorts, de philtres et autres escrimes de baguettes magiques allaient bon train sous le feuillage fonfonnier brusquement transformé en champ de bataille...

Pour une peccadille de peigne emprunté, de fard à paupières dérobé, un modèle de robe copié, une rivalité amoureuse, un pet de lapin, une vexation, un regard de travers, un commérage... crac ! pleuvaient les charmes, et contre-charmes, ensorcellements, parades, chocs en retour, conjurations, Flore, de son trône fleuri, encourageait ses favorites, arbitrait les perfides escarmouches, s'esclaffait à certaines réussites : une souple naïade devenait têtarde à gros nez, des petons menus s'élargissaient en pieds palmés, frappée en plein vol gracieux une Sylphe retombait flasque crapaude, une svelte et élancée Gwyllion se ratatinait en scrofuleuse avortonne.

Ainsi Escarboucle-la-Blonde devint Dame Agaisse, qui se vengent sur des chênes en fit les Hennefêtes. Ainsi naquirent de grotesques et monstrueux hybrides : nymphes-poissons, fées-champignons, elfes-escargots, toute une faune-flore saugrenue aigrie et vengeresse.

La coquette Parisette, parce que sa grâce juvénile et son succès auprès des charmants princes et beaux bergers agaçaient la nymphe de l'Ortie, descendit de son mètre soixante-six à vingt-six centimètres. Heureusement Flore qui l'aimait préserva sa beauté.

Depuis lors, Parisette ne cesse de déjouer les pièges tendus par la Tourmentine, l'Herbe d'Oubli, fille de la nymphe Ortie. Leurs homériques pugilats attirent toujours une foule de curieux amusés par les raclées que la jolie nymphe administre copieusement à la hideuse touffe haineuse.


Taille : Vingt-six centimètres.


Aspect : Adorable. Longs cheveux d'herbes, piquetés de fleurs. Corps rose et cambré. Très agile. Yeux

bleus.


Vêtements : Souvent nue, aime se parer de guirlandes de pétales, d'un cotillon de clochettes, d'une cape

en aile de papillon.


Habitat : Dans presque toutes les forêts des pays au climat tempéré. Affectionne plus particulièrement

les endroits tièdes et humides.


Nourriture : Fraises des bois, baies, myrtilles, pollen, fruits secs.


Mœurs : Joyeuse compagnie de jeux, on la surprend fréquemment en train de gambader parmi les

elfes et les nains. Nostalgique de ses anciennes amours, ses sentiments iraient plutôt vers les

bûcherons qu'elle va caresser durant leur sommeil tout en regrettant sa taille perdue. Ne vit

qu'une saison. De sa dépouille gelée par l'hiver sort une nouvelle Parisette, aux premières

chaleurs.


Activités : Entre autres délivre les promeneurs ensorcelés par les envoûtements de la Tourmentine.

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Littérature :


Yves Paccalet, dans son magnifique "Journal de nature" intitulé L'Odeur du soleil dans l'herbe (Éditions Robert Laffont S. A., 1992) évoque le mystère de la Parisette :

13 mai

(Fontaine-la-Verte)


Ô l'étrange symétrie de la parisette à quatre feuilles... A mi-tige, une grande croix verte de feuilles ovales-aiguës. Au sommet de l'axe, quatre croix superposées : sépales raides, pétales jaune pâle, étamines-sagaies, style à quatre stigmates... Le fruit, divisé en quatre loges, est sphérique et noir comme une planète oubliée.

[...]

18 mai

(Fontaine-la-Verte)

[...] Fouillis d'espèce

L'ordre.

Règne.


Au moment où je me félicite d'avoir énoncé une loi, j'aperçois des parisettes à quatre feuilles qui en ont cinq, et des listères à deux feuilles qui en ont trois.

L'ordre règne

Fouillis

Dans ma tête

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