Blog

  • Anne

L'Escargot





Étymologie :

  • ESCARGOT, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. Ca 1393 escargol (Ménagier, II, 223 ds T.-L.) ; 2. 1549 escargot (Est.). Empr. au prov. escargol « id. » (cf. av. 1649, glossaire des Œuvres de P. Goudelin, éd. J.-B. Noulet ; l'emploi culinaire des escargots vient du Sud), issu du type caragol (v. formes dial. occitanes ds FEW t. 2, p. 1005a) transformé prob. sous l'infl. des descendants occitans du lat. scarabaeus (v. a. prov. escaravat, etc. « escarbot » ds FEW t. 11, p. 288b) ; caragol est issu par métathèse de cagarol, cacalaou « escargot » (v. caracol).


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.



Zoologie :

Selon Matt Pagett, auteur de Le petit livre de merde (titre original What shat that ?, Quick Publishing, 2007 ; édition française Chiflet & Cie, 2008) : "Les escargots sont à la fois utiles et nocifs : dans les champs ils bousillent les récoltes. Mais dans les aquariums, ils entretiennent la pureté de l'eau en mangeant les algues et les crottes des poissons. Ils laissent derrière eux une trace brillante et baveuse.


Description : Il est amusant de constater que la nourriture ingérée par l'escargot déteint sur sa coquille et, bien sûr, sur ses excréments, petits cordons qui émergent de la coquille. Humides quand ils sont frais, ils deviennent fragiles et friables en séchant.

Si l'escargot a goûté à une nourriture riche en eau, sa crotte pue terriblement.


Mais par où sort-elle ? Compliqué de s'y retrouver car la plupart des organes se trouvent dans la masse viscérale enfermée dans la coquille : la langue dentée, "radula", qui fait office de râpe, est formée de dents chitineuses (la chitine est un des composants de l'exosquelette des crustacés et des insectes). La nourriture est broyée, puis détruite par les sucs digestifs avant de passer dans l'œsophage, l'estomac et l'intestin, et les déchets sont ensuite expulsés par l'anus situé sous la coquille, à côté de la bouche !Ainsi la nourriture voyage en spirale, fait le tour des organes digestifs, avant de revenir à la case départ.


Culture de champignons : en 2003, un escargot marin a été soupçonné d'être à l'origine de la disparition de la flore des marais d'eau salée dans une région du sud-est des États-Unis. Cet escargot défèque en se déplaçant dans un terrain de prédilection mais comme dans sa crotte se trouvent des spores de champignons qui se répandent su la végétation il contamine les engrais.


Léché pour compte : On peut contracter la méningite après un contact avec un escargot mais seulement si on l'a léché."

*



Gastronomie :

"Les archéologues ont démontré que les escargots ont été consommés depuis la préhistoire. On retrouve des monticules de coquilles parmi les restes de repas, sur différents sites archéologiques. On les préparait alors grillés sur les braises. Plus près de nous, au 4e siècle avant Jésus-Christ, Aristote nous apprend que les escargots étaient dégustés en hors d’œuvre. Il existait même une cuillère dont le manche était pointu, pour sortir l’escargot de sa coquille (cochlear). A Rome, Pline rapporte que les Romains étaient friands d’escargots et Apicius, le cuisinier des empereurs Auguste et Tibère, nous donne sa recette : « Mets tes escargots dans du lait additionné de farine de froment et dès qu’ils sont gavés, fais les frire à l’huile ». En Gaule romaine, c’est à la fin des desserts qu’ils sont servis. Au 11e siècle, le Pape Grégoire VII déclare que la chair des escargots est maigre. Alors les moines s’empressent de parquer ces petites bêtes autour de leurs couvents pour pouvoir les déguster pendant le carême. " Pendant la révolution, dans les ports charentais, les marins embarquaient des tonneaux d’escargots, pour avoir de la chair fraîche pendant les traversées."


http://www.saintjeanlethomas.net/L-art-au-ras-du-sol-ou-les-tribulations-d-un-escargot_a543.html

*




Symbolisme :


Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982), on peut lire que :


L'escargot est "universellement symbole lunaire. Il indique la régénération périodique : l'escargot monter et cache ses cornes comme la lune apparaît et disparaît ; mort et renaissance, thème de l'éternel retour.

Il signifie aussi la fertilité : la spirale, liée aux phases de la lune, et le développement de la corne. Comme tel, l'escargot devient le lieu de la théophanie lunaire, comme dans l'ancienne religion mexicaine où le dieu de la lune, Tecçiztecatl, est représenté enfermé dans une coquille d'escargot.

Comme le coquillage, l'escargot présente un symbolisme sexuel : analogie avec la vulve, matière, mouvement, bave.

Il symbolise encore le mouvement dans la permanence. La forme hélicoïdale de la coquille de l'escargot terrestre ou marin constitue un glyphe universel de la temporalité, de la permanence de l'être à travers les fluctuations du changement.

Chez les Aztèques l'escargot symbolisait couramment la conception, la grossesse, l'accouchement, (d'après Jackson The Aztec Moon-Cult). Au Dahomey, il est considéré comme un réceptacle de sperme.

Dans les hiéroglyphes égyptiens, la spirale était représentée par un escargot. Il pourrait symboliser, comme cette figure géométrique très répandue dans la nature, l'évolution de la vie.

En Afrique du Nord, on confectionne des chapelets avec des coquilles d'escargot... L'escargot rappelle la corne des béliers... De plus, il participe de l'humide et ne sort de terre, comme disent les paysans, qu'après la pluie. Il se trouve lié au cycle des champs, devenu le symbole de la fécondité donnée par les morts, la parure presque nécessaire de l'ancêtre revenu sur la terre des hommes pour la féconder, porteur de tous les symboles de la face du ciel et des orages bienfaisants."

*

*

Pour comprendre l'ésotérisme de "l'escargot tout chaud" de la fameuse comptine de La Souris verte, lire le document suivant de Gauthier PIEROZAK.

*

*

Selon le site http://eglise.isleaumont.free.fr/escargot.html :


"De part et d'autre du portail de gauche, respectivement sous le blason des Ducs de Bourgogne et sous celui des Comtes de Champagne, sont représentés à gauche la coquille évidée d'un escargot mort, face à une voluptueuse feuille de choux, et à droite un escargot dévorant le haut d'une autre feuille de choux. Au départ de l'arc, à droite, on distingue par ailleurs un jeune escargot qui sort timidement de sa coquille.


L'escargot est mort, la feuille de choux renaît. L'escargot mange la feuille de choux.

La présence d'escargots sur un édifice est le plus souvent la marque des compagnons bourguignons. Par ailleurs, l’escargot et sa coquille architecturée se prêtent aisément à une ornementation formelle, rappelant les volutes des feuilles d'acanthe de l'ordre corinthien ... Mais peut-on aller plus loin ?

A droite, l'escargot grandit et broute la feuille de choux ; il est vivant. A gauche, la feuille de choux se développe et la coquille est vide ; il est mort. La forme hélicoïdale de la coquille rappelle la spirale, qui symbolisait le mouvement, la vie chez les Celtes. Par ailleurs, l'escargot est un animal qui s'endort en hiver et se réveille au printemps ; il symbolise la résurrection chez les anciens. L'hypothèse la plus courue est donc que les escargots d'Isle-Aumont symboliseraient l'évolution de la vie et l'éternel recommencement.

Il existe une autre interprétation, peut-être plus plausible : Il faut savoir que l'escargot est considéré, au XIIIe siècle, comme "un ver issu de la corruption des plantes, du fait d'un temps excessivement chaud et humide" et que sa croissance "dépend du bon vouloir de la lune". Dans tout système symbolique, chaque animal est ambivalent. Il y a le bon et le mauvais escargot. Au sujet des impies, on trouve dans la Bible (Psaume 58, 9) : "Qu'ils aillent en se fondant comme le sablûl". Le sablûl désigne la limace ou l'escargot, qui semble se fondre en laissant sur son passage une humeur visqueuse.

Évocation constante de la couardise, l'escargot est aussi l'image du péché. Sa nature humide et froide et son extrême lenteur à se mouvoir caractérisent le péché d'acédie, somnolence qui engourdit le corps et l'âme et éloigne l'homme de Dieu. Enfin, lorsqu'il est enfoui dans la terre, l'escargot est en contact avec l'au-delà, les revenants, les spectres et les larves. Ce contact avec les ténèbres infernales le diabolise.


Ainsi a-t-on placé à droite au dessus du portail, l'escargot, image négative du ver répugnant qui naît dans la boue ou de la boue. La feuille de choux qu'il dévore est l'existence qu'il salit, la vie qu'il corrompt et empêche de s'épanouir. Isle-Aumont était une étape sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Les pèlerins, comme à Chartres, entraient par le portail, mais sur la droite. Ils se dirigeaient vers le côté nord de l'église et parcouraient celle-ci dextrorsum, de l'ombre vers la lumière ; c'est-à-dire du nord vers le sud. Ayant assisté aux offices, ils poursuivaient dextrorsum et ressortaient sur la gauche du portail, croisant ainsi la ligne initiale.

L'escargot placé là symboliquement à l'entrée, cherchait à décourager ceux qui, par manque de persévérance, auraient quitté la voie du Christ à la première embûche : "Non, ne venez pas ici, tout n'est que vie austère, humeur répugnante et visqueuse ! Rien ne peut prospérer ici ! Restez au dehors et amusez-vous ! Goûtez les plaisirs de la vie !"

En ressortant de l'église, sur la gauche du portail, le pèlerin passait sous la feuille de choux s'élevant vers la lumière, symbolisant le souffle créateur, faisant face à la coquille vide de l'escargot mort, symbole des ténèbres vaincues.

On retrouve, sur la façade de la cathédrale de Chartres et sous une forme quelque peu différente, cette approche symbolique liée à la circulation des pèlerins.

*


Carnet de modèles de Villard de Honnecourt :


Un bâtisseur en voyage, équipé légèrement et muni de sa canne de compagnon relève la tête et y porte la main avec une position particulière des doigts ; il effectue un signe de reconnaissance à l'attention d'un escargot. Celui-ci relève aussi la tête en déployant ses cornes dans un mouvement qui rappelle le salut du compagnon qui lui fait face.

Contrairement aux escargots habituels, l'animal a quatre cornes de même taille et sa coquille annelée fait plutôt penser à un mollusque marin. C'est un bâtisseur qui utilise les constructions géométriques pour augmenter la résistance du matériau. Certains voient en lui l'inventeur du "voile mince".

*

*

Dans son jeu de carte L'Oracle du peuple animal (Guy Trédaniel Éditeur, 2016), Arnaud Riou regroupe les animaux par famille. L'escargot appartient selon lui à la famille de l'introspection avec le panda, le scorpion, la biche, le porc-épic, le griffon, la cigogne, le lapin, le sphinx et la pieuvre.


"L'introspection. Lorsque vous tirez une carte de la famille introspection, c'est qu'un animal vient vous encourager à ne pas vous précipiter à agir, mais davantage à plonger en vous pour découvrir votre personnalité, le sens d'un obstacle ou d'une situation. Les animaux d'introspection vous aident à mieux vous connaître, mieux vous comprendre et mieux vous aimer dans votre développement personnel.

[...]

Connais-toi toi-même et tu connaîtras l'univers et les Dieux, enseignait Socrate. La première famille de cet Oracle du peuple animal est la famille de l'introspection. Lorsqu'une situation nous semble bloquée ou douloureuse, lorsque nous nous sentons perdus, il est nécessaire de revenir à soi, de chercher en soi les ressources nécessaires pour évoluer dans le bon sens.

Pour les chamans, le monde extérieur est une reproduction de notre monde intérieur. Si notre monde intérieur est fluide, apaisé, et si nous avons le cœur ouvert, nous allons attirer à nous des relations fluides, des situations apaisées et des personnes qui ont le cœur ouvert. Si en revanche, nous sommes blessés, si notre cœur s'est fermé et si nous sommes persuadés que les autres nous en veulent, nous allons attirer à nous des relations conflictuelles, douloureuses et toxiques. Chacun en a fait l'expérience, lorsque nous nous sentons amoureux, nous attirons à nous des belles personnes et des situations favorables.

Tous les changements démarrent de notre cœur. Pour transformer une situation, commencez par modifier le regard que vous portez sur une situation. Il n'existe aucun échec, il n'existe que des possibilités de s'améliorer, de ses développer et de grandir.

Lorsque vous tirez une carte de la famille de l'introspection, c'est une invitation à ne pas vous précipiter vers une solution ou une action. Prenez le temps de méditer, de vous comprendre. Les animaux de cette famille vont vous accompagner dans cette introspection pour vous apporter les images, les symboles, nécessaires à la juste compréhension de ce que vous traversez.


C'est dans la lenteur

Que tu découvriras la plénitude.


......................................................................................................................

La carte représente un escargot qui glisse sur une feuille posée sur l'herbe. La rosée laisse deviner qu'il s'agit des premières heures du matin. L'escargot est en mouvement et ses deux paires de cornes sont tendues devant lui. Le soleil brille sur les gouttelettes d'eau. On aperçoit au fond un champ de tournesol.

......................................................................................................................


S'il existe un maître aussi puissant qu'il est discret, c'est bien l'Escargot. Il est rarement cité dans les bréviaires des animaux totem où les redoutables félins côtoient les animaux mythiques. On parle peu de lui. Il se promène discrètement, sa coquille sur le dos au moment où la pluie éloigne les curieux. Mais c'est justement à leur discrétion et à leur humilité que l'on reconnaît les grands maîtres. Les véritables chamans, les alchimistes mettent assez peu en avant leur connaissance et leur pouvoir.

C'est dans sa coquille que commence le secret de l'Escargot,. En forme de spirale, celle-ci part du centre et multiplie des petites loges cloisonnées qui correspondent aux différentes étapes de la vie de ce petit animal. Ces loges sont de plus en plus larges, en suivant une arithmétique très précise, la suie de Fibonacci qui s'appuie sur le nombre d'or. Pour calculer cette suite, il suffit d'ajouter aux deux premiers chiffres un troisième auquel on ajoute le quatrième et ainsi de suite. Ainsi, la suite donnera 1, 1, 2, 3 ,5, 8, 13, 21, 34, 55, 89.... Cette suite appliquée au graphisme prend la forme d'une spirale progressive. Cette suite est à la source des plus belles merveilles de la nature, l’œil de la libellule, le cœur du tournesol et la coquille de l'Escargot.

Ainsi, l'Escargot montre qu'il a totalement réussi toutes les phases de son évolution en s'appuyant sur l'introspection. Il s'est révélé en étant seul dans sa coquille, comme l'ermite s'isole dans sa grotte pour atteindre l'éveil. L'Escargot est porteur de la sagesse primordiale. Autre symbole fort, l'Escargot est doté de eux paires de cornes. Les premières, les plus longues, pour incarner le principe masculin et la force solaire de la puissance virile, et les cornes de la grande déesse, symboles du féminin sacré, de la fertilité, de l'abondance.

L'Escargot a transcendé ces deux principes en lui et a acquis la nature des hermaphrodites. Il a réussi ce processus alchimique en incarnant le premier secret des alchimistes qui transforment le plomb en or, la lenteur. Il a compris que toute transformation demande de la patience et de la persévérance. Il porte la nature circulaire du monde sur sa coquille. Enfin, il s'appuie sur l'eau de la pluie pour glisser. Il a dépassé le monde des émotions et porte la sagesse dans son rythme. Tout son corps n'est qu'une membrane qui réagit à la moindre modification de son environnement. L'Escargot nous apprend qu ce que nous recherchons est en nous. Il détient toute la connaissance sans sortir de sa coquille.


Lorsque l'Escargot vous apparaît dans le tirage, c'est une invitation à revenir à l'essentiel, comme l'Escargot qui incarne la sobriété heureuse. L'Escargot incarne la pleine conscience. Observer un Escargot en mouvement, c'est déjà un support à la méditation. L'Escargot est pleinement en lien avec chacune de ses sensations. Tout son "pied" est en contact avec le sol quand il se déplace. Lorsqu'ils s'accouplent, les Escargots font partie des rares espèces à s'enlacer face à face, dans un mouvement d'une grande sensualité et d'une tendresse touchante. L'Escargot vous invite à revenir à l'essentiel, à prendre du recul quant à vos biens matériels. Qu'emportez-vous avec vous lorsque vous partez en voyage ? Voyagez-vous léger ? Qu'est-ce qui vous manque quand vous êtes en déplacement ? Qu'est-ce qui vous sécurise, vous nourrit, vous apaise, vous distrait ? De quel objet, personne, êtes-vous dépendant ? Revenez à votre coquille, revenez à vous et à votre essence. Vous découvrirez que rien ne vous manque et que tout est chez vous.


Mots-clés : L'autonomie - L'indépendance - L'introspection - La solitude - La sobriété - Les objets - La lenteur - Les étapes - La transformation - La tendresse - La sensibilité - La réceptivité.


Signification renversée : L'Escargot renversé vient vous interroger sur votre sociabilité. Avez-vous le contact facile ? Entrez-vous facilement en contact avec l'autre ? Ou avez-vous tendance à rentrer dans votre coquille à la moindre contrariété ? L'Escargot renversé peut aussi vous interroger sur la matière. Peut-être vous sentez-vous dans une période de fragilité matérielle ? Êtes-vous inquiet pour vos objets ? Peut-être aussi manquez-vous d'assurance pour prendre votre place sur la Terre. Dans tous les cas, l'Escargot vous invite à puiser dans vos ressources l'assurance, le discernement et le courage d'affirmer au monde la beauté de votre être.


Le message de l'Escargot : Je suis l'Escargot C'est au petit matin, sur la rosée, que je sors de ma coquille. Ma sensibilité est telle que je perçois le relief de la moindre goutte d'eau. Je prends le temps de ressentir, car j'incarne la sensualité et la tendresse du monde présente dans chaque espace de la nature. Je viens t'accompagner pour t'aider à retrouver cette plénitude en toi. Cette plénitude que tu connaissais aux premières semaines de ta vie, alors que tu t'émerveillais de chaque phénomène que tu découvrais. Ne te laisse pas emporter par ces hommes qui courent après leurs illusions comme le chien après l'arc-en-ciel. Le beau, le somptueux sont partout. Il ne manque que ton regard pour exulter.


Le rituel de l'Escargot : Je me relie à l'esprit de l'Escargot. Je rends hommage à la plénitude de l'instant. Je respire profondément. Je ralentis le rythme de ma respiration. Je fais quelques pas dans la pièce en étant totalement présent à mes pieds, au mouvement de mes chevilles qui se déplient, à mes orteils, à mes talons. Je saisis la moindre sensation corporelle. Je ralentis encore pour mieux percevoir les vibrations dans mes os, mes ligaments, sur ma peau. Je regarde mon environnement en plongeant pleinement mon regard pénétrant dans le moindre objet. Je regarde la feuille d'un arbre, ses nervures, sa couleur. Je ressens dans mon corps sa douceur et sa rugosité. Je prends le temps de sentir avec le plus de soin possible ce qui m'entoure. Dans la présence de l'Escargot, je fais l'expérience de l'Ici et Maintenant."

*

*




Symbolisme celte :


Dans Chamanisme celtique, Animaux de pouvoir sauvages et mythiques de nos terres (Édition Vega 2014), Gilles Wurtz associe l'escargot au "chemin qui mène au centre".


En effet, "en fonction de son espèce, l'escargot terrestre vit en moyenne entre 3 et 7 ans dans la nature. Sa coquille spiralée grandit avec lui.

L'escargot a également sa propre stratégie pour résister au froid de l'hiver et à la déshydratation pendant l'été : il se replie sur lui-même et se plonge dans un état de repos à l'abri à l'intérieur de sa coquille. Pour hiberner, l'escargot s'enfouit sous la terre.

Les escargots terrestres sont hermaphrodites : ils produisent des spermatozoïdes et des ovules. Cependant, ces escargots s'accouplent pour s'inséminer mutuellement et féconder les ovules de leur partenaire.


Applications chamaniques celtiques de jadis :

Les Celtes honoraient l'escargot comme un animal sacré, car il était, physiquement, porteur d'une spirale, un des symboles les plus importants pour nos ancêtres. Le point de départ de la spirale, son centre, représente la Source ; le point d'émergence dont tout est issu, et qui se déroule à l'infini. Dans chaque nouvelle boucle, on peut voir la répétition d'un cycle. On peut l'interpréter soit comme la répétition d'une histoire, d'un événement, soit comme le chemin de notre évolution, nos étapes successives, de notre (nos) naissance(s) vers la Source, pure lumière, pur amour et pure conscience. La progression n'est pas linéaire : notre chemin est comme la spirale, avec des hauts et des bas, tout en se déployant sans cesse. Le bas de la spirale représente les moments réguliers pendant lesquels il est essentiel de nous replier sur nous-mêmes pour nous remettre en question : ils nous invitent à lâcher de vieilles croyances, des principes qui ne nous servent plus, des protections dont nous pouvons nous défaire..., afin de pouvoir accueillir une nouvelle manière de voir.

L'escargot qui, lorsqu'il entre en hibernation, se replie totalement sur lui-même en bouchant sa coquille, symbolise le besoin de mourir, de faire le deuil de certaines choses, pour pouvoir mieux renaître à d'autres, et poursuivre notre avancée.

Car l'escargot apprenait aussi aux Celtes que sa coquille grandit avec lui, qu'il ne peut régresser, et que ce qui est acquis reste acquis. La croissance et l'évolution n'ont, en réalité pas de fin.

L'escargot, par sa lenteur, enseignait la patience. Et comme sa coquille fait partie de lui, il peut s'y replier entièrement dès qu'il en ressent le besoin. L'escargot enseignait également l'importance de se tourner vers soi-même, à l'intérieur, au fond de soi, vers le centre de son être.

L'escargot rappelait aussi aux Celtes que chacun a en lui un part masculine et une part féminine.


Quelques communautés celtes avaient développé une pratique chamanique avec une ou plusieurs coquilles d'escargot vides. Les coquilles utilisées devenaient bien souvent des objets de pouvoir que le praticien conservait toute sa vie. Elles pouvaient être personnalisées avec des dessins ou des gravures. Lorsqu'un praticien avait plusieurs coquilles, chacune d'elle était destinée à un travail précis : une pour la divination, une autre pour les soins, etc. La coquille d'escargot permettait d'aller travailler sur soi. Elle était particulièrement efficace pour dévoiler pourquoi certaines choses de la vie se répètent, parfois en boucle, et pour nous guider vers la porte de sortie. Ces Celtes empruntaient le chemin intérieur de la coquille d'escargot pour aller voir d'où venaient leurs maux, afin de les comprendre pour mieux y remédier. Et cette pratique était courante, même lorsqu'il n'y avait pas de maux précis à travailler : elle permettait d'aller voir et d'écouter au plus profond de soi, au centre de son être, pour que la conscience émerge.

C'était un moyen très privilégié d'enclencher des processus de guérison.

J'ai redécouvert par ma propre pratique chamanique, dans son intégralité, un rituel collectif spécifique avec l'esprit de l'escargot : "La voie de l'escargot, le chemin qui mène au centre." Nous le faisons encore aujourd'hui à l'occasion d'un stage exclusivement consacré à cette méthode. Il est un moyen très puissant et concret de prendre conscience de sa propre essence pour aller y puiser toutes les ressources disponibles pour avancer vers sa réalisation. [Marie-Claire et moi-même avons fait ce stage il y a quelques années, nous en ferons un compte-rendu, totalement personnel dès que possible].


Applications chamaniques celtiques de nos jours :

L'enseignement de l'esprit de l'escargot me vient de nos ancêtres européens, celtiques.

J'ai eu la chance de redécouvrir cette magnifique méthode dans son intégralité par ma propre pratique chamanique. Elle n'était pas très répandue : seules quelques communautés la pratiquaient.

De nos jours, nous pouvons réapprendre cette pratique et la réutiliser, elle reste parfaitement d'actualité. La pratique chamanique de la voie de l'escargot est d'un grand secours quand on sent le besoin de trouver en soi des ressources, des forces nouvelles."

*

*




Littérature :


Escargots


Au contraire des escarbilles qui sont les hôtes des cendres chaudes, les escargots aiment la terre humide. Go on, ils avancent collés à elle de tout leur corps. Ils en emportent, ils en mangent, ils en excrémentent. Elle les traverse. Ils la traverse.c’est une interpénétration du meilleur goût parce que pour ainsi dire ton sur ton – avec un élément passif, un élément actif, le passif baignant à la fois et nourrissant l’actif – qui se déplace en même temps qu’il mange.

(Il y a autre chose à dire des escargots.D’abord leur propre humidité. Leur sang froid. Leur extensibilité.)

A remarquer d’ailleurs que l’on ne conçoit pas un escargot sorti de sa coquille et ne se mouvant pas. Dès qu’il repose, il rentre aussitôt au fond de lui-même. Au contraire sa pudeur l’oblige à se mouvoir dès qu’il montre sa nudité, qu’il livre sa forme vulnérable. Dès qu’il s’expose, il marche

Pendant les époques sèches ils se retirent dans les fossés où il semble d’ailleurs que la présence de leur corps contribue à maintenir de l'humidité. Sans doute y voisinent-ils avec d'autres sortes de bêtes à sang froid, crapauds, grenouilles. Mais lorsqu'ils en sortent ce n'est pas du même pas. Us ont plus de mérite à s'y rendre car beaucoup plus de peine à en sortir.

A noter d'ailleurs que s'ils aiment la terre humide, ils n'affectionnent pas les endroits où la proportion dévient en faveur de l'eau, comme les marais, ou les étangs. Et certainement ils préfèrent la terre ferme, mais à condition qu'elle soit grasse et humide.

Ils sont friands aussi des légumes et des plantes aux feuilles vertes et chargées d'eau. Ils savent s'en nourrir en laissant seulement les nervures, et découpant le plus tendre. Ils sont par exemple les fléaux des salades.

Que sont-ils au fond des fosses? Des êtres qui les affectionnent pour certaines de leurs qualités, mais qui ont l'intention d'en sortir. Ils en sont un élément constitutif mais vagabond. Et d'ailleurs là aussi bien qu'au plein jour des allées fermes leur coquille préserve leur quant-à-soi.

Certainement c'est parfois une gêne d'emporter partout avec soi cette coquille mais ils ne s'en plaignent pas et finalement ils en sont bien contents. II est précieux, où que l'on se trouve, de pouvoir rentrer chez soi et défier les importuns. Cela valait bien la peine.

Us bavent d'orgueil de cette faculté, de cette commodité. Comment se peut-il que je sois un être si sensible et si vulnérable, et à la fois si à l'abri des assauts des importuns, si possédant son bonheur et sa tranquillité. D'où ce merveilleux port de tête.

A la fois si collé au sol, si touchant et si lent, si progressif et si capable de me décoller du sol pour rentrer en moi-même et alors après moi le déluge, un coup de pied peut me faire rouler n'importe où. Je suis bien sûr de me rétablir sur pied et de recoller nu sol où le sort m'aura relégué et d'y trouver ma pâture : la terre, le plus commun des aliments.

Quel bonheur, quelle joie donc d'être un. escargot. Mais cette bave d'orgueil ils en imposent la marque à tout ce qu'ils touchent. Un sillage argenté les suit. Et peut-être les signale au bec des volatiles qui en sont friands. Voilà le hic, la question, être ou ne pas être (des vaniteux), le danger.

Seul, évidemment l'escargot est bien seul. Il n'a pas beaucoup d'amis. Mais il n'en a pas besoin pour son bonheur. U colle si bien à la nature, il en jouit si parfaitement de si près, il est l'ami du sol qu'il baise de tout son corps, et des feuilles, et du ciel vers quoi il lève si fièrement la tête, avec ses globes d'yeux si sensibles; noblesse, lenteur, sagesse, orgueil, vanité, fierté.

Et ne disons pas qu'il ressemble en ceci au pourceau. Non il n'a pas ces petits pieds mesquins, ce trottine-ment inquiet. Cette nécessité, cette honte de fuir tout d'une pièce. Plus de résistance, et plus de stoïcisme. Plus de méthode, plus de fierté et sans doute moins de goinfrerie, — moins de caprice; laissant cette nourriture pour se jeter sur une autre, moins d'affolement et de précipitation dans la goinfrerie, moins de peur de laisser perdre quelque chose.

Rien n'est beau comme cette façon d'avancer si lente et si sûre et si discrète, au prix de quels efforts ce glissement parfait dont ils honorent la terre! Tout comme un long navire, au sillage argenté. Cette façon de procéder est majestueuse, surtout si l'on tient compte encore une fois de cette vulnérabilité, de ces globes d'yeux si sensibles.

La colère des escargots est-elle perceptible? Y en a-t-il des exemples? Comme elle est sans aucun geste, sans doute se manifeste-t-elle seulement par une sécrétion de bave plus floculente et plus rapide. Cette bave d'orgueil. L'on voit ici que l'expression de leur colère est la même que celle de leur orgueil. Ainsi se rassurent-ils et en imposent-ils au monde d'une façon plus riche, argentée. L'expression de leur colère, comme de leur orgueil, devient brillante en séchant. Mais aussi elle constitue leur trace et les désigne au ravisseur (au prédateur). De plus elle est éphémère et ne dure que jusqu'à la prochaine pluie.

Ainsi en est-il de tous ceux qui s'expriment d'une façon entièrement subjective sans repentir, et par traces seulement, sans souci de construire et de former leur expression comme une demeure solide, à plusieurs dimensions. Plus durable qu'eux-mêmes.

Mais sans doute eux, n'éprouvent-ils pas ce besoin. Ce sont plutôt des héros, c'est-à-dire des êtres dont l'existence même est œuvre d'art, — que des artistes, c'est-à-dire des fabricants d'œuvres d'art.

Mais c'est ici que je touche à l'un des points principaux de leur leçon, qui d'ailleurs ne leur est pas particulière mais qu'ils possèdent en commun avec tous les êtres à coquilles : cette coquille, partie de leur être, est en même temps œuvre d'art, monument. Elle, demeure plus longtemps qu'eux.

Et voilà l'exemple qu'ils nous donnent. Saints, ils font œuvre d'art de leur vie, — œuvre d'art de leur perfectionnement. Leur sécrétion même se produit de telle manière qu'elle se met en forme. Rien d'extérieur à eux, à leur nécessité, à leur besoin n'est leur œuvre. Rien de disproportionné — d'autre part - - à leur être physique. Rien qui ne lui soit nécessaire, obligatoire.

Ainsi tracent-ils aux hommes leur devoir. Les grandes pensées viennent du cœur. Perfectionne-toi moralement et tu feras de beaux vers. La morale et la rhétorique se rejoignent dans l'ambition et le désir du sage.

Mais saints en quoi : en obéissant précisément à leur nature. Connais-toi donc d'abord toi-même. Et accepte-toi tel que tu es. En accord avec tes vices. En proportion avec ta mesure.

Mais quelle est la notion propre d« l'homme : la parole et la morale. L'humanisme.

Paris, 21 mars 1936


Francis Ponge, « Escargots » in Le Parti pris des choses, Gallimard, 1942.

*

L'escargot


Est-ce que le temps est beau ? Se demandait l’escargot Car, pour moi, s’il faisait beau C’est qu’il ferait vilain temps. J’aime qu’il tombe de l’eau, Voilà mon tempérament. Combien de gens, et sans coquille, N’aiment pas que le soleil brille. Il est caché ? Il reviendra ! L’escargot ? On le mangera.


Robert Desnos, "L'escargot" in Chantefables, 1970 (posthume).

*

Avec ses deux ailes

Qui traînent à terre

Comme des haltères

Au bout de bretelles,

L'escargoéland

Jamais ne se presse ;

Il sait que sans cesse

L'escargoéland.


Jacques Roubaud et Olivier Salon, "L'escargoéland" in Anthologie de l'Oulipo, 2009.

*

*

Dans son roman Un Grison d'Arcadie (Éditions Denoël, 1999), Pierre Magnan crée un narrateur de 15 ans qui dès les premières pages part cueillir des escargots afin d'améliorer son quotidien :


" J'avais simplement en mémoire cette information pour chercheur d'or qui apparaissait dans La Dépêche des Alpes, notre journal local, tous les samedis :

"Marius Cases achète les escargots et il en donne dix francs par kilo."

- Les grisets, m'avait dit mon grand-père il y avait bien longtemps, ça bannèje sur les ginestes dès quatre heures du matin en juin. A cinq heures, il est déjà trop tard.

Je me hâtais. Pour atteindre les fonds de Sainte-Roustagne, Il fallait vingt minutes environ et c'étaient les jours alcyoniens, les plus longs autour du solstice.

Dix francs du kilo ! [...] Sur ces voûtes de verdure, les ronces avaient lancé leurs tentacules, s'étaient resserrés, de sorte que, en symbiose avec les ginestes, elles formaient dans l'aube morne des tunnels aux parois dépenaillées de brumes où bruissaient en foule les grisets avides de rosée.

Est-ce que j'aimais ces matins où, toute couleur confisquée, le coq crie à l'étouffée, la voix claironnante bâillonnée d'humidité ? Je ne sais pas. Le gris du monde s'apparentait à ce papier mou dont l'Henri Gardon enveloppait le café qu'il nous vendait à l'hecto. Si j'avais ce matin-là contemplé du gris perle seulement, j'aurais crié à l'arc-en-ciel. Heureusement le prix affiché des escargots obnubilait en moi toute autre sensation.

[...] Je souriais à cette idée, et le bruissement joyeux des escargots échelant au long des genêts m'emplissait l'âme d'une excitation joyeuse. Engloutir ces êtres vivants un par un dans ma musette pour en faire des kilos à dix francs ne m'émouvait pas ne m'émouvait plus.

Jusqu'à mes dix ans j'avais vécu recroquevillé dans l'horreur sur ma paillasse, à l'idée que quoi qu'il fasse, dès qu'il pose pied à terre, l'homme commence à tuer, plantes, insectes, animaux et qu'il n'a de cesse qu'en dormant ou dès son dernier souffle, mais j'avais découvert la pauvreté et cet état m'autorisait à passer outre.

La musette s'alourdissait que je garrottais de temps à autre à l'aide d'une courroie pour brodequins afin de contenir l'élan des gastéropodes vers la liberté. [...]

Tout en cueillant mes escargots comme des fruits, je me demandais bien un peu ce que l'Albert pouvait vouloir tirer en juin et en braconnant. Les grives avaient migré à des milliers de kilomètres, les levrauts avaient deux mois, on n'avait pas encore lâché les faisans. Mais la chose ne me préoccupait guère. La musette alourdie pesait déjà plus de cinquante francs. Les escargots craintifs commençaient à retraiter vers le sol. Le jour à peine ressuyé ne leur convenait déjà plus. Je devais maintenant me baisser pour rattraper le peu qui n'était pas déjà perdu dans les lacis de l'herbe.

[..] Mon grand-père avait raison : les escargots avaient tous disparu en un clin d’œil depuis que le jour était né et, si je n'avais pas serré solidement la ficelle qui fermait la biasse de mon père, tous ceux que celle-ci contenait auraient fui vers les entrelacs de racines où ils se terraient le jour durant. Allons, il était temps de rentrer. J'étais transformé en serpillière molle imbibée de rosée comme la mousse des versants nord et j'avais pour soixante francs d'escargots dans ma musette. Ils étaient lourds, ils grésillaient de bave. Il était temps de s'en défaire car je commençais à penser à eux comme des êtres vivants et à avoir envie de les éparpiller dans l'herbe. Ce sont des idées qui traversent parfois la pensée des enfants pauvres et auxquelles ils doivent résister s'ils veulent survivre. "

*

*