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  • Anne

Le Canard



Étymologie :

  • CANARD, subst. masc. et adj.

Étymol. et Hist. 1. 1199 « surnom d'homme » (Cart. de Montiéramey, p. 168, Lalore ds Gdf. Compl. : Hugo Canart) ; xiiies. quanart « oiseau palmipède (ds Gdf. Suppl. d'apr. DG) ; fin xive s. id. (Gloss. gall.-lat., B.N. 1. 7684 ds Gdf. Compl.) ; 1487 canard (Vocab. lat. fr., Genève, Loys Garbin d'apr. FEW t. 2, 1, s.v. kan, p. 164b) ; av. 1696 mouillé comme un canard (Sév., 163 ds Littré) ; 2. a) 1834 p. anal. (Boiste : Canard [...] son rauque, hors du ton, produit par les instruments à anche) ; b) 1840 « morceau de sucre plongé dans le café, le rhum [trempé comme un canard] » (Carmouche, Vanderbuch, La Grisette romantique, XVIII ds Quem.) ; 3. a) 1584 bailler un canard à moitié « tromper quelqu'un » (François d'Ambroise, Les Neapolitaines, III, 12 ds Hug.) ; d'où b) ca 1750 « fausse nouvelle lancée par la presse pour abuser le public » (Pt Rob.) ; cf. 1839 (Balzac, Un grand homme de province à Paris [éd. Antoine Adam, Paris, Garnier, 1956] t. 2, pp. 395-396 ds St. néophilol., t. 36, p. 318) ; d'où c) 1842 « journal » (E. de La Bédollière, Les industriels, 222 ds Quem.). Prob. dér. du même rad. onomat. que l'a. fr. caner « caqueter » (1204, Reclus de Molliens, Charité, 21, 5 ds T.-L.), avec le suff. -art que l'on retrouve dans malard (ca 1200, Hervis, Richel. 1244, fo6dds Gdf.) la plus ancienne désignation du canard mâle ; l'hyp. d'une dér. de cane* qui serait en ce cas issu du croisement entre l'a. fr. ane (1175, Chr. de Troyes, Cliges, 3854 ds T.-L., du lat. anas -atis) et le rad. de l'a. fr. caner (Marchot ds Romania, t. 47, 1921, pp. 217-221 ; DG ; DIEZ3 ; REW3, no4671a ; EWFS2) semble moins probable du point de vue chronologique.


Lire aussi la définition du nom pour explorer les premières pistes symboliques.

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Expressions populaires :


Claude Duneton, dans son best-seller La Puce à l'oreille (Éditions Balland, 2001) nous éclaire sur le sens d'expressions populaires bien connues :


Un canard boiteux : Comme tous les canards sont plus ou moins boiteux de par leur démarche naturelle, on se demande pourquoi une quelconque vindicte s'attacherait à l'un d'eux en particulier. L'expression est curieusement absente de tous les dictionnaires. Si Littré l'ignore c'est probablement que le canard boiteux s'est répandu après lui, c'est-à-dire vers la fin du XIXe siècle ou le début du XXe.

A mon avis le mot est venu de l'anglais a lame duck dont l représente la traduction littérale. A lame duck est une expression qui a son origine dans la finance britannique, plus précisément dans le monde de la Bourse où elle désigne un marchand de titres incapable de payer ses dettes, et par extension tout spéculateur insolvable. Cela, paraît-il, et sous toute réserve, à cause de la démarche vacillante d'un tel individu obligé de quitter le Stock Exchange honteusement dépouillé, sous les regards de glace de ses impitoyables collègues.

La locution est commune Outre-Manche et le romancier Thackeray l'emploie déjà en 1847 dans La Foire aux vanités : « Les affaires de M. Sadley ont une allure qui ne me plaît guère, et tant que je n'aurai pas vu de mes yeux les dix millions d'Amélia, tu ne l'épouseras pas », signale à son fils un père soupçonneux qui ajoute : « Je ne veux pas d'une fille de canard boiteux dans ma famille. » C'est sans doute dans ce contexte implacable de la finance qu'il faut comprendre le célèbre adage : « Pas de pitié pour les canards boiteux ! »

Cela dit il faut remarquer qu'en anglais le mot lame a plutôt le sens de « boiteux par accident » ; un autre mot désigne la démarche ordinaire et dandinante du canard : « blessé, éclopé ». L'image prend vraisemblablement sa source non dans l'animal de basse-cour, mais dans les fameuses chasses au canard sauvage, fort goûtées justement par l'aristocratie britannique du portefeuille. C'est en passant au français que l'expression aura pris, par le hasard d'une traduction littérale, cette redondance à effet cocasse qui a assuré, si j'ose dire, sa fortune. Il est possible aussi qu'un croisement se soit produit ave la notion, semble-t-il traditionnelle, de « cheval boiteux ». G. Esnault signale pour 1881 « pas de pitié pour les chevaux boiteux ». L'influence de ce dernier a peut-être favorisé l'extension du sens à tous les traînards, les malhabiles et les malchanceux de toutes sortes que la vie, en effet, n'épargne guère.

Parenthèse : un « canard », désignant un journal, vient du sens de « fausse nouvelle » qu'il avait au XVIIIe siècle : « Conte absurde et par lequel on veut se moquer de la crédulité des auditeurs. Cette nouvelle n'est qu'un canard » dit Littré qui rend compte du passage à la presse par l'acception suivante : « Se dit ironiquement de faits, de nouvelles, de bruits plus ou moins suspects qui se mettent dans les journaux. »

Pourquoi cette mauvaise réputation ? Il existait préalablement et depuis le XVIe siècle l'expression « vendre un canard », « Il est clair, précise Littré, que vendre un canard à moitié, ce n'est pas le vendre du tout, de là le sens de attraper, moquer. »


Caner, faire la cane : Pour en finir avec cet oiseau j'ajoute qu'il a fourni également la vieille expression faire la cane : «  dérober à propos, faire le plongeon à l'approche du danger », laquelle a donné plus simplement le verbe caner : « reculer, fuir », que Littré signale comme étant un « mot très familier ». Effectivement dans la prose de Marc Stéphane les gens du trimard causent ainsi : « A l'audience, et pis à l'taule, je fis l'cane, naturlic, car de tels matous ne se prennent pas sans mitaines ». (Ceux du trimard). Mais c'est encore Furetière qui explique le plus délicatement l'origine de l'expression : « On dit aussi qu'un homme fait la cane ; pour dire qu'il recule par lâcheté dans les entreprises périlleuses, ou qu'il manque à ce qu'il s'étoit vanté de faire, à cause que les canes sont si timides, qu'elles baissent la tête en passant par une porte, quelque haute qu'elle soit. » Pratique internationale sans doute, car les Anglais disent to duck dans le même sens.

Quant à caner, mourir, il semble venir d'un renforcement argotique du précédent par jeu de mots avec canner, s'en aller, quitter les lieu, c'est-à-dire, « jouer des cannes » : jouer des jambes.

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Symbolisme :


Dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,

"Le canard, et plus précisément le couple de canards mandarins (japonais oshidori) est, dans tout l'Extrême-Orient, le symbole de l’union de la félicité conjugale. La raison en est que le mâle et la femelle nagent toujours de concert. Ce symbole est fréquemment utilisé dans l'iconographie [...] ainsi que dans l'imagerie populaire, destinée à l'expression des vœux. Diverses légendes confirment l'explication du symbole. L'image d'un couple de canards est placée dans la chambre nuptiale.

Pour les Indiens de la Prairie, en Amérique, le canard est le guide infaillible, aussi à l'aise dans l'eau que dans le ciel. d'où l'emploi des plumes de canard dans certaines cérémonies rituelles.

Il n'est jamais fait mention du canard dans les textes mythologiques ou épiques, irlandais et gallois. Il a été confondu avec le cygne, dont il diffère cependant, ne fût-ce que par la taille et la couleur. Il serait malaisé de lui attribuer un symbolisme particulier. On trouve cependant des canards représentés sur des objets celtiques de l'époque de la Tène. On serait enclin à donner de ces images, dans le monde celtique, une interprétation analogue à celle du cygne."

"En général représenté en couple, car le mâle et la femelle nagent toujours ensemble et vivent sans changer de partenaire. On offre fréquemment des représentations de canards mandarins lors de cérémonies de mariage pour exprimer des vœux de réussite et de bonheur."


http://www.bouddharieur.fr/chine_chinois/symbole_chinois_asiatique/

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Mots clefs : la Fidélité, l’Initiation.

"À l’origine, les Canards étaient des animaux sauvages que l’homme chassait. Les Égyptiens commencèrent à les domestiquer vers 1500 avant J. C. et les firent figurer dans leurs élevages. Chez les Gaulois, le Canard était l’animal sacré de la tribu des Sequanes et de leur déesse Sequana. En Chine, il aurait existé une secte dite du Canard et de l’Œuf, dont les membres étaient végétariens et mangeaient des œufs de canes.

En Extrême-Orient, le Canard mandarin Yüan-Yang est le symbole du mariage heureux et de la fidélité, car celui-ci vit toujours en couple (en Chine, il est parfois offert en cadeau aux jeunes mariés). Les plumes de Canard sont utilisées lors de cérémonies initiatiques, que cela soit pour indiquer le passage de l’adolescence à l’âge adulte, lorsque le récipiendaire devient capable de trouver sa propre voie, ou lors des initiations chamaniques."


https://regisliber.files.wordpress.com/2015/03/ttm12.pdf

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et 2019), Eloïse Mozzani nous propose la notice suivante sur le canard :


Le canard, capable de nager et de voler très haut dans les cieux, se situe "au carrefour de trois éléments sacrés fondamentaux : la terre, l'eau et l'air". Dans la mythologie indienne, il joue un rôle essentiel : c'est lui qui, avec le cygne ou l'oie, a couvé l'Œuf cosmique, cet œuf d'où le monde est sorti. Les anciens Grecs, qui l'avaient associé aux cultes d'Aphrodite, déesse de l'Amour et de la Fécondité, et d’Éros, autre divinité de l'Amour, faisaient toute confiance à sa chair comme stimulant sexuel. Ce qui explique pourquoi les femmes portaient souvent des bijoux en forme de canard. Il était considéré comme particulièrement bénéfique et bienveillant, comme l'évoque un passage de l'Odyssée : Pénélope, désespérée par l'annonce (fausse) de la mort d'Ulysse, se jette à la mer ; elle est sauvée par des canards. Le mot canard se traduit d'ailleurs en grec par penelope.

On remarquera que, comme la femme d'Ulysse, le canard, que l'on voit toujours en compagnie de sa femelle, symbolise la fidélité conjugale. Il est également l'emblème du bonheur du couple : c'est la signification qu'a, par exemple, une tête de lit en bronze de la forme de l'oiseau, retrouvée à Pompéi. Dans les croyances modernes, l'emploi d'un traversin en duvet de canard favorise la sérénité conjugale ; par ailleurs, si une de ses plumes se trouve sous l'oreiller d'un malade, elle prolonge son agonie autant de temps qu'elle y reste.

Selon une croyance du Morvan, faire plusieurs cercles en courant avec, sous le bras gauche, un canard tout blanc mort mais "encore chaud" remédie aux crises d'épilepsie. En Ecosse, "les amis d'un malade demandent à un homme doué de seconde vue de venir le matin, de fermer les yeux, et de ne les ouvrir que lorsqu'il sera parvenu au bout de la maison : s'il voit des canards avec la tête sous leurs ailes, le malade mourra à bref délai".

On doit s'inquiéter quand une cane pond des œufs grisâtres ou brun foncé :ils sont de mauvais augure. Les Anglais remédient à ce coup du sort en la tuant et en la suspendant la tête en bas afin que les mauvais esprits qui l’habitent s'éloignent.

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Selon le site http://www.signification-reves.fr/, spécialisé dans l'interprétation des rêves :


"Quelle est la signification d’un rêve de canard ? L’interprétation d’un rêve de canard, pour une femme en particulier, est fortement lié à la démarche pénible du canard, à son inaptitude à se déplacer sur terre.


Le vilain petit canard

Une cane découvre un gros œuf prometteur, il est abandonné, elle le couve avec les siens. C’est ainsi que va naître le vilain petit canard, rejeté immédiatement par tous en fonction de sa différence physiologique : il est gros et maladroit, détesté en raison de sa couleur, de sa laideur.

A la solitude succède l’exil : le vilain petit canard est contraint de quitter la collectivité dans laquelle il est né. Un jour, dans le reflet de l’eau, il se voit et constate les modifications de son corps : il est un cygne, magnifique, un cygne comme ceux qu’il a vus récemment, il fait partie de cette communauté qu’il a croisé récemment.

Le vilain petit canard a découvert sa véritable nature et son appartenance à un groupe. C’est grâce à l’acceptation de sa différence d’une part et à son appartenance à une famille d’autre part que le vilain accède à sa véritable personnalité et à la liberté.


Le canard dans les rêves

Le vilain petit canard était un cygne. Un signe ? Un symbole dans tous les cas.

La symbolique du canard vu dans le rêve découle de ce conte d’Andersen. Un Homme doit s’accepter tel qu’il est, savoir à quel groupe il appartient, pour devenir réellement lui-même. Plus exactement, un homme comme une femme doit pouvoir s’identifier et accepter sa différence pour devenir homme ou femme.

Le canard, comme le cygne, a un long coup, ce qui en fait un symbole phallique. C’est sa différence sexuelle que l’Homme doit intégrer, son appartenance à un sexe. Le canard apparaît dans les rêves de castration, et symbolise l’angoisse de castration chez l’homme et le sentiment de castration chez la femme."

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Selon Didier Colin, Auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes (Larousse Livre, 2000) :

Qui ne connaît cet oiseau aquatique et migrateur au bec aplati et aux pattes palmées que Donald Duck, le personnage imaginé par Walt Disney, a rendu célèbre dans le monde entier ? Très gourmand, il s'adapte aisément à toutes les conditions climatiques. Mais bien sûr, il aime séjourner dans les régions humides et vivre près des étangs. La cane est prolifique, puisqu'elle peut pondre jusqu'à 80 œufs par an ! Il existe de nombreuses races de canards de par le monde, dont certaines sont très prisées pour l'élevage, mais aussi pour le gibier.

Il semble que, de tout temps, le caquetage si particulier de cet oiseau ait été un objet de raillerie pour les hommes, puisque son nom dériverait d'un diminutifs que l'on attribuait d'abord à un homme bavard Ainsi, il est fort probable que "canard" soit issu d'une contraction des mots "cane" du verbe caner qui signifiait caqueter et "malard", qui désignait un homme bavard puis un canard mâle, et même d' "âne", comme c'est le cas dans l'expression "ne pas casser trois pattes à un canard", qui fait ici allusion non à l'oiseau, mais à un cheval, c'est-à-dire au canasson ou mauvais cheval, ou au mulet et donc, indirectement, à l'âne.

Par ailleurs, si le canard fut souvent considéré comme le symbole de la fidélité conjugale, c'est que cet oiseau aime bien nager en couple sur les étangs ou les lacs. C'est surtout le cas en Chine où, depuis des temps immémoriaux et de nos jours encore, on offrait et on offre donc toujours un couple de canards en guise de porte-bonheur aux jeunes mariés. Oiseau bavard et fidèle, le canard fut toujours perçu sous un jour plutôt sympathique par nos ancêtres."

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Dans Rencontre avec votre animal totem (édition originale 2010, traduction française 2015), Phillip Kansa et Elke Kirchner nous proposent la fiche suivante sur le canard :


"Caractéristiques positives

Aide à prendre un nouveau départ ; Équilibre, espoir et sérénité.


En quoi cet animal m'aide

Généralement, le canard fait son apparition au printemps et annonce un recommencement. Il t'aide à oser prendre un nouveau départ. Ta tâche consiste maintenant à créer un équilibre entre activité et mouvement, et détente et repos. Cet animal totem se déplace dans l'air, dans l'eau et sur la terre. Il te montre ainsi que tu peux avancer de différentes façons. Il est toujours porteur d'espoir.


Comment le canard me protège

En t'offrant la diversité de ses talents, le canard te protège de l'unilatéralité. Il te préserve de la stagnation et te donne espoir. Il propose toujours différentes possibilité d'avancer. Il t'incite à trouver ton propre rythme de vie, et t'alerte lorsqu'un nouveau départ est possible, pour que tu ne passe pas à côté de l'opportunité ou te réveilles trop tard.


Exercice pour me relier à cet animal

Ferme les yeux et imagine que tu es assis au bord d'une rivière paisible. Tu trempes nonchalamment tes pieds dans l'eau tiède. Tu te sens bien. Tu aperçois une famille de canards. Ils se sont rassemblés au bord de la rivière et te regardent avec une curiosité bienveillante. Regarde-les à ton tour et prie-les de te conférer leur force. La joie remplit ton cœur. Si tu le souhaites, invoque des images ou des mots intérieurs qui te montrent la prochaine étape à suivre. Demande à ton moi supérieur de te guider. Note par écrit toutes tes découvertes. Remercie les canards. Respire profondément en ton cœur, et retrouve la sensation de ton corps. Bienvenue dans l'ici et maintenant !

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Selon Annie Pazzogna, auteure de Totem, Animaux, arbres et pierres, mes frères, Enseignement des Indiens des Plaines, (Le Mercure Dauphinois, 2008, 2012, 2015), dans le cercle des animaux, le Canard (Maga ksica) fait partie, au même titre que le Bison, l'Oie, la Moufette, La Perdrix, l'Hermine et l’Élan , des Animaux qui se situent au Nord, symbolisé par le rouge, l'Étoile du Matin, l'élément air et l'intellect.


Mots-clés :

"(en négatif) : Indifférence -Détachement.

(en positif) : Guide par excellence - Redonne un souffle de vie et d'espérance.


Il est le guide par excellence. Il marche sur la Terre Mère, vole dans l'air du Ciel et nage sur l'eau qui purifie.

Plus ou moins migrateur, Maga Ksica symbolise aussi quand il arrive de sa région tempérée, un renouveau qui vient vous surprendre alors qu'on ne l'attendait plus. Il redonne un souffle de vie et d'espérance.

Si la cane est brune, le mâle possède de beaux coloris verts sur la tête avec un ruban blanc au cou. "C'est un jeune guerrier qui, aimant jouer avec sa palette de couleurs, le peignit à sa demande". Le couple renoue chaque année sa relation au cours de longues parades compliquées où le lissage de plumes tient une place importante.

Madame "cancane" et pond huit à dix œufs dans un nid édifié au sol ; elle les couvera une lune environ. Monsieur quitte son "épouse" dès qu'elle commence à se poser sur sa progéniture et s'envole pour subir sa mue annuelle avec les autres mâles.

Canard pêche le derrière en l'air en eau peu profonde ; il se nourrit de pousses, bourgeons, baies, vers, mollusques, crustacés... Les bords de son bec sont munis d'indentations qui permettent de retenir les proies ; la respiration cesse lorsqu'il est mouillé.

Le cou de colvert et ses plumes mordorées, ornent le bout du tuyau de la Pipe sacrée afin que la pure fumée soit guidée vers le divin."

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Pour Melissa Alvarez, auteure de A la Rencontre de votre Animal énergétique (LLewellyn Publications, 2017 ; traduction française Éditions Véga, 2017), le Canard est défini par les caractéristiques suivantes :


Traits : Le Canard symbolise la maison, la famille et le changement. Le canard est constamment en train de bouger, mais il a tendance à rester dans son groupe ou sa cellule familiale. Il a un fort instinct pour la nichée, ce qui symbolise la maison et la famille, et il prend excellemment soin de ses petits. Une mère canard va les emmener à plus de huit cents mètres de leur nid pour trouver de l'eau et de la nourriture et pour qu'ils nagent. Les plumes du canard sont imperméables : elles sont recouvertes d'une couche cireuse qui permet que tout son corps reste sec même s'il plonge sous l'eau. Cela veut dire que vous êtes quelqu'un qui a fortement la fibre familiale, que vous bougez beaucoup et que vous protégez votre intériorité par une apparence extérieure résistante. Rien ne peut vraiment froisser vos plumes, vous laissez les choses lisser sur vous comme l'eau sur le plumage du canard.


Talents : Adaptable ; Équilibre ; Changement ; Réconfortant ; Créativité ; Extraverti ; Egalité d'humeur ; Souple ; Liberté ; Gracieux ; Activités de groupe ; Sait gérer le stress ; Équilibre mental / corps / esprit ; Nouvelles occasions ; Sociable ; Forts liens familiaux.


Défis : S'envole pour échapper aux situations difficiles ; Incohérent ; Suiveur plutôt que leader ; Cède à la pression de ses pairs.


Élément : Air ; Terre ; Eau.


Couleurs primaires : Brun ; Vert ; Rouge ; Blanc ; Jaune ; Mélange de couleurs et de motifs différents.


Apparitions : Lorsque le Canard apparaît, cela veut dire que vous devez trouver une meilleure façon de gérer votre niveau de stress. Lorsque vous êtes trop crispé, énervé ou prompt à vous mettre en colère, c'est en général à cause du stress. Le canard peut vous montrer comment trouver l'équilibre entre l'eau, la terre et l'air pour lâcher ce qui vous agite, laisser partir vos soucis et retrouver l'équilibre. Lorsque vous retrouvez l'équilibre, vous pouvez vous connecter à ces trois éléments et à l'énergie du canard pour revenir rapidement en vous-même, si vous vous sentez décalé. Le canard se sent à l'aise dans toutes les situations et il peut vous prêter sa nature extravertie pour vous aider à vous sentir à l'aise vous aussi. Les canards se rassemblent en grands groupes, ce qui veut dire que vous connaissez beaucoup de personnes. Cela dit, vous n'avez que quelques amis proches en qui vous pouvez avoir toute confiance. Si vous découvrez que vous êtes trop inflexible dans un domaine de votre vie, le canard peut vous montrer comment assouplir les choses et êre plus souple en considérant des façons différentes de faire les choses au lieu de vous en tenir aux méthodes qui ont votre préférence. Le canard peut vous aider à être solide émotionnellement, et, lorsque vos émotions sont fortes, à les comprendre. Le canard vous encourage à vivre dans l'instant au lieu de rester dans le passé ou de vous inquiéter pour l'avenir.


Aide : Vous avez besoin de vous sortir d'une situation où vous vous êtes englué. Le canard aime prendre un chemin facile et migrer vers d'autres eaux s'il se sent en danger, mais il peut aussi vous aider à affronter des situations difficiles ou à vous adapter à de nouvelles personnes et de nouveaux lieux. Il vous donne la capacité de gérer les situations sans vous énerver. Si vous êtes en train de démarrer un nouveau projet ou une nouvelle entreprise, le canard peut contribuer à ce que vos projets prennent leur envol tr s'élèvent vers le succès. Il peut aussi vous aider à libérer les émotions que vous retenez en vous, surtout les rancunes, pour vous sentir sans souci et détendu. Comme le canard, vous n'avez pas peur d'entre en désaccord avec quelqu'un d'autre, mais, lorsque c'est passé, c'est passé - et vous allez de l'avant au lieu de vous tracasser à ce sujet.


Fréquence : L'énergie du canard est solide, légère et complètement équilibrée. Elle ressemble à un écho qui résonne dan la forêt ou au mouvement lente de votre main dans l'eau. Elle est fraîche et rafraîchissante, et vous remplit de bonheur et de joie.

Imaginez...

Vous êtes dans votre jardin en train de nettoyer l'intérieur de votre voiture. Soudain, un canard vole vers vous et se pose sur le siège du passager. Il n'a pas peur de vous et arpente le siège, vérifie le dossier et vous regarde. Est-ce que vous devez lui crier de sortir ? Ou le prendre pour l’enlever de là ? Le canard s'avance vers vos genoux et s'y installe comme dans un nid. c'est un comportement si peu normal que vous pensez qu'il a une signification d'importance. Peut-être que le canard est votre guide. Alors que vous êtes en train de penser cela, il lève les yeux vers vous et caquette "D'accord". Vous faites le calme en vous, lui caressez le dos, et laissez le canard rester niché là aussi longtemps qu'il le veut. Vous lui envoyez des pensées positives et recevez de lui plusieurs messages télépathiques. Au bout d'un moment, le canard descend de vos genoux et s'envole : il vous a délivré ses messages.

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Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


Étrange situation que celle d'un symbole qui occupe une place éminente dans l'imaginaire mais dont le sens paraît avoir échappé aux investigations des auteurs les plus qualifiés. Les ouvrages consacré au symbolisme n'accordent au canard qu'un nombre restreint de lignes, nourries par des thèmes d'une surprenante fadeur. Mêlant interprétation et emblématique, certains rappellent qu'au Japon le canard est un signe de fidélité conjugale en raison du fait que ces animaux forment des couples qui restent généralement unis. D'autres vont jusqu'à s'appuyer sur l'aphonie du canard mâle pour affirme que ce dernier représente l'homme qui subit la domination de sa compagne. Tout se présente comme si de telles considérations avaient pour but de masquer l'insuccès de l'investigation. C. G. Jung lui-même, dans ses principaux ouvrages, ne dit pas un mot sur ce symbole. Le regard des analystes semble glisser sur les plumes du palmipède comme ces gouttes d'eau incapables de les pénétrer.

En suivant le canard du rêve, présent dans plus de 5% des scénarios, le chercheur sera pourtant guidé jusqu'à l'une de ses significations psychologiques les plus fortes qui soient, l'une des plus solidement établies aussi ! Mais avant de s'envoler à la suite de l'oiseau aquatique, il convient d'inventorier les principales images du canard et de s'interroger sur les traces qu'elles ont imprimées dans le langage usuel.

De quel canard parle l'imaginaire ? Du lourd volatile de basse-cour, dit de Barbarie ? Du canard sauvage, par exemple de type colvert ? S'agirait-il d'aventure de ces petites jouets en celluloïd en compagnie desquels tant de rêveurs ont pris leurs premiers bains ? La silhouette cocasse de Donald se profile-t-elle, ici ou là, au fil des séquences oniriques ?

Au terme de l'investigation, il est possible d'affirmer que la seule image presque totalement absente est celle du canard de basse-cour. La signification du symbole subira-t-elle un affaiblissement en raison de la dispersion des représentations du volatile ? Il sera facile de montrer que celles-là contribuent toutes à la formation d'une symbolique commune. Il serait sans intérêt d'énumérer les nombreuses races de canards, pilets, soufflets et autres tadornes, la plupart des patients ignorant ces classifications et l'imaginaire les négligeant toutes. La référence aux expressions usuelles qui se sont forgées dans le langage, autour du palmipède sera beaucoup plus déterminante pour l'accès au sens.

En musique ou en chant, le "canard" désigne la fausse note, un son qui sort de l'harmonie codifiée. Dans le domaine de l’information, c'est la fausse nouvelle. Celui qui, dans un groupe, se distingue par un comportement différent des normes admises sera qualifié de canard boiteux. C'est cette profonde vocation de l'image à représenter des agissements incongrus que le génie de Walt Disney a merveilleusement exploitée en créant le personnage de Donald. L'idée trouve un prolongement – peut-être aussi son origine – dans le qualificatif de vilain petit canard, dont on affuble aisément celui ou celle dont les caractéristiques personnelles diffèrent de celles des autres membres du groupe.

L'évidence s'impose : l'évocation du canard entre en résonance avec l'inconfort de la différence. Plus que la tonalité péjorative se dégageant de chacune de ces expressions, c'est leur fondement commun, c'est-à-dire la non-conformité qui doit retenir l'attention.

Les rêves montrent que le canard imaginé renvoie systématiquement à la plus fondamentale des différences ressenties par tout enfant, la première différence qui l'implique en totalité et qui peut engendrer d'incurables séquelles : celle de la découverte de la différence des sexes !

Depuis de longues années, à l'écoute des scénarios produits par tels rêveurs ou rêveuses, nous avions acquis la conviction que le canard, dans l'imaginaire, est en corrélation avec des aspects sexuels de la problématique. Nous avions surtout pris conscience du fait que l'évocation du palmipède par une femme est une représentation substitutive du pénis, compensatoire ou révélatrice du sentiment de castration. Au fil de la recherche, menée à travers un nombre important de rêves, nous avons franchi quatre phases. Une phase de confirmation, justifiée par le contenu des premiers rêves de femmes examinés. Une phase de doute, lorsque la disparité des thèmes de tous les scénarios nous est apparue. Une phase de surprise quand il est devenu évident que les rêves émis par les hommes étaient encore plus sûrement liés à l'angoisse de castration. Une phase de certitude, enfin, légitimée par le tableau comparatif des corrélations émergeant de l'ensemble des scénarios analysés.

Les associations les plus fortes qu'on relève à proximité de l'image du canard sont l’œil ou les yeux, le regard pénétrant, le jouet, le cygne, le cou, le V et le clown. L’œil, les yeux exorbités, le regard pénétrant sont incontestablement des images qui – parmi d'autres sens très différents – se proposent comme des substituts phalliques. Le jouet, y compris les très modernes jeux électroniques, est reproduction artificielle, en dimensions réduites, de personnages, animaux, ou situations existant dans la réalité ou dans les contes, cette autre réalité des enfants. Cette nature de substitut, nous serions tenté d'écrire de prothèse, convient parfaitement au rôle fantasmatique requis pour exprimer le sentiment ou l'angoisse de castration.

Plusieurs auteurs reconnaissent une parenté symbolique entre le canard et le cygne, parenté déduite de plusieurs mythes rapprochant les deux oiseaux. En dehors de leur commune fréquentation des lieux aquatiques, on voit mal ce qui pourrait justifier l’association des deux volatiles si ce n'est leur cou long et flexible. Celui-là s'offre comme une image substitutive du pénis. Doit-on rappeler que lorsque Jupiter voulut séduire Léda et la pénétrer, c'est en se métamorphosant en cygne qu'il réalisa son intention ?

Il sera certainement judicieux de décrire sommairement les mécanismes psychologiques qui engendrent, lors de la découverte de la différence des sexes, le sentiment de castration chez la fille et l'angoisse de castration chez le garçon. Il nous paraît cependant souhaitable de placer auparavant le canard dans son décor onirique. Deux illustrations vont montrer que le symbole est parfois clairement associé à des évocations phalliques.

Le seizième scénario de Diane est particulièrement édifiant, lorsqu'on sait que cette patiente a subi des viols incestueux alors qu'elle n’était encore qu'une toute petite fille. Sa sœur a connu le même sort : « … je vois des chevaux sauvages... il y a une impression de grande vitesse... ils forment un V... là, je vois un sphinx et... un œil... et puis un cœur de lumière... il y a un aigle immense, posé au-dessus d'un globe.. là, je vois une fleur qui s'ouvre et se referme... et puis... une chambre, ma chambre bleue de petite fille... un petit ourson ou un lapin blanc... et puis... un canard jaune.. c'est vraiment confus aujourd'hui hein ?... Je vois un bras de fauteuil... on dirait qu'il a la forme d'un phallus... là, je vois une ou deux petites filles... on dirait moi et ma sœur... oui... je la prends par la main... [ici la respiration de Diane prend un rythme saccadé] ... il y a une fente... un canard qui entre dans la fente... »

A ce stade de la cure, Diane vit les derniers soubresauts de séquelles de sa douloureuse aventure. Quelques semaines plus tôt elle avait revécu, au cours d'une séance pathétique, la première atteinte. Ce rêve avait commencé par l'image d'un cygne qui entrait également dans une fente.

Ludovic propose à son tour des images on ne peut plus claires. C'est aussi sa seizième séance : « Maintenant, je vois un colvert... un canard, en plein vol... je le vois de profil, de gauche à droite... il avance très vite mais je ne vos pas le battement de ses ailes. Il a le cou très allongé... c'est marrant, je crois qu'il va vite mais je ne vois pas l’effort sur ses plumes... là, une ombre de pénis s'est superposée au cou et à la tête du canard... et là, j'ai cru voir un chardon et en fait je me demande si ce n'est pas un sexe de femme... et le canard est tout petit et entre dedans... le canard est tout petit et à l'intérieur c'est une grotte... impression maintenant de voir le sexe de l'extérieur et les poils pubiens seraient des serpents en agitation... je vois des pinces d'araignée de mer … de yeux... une carapace... un œil... un œil mort... y a une bille transparente qui est sortie de l’œil... c'est un peu le bordel aujourd'hui ! .. Je vois un ver... un ver dont l'extrémité s'ouvre comme une gueule de crocodile.

L'angoisse de castration apparaît en toutes évidence à travers cette séquence de Ludovic. Ce type d'images n'est pas rare à proximité du canard imaginé. Celles de Jérôme résonnent comme un écho aux visions de Ludovic mais elles vont déplacer l'attention vers une autre caractéristique du canard : la démarche et les pattes palmées. Jérôme commence son vingt-deuxième scénario : "C'est dans une cave... y a une momie... un squelette... peut-être d'une femme encore vivante... il y a un homosexuel aussi, que je connais. Je mets mon index dans le sexe de la momie... qui brûle mon doigt ! Je n'ai plus qu'un bot d'index... je suis devenu androgyne... je suis enceinte... j'accouche d'un sexe masculin... mon accouchement a fait de moi un homme ! Maintenant, je vois Osiris... c'est moi ! Je suis Osiris... un dieu-aigle égyptien... je marche … mes pieds sont des palmes ! Osiris est ridicule avec ses palmes... c'est des palmes de canard... on ne peut imaginer un aigle à palmes de canard ! Des pieds palmés et orange ! Il est hué par tout le monde... il reçoit des crachats... »

Quelques lignes d'un rêve d'Anne-Marie confirmeront qu'une traduction du symbole ne peut négliger la particularité de la démarche du palmipède : « … je me sus coupé les jambes... je suis devenue cul-de-jatte... je m'arrête au tronc... et , maintenant, je me vois en barboteuse... une barboteuse très gonflée.. je crie, parce que j'ai les jambes bloquées... je suis une petite fille aux yeux bleus. J'ai une démarche terriblement maladroite, comme un canard... » Dans l'avant-dernier rêve de sa cure, qui s'achèvera sur des visions définitivement résolutoires de sa problématique, Anne-Marie se verra marcher le long d'une allée de la maison familiale, un cobra dressé entre les jambes, avançant de ce fait « en canard » ! On ne saurait souhaiter meilleure démonstration de la relation entre le canard et le sentiment ou l'angoisse de castration. C'est ici l'opportunité de rappeler en termes simplifiés ce que désignent ces expressions. Lorsque la petite fille s'aperçoit pour la première fois qu'elle n'est pas physiquement semblable au garçon, elle constate en tout premier lieu qu'il lui manque quelque chose. Cette découverte engendre un double sentiment d'infériorité et d'injustice. Cette réaction engendre à son tout l'hypothèse suivant laquelle un tel manque pourrait résulter d'une ablation. C'est la naissance du sentiment de castration, aussitôt refoulé mais qui demeurera très actif dans l'inconscient. Ce sentiment trouvera sa confirmation brutale à l'apparition des premières règles et se trouvera réactivé à chaque manifestation périodique. Intolérable, le sentiment de castration se prolonge par l'espérance, inconsciente elle aussi, que l'organe supposé disparu pourrait repousser et provoque des attitudes et des images compensatoires substitutives de cet organe. La prise de conscience de ces mécanismes est l'une des acquisitions les plus libératrices que puisse offrir une cure reposant sur la mise en œuvre de la dynamique imaginaire. Elle est aussi l'une des phases les plus délicates de la reconnaissance de soi.

Lors de la découverte de la différence sexuelle, le petit garçon éprouve d'abord un sentiment inverse de celui de la petite fille. Dans ce monde imprégné par les valeurs de possession, le fait d'avoir quelque chose de plus engendre chez lui un sentiment de supériorité. Mais le constat de la différence déclenche une interrogation : et si la fille avait possédé le même organe et que celui-ci lui avait été enlevé ? Cette simple hypothèse content le germe d'une terrible menace ! Ce qui est arrivé à la petite fille pourrait concerner le petit garçon ! C'est la naissance de l'angoisse de castration qui va s'installer dans l'inconscient de l'enfant et se renforcera lors des premières érections. Lorsque le garçon prendra conscience de la destination sexuelle du pénis la menace deviendra redoutable, l'objet étant devenu plus précieux. Le canard, dans les rêves de femmes comme dans ceux des hommes, traduit toujours quelque peu ce que nous venons d'exposer.

Dans l'article consacré au clown, nous montrons que ce personnage grotesque permet à l'enfant la projection de son authenticité brimée par les attentes de son entourage. Les comportements inadaptés de l'enfant, dont il trouve le reflet dans la figure du clown, résultent du conflit entre ses pulsions naturelles et les exigences du milieu. De ce point de vue, Donald est un digne représentant de la confrérie clownesque. Comme le canard, le clown milite pour le droit à la différence. Ainsi, toutes les corrélations observées autour du canard renvoient à l'aptitude de ce symbole à dire a différence et très spécifiquement la différence sexuelle. Toutes, sauf une, celle qui associe le V au volatile. Le V, c'est gonos, l'angle générateur, l'origine. Le V est vie, il est mère ! Le début d'un rêve de Solange rappelle, s'il en est besoin, le lien évident entre le V et le canard : « Je vois un grand canard sauvage, très gros, qui dirige un triangle en vol d'autres canards vers une terre qui a la même forme de triangle... »

L'association de formes révèle ici sa genèse naturelle. Celle-là ne permet cependant pas d'éluder le lien à l'image maternelle, tel que nous le développons dans l'article consacré au V.

Adrien était affligé, à l'époque où il fit son treizième scénario, d'une impuissance sexuelle totale. Sa cure dénonçait aussi une souffrance ancienne, profonde, liée au ressenti d'abandon par sa mère. Au cours d'un précédent rêve, Adrien a vu dans le ciel un V immense, qu'il traduisit par le mot « Vierge » d'abord, puis par « Vagin ». Le troisième rêve se déroule entièrement sur le thème de l'abandon. Adrien évoque longuement l'aventure de moïse, confié par sa mère aux eaux du Nil, puis il enchaîne : « … J'ai l'image du vilain petit canard qui est refusé par ses parents parce qu'il n'est pas identique aux autres de la portée... peut-être pas refusé, mais pas traité de la même façon... un peu brimé en fait, parce qu'il est noir ! Je pense que j'étais un peu le vilain petit canard quand j'étais petit.... un petit peu abandonné... dont on ne s'occupe pas... il en souffrait ! Je pense à ma grand-mère... c'est elle qui a joué le rôle de maman...

La problématique d'Adrien amalgame la souffrance résultant de la frustration d'amour maternel, le sentiment de différence et la sexualité.

Le canard du rêve, qu'il trace dans le ciel, avec ses congénères, le V d'un vol rapide, qu'il étire son cou pour provoquer une évocation phallique, qu'il affiche une démarche maladroite à laquelle le contraignent ses palmes, sera reçu comme l'indice certain d'un inconfortable sentiment de différence. D'une manière ou d'une autre, un lien existe toujours avec la perception de la différence sexuelle.

Cela vaut également pour les hommes et pour les femmes. Si l'on tient compte les différentes corrélations dont s'entoure le canard imaginé, le tableau récapitulatif de tous les rêves pris en référence montre qu'ils portent, à 100%, la marque du sentiment ou de l'angoisse de castration.

Derrière la drôlerie clownesque de Donald, derrière un bec ou une palme de canard, il y a toujours un inconfort qui remonte à la prise de conscience de la différence des sexes. Il y a, aussi, toutes les inadaptations résultant du conflit entre l'authenticité d'être et le besoin de répondre au regard des autres.

Le canard du rêve agit comme une clef qui peut ouvrir un vaste champ d'attitudes nouvelles, dans les relations en général et plus particulièrement par rapport au partenaire sexuel.

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Mythes et légendes :


Le conte qui a bercé mon enfance et qui a nourri mes premières projections, peut-être... :

Le Vilain Petit Canard d'Andersen.

Philippe Walter, dans Ma Mère l'Oie, Mythologie et folklore dans les contes de fées (Éditions Imago, 2017), nous invite à un jeu de l'oie et de la cane dont "la case départ : Montfort-sur-Meu (en Ille-et-Vilaine) dans l'arrondissement de Rennes, en lisière de la forêt de Brocéliande. Là, on raconte encore une curieuse histoire de cane immortalisée par le vicomte de Chateaubriand. Quoique fort bref, le récit est un bel exemple de "survivance", c'est-à-dire de persistance d'une tradition orale ancienne et qui, malgré des altérations de surface, conserve un étonnant caractère surannée, pour ne pas dire mythique. Une question se pose d'emblée : serait-il possible que des récits folkloriques (ceux de ma mère l'oie ou de la cane de Montfort) puissent dériver d'anciens mythes, uniquement par tradition orale ? Pour le savoir, il faut partir d'un de ces récits et remonter dans le temps pour suivre ses éventuelles traces aux époques antérieures. Ces récits, on le verra, ne forment pas une chaîne continue scandée par le plagiat de copieurs successifs. Ils n'ont pas été transmis uniquement par la "littérature". leurs traces écrites renvoient plutôt à un même noyau mythique qui a commandé diverses variations tout en se conservant au fil du temps. La modeste cane de Montfort livrera, d'entrée de jeu, une piste inattendue menant vers une déesse oie nommée Némésis, sur la dernière case du jeu.


Une cane de plusieurs siècles (du XIXe au XVIe siècle)

Chateaubriand évoque un air traditionnel que lui chantait sa mère lorsqu'il était enfant. L'histoire se déroule à Montfort-sur-Meu, près de Saint-Malo. Une jeune file est sur le point d'être violée par des soldats ; implorant saint Nicolas dont l'église se trouve à proximité, elle obtient la faveur 'être transformée en cane. La chanson se termine ainsi :

"Cane la belle est devenue,

Cane la belle est devenue,

Et s'envola par une grille,

Dans un étang plein de lentilles."


Cette complainte du XIXe siècle n'est pas pure invention folklorique. Elle relève d'une longue tradition orale dont on retrouve des témoins, en France, sur une période d'au moins trois siècles. Un texte de 1652 en donnait une version édifiante. Il n'y était question ni du viol ni de la métamorphose, au point que Chateaubriand qui s'en tenait aux seuls écrits croyait que sa mère suivait une "fausse tradition". En réalité, la version orale que connaissait Madame de Chateaubriand était la bonne. Ce n'est pas celle qui suit et que le vicomte tenait pour authentique :


"Certain seigneur avait renfermé une jeune fille d'une grande beauté dans le château de Montfort à dessein de lui ravir l'honneur. A travers une lucarne, elle apercevait l'église de Saint-Nicolas ; elle pria le saint avec des yeux pleins de larmes, et elle fut miraculeusement transportée hors du château ; mais elle tomba entre les mains des serviteurs du félon, qui voulurent en user avec elle comme ils supposaient qu'en avait fait leur maître. La pauvre fille éperdue, regardant de tous côtés pour chercher quelque secours, n'aperçut que des canes sauvages sur l'étang du château. Renouvelant sa prière à saint Nicolas, elle le supplia de permettre à ces animaux d'être témoins de son innocence, afin que si elle devait perdre la vie, et qu'elle ne pût accomplir les vœux qu'elle avait faits à saint Nicolas, les oiseaux les remplissent eux-mêmes à leur façon, en son nom et pour sa personne.

La fille mourut dans l'année : voici qu'à la translation des os de saint Nicolas, le 9 de mai, une cane sauvage accompagne de ses petits canetons vint à l'église de saint Nicolas. Elle y entra et voltigea devant l'image du bienheureux libérateur, pour lui applaudir par le battement de ses ailes ; après quoi, elle retourna à l'étang, ayant laissé un de ses petits en offrande. Quelque temps après, le caneton s'en retourna sans qu'on s'en aperçut. Pendant deux vents ans et plus, la cane, toujours la même cane, est revenue à jour fixe, avec sa couvée, dans l'église du grand saint Nicolas, à Montfort."


Le bel effort de rationalisation (la jeune femme est "transportée" mais non métamorphosée) trahit la tradition. Il est vrai qu'un prieur de l'abbaye de Montfort s'était chargé de réécrire l'histoire pour en gommer toute trace de merveilleux. Le vicomte le croit sur parole : il a tort. Il est vrai aussi que, presque deux siècles avant lui, la légende était déjà quelque peu brouillée. dans sa lettre du 30 octobre 1656, Madame de Sévigné entretenait la Grande Mademoiselle au sujet de la cane de Montfort :


"Je m"assure aussi que vous n'aurez jamais ouï parler de la cane de Montfort, laquelle tous les ans, au jour Saint-Nicolas, sort d'un étang avec ses canetons, passe au travers de la foule du peuple, en canetant, vient à l'église et y laisse un de ses petits en offrande.

Cette cane jadis fut une demoiselle

Qui n'alloit point à la procession,

Qui jamais à ce saint ne porta de chandelle ;

Tous ses enfants, aussi bien qu'elle,

N'avoient pour lui nulle dévotion,

Et ce fut par punition

Qu'ils furent tous changés en canetons et canes,

Pour servir d'exemple aux profanes."


Cette version pieuse et moralisée de l'histoire veut inciter les jeunes filles à participer aux processions en l'honneur des saints catholiques, à une époque où la Réforme les discrédite. Pourtant, Madame de Sévigné conclut fort judicieusement son évocation de la cane en ces termes :

"Et si, Mademoiselle, afin que vous le sachiez, ce n'est pas un conte de ma mère l'oie,

Mais de la cane de Montfort

Qui, ma foi, lui ressemble fort."


La cane de Montfort serait ainsi une parent mythique de la mère Oie. Le jugement de Madame de Sévigné ne saurait surprendre ; elle a senti l'affinité mythique profonde qui unit canes et oies dans les récits traditionnels et dans le récit de Montfort en particulier.

Un siècle et demi avant Madame de Sévigné, à la fin du XVe siècle, un doge de Gênes congédié en 1483, puis exilé à Fréjus, publie en 1509 un recueil d'anecdotes et d'éphémérides où se glisse l'histoire de la cane bretonne :


"Dans cette partie de la Gaule qui autrefois devait le cens aux Vénètes et aux Morins qu'aujourd'hui on appelle la Bretagne, proche de la ville de Rennes, il y a une petite ville du nom de Montfort, où, au mois de décembre, lors de la fête de saint Nicolas, venant d'un étang non loin de la ville, soit à l'heure de la messe, soit à l'heure des vêpres, une cane pénètre dans l'église avec treize poussins, puis, après avoir fait le tour de l'autel, retourne dans le même étang, un des poussins qu'elle avait amenés avec elle manquant toujours, sans que l'on remarquât réellement où il s'était retiré. Si quelqu'un, pour faire preuve de la chose, tentait, soit parce qu'il n'y croit pas, de l'attraper, soit de le tuer, il serait saisi de la rage ou mourrait, ou serait immédiatement frappé d'une maladie grave."


Le récit est visiblement tronqué : il manque la métamorphose, épisode sans doute jugé trop invraisemblable. Toutefois, la localisation en Bretagne tout comme le lien de la cane avec saint Nicolas montrent que la légende de Montfort est parfaitement connue à cette époque. Nous sommes environ trois siècles et demi avant Chateaubriand et l'histoire est déjà bien implantée.

Au XVIe siècle toujours, un autre témoignage plaçait la métamorphose de la cane au cœur du récit. En 1576, Jean Rioche, gardien du couvent des cordeliers de Saint-Brieuc, exposait par écrit la légende avec ses deux épisodes clés. Il note d'abord l'arrivée périodique de la cane autour de la fête de saint Nicolas avec l'offrande supposée d'un de ses canetons et ajoute : "[...] on ne sait où, quoique ce ne soit pas certain." Jean Rioche relate ensuite l'origine supposée du miracle de la cane en rappelant le calvaire de la "jeune fille dévote et honnête" qui fut "enlevée pour être violée par ses ravisseurs et emmenée au bord de l'étang."


"Apercevant des oiseaux, elle implore de ses larmes la sainte troupe des saint et particulièrement saint Nicolas, en vue de son église, qu'ils recommandassent u Seigneur qu'elle souhaitait et suppliait d'être plutôt changée en oiseau et s'envola vers l'étang. Et, en attestation du miracle, elle-même ou d'autres de sa progéniture visite le lieu où il s'est produit."


Ainsi les témoignages, christianisés ou non, de la légende prouvent son étonnante permanence pendant au moins trois siècles. Son noyau narratif est la métamorphose ornithomorphe d'une dame pour échapper au viol.

L'apparition de saint Nicolas dans le récit s'explique par une double spécialité du saint. Sa légende rapporte qu'il a sauvé trois jeunes filles pauvres de la prostitution. En offrant de l'argent à leur père, Nicolas fournit la dot qui permettra de marier dignement les trois filles. En outre, saint Nicolas est le protecteur des navires et le patron des mariniers : il évite la noyade. La meilleure façon de sauver la jeune femme n'est-elle pas de la transformer elle-même en une sorte de navire, c'est-à-dire en oiseau capable de "nager" (en ancien français, le verbe nager vient du latin navigare et gardera le sens de "naviguer" jusqu'au XVe siècle).

Mais avec Nicolas, une autre sainte veille également sur la cane ; il s'agit de Brigitte, l'abbesse irlandaise de Kildare également implantée en Armorique. On comprendra bientôt l'importance de cette figure :


"Il était une fois une princesse que poursuivait un méchant capitaine qui en voulait à son honneur. Sur le point d'être atteinte par lui, elle se jeta à la mer, et elle allait périr quand elle invoqua saint Brigitte sa patronne. Sa prière fut exaucée, et elle fut à l'instant changée en cane, de sorte qu'"il lui fut facile de s'éloigner en nageant.

La sainte ne borna pas là sa protection : un peu plus loin la princesse rencontra un génie des eaux, qui la recueillit dans son palais sous-marin ; elle y redevint femme et plus tard l'épousa.

En reconnaissance de cette miraculeuse intervention, chaque année, le jour anniversaire de celui où elle avait été sauvée, la princesse venait avec ses enfants remercier sainte Brigitte en sa chapelle. Mais pour éviter toute relation avec les hommes, elle se montrait alors sous la forme de cane, que la sainte lui avait donnée quand elle était en danger de se noyer, et ses enfants devenaient pareillement des canetons."


Sainte Brigitte est la patronne de la cane qui porte donc le même prénom. En fait, malgré le dédoublement (la sainte et sa protégée), les deux Brigitte n'en font qu'une sur le plan mythique. Il semble même assez clair que, dans l'esprit populaire, la cane était sainte Brigitte elle-même ou tout au moins un de ses doubles. On verra plus loin les liens étroits que cette sainte entretient avec les oiseaux.

Selon Paul Sébillot, cette légende se rattache à la chapelle de Merdrignac en Haute-Bretagne, mais il existe d'autres lieux où Brigitte est honorée. Brigitte est réputée donner du lait aux nourrices : difficile de trouver figure plus maternelle que celle-là. On plonge également dans la fontaine de Sainte-Brigitte, à Carnac, les enfants qui ont les jambes trop faibles pour marcher. Cette croyance est la preuve d'une assimilation implicite de Brigitte à la cane ou à l'oie : le palmipède boiteux (alias Brigitte) guérit la difficulté de marcher, exactement comme sainte Odile d'Alsace qui était aveugle guérit elle-même les aveugles : "le même guérit le même" (en latin similia similibus), prétend la médecine populaire, et l'idée moderne du vaccin est fondée sur le même principe."

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Littérature :

Un couple d'eiders prend les eaux en face du cap. Quand deux plaques de glace à la dérive menacent de le prendre en étau, il décolle vers un autre plan libre. Une allégorie de l'exil.

Parfois mon regard s'attarde sur un pan d'eau vide où deux canards se posent soudain comme si une prémonition trouvait son exaucement. Comme lorsque l’œil découvre dans un livre la phrase que l'esprit attendait depuis longtemps sans réussir à la formuler."

Sylvain Tesson, Dans les Forêts de Sibérie,

Éditions Gallimard, 2011.

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Dans ses Histoires naturelles (1874), Jules Renard brosse des portraits étonnants des animaux que nous connaissons bien : Canards

I

C'est la cane qui va la première, boitant des deux pattes, barboter au trou qu'elle connaît. Le canard la suit. Les pointes de ses ailes croisées sur le dos, il boite aussi des deux pattes. Et cane et canard marchent taciturnes comme à un rendez-vous d'affaires. La cane d'abord se laisse glisser dans l'eau boueuse où flottent des plumes, des fientes, une feuille de vigne, et de la paille. Elle a presque disparu. Elle attend. Elle est prête. Et le canard entre à son tour. Il noie ses riches couleurs. On ne voit que sa tête verte et l’accroche-cœur du derrière. Tous deux se trouvent bien là. L'eau chauffe. Jamais on ne la vide et elle ne se renouvelle que les jours d'orage. Le canard, de son bec aplati, mordille et serre la nuque de la cane. Un instant il s'agite et l'eau est si épaisse qu'elle en frissonne à peine. Et vite calmée, plate, elle réfléchit, en noir, un coin de ciel pur. La cane et le canard ne bougent plus. Le soleil les cuit et les endort. On passerait près d'eux sans les remarquer. Ils ne se dénoncent que par les rares bulles d'air qui viennent crever sur l'eau croupie.

II

Devant la porte fermée, ils dorment tous deux, joints et posés à plat, comme la paire de sabots d'une voisine chez un malade.

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