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  • Anne

Le Poisson


Reportage Arte : Ces drôles de poissons, pas si bêtes que ça !

Étymologie

  • POISSON, subst. masc..

Étymol. et Hist. 1. Zool. a) ca 980 pescion (Jonas, éd. G. de Poerck, 36) ; fin xe s. peison (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 441) ; ca 1160 poisson (Moniage Guillaume, éd. W. Cloetta, I, 720) ; b) ca 1245 poisons roiaus «poissons dignes de la table du roi» (Henri d'Andeli, Bataille des VII arts, 40, éd. A. Héron, p. 44) ; 1265 blanch pisson (hapax) «blanchaille, fretin» (doc. ds Du Cange, s.v. anwilla) ; 1701 poisson blanc (Nouv. maison rustique t. 1, p. 260) ; 1690 poisson-volant (Fur.) ; 1762 poisson-coffre (Valm.) ; 1764 poisson-rouge, poisson d'or (ibid.) ; c) 1466 poisson d'avril «entremetteur, intermédiaire, jeune garçon chargé de porter les lettres d'amour de son maître» (Pierre Michault, Doctrinal du temps présent, éd. T. Walton, X, 399) ; 1507-08 poisson d'apvril « id. » (Eloy d'Amerval, Livre de la Deablerie, éd. Ch. Fr. Ward, 176) ; 1509 poisson d'apvril «maquereau» (Resurrection de Jenin Landore ds Anc. Théâtre fr., éd. Viollet-le-Duc, t. 2, p. 31 ; ici jeu de mots fondé sur les deux sens qu'avait maquereau) ; 1827 poisson «souteneur» (d'apr. Chautard, Vie étrange Argot, p. 140) ; 1691 poisson d'avril « tromperie, mystification traditionnelle du 1er avril » (J. de La Brune, La Vie de Charles V, duc de Lorraine, p. 13) ; 1718 donner un poisson d'avril à qqn « obliger quelqu'un à faire quelque démarche inutile pour avoir lieu de se moquer de lui » (Ac.) ; 1740 donner un poisson d'avril à qqn « faire accroire à quelqu'un le premier jour d'avril une fausse nouvelle, ou l'obliger à faire quelque démarche inutile pour avoir lieu de se moquer de lui » (ibid.) ; 2. ...


Lire la suite de la notice étymologique et la définition pour amorcer la réflexion symbolique.

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Croyances populaires :

Selon Ignace Mariétan, auteur d'un article intitulé "Légendes et erreurs se rapportant aux animaux" paru dans le Bulletin de la Murithienne, 1940, n°58, pp. 27-62 :


Sur les Poissons, nous n'avons recueilli qu'une légende : à l'Abbaye de St-Maurice, il y avait autrefois un vivier ; si un Poisson mourait on prétendait que c'était l'annonce de la mort d'un chanoine à brève échéance.




Symbolisme :

Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, auteurs du Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982),


"Le poisson est bien entendu le symbole de l'élément Eau, dans lequel il vit. On le sculptait à la base des monuments khmers pour indiquer qu'ils plongeaient dans les eaux inférieures, dans le monde souterrain. A ce titre, il pourrait être considéré comme participant de la confusion de son élément, et partant comme impur. C'est ce qu'en dit saint Martin, qui remarque la non-différenciation de la tête et du corps. Pourtant si le Lévitique ne l'admet pas au sacrifice, il l'admet à la consommation, à l'exclusion de tous les autres animaux aquatiques.

Symbole des eaux, monture de Varuna, la poisson est associé à la naissance ou à la restauration cyclique. La manifestation se produit à la surface des eaux. Il est à la fois Sauveur et instrument de la Révélation. Le poisson (matsya) est un avatâra de Vishnu qui sauve du déluge Manu, le législateur du présent cycle ; il lui remet ensuite les Védas, c'est-à-dire qu'il lui révèle l'ensemble de la science sacrée. Or, si le Christ est souvent représenté comme un pêcheur, les Chrétiens étant des poissons, car l'eau du baptême est leur élément naturel et l'instrument de leur régénération, il est symbolisé lui-même par le poisson. Ainsi est-il, par exemple, le Poisson guidant l'Arche ecclésiale, comme le Matsya-avatâra celle de Manu. Au Cachemire, Matsyendranâth, qu'il faut sans doute interpréter comme le pêcheur, et qui s'identifie au Boddhisattva Avalokiteshvara, est dit avoir obtenu la révélation du Yoga après s'être transformé en poisson.

Les poissons sacrés de l’Égypte antique, le Dagon phénicien, l'Oannès mésopotamien, attestent des symbolismes identiques, le dernier surtout, expressément considéré comme le Révélateur. Oamnès a même été considéré comme une figure du Christ. Le thème du dauphin-sauveur est familier à la Grèce : les dauphins sauvèrent Antion du naufrage. Le dauphin est associé au culte d'Apollon et donna son nom à Delphes.


Par ailleurs, le poisson est encore symbole de vie et de fécondité, en raison de sa prodigieuse faculté de reproduction et du nombre infini de ses œufs. Symbole qui peut, bien entendu, se transférer au plan spirituel. Dans l'imagerie extrême-orientale, les poissons vont par couples, et sont en conséquence symboles d'union. L'Islam associé également le poisson à une idée de fertilité. Il existe des charmes pour faire pleuvoir, sous forme de poisson ; il est lié aussi à la prospérité ; rêver qu'on mange du poisson est d'heureux augure.


Dans l'iconographie des peuples indo-européens, le poisson, emblème de l'eau, est symbole de fécondité et de sagesse. Caché dans les profondeurs de l'Océan, il est pénétré par la force sacrée de l'abîme. Dormant dans les lacs ou traversant les fleuves, il distribue la pluie, l'humidité, l'inondation. Il contrôle ainsi la fécondité du monde.

Le poisson est un symbole du Dieu du Maïs, chez les Indiens d'Amérique centrale. Il est symbole phallique, selon Hentze : on le voit dans les gravures sur os du Magdalénien (Breuil). Le Dieu de l'amour en sanskrit se nomme celui qui a le poisson pour symbole. Dans les religions syriennes, il est l'attribut des déesses de l'Amour. Dans l'ancienne Asie Mineure, Anaximandre précise que le poisson est le père et la mère de tous les hommes et que, pour cette raison, sa consommation est interdite. On le trouve souvent associé au rhombe notamment sur les cylindres babyloniens. Marcel Griaule signale que le couteau de la circoncision des Bozo est appelé le couteau coupant le poisson.

En Chine, le poisson est le symbole de la chance ; accompagné de la cigogne (longévité), ils signifient à eux deux : joie et chance.

En Égypte, le poisson, frais ou séché, qui était de consommation courante pour le peuple, était interdit à tout être sacralisé, roi ou prêtre. Selon les légendes d'une certaine date, les êtres divins de Busiris se métamorphosent en Chromis, ce qui commande une abstinence totale de poisson. Une déesse était appelée Elite des poissons ; nom donné au dauphin femelle. Malgré de nombreuses variantes dans les légendes et les pratiques rituelles, le poisson était généralement un être ambigu : Êtres silencieux et déconcertants, cachés mais brillants sous le vert du Nil, ceux qui sont dans l'eau étaient les participants éternels de drames redoutables. Ainsi, chaque jour, dans la crique du bout du monde, un Chromis aux nageoires frangées de rose et un Abdjon bleu-lapis prenaient mystérieusement forme et, servant de poissons-pilotes au bateau de Râ dénonçaient la venue du monstre Apopis. Le Chromis en amulette était un signe faste et tutélaire.

La symbolique du poisson s'est étendue au christianisme, avec un certain nombre d'applications qui lui sont propres, alors que d'autres interprétations sont évidemment à exclure. Le mot grec ichtus est en effet pris par les Chrétiens comme idéogramme, chacune des cinq lettres grecques étant regardée comme l'initiale d'autant de mots qui se traduisent : Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur, Jesu Kristos Theou Uios Sôter. De là les nombreuses figurations symboliques du poisson dans les anciens monuments chrétiens (en particulier funéraires).

Toutefois, dans la plupart des cas, le symbolisme, tout en restant strictement christologique, reçoit un accent un peu différent : comme le poisson est aussi une nourriture et que le Christ ressuscité en a mangé (Luc 24, 42), il devient symbole du repas eucharistique, où il figure fréquemment à côté du pain.

Enfin, comme le poisson vit dans l'eau, on poursuivra parfois le symbolisme, en y voyant une allusion au baptême : né de l'eau du baptême, le Chrétien est comparable à un petit poisson, à l'image du Christ lui-même (Tertullien, Traité du baptême, I).

Le poisson a inspiré une riche iconographie chez les artistes chrétiens : s'il porte un vaisseau sur son dos, il symbolise le Christ et son Eglise ; s'il porte une corbeille de pain, ou s'il est lui-même sur un plat, il désigne l'Eucharistie ; aux Catacombes, il est l'image du Christ."

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Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes (Larousse Livre, 2000) nous propose la notice suivante, intitulée "De l'écaille à la plume" :


"Il y eut d'abord le serpent. Puis sont apparus simultanément le poisson, d'une part, et l'oiseau, d'autre part, symboles de clairvoyance et de divination. Si nous voulons comprendre tous les mythes, tous les symboles que nos ancêtres ont rattachés aux oiseaux ou que ces volatiles leur ont inspirés, nous devons d'emblée faire un parallèle entre les poissons qui forment le peuple des mers et les oiseaux qui peuplent le ciel.


De la femme-poisson et de l'homme-oiseau. On ne peut s'empêcher d'être frappé par certaines ressemblances entre le poisson et l'oiseau : le premier est recouvert d'écailles, le second de plumes, le premier est pourvu de nageoires pour se déplacer avec une aisance, une souplesse, parfois même une vitesse étonnantes, dans les profondeurs de la mer et dans les courants marins, le second est bien sûr pourvu d'ailes qui lui permettent de voler dans le ciel et dans tous les courants d'air avec, là encore, une aisance, une souplesse et une puissance non moins remarquables. Pour l'homme qui contemple ces prodiges de la nature, il s'agit d'un véritable enchantement. Certes, de nos jours, l'homme sait lui aussi se déplacer dans les fonds marins et dans le ciel. Mais en ce qui le concerne, ce n'est pas naturel. il lui faut faire appel à toute sa science pour imiter ce que fait la nature, sans jamais l'égaler. De fait, les mythes de la femme-poisson ou e la sirène et de l'homme-oiseau, d'Icare ou de l'ange continuent de nous fasciner. Qui d'entre nous n'a pas rêvé un jour qu'il nageait librement an les immensités des fonds océaniques ou qu'il volait, tel un oiseau, au plus haut du ciel ?

Certains paléontologues - la paléontologie est la science des fossiles végétaux et animaux - avancent l'hypothèse selon laquelle les oiseaux seraient apparus dans la période dite du jurassique, c'est-à-dire il y a environ 150 à 200 millions d'années. D'autres pensent que c'est une espèce animale qui serait née après l'extinction des dinosaures, il y a environ 60 millions d'années, et que ces fameux "lézards terribles ou redoutables", comme leur nom d'origine grecque l'indique, qui exercent une telle fascination sur nous aujourd'hui, seraient les ancêtres des oiseaux. Mais quel que soit le nombre d'années, impensable pour nous qui vivons à peine 100 ans sur cette Terre, qui nous sépare de l'apparition des oiseaux, tous s'accordent pour dire,s selon les théories évolutionnistes scientifiques actuelles, que les ancêtres des oiseaux étaient bien des reptiles. Or d'où viennent les reptiles, sinon des eaux dont sils semblent être sortis au Dévonien, c'est-à-dire il y a environ 400 millions d'années ? On peut donc imaginer, et non déduire, que les poissons et les oiseaux ont un tronc commun, puisqu'il semble bien que ce que l'on appelle les poissons pulmonés - c'est-à-dire pourvus de branchies - et les amphibiens - c'est-à-dire ceux qui peuvent vivre simultanément dans l'eau et hors de l'eau comme le fait toujours la grenouille de nos jours - sont nés en même temps. Nos lointains ancêtres savaient-ils cela, eux qui ont perçu des similitudes entre le poisson et l'oiseau et dont les mythes et les symboles qu'ils leur ont attribués sont souvent si proches ? L'avaient-ils compris bien avant que les scientifiques du XXe siècle mais démontrent qu'ils sont peut-être nés du même moule, pour suivre deux voies évolutives distinctes et devenir les poissons et les oiseaux aux espèces innombrables que nous connaissons aujourd'hui ? Non, sans doute pas. Mais, comme toujours, ils en eurent l'intuition et, avec leurs yeux émerveillés, ils établirent un lien subtil entre le poisson et l'oiseau.

C'est ainsi que, dans de nombreuses civilisations antiques et jusque dans l'imagerie chrétienne romane, l'écaille fut employée comme le symbole de la porte des cieux divins, du Ciel divinisé, le Christ ayant été représenté marchant sur un sol recouvert d'écailles, par exemple. Ou bien l'écaille fut parfois rapprochée de la paupière, symbolisant alors la porte de la vision. Lorsque l'écaille tombe ou que la paupière s'ouvre, l'homme voit. Il ne voit pas ce qu'il est donné à tout le monde de voir, mais ce que seul l’œil sensible, intérieur, pourvu en quelque sorte d'une écaille invisible et protectrice, sait et peut voir. L'écaille est ainsi très proche de la carapace. Elle protège l'être sensible dont la chair est à vif, mais lorsqu'elle est ouverte, elle libère des émotions. Or les émotions, comme leur nom l'indique, sont les moteurs de notre vie. Elles nous submergent ou nous éclairent, selon le cas. L'homme est alors comme un poisson nageant dans les eaux mouvantes de ses émotions, dans lesquelles il puise toute son inspiration, toutes ses motivations.

Selon les prêtres chaldéens, le dieu-poisson Oannès, l'ancêtre de Poséidon-Neptune, fut celui qui révéla aux hommes les sciences de la médecine, de l'astrologie, de l'architecture, de l'agriculture, etc. E, il y a près de 10 00 ans, les hommes sculptaient des têtes d'hommes-poissons qui faisaient sans doute de figures de divinités et dont, aujourd'hui, nous avons perdu le sens. Enfin, lorsque nous saurons que la plume,quant à elle, est associée aux dons de clairvoyance et de divination et que c'était souvent pour cela que le chaman ou le sorcier portait des plumes d'oiseau, on comprendra l'analogie évidente qui relie l'écaille à la plume, le poisson à l'oiseau. L'un et l'autre sont des guides pour les hommes, des représentations de l'âme nageant au plus profond des océans ou volant au plus haut des cieux. L'âme identifiée au poisson et à l'oiseau est visionnaire, en cela qu'elle peut voir à l'intérieur et de l'intérieur, dans les zones les plus obscures de la Terre, les fonds océaniques que l'homme n'a jamais explorés, ou dans une situation privilégiée qu lui donne une vision supérieure et panoramique de la réalité, c'est-à-dire au plus haut des cieux. Qui plus est, comme nous le savons, à l'instar du poisson et de l'oiseau qui semblent bien être apparus sur Terre à partir d'un tronc commun, la création de l'âme semble, elle aussi, antérieure à celle de l'homme. Enfin, du fait qu'à l'oiseau furent attribuées les qualités de clairvoyance, de divination, et de liberté spirituelle, on comprend comment, au fil des siècles, les hommes virent dans les apparitions des nombreuses espèces d'oiseaux autant de signes et de présages..."

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D'après Madonna Gauding, auteure de Animaux de pouvoir, Guides, protecteurs et guérisseurs (Octopus Publishing Group 2006 ; traduction française : Éditions Véga, 2006) :


Guide d'interprétation

En tant que symbole onirique

Primordial ; Matrice ; Bonheur ; Liberté ; Transition ; Rêves ; Prière.


En tant que gardien ou protecteur

Protège en manœuvrant rapidement ; favorise la sécurité par la force du nombre.


En tant que guérisseur

Favorise la métabolisme sain des graisses ; Détruit les parasites.


En tant qu'oracle ou augure

Grossesse ; Le danger arrive par petits bouts.


Mythes et contes

Un couple de poissons dorés est l'un des huit symboles propices du bouddhisme.


Si le poisson est votre animal de pouvoir

Vous avez une personnalité dynamique, vous êtes très à l'aise avec le mouvement et le changement? Pour les personnages plus figés, vous semblez en transition perpétuelle. Vous êtes le plus heureux lorsque vous pouvez vivre à votre guise. Vous aimez analyser les gens et spéculer sur leurs motivations. os rêves dirigeront votre vie - les conseils du conjoint ou du partenaire seront les bienvenus. Vous croyez dans la capacité de tout un chacun de se transformer en ce qu'il désire être. Lors des discussions avec les amis et la famille, ils se retrouvent à vous révéler leurs peurs et désirs cachés. La prière et la méditation équilibrent votre vie active.


Demandez au poisson de vous aider

- à révéler vos motivations inconscientes et les motivations des autres

- à être plus actif professionnellement

- à profiter pleinement de la vie.


Accéder au pouvoir du poisson en

- nageant sous l'eau avec deux amis

- installant chez vous un aquarium avec des poissons tropicaux.


L'un des plus dangereux poissons pour les êtres humains est le Synanceja verrucosa, [poisson-pierre] poisson tropical qui ne pèse que quelques kilos. Le plus grand poisson, le requin-baleine, pèse plus de 15 tonnes et est parfaitement inoffensif. Quelle situation passée de votre vie, en apparence inoffensive, présentait des dangers cachés ?


Élément Eau."

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Diana Cooper, auteure du Guide des archanges dans le monde animal (édition originale 2007, traduction française, Éditions Contre-dires, 2018) nous délivre un :


Message des poissons :

Toutes les créatures présentes dans l'univers sont reliées

par l'amour cosmique qui repose dans l'eau. Nous sommes

particulièrement bienheureux parce que nous baignons constamment

dans l'eau. Quand vous pensez à nous, vous attirez automatiquement

vers vous l'amour et l'harmonie divine de l'univers.

Nous sommes des messagers de l'unité.


Les poissons sont des êtres de la troisième à la cinquième dimension. La majorité des petits poissons sont de la troisième dimension et appartiennent à un groupe de milliers d'âmes, alors que certains des plus gros poissons, comme la truite ou même la morue, appartiennent à un groupe de centaine d'âmes. Les poissons individualisés sont de la cinquième dimension. Tous sont sur le chemin de l'ascension, comme tout autre être sensible dans l'univers, et ils font leur part pour aider la planète.

Leur mission de service est de préserver la propreté et la pureté des mers et des océans, aussi bien sur le plan physique que sur le plan spirituel. Ils absorbent les détritus, mais ils transmettent aussi les harmoniques des anges et aident à maintenir les eaux à une vibration élevée.

La mission de l'âme de toutes les créatures océaniques est d'expérimenter la vie dans un corps physique – apprécier la sensation que procurent l'eau, le soleil et le vent, apprendre ce qui se rapporte au goût et même à l'odorat. Et surtout d'être en contact avec l'énergie cosmique d'amour contenue dans l'eau. Cela aide leur processus d'ascension. Ceux qui font partie d'un groupe d'âmes apprennent à travailler et à réagir ensemble ainsi qu'à se mettre en harmonie et à coopérer avec les autres. Cela se produit lorsque leurs cœurs sont ouverts, car une connexion du cœur permet aux capacités psychiques de se développer. Ils sont aidés par les ondines, qui sont des élémentaux de l'eau, et aussi par les sirènes qui s'occupent des plantes dans les océans.

Le royaume océanique est sous la responsabilité du puissant ange universel Joules, qui est bleu-vert et qui veille sur la vie des poissons. La majorité des poissons viennent de la constellation des Poissons et descendent sur Terre en passant par Neptune. Parce que Neptune détient la sagesse spirituelle de l'univers, ces créatures qui traversent cette planète avant de venir ici apportent une partie de cette sagesse avec elles dans leurs champs énergétiques. Puis, cette sagesse se répand dans les eaux.

Toutes les créatures qui vivent dans les océans sont reliées à la Lune et diffusent la lumière divine féminine dans les eaux, ce qui aide à équilibrer les qualités masculines-féminines sur la planète. Cela permet également aux poissons, aux animaux et aux humains de s'ouvrir psychiquement et spirituellement, car toute l'eau est connectée. L'eau que vous buvez est connectée énergétiquement à l'eau de la mer. Depuis 2015, l'année des super lunes, ce processus s'est accéléré. Nos océans et nos cours d'eau sont vastes et portent l'amour de l'univers, de sorte que les mers et les océans sont d'énormes réceptacles pour cette fréquence. Il y a bien longtemps, il est devenu évident pour le Conseil intergalactique qu'une armée de volontaires serait nécessaire pour préserver la propreté et la pureté de ce vaste et important domaine de la Terre.

De nombreux groupes d'âmes de partout dans l'univers ont offert de venir sur Terre pour absorber la matière organique en décomposition, y compris les animaux morts qui sinon pollueraient les océans. En échange, ils rapporteraient sur leur planète d'origine les expériences et les informations concernant la Terre.

Étant donné que les humains polluaient de plus en plus la Terre, il est devenu évident que les volontaires ne suffisaient plus à la tâche. Un autre appel demandant de l'aide a alors été diffusé dans tous les univers. Des élémentaux du nom de kylrills ont proposé de venir sur Terre pour essayer d'absorber les toxines que les poissons ne pouvaient plus traiter. Ces petits élémentaux ingèrent même la pollution liée au pétrole. [...]


Les poissons des récifs coralliens : Tous les incroyables poissons aux couleurs vives qui nagent dans les récifs coralliens sont de la cinquième dimension, car là où il y a du corail vivant, les fréquences sont très élevées. Les récifs coralliens reçoivent et transmettent des ondes de vie pour les océans. Ils communiquent avec la sagesse ancienne de la Terre creuse, puis renvoient de l'information sur l'océan, ce dont il a besoin et la façon dont ceux qui y vivent progressent sur le plan spirituel. Les récifs coralliens sont également chargés de répandre l'espoir et l'optimisme dans les océans. Étant donné que toutes les eaux sont connectées, ce processus s'adresse à toutes les étendues d'eau de la planète.

VISUALISATION POUR SE CONNECTER AUX POISSONS

  1. Si vous le pouvez, remplissez un verre avec de l'eau pure et froide et buvez-le.

  2. Aménagez un espace où vous pourrez vous détendre sans être dérangé.

  3. Fermez les yeux et détendez-vous.

  4. Vous êtes conscient de la belle lumière bleu-vert de l'archange Joules qui vous regarde et vous protège.

  5. Voyez que vous flottez dans une mer chaude au cours d'une nuit éclairée par la lune, détendu et en sécurité.

  6. Des petits poissons réunis en banc nagent autour de vous. Ils vous apportent un message d'amour, de paix et de joie. Inspirez-le.

  7. Ils vous rappellent que lorsque vous travaillez et coopérez avec les autres, votre cœur s'ouvre et vous développez la télépathie et l'empathie.

  8. Envoyez de l'amour à ces poissons tout en les regardant nager ensemble.

  9. Ouvrez les yeux et buvez le reste de votre eau en sachant que toutes les créatures sont uniques.

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Pour Jean Rouaud, qui nous propose une véritable déclaration d'amour aux auteurs des peintures rupestres de l'époque paléolithique dans La Splendeur escamotée de frère Cheval ou Le secret des grottes ornées (Editions Grasset, 2018) :


"Ce cheval [peint sur les parois d'une grotte] n'est pas plus un cheval que Bastet n'est un chat, l'agneau pascal le doudou de l'enfant Jésus et la Vierge Marie le mannequin d'un catalogue de mode. Si je te conduisais dans une catacombe, ce lieu souterrain où se réunissaient clandestinement les premiers chrétiens pour y manifester leur foi, te montrant le dessin sur la paroi d'un petit poisson stylisé dont l'acronyme en grec signifie Jésus-Christ Fils de Dieu Sauveur, prétendrais-tu être dans un aquarium ? Voire, maintenant que tu as compris qu'il ne faut pas se fier aux apparences, qu'il s'agit sans doute d'un ex-voto par lequel le pêcheur s'assure qu'il rentrera au port ses filets garnis ? Mauvaise pêche, Martien.

[...]

Les oiseaux étaient bien placés pour jouer les intermédiaires, recueillir les messages célestes et les diffuser sur terre, ou l'inverse, mais certains poissons également étaient en mesure de calculer l'arrivée des saisons. Ce qui explique la présence du saumon gravé dans l'Abri du poisson, ou du brochet dessiné de Pech Merle, ou de la truite d'argile de Niaux, qui sont tous trois des poissons migrateurs qui montent ou redescendent le cours d'eau selon les périodes de frai. Et qui donc n'ont rien à voir avec un catalogue de pêche.

De même l'os gravé de Chaffaud figure deux poissons nageant à contre-courant, remontant la rivière, d'où leur position cambrée qui traduit la résistance de l'eau et l'effort à produire pour la vaincre, tandis que les biches circulent dans l'autre sens. Et pareil pour le bois gravé de Lortet dans les Pyrénées où des saumons affrontent un courant violent, au point que l'un d'eux est au bord d'être retourné comme une crêpe entre les pattes de deux cerfs. Poissons et cerfs parfaitement réalistes pour une scène qui ne l'est pas. C'est entre la mi-novembre et la fin janvier que les saumons se reproduisent dans les zones de frayères en amont de la rivière d'où ils sont partis deux ans plus tôt pour rejoindre l'Atlantique. La remontée se fait donc au début de l'automne au moment où précisément les cerfs quittent les prés glacés pour des terres plus clémentes. On peut ainsi régler sa montre saisonnière sur leur passage."

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Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


Le langage des symboles comporte peu d'images puisées dans le monde des poissons. De même que, pour les besoins d'expression de l'imaginaire, l'immense famille des insectes se réduit à sept de ces animaux, trois espèces de poissons seulement s'inscrivent dans le vocabulaire onirique usuel : le dauphin, le requin et la baleine. Encore doit-on remarquer que le rêve affecte à celles-là des valeurs spécifiques qui ne se superposent pas exactement aux projections provoquées par l'image générique du poisson.

Les scénarios dans lesquels est prononcé le terme générique de poisson représentent 15% de l'ensemble des rêves composant la base de données. C'est parmi ceux-là qu'on été choisi les scénarios soumis à l'étude. Le rêveur engagé dans la dynamique onirique éprouve rarement le besoin de préciser l'espèce du poisson qu'il voit. Tout se passe même comme si l'imaginaire, au fond des eaux, se méfiait des filets tendus par un mental avide de références. Au fond de la mer, le rêveur évolue toujours dans l'ambivalence de la détente et de la vigilance, du désir de s'abandonner et du besoin de se tenir aux aguets. Cette dialectique de la sécurité et de la peur engendrera des images extrêmes : celle du poisson rouge abrité dans sa prison de verre et celles de symboles carnassiers : congre, murène, piranha, brochet. Celles-là apparaissant chacune un très petit nombre de fois. Un regard simplificateur, porté sur les productions oniriques où nage le poisson, autorise leur séparation en deux groupes. L'un rassemblera les images du bord de la rivière, l'autre accueillera celles du sein des eaux marines. Par les premières, le rêveur, de la rive, se donne à réfléchir sur une dynamique directionnelle. Le poisson de rivière, il sera facile de le montrer, propose toujours le choix décisif de la remontée vers la source ou de la descente vers l'océan. Des séquences de rêves permettent d'établir solidement cet axe d'interprétation. Par les secondes, le rêveur s'engage dans la ré-expérimentation d'une aventure primordiale : celle du séjour aquatique et de la sortie des eaux. La rêverie du bord de la rivière donne une leçon de sens. La plongée dans la mer est une implication dans l'acte de renaissance.

La plupart des traductions du symbole rappellent que cette représentation du flux de vie, de la résurrection, fut le signe par lequel se reconnaissaient les premiers chrétiens et qu'il fut même considéré comme figuration du Christ. Il est souvent, aussi, fait référence aux relations de la civilisation pharaonique avec l'image du poisson. Relations d'ailleurs très ambiguës ! Bien des auteurs écrivent que les sages de l’Égypte regardaient cet animal comme impur. L'affirmation est abusive. Il est aujourd'hui attesté que l'attitude des Égyptiens, par rapport au poisson, était très différente suivant les nomes, les classes sociales et les espèces. Dans l'écriture hiéroglyphique, remarque Plutarque, le verbe « haïr » est représenté par le poisson. J. Hani assure, lui, que le mot bwt, déterminé par l'image du poisson, ne signifie pas impur mais tabou. L'auteur montre qu'en certains lieux des rives du Nil il s'agissait d'un tabou d'aversion, mais qu'en d'autres nomes, les prêtres considéraient l'animal comme intouchable parce que sacré et vénéré.

L'exploration des productions de l'inconscient contemporain permet heureusement une lecture plus claire de la symbolique du poisson. A la condition, toutefois, de ne pas se laisser rebuter par une apparente banalité : la symbolique du poisson n'existe qu'en raison absolue de son rapport à l'eau. Les projections ne se déploieront qu'à travers les termes d'une puissante dialectique de l'humide et du sec, du séjour aquatique et de l'étendue desséchée. Beaucoup de rêves offriront des images tranchées dans lesquelles le poisson extrait de l'eau gît aussitôt sur les sables brûlants d'un désert.

Tout rêveur qui assume les résonances auxquelles le convie le poisson du rêve reproduit une double expérience de la sortie des eaux. Il revit l'aventure lointaine des premières créatures qui osèrent quitter le milieu aquatique dans lequel était née la vie. Il réactualise l'événement le plus déterminant de sa propre histoire : la naissance. Une fois encore, les expériences phylogénétique et ontogénétique se confondent. Le poisson fera revivre aussi au rêveur chrétien la forme première du baptême, par immersion de la totalité du corps.

Ces rappels pourraient apparaître comme des fruits accessibles à la méditation la plus sommaire. Les rêves vont montrer qu'ils constituent pourtant la structure autour de laquelle s'organisent toutes les manifestations oniriques du symbole.

Lorsque l'imaginaire inspire une séquence dans laquelle apparaît le poisson, il active une constellation de sensations profondes qui reconstituent le "souvenir" de la naissance. Si l'image du pêcheur est si fréquemment présente dan les rêves examinés, c'est moins en fonction de l'évidente complémentarité d'images que par le fait que le pêcheur est celui qui commet l'acte de sortir le poisson de l'eau.

La corrélation statistique la plus forte avec le poisson concerne le passage du séjour obscur à la lumière, du noir à l'éblouissement. Le poisson est le symbole qui réactualise le plus complètement la brutale expérimentation des sens réalisée par le bébé dès son expulsion du corps de la mère ; De l'univers unitaire dans lequel il s'est développé, le nouveau-né se trouve exposé à de multiples sensations inconnues. En quelques minutes, il passe de l'humide au sec, d'un monde de silence relatif à celui des bruits, de l'obscurité au jour, de l'apesanteur aux contraintes de la gravitation de la flexibilité à la résistance matérielle. L’organisme du bébé est prêt à enregistrer ces impressions nouvelles, mais sa disposition à les vivre à cet instant précis n'est pas avérée. La réticence psychologique se développera dès lors en nostalgie des eaux de la mère et s'exprimera, soit par le désir de retour à la source, qui produira les rêves du rivage, soit par le besoin de refaire l'expérience de la sortie des eaux, qui déclenchera les rêves de l'immersion et de l'émergence. Deux scénarios illustreront de façon exemplaire la nostalgie du retour à la source. Béatrice a vingt-huit ans. Au fil de la cure, le jeune fille a résolu les aspects essentiels d'une problématique lourde, origine d'un épisode du dépressif sérieux. Il lui reste à réaliser son autonomie par rapport au milieu parental et particulièrement vis-à-vis de sa mère. Le trente-cinquième rêve présente trois séquences nettement distincts qui reprennent chacune le thème de la nécessité du détachement. L'appel d'un accomplissement personnel est encore neutralisé par l'attraction nostalgique du retour au sein maternel.

Dans la première séquence, Béatrice met en scène un jeune garçon qui doit franchir un mur séparant le passé et l'avenir et qui s'immobilise au faîte du mur, en proie à l'hésitation sur la direction à prendre. dans la deuxième séquence, l'enfant est arrivé au bord d'un ruisseau :

« … Là, le ruisseau devient rivière... il décide de la suivre, sans savoir où ça va le mener... il aperçoit des truites... lui descend la rivière mais il se rend compte que les truites remontent la rivière... il se pose la question... il attrape une truite et la met dans le sens du courant... mais elle remonte à nouveau... on le sent hésitant... lui ne veut pas retourner au ruisseau, dans le sens où vont les truites... c'est un peu comme s'il était lui-même une truite... il sait que s'il remonte la rivière il va manquer d'air... impression de descendre à contre-courant ! Il regarde les poissons... il envisage de faire un barrage pour les empêcher de remonter, pour les empêcher de faire une bêtise... mais alors il devra rester sur place et lui veut continuer son chemin... il perd son temps à rester à réfléchir !... Les arbres, autour, plient sous le vent... »

Dans la troisième séquence, l'imaginaire propose une solution particulièrement astucieuse pour concilier le besoin de réalisation individuelle et la sauvegarde d'un lien affectif positif à l'image maternelle. Béatrice sait qu'en remontant vers la source elle prend le risque de « manquer d'air » et la séquence s'achève par l'évocation de la force du vent, très fréquente dans les scénarios pris en référence. Cette sensation du manque d'air et de brusque manifestation du vent reproduirait-elle celle de la première respiration ? Au cours de sa neuvième séance, Simone ira jusqu'au bout de son désir de retour à l'utérus maternel. Ce sera pour se donner à voir des poissons morts près d'une source tarie ! Comment mieux exprimer l'irréversibilité de la projection dans le monde, l'infertilité des ancrages aux rives du passé ?

« … Dans ce bateau, à l'intérieur de la cabine, où il fait noir, je distingue une sorte de vasque ne pierre... oui ! C'est un tombeau... […] Maintenant, je suis dans une grande vallée... c'est... très lumineux... de couleur jaune... ça fait penser aussi à un ruisseau où il n'y a plus d'eau qui coule dedans... un ruisseau à sec... il y a beaucoup de sable autour de moi... un sable serré, dense... et, pourtant, ce sable-là est sec !... Je marche dans ce fond de rivière où il n'y a plus d'eau... j'avance... j'ai plus l'impression de monter vers la source de la rivière que vers son écoulement... je vois une table sur laquelle il y a quatre assiettes et, sur chaque assiette, il y a une truite... ou un poisson quelconque... je continue à monter... c'est étrange comme spectacle... les parois, maintenant se relèvent, elle sont beaucoup plus abruptes et... au milieu de la rivière, il y a une immense pierre et... c'est étonnant, cette pierre, elle a une forme très arrondie et en même temps elle est creuse ! Ça fait beaucoup penser à un sexe de femme... je suis devant cette... toujours au même endroit... je voudrais vraiment souhaiter qu'il y ait de l'eau qui coule... mais... je n'arrive pas à mettre de l'eau dans ce paysage-là... »

Plus on approfondit la recherche, sur la base de documents oniriques de plus e plus nombreux, et plus s'affermit la conviction suivant laquelle le poisson du rêve agit au centre d'un réseau complexe de connexions neuroniques associées au thème de la naissance. De la naissance et de la maternité. Cette position centrale permet au symbole d'accueillir et d'engendrer des flux rationnellement contradictoires. Les truites de Béatrice et Simone révèlent à coup sûr l'espoir inconscient du retour au ventre maternel mais elles traduisent aussi leur désir de maternité. Plus de 80% des rêveuses dont les scénarios abritent le poisson étaient, comme elles, pour des raison diverses, en frustration par rapport à leur espoir d'enfantement. Le pourcentage est d'ailleurs aussi fort en ce qui concerne les hommes, dont l'instinct de procréation se trouvait, à l'époque de leur rêve, contrarié par le célibat, l'impuissance ou l'homosexualité.

Quand la rêveuse ou le rêveur se font poisson, quand le poisson se fait bébé et qu'un regard sur l'anamnèse du patient atteste son regret de réalisation parentale, on est conduit à s'interroger sur le sens dominant des images ! Madeleine a passé un grand nombre d'années au service d'un ordre religieux. Au soir de sa vie, elle avoue sans détour son chagrin de n'avoir pas été mère. Dès le troisième scénario, elle produit une séquence qui expose l'ambiguïté de l'association de la naissance et du poisson.

« … J'ai vu, là, une statue de la Vierge Marie... […] Maintenant, je suis sur le bord d'un cône qui mène vers un centre noir... un cône qui aurait des ondulations et me pousserai ers ce trou noir... je suis incapable d'aller au-delà... c'est statique... ce cône a des sortes de contractions... comme un utérus maternel... et moi je suis là-dedans et je ne peux pas aller plus loin... je me vois sortir la tête de ce trou... j'ai la tête éclairée... c'est comme une naissance... je vois un bébé qui naît... je le dégage... il me sourit... maintenant, ça se passe dans l'eau... y a des ondulations aussi... ce sont des fonds marins... y a toutes sortes de poissons... je suis moi-même comme un poisson... j'ai de très longs cheveux qui flottent... » Madeleine superpose, jusqu'à les confondre, les images d'un revécu de la naissance et celles du bébé qu'elle aurait pu mettre au monde. Le troisième rêve de Roland, très long, réunit des symboles qui tracent l'itinéraire d'une vie, de l'acte procréateur initial à l'inavouable ambition d'avoir un enfant de sa propre mère : « … Là... une trombe d'eau, bleue, bleue, bleue, sort d'un canon... et, maintenant, c'est un véritable nuage d'alevins minuscules... des milliers et des milliers de tout petits poissons, qui remplissent la pièce avec l'eau... c'est la vie quoi, qui envahit les lieux !... Les poisson croissent... y a pas de bestioles concurrentes... mais les gros mangent les plus petits... ah ! Je me sens très tendu... c'est des piranhas... ils sont pleins de petites dents... ils grandissent, grandissent... et, un jour, il n'y a pas assez de place dans cette pièce... en fait ils sont dans un bassin, mais il y a plus de place... alors l'eau s'écoule au dehors... et... elle sort du bassin et... on tombe dans un secteur désertique... c'est de la terre rouge... les poissons se couvent de cette terre rouge... ils se promènent dan ce paysage desséché.. c'est beau, mais c'est un peu mort... l'eau continue à s'écouler, mais elle se perd dans la terre... les poissons se répandent dans le désert... pour survivre, ils se couvrent d'écailles... c'est aride... y a que des buissons desséchés... un des poissons a emmené un petite mare d'eau autour de lui, comme une aura... comme par magie, son eau reste non partagée... mais il a peur que les autres le mangent... il retournerait bien dans le bassin, où l'eau reste pure et limpide, mais ce serait un retour en arrière... alors il marche, dans la gadoue... il est tout seul... c'est un peu comme après le déluge... »

Dans la suite du scénario le poisson devient un jeune paon qui rencontre sa mère, avec laquelle il aimerait se marier « mais c'est impossible car elle a déjà des petits ». A cet instant le rêveur se rend compte d fait qu'il s'agit de lui-même et de sa mère. Il exprime son désappointement et le rêve va s'achever sur une réflexion « tout cela me renvoie à l'homosexualité... »

Des images aussi pleines de sens réjouiront le psychanalyste. Si l'on s'en tient, plus modestement, au poisson de Roland, comme elle paraît claire, l'histoire de cet alevin qui a grandi dans le bassin, qui se trouve expulsé malgré lui parmi les eaux, qui fait l'expérience d'un monde desséché et qui se protège d'un vêtement fait d'eau maternelle, qui l'enveloppe comme une aura ! Comme elle est perceptible la nostalgie qui l'invite au retour en arrière ! Il faudrait des pages nombreuses pour rappeler les mythes dans lesquels le poisson apparaît comme le symbole de l'énergie vitale et de la résurrection. Une seule phrase de Roland les résume : « Un nuage de poissons minuscules sort d'un canon... ils remplissent la pièce avec l'eau... c'est la vie quoi, qui envahit les lieux ! »

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La symbolique du poisson est inséparable de celle du cycle de l'eau qui, de la source, s'écoule inexorablement vers la mer où elle se perdra dans le tout. L'eau trace la voie du devenir. Le poisson est un indicateur de sens, ou de contresens, placé sur le chemin. A l'heure de l'interprétation, le praticien pourra suivre en confiance le poisson rencontré dans le rêve. Celui-là le conduira toujours à la nostalgie des eaux maternelles. Lorsque le rêveur, au bord de la rivière, contemple les poissons remontant le fil de l'eau, il est en mal de mère. L'appel de la source inverse les énergies et réduit l'être en s'opposant au devenir. Le poisson du fond des eaux entraîne le rêveur au cœur d'une expérience. Il le replonge au centre des émotions les plus lointaines, reconstitue les sensations premières d'un psychisme embryonnaire. Le témoin du rêve respectera la dynamique qui, derrière les images, établit les conditions de la renaissance psychologique. Le poisson du rêve est alors l'officiant du plus naturel du plus païen et du plus sacré des baptêmes.

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Littérature :

XI. Le poisson


La liberté est dans la force. Dès l’origine, à tâtons, la vie, en cherchant la force, semblait confusément rêver la future création d’un axe central qui ferait l’être un, et décuplerait la vigueur du mouvement. Les rayonnés, les mollusques, en eurent des pressentiments, en ébauchèrent quelques essais. Mais ils étaient trop distraits pour le problème accablant de la défense extérieure. L’enveloppe, toujours l’enveloppe, c’est ce qui préoccupait obstinément ces pauvres êtres. En ce genre, ils firent des chefs-d’œuvre : boule épineuse de l’oursin, conque tout à la fois ouverte et fermée de l’haliotide, enfin l’armure du crustacé à pièces articulées, perfection de la défense, et terriblement offensive ! Quoi de plus ? qu’ajoutera-t-on ? rien, ce semble.

Rien ? non, tout. Qu’il vienne un être qui se fie au mouvement, un être de libre audace, qui méprise tous ces gens comme infirmes ou tardigrades, qui considère l’enveloppe comme chose subordonnée et concentre la force en soi.

Le crustacé s’entourait comme d’un squelette extérieur. Le poisson se le fait au centre, en son intime intérieur, sur l’axe où les nerfs, les muscles, tout organe viendra s’attacher.

Fantasque invention, ce semble, et au rebours du bon sens : placer le dur, le solide, précisément à l’endroit que garde si bien la chair ! L’os, si utile au dehors, le mettre à la place profonde où sa dureté sert si peu !

Le crustacé dut en rire, quand il vit la première fois un être mou, gros, trapu (les poissons de la mer des Indes), qui, s’essayant, glissait, coulait, sans coquille, armure, ni défense ; n’ayant sa force qu’au dedans, protégé uniquement par sa fluidité gluante, par le mucus exubérant qui l’entoure, et qui, peu à peu, se fixe en écailles élastiques. Molle cuirasse qui prête et plie, qui cède sans céder tout à fait.


C’était une révolution analogue à celle de Gustave-Adolphe quand il allégea son soldat des puissantes armures de fer, ne lui couvrant plus la poitrine que d’un justaucorps de chamois, d’une peau forte, légère et souple.

Révolution hardie, mais sage. Notre poisson, n’étant plus, comme le crabe, captif d’une armure, est du même coup délivré de la condition cruelle à laquelle tenait cette armure, la mue, le danger, la faiblesse, l’effort, la déperdition énorme de force qui se fait en ce moment. Il mue peu et lentement, comme l’homme et les grands animaux. Il épargne, amasse la vie, se crée le trésor d’un puissant système nerveux, à nombreux fils télégraphiques qui vont sonner, retentir à l’épine et au cerveau. Que l’os soit absent ou très mou, que le poisson garde encore l’apparence embryonnaire, il n’en a pas moins sa grande harmonie par ce riche écheveau des filets nerveux.

Nous n’avons pas dans le poisson les faiblesses élégantes du reptile et de l’insecte, si sveltes, qu’on peut, à telles places, couper comme un fil. Il est segmenté comme eux, mais ces segments sont dessous, bien cachés et bien gardés. Il s’en aide pour se contracter sans s’exposer, comme ils font, à être aisément divisé.

Comme le crustacé, le poisson préfère la force à la beauté, et, pour cela, il supprime le cou. Tête et tronc, tout est d’une masse. Principe admirable de force, qui fait que pour couper l’eau, un élément si divisible, il frappe énormément fort, s’il veut mille fois plus qu’il ne faut. Alors c’est un trait, une flèche, la rapidité de la foudre.

L’os intérieur, qui dans la seiche apparut unique et informe, ici est un grand système un, mais très multiple, — un pour la force d’unité, — multiple pour l’élasticité, pour s’approprier aux muscles, qui, contractés, dilatés tour à tour, font le mouvement. Merveille, véritable merveille que cette forme du poisson, si compacte (à voir du dehors), et si contractable au dedans, cette carène de fines côtes si flexibles (dans le hareng, dans l’alose, etc.), où s’attachent les muscles des moteurs qui poussent d’un choc alternatif. Aussi il n’expose au dehors que des rames auxiliaires, courtes nageoires qui risquent peu, qui, fortes, piquantes et gluantes, blessent, éludent, échappent. Que tout cela est supérieur au poulpe ou à la méduse, qui présentent à tout venant de molles tentacules de chair, friand morceau pour l’appétit des crustacés ou des marsouins !

Au total, ce vrai fils de l’eau, mobile autant que sa mère, glisse à travers par son mucus, fend de sa tête, choque des muscles (contractés sur ses vertèbres, sur ses fines côtes onduleuses), enfin de ses fortes nageoires il coupe, il rame, il dirige.

La moindre de ces puissances suffirait. Il les unit toutes, — type absolu du mouvement.

L’oiseau même est moins mobile, en ce sens qu’il a besoin de poser. Il est fixé pour la nuit. Le poisson jamais. Endormi il flotte encore.

Mobile à ce point, il est en même temps au plus haut degré robuste et vivace. Partout où on voit de l’eau, on est sûr de le trouver ; c’est l’être universel du globe. Aux plus hauts lacs des Cordillères ou des montagnes d’Asie, où l’air est si raréfié, où nul être ne vit plus, là, dans une grande solitude, le poisson seul s’obstine à vivre. C’est le goujon, le poisson rouge, qui ont la gloire de voir ainsi toute la terre au-dessous d’eux. De même, aux grandes profondeurs, sous des pesanteurs effroyables, habitent les harengs, les morues. Forbes, qui divise la mer en une dizaine de couches ou étages superposés, les a trouvés tous habités, et au dernier, qu’on croit si sombre, il a trouvé un poisson muni d’admirables yeux, qui y voit par conséquent et trouve assez de lumière dans ce qui nous semble la nuit.

Autre liberté du poisson. Nombre d’espèces (saumons, aloses, anguilles, esturgeons, etc.) supportent également l’eau douce et l’eau de mer, alternent, et régulièrement vont de l’une à l’autre. Plusieurs familles de poissons ont des espèces marines et d’autres fluviatiles (exemples, les raies, les bars).

Toutefois tel degré de chaleur, telle nourriture, telle habitude, semblent les fixer, les parquer, dans cet élément si libre. Les mers chaudes sont comme un mur pour les espèces polaires, qui les trouvent infranchissables. D’autre part, ceux des mers chaudes sont arrêtés aux courants froids du cap de Bonne Espérance. On ne connaît que deux ou trois espèces de poissons cosmopolites. Peu fréquentent la haute mer. La plupart sont littoraux et n’aiment que certains rivages. Ceux des États-Unis ne sont point ceux de l’Europe. Ajoutez des spécialités de goût, qui ne les enchaînent pas absolument, mais les retiennent. La raie barbote sur la vase, et les soles aux fonds sablonneux, les cottes rampent sur les hauts-fonds, la murène se plaît sur les roches, et la perche sur les grèves, les balistes dans l’eau peu profonde sur un lit de madrépores. La scorpène, tour à tour nage et vole ; poursuivie par les poissons, elle s’élance, se soutient dans l’air, et si les oiseaux la chassent, elle plonge à l’instant dans les flots.


Le proverbe populaire : « Heureux comme un poisson dans l’eau », exprime une vérité. Dans les temps calmes, un ballon d’air, plus ou moins chargé et qui lui permet de se faire plus ou moins pesant, le fait naviguer à son aise suspendu entre deux eaux. Il va, paisible, bercé, caressé du flot, dort, s’il veut, en route. Il est tout à la fois embrassé et isolé par la substance onctueuse qui rend sa peau, ses écailles glissantes et imperméables. Son milieu est peu variable, toujours à peu près le même, pas trop froid et pas trop chaud. Quelle terrible différence entre une vie si commode et celle qui nous est départie, à nous habitants de la terre ! Chaque pas que nous faisons nous fait rencontrer des aspérités, des obstacles. La rude terre nous met des pierres au passage, nous fatigue, nous épuise, à monter, descendre, remonter ses pentes. L’air varie selon les saisons, et souvent très cruellement. L’eau, la froide pluie, pendant des nuits et des jours, tombe impitoyablement, nous pénètre, nous morfond, parfois gèle à nos cheveux, et nous entoure frissonnants des pointes aiguës de ses cristaux.

La félicité du poisson, sa bienheureuse plénitude de vie, s’expriment sous les tropiques par le luxe de ses couleurs, et se traduit dans le Nord par la vigueur du mouvement. Dans l’Océanie et la mer des Indes, ils jouent, errent et vagabondent, sous les formes les plus bizarres, les plus fantastiques parures ; ils prennent leurs ébats joyeux entre les coraux, sur les fleurs vivantes. Nos poissons des mers froides et tempérées sont les grands voiliers, les rameurs puissants, les vrais navigateurs. Leurs formes allongées et sveltes en font des flèches de vitesse. Ils peuvent en remontrer à tout constructeur de vaisseaux ; quelques-uns ont jusqu’à dix nageoires, qui, à volonté rames et voiles, peuvent être tenues toutes ouvertes, ou bien en partie pliées. La queue, merveilleux gouvernail, est aussi la principale rame. Les meilleurs nageurs l’ont fourchue ; c’est l’épine entière qui aboutit là, et qui, contractant ses muscles, fait avancer le poisson.

La raie a deux nageoires immenses, deux grandes ailes pour battre les flots. Sa queue longue, souple et déliée, est une arme pour frapper, un fouet pour fendre et diviser la densité de la lame. Mince et déplaçant si peu d’eau, filant dans un sens oblique, elle est par cela même aisément soulevée et n’a que faire de la vessie qui soutient les poissons épais. Ainsi tous ont des appareils appropriés à leur milieu. La sole est ovale, aplatie, pour se glisser dans le sable. L’anguille, pour se rouler sur les vases, prend des formes serpentines et se fait un long ruban. Les lophies, qui doivent vivre souvent accrochées aux rochers, ont des nageoires-mains qui rappellent le poisson moins que la grenouille.


La vue est le sens de l’oiseau, l’odorat celui du poisson. Le faucon dans les nuages perce du regard l’espace profond, voit le gibier presque invisible. De même, des profondeurs de l’eau, à l’odeur d’une proie tentante, la raie est avertie, remonte. Dans ce monde demi-obscur, de lueurs douteuses et trompeuses, on se fie à l’odorat, parfois au toucher. Ceux qui, comme l’esturgeon, fouillent la vase, ont le tact exquis. Le requin, la raie, la morue (avec ses gros yeux écartés), voient mal, mais flairent et sentent. Chez la raie, l’odorat est si sensible, qu’elle a un voile tout exprès pour le fermer par moment, et en annuler la puissance, qui sans doute l’importunerait et la prendrait au cerveau.

À ce puissant moyen de chasse, ajoutez des dents admirables, acérées, parfois en scie, multipliées chez quelques-uns en plusieurs rangées, au point de paver la bouche, le palais et le gosier. La langue même en est armée. Ces dents, fines, partant fragiles, en ont d’autres, derrière, toutes prêtes, si elles cassent, pour les remplacer.

Nous l’avons dit dès l’ouverture de ce second livre, il a fallu que la mer produisit ces êtres terribles, ces tout puissants destructeurs, pour combattre, guérir elle-même l’étrange mal qui la travaille, l’excès de fécondité. La Mort, chirurgien secourable, par une saignée persévérante, d’abondance immense, la soulage de cette pléthore dont elle eût été noyée. L’épouvantable torrent de génération qui s’y fait, le déluge du hareng, les milliards d’œufs de la morue, tant d’effrayantes machines à multiplier, qui, décuplant, centuplant, combleraient les océans, étoufferaient la nature, elle s’en défend surtout par l’engouffrement rapide de la machine de mort, le nageur armé, le poisson.

Beau spectacle, grand, saisissant. Le combat universel de la Mort et de l’Amour ne semble rien sur la terre lorsqu’on oppose vis-à-vis ce qu’il est au fond de la mer. Là, d’inconcevable grandeur, il effraye par sa furie, mais en regardant de plus près on le voit très harmonique et d’un surprenant équilibre. Cette furie est nécessaire. Cet échange de la substance, si rapide (à éblouir !), cette prodigalité de la mort, c’est le salut.

Rien de triste ; une joie sauvage semble régner dans tout cela. De cette vie de la mer, âprement mêlée des deux forces qui semblent se détruire l’une l’autre, ressort une santé merveilleuse, une pureté incomparable, une beauté terrible et sublime. Dans les morts et dans les vivants, elle triomphe également. Sans en faire grande différence, elle leur prête et leur reprend l’électricité, la lumière, elle en tire ce jeu d’étincelles, et cet infini d’éclairs pâles, qui, jusque sous la nuit du pôle, fait sa sinistre féerie.

La mélancolie de la mer n’est pas dans son insouciance à multiplier la mort. Elle est dans son impuissance de concilier le progrès avec l’excès du mouvement.

Elle est cent fois et mille fois plus riche que la terre, plus rapidement féconde. Elle édifie même et bâtit. Les accroissements que prend la terre (on l’a vu par les coraux), elle les tient de la mer encore ; car la mer n’est pas autre chose que le globe en son travail, en son plus actif enfantement. Elle a son obstacle unique dans cette rapidité. Son infériorité paraît à la difficulté qu’elle a (elle si riche de génération) pour organiser l’Amour.

On est triste quand on songe que les milliards et milliards des habitants de la mer n’ont que l’amour vague encore, élémentaire, impersonnel. Ces peuples qui, chacun à son tour, montent et viennent en pèlerinage vers le bonheur et la lumière, donnent à flots le meilleur d’eux-mêmes, leur vie, à la chance inconnue. Ils aiment, et ils ne connaîtront jamais l’être aimé où leur rêve, leur désir se fût incarné. Ils enfantent, sans avoir jamais cette félicité de renaissance qu’on trouve en sa postérité.

Peu, très peu, des plus vivants, des plus guerriers, des plus cruels, ont l’amour à notre manière. Ces monstres si dangereux, le requin et sa requine, sont forcés de s’approcher. La nature leur a imposé le péril de s’embrasser. Baiser terrible et suspect. Habitués à dévorer, engloutir tout à l’aveugle (animaux, bois, pierres, n’importe), cette fois, chose admirable ! ils s’abstiennent. Quelque appétissants qu’ils puissent être l’un pour l’autre, impunément, ils s’approchent de leur scie, de leurs dents mortelles. La femelle, intrépidement, se laisse accrocher, maîtriser, par les terribles grappins qu’il lui jette. Et, en effet, elle n’est pas dévorée. C’est elle qui l’absorbe et l’emporte. Mêlés, les monstres furieux roulent ainsi des semaines entières, ne pouvant, quoique affamés, se résigner au divorce, ni s’arracher l’un de l’autre, et, même en pleine tempête, invincibles, invariables dans leur farouche embrassement.

On prétend que, séparés même, ils se poursuivent encore d’amour, que le fidèle requin, attaché à ce doux objet, la suit jusqu’à sa délivrance, aime son héritier présomptif, unique fruit de ce mariage, et jamais, jamais ne le mange. Il le suit et veille sur lui. Enfin, s’il vient un péril, cet excellent père le ravale et l’abrite dans sa vaste gueule, mais non pas pour le digérer.


Si la vie des mers a un rêve, un vœu, un désir confus, c’est celui de la fixité. Le moyen violent, tyrannique, du requin, ces prises d’acier, ce grappin sur la femelle, la fureur de leur union, donnent l’idée d’un amour de désespérés. Qui sait en effet si dans d’autres espèces, douces et propres à la famille, qui sait si cette impuissance d’union, cette fluctuation sans fin d’un voyage éternel sans but, n’est pas une cause de tristesse ? Ils deviennent, ces enfants des mers, tout amoureux de la terre. Beaucoup remontent dans les fleuves, acceptent la fadeur de l’eau douce, si pauvre et si peu nourrissante, pour lui confier, loin des tempêtes, l’espoir de leur postérité. Tout au moins ils se rapprochent des rivages de la mer, cherchent quelque anse sinueuse. Ils deviennent même industrieux, et, de sable, de limon, d’herbe, essayent de faire de petits nids. Effort touchant. Ils n’ont nullement les instruments de l’insecte, merveille d’industrie animale. Ils sont dépourvus bien plus que l’oiseau. C’est à force de persévérance, sans mains, ni pattes, ni bec, uniquement de leur pauvre corps, qu’ils rassemblent un paquet d’herbes, le percent, y passent et repassent, jusqu’à obtenir une certaine cohésion (voir Coste sur les épinoches). Mais que de choses les entravent ! La femelle, aveugle et gourmande, trouble le travail, menace les œufs. Le mâle ne les quitte pas, les défend, les protège, plus mère que la mère elle-même.

Cet instinct se trouve dans plusieurs espèces, spécialement chez les plus humbles, les gobies, un petit poisson, ni beau, ni bon ; si méprisé, qu’on ne daigne pas le pêcher ; ou, pêché, on le rejette. Eh bien, ce dernier des derniers est un tendre père de famille, laborieux, qui, si petit, si faible, si dépourvu, n’en est pas moins l’architecte ingénieux, l’ouvrier du nid, et, de sa volonté seule, de sa tendresse, vient à bout de construire le berceau protecteur.

C’est pitié, cependant, de voir qu’un tel effort de cœur n’atteigne pas tout son but, que cet être soit arrêté à ce premier élan de l’art par la fatalité de sa nature. On tombe dans la rêverie. On sent que ce monde des eaux ne se suffit pas à lui-même.


Jules Michelet, La Mer, XI. Le poisson, 1875.

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"Nous sommes pareils à ces poissons retenus vifs dans la glace des lacs de montagne. La matière et la nature semblent les protéger cependant qu'elles limitent à peine la chance du pêcheur."


René Char, Feuillets d'Hypnos, n° 134, 1945.

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Dans L'Homme aux cercles bleus (Éditions Viviane Hamy, 1996) de Fred Vargas, nous faisons la connaissance avec Mathilde, un personnage particulièrement truculent qui se lie d'amitié avec un aveugle en colère :


"- Vous comprenez, Reine Mathilde, les choses profitent de ma faiblesse. Je hais les choses. Elles se dissimulent, elles se glissent entre sommier et matelas, elles font dégringoler la poubelle, elles se coincent entre les lames des parquets. J'en ai assez. Je crois que je vais supprimer les choses.

- Vous êtes moins doué qu'un poisson, dit Mathilde. Parce que les poissons qui vivent très au fond, dans le noir complet comme vous, ils se débrouillent quand même pour trouver à bouffer.

- Les poissons ne se rasent pas, dit-il. Et puis merde après tout, les poissons je m'en bats l’œil.

- L’œil, l'œil ! Vous le faites exprès ou quoi ?

- Oui, je le fais exprès. J'ai tout un répertoire d'expressions comme ça : je m'en bats l’œil, je jette un œil, je fais de l’œil, je ne vous crois pas mon œil, j'ai le mauvais œil, je garde un œil sur vous, je tourne de l’œil, j'ai mangé à l’œil, j'ai le compas dans l’œil, etc. Il y en a des milliers. J'aime les utiliser. C'est comme ceux qui mastiquent leurs souvenirs. Mais c'est vrai que je m'en bats l’œil, des poissons.

- Ça, ça arrive à beaucoup de gens. c'est vrai que les poissons, on a tendance à s'en foutre. Je peux m'asseoir sur cette chaise ?

- Je vous en prie. Et qu'est-ce que vous leur trouvez, aux poissons ?

- On se comprend, les poissons et moi. Et puis on a trente ans de vie commune, alors on n'ose plus se quitter. Si je me faisais plaquer par un poisson, je serais désorientée. Et puis je travaille avec eux, ils me font gagner de l'argent, ils m'entretiennent, si vous voulez.

- C'est parce que je ressemble à un de vos foutus poissons dans le noir que vous êtes venue me voir ?

Mathilde réfléchit.

- Vous n'arriverez à rien comme ça, conclut-elle. Vous devriez être un peu plus poissonneux justement, un peu plus souple, plus fluide. Enfin ça vous regarde, si c'est votre ambition d'en faire baver à tout le cosmos. Je viens parce que vous cherchiez un appartement, et que vous semblez le chercher toujours. Peut-être n'avez-vous pas beaucoup d'argent. Pourtant, cet hôtel est cher.

- Ses fantômes me sont également chers. mais surtout, les gens n'ont pas envie de louer à un aveugle, vous savez, Reine Mathilde. Les gens ont peur que l'aveugle ne fasse des bêtises partout, qu'il pose son assiette à côté de la table et qu'il pisse sur le tapis en croyant qu'il est dans la salle de bains.

- Tandis que moi ça m'arrange, un aveugle. Mes travaux sur l'épinoche, le grondin volant et l'ange de mer épineux surtout, m'ont payé trois appartements, les uns au-dessus des autres. La vaste famille qui occupait le premier et le troisième étage, c'est-à-cire l'Ange de mer et l’Épinoche, est partie. Moi, j'habite au deuxième, au Grondin volant. J'ai loué l'Épinoche à une drôle de dame, et j'ai pensé à vous pour occuper l'Ange de mer épineux, enfin le premier étage si vous préférez. Je ne vous le louerai pas cher.

[...]

- J'ai envie d' jeter un œil, dit Charles en souriant et en portant la main à ses lunettes. Je crois que ça me va très bien, un ange de mer épineux très sombre. Mais si je dois l'habiter, je veux connaître les mœurs de cette poiscaille, sinon mon propre appartement me prendrait pour un imbécile.

- C'est facile. Squatina aculeata, poisson migrateur, peuplant les fonds meubles côtiers de la Méditerranée. Chair assez fade, diversement appréciée. Nage comme les requins en godillant de la queue. Museau obtus, narines latérales, plus ou moins frangées. Events samples, semi-lunaires, bouche armée de dents unicuspides à base élargie et passions sur le reste. Brun marbré de sombre avec taches claires, un peu comme la moquette de l'entrée, si vous voulez.

- L'animal pourrait me plaire, Reine Mathilde.

[...]

... Alors vous pouvez bien souhaiter être rascassieux, murènoïde, gargouillard, hydreux à deux têtes, gorgonieux et tératomorphe, ça vous regarde, mon petit Charles, n'espérez pas me démonter. Moi, j'aime tous les poissons, y compris les sales poissons.

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Dans L'Homme à l'envers (Éditions Viviane Hamy, 1999) de Fred Vargas, les pensées flottantes du commissaire Adamsberg :


"Dans ce refuge précieux, Adamsberg venait griffonner de longues heures, attendant sans lever un doigt que des idées affleurent à la surface de son esprit.

C'est ainsi qu'Adamsberg cherchait des idées : il les attendait, tout simplement. Quand l'une d'elles venait surnager sous ses yeux, tel un poisson mort remontant sur la crête des eaux, il la ramassait et l'examinait, voir s'il avait besoin de cet article en ce moment, voir si ça présentait de l'intérêt. Adamsberg ne réfléchissait jamais, il se contentait de rêver, puis de trier la récolte, comme on voit ces pêcheurs à l'épuisette fouiller d'une main lourde dans le fond de leur filet, cherchant des doigts la crevette au milieu des cailloux, des algues, des coquilles et du sable. Il y avait pas mal de cailloux et d'algues dans les pensées d'Adamsberg et il n'était pas rare qu'il s'y emmêlât. Il devait beaucoup jeter, beaucoup éliminer. Il avait conscience que son esprit lui servait un conglomérat confus de pensées inégales et que cela ne fonctionnait pas forcément de même pour tous les autres hommes. Il avait remarqué" qu'entre ses pensées et celles de son adjoint Danglard existait la même différence qu'entre ce fond d'épuisette plein de fatras et l'étal ordonné d'un poissonnier. Qu'est-ce qu'il y pouvait ? Au bout du compte, il finissait pas en sortir quelque chose, si on voulait bien attendre. C'était ainsi qu'Adamsberg utilisait son cerveau, comme une vaste mer nourricière en qui l'on a placé sa confiance mais qu'on a depuis longtemps renoncé à domestiquer."

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Le poisson Ce ne fut que vers huit heures du soir, quand la nuit allait lui sauter à la gorge, comme un chat sauvage, que le pêcheur sentit soudain le froid.

Il était arrivé devant ce plan d’eau à l’aube, il n’avait pas pris le moindre poisson. Cela lui parut inquiétant. Comme tous les pêcheurs, il n’avait que peu de cervelle et peu de faculté de raisonner, mais il pensa quand même qu’il prenait toujours au moins un poisson, même dans les étangs morts que l’on prétendait peu poissonneux.

De là à penser à la poisse, il n’y avait qu’un pas. Il le franchit et s’obstina. Il ne voulait pas rentrer bredouille. Il accrocha un nouvel hameçon à sa ligne, la lança et se mit à penser. Il se demanda pourquoi il était venu là, qui lui avait indiqué cet endroit, comment il était arrivé jusque-là, pourquoi il s’obstinait, et il ne trouva pas de réponse à ses questions relativement complexes.

Il en était là quand soudain son bouchon plongea sous l’eau. Il avait enfin accroché un poisson. Un gros poisson sans doute parce qu’il n’arrivait pas à l’arracher à l’eau. Cela dura longtemps, cette lutte. Mais le poisson résistait. Et le pêcheur résistait aussi. Comme s’il avait pris dans un bloc de glaise ou de glace, relié par sa ligne à un autre bloc de glaise, l’homme se paralysait dans son geste de tirer à lui quelque chose qui ne voulait pas venir à lui et puisque le poisson ne cédait pas, il ne cédait pas non plus. Un seul fait lui importait : il avait enfin pris quelque chose alors que, depuis ce matin, il n’avait rien pris. Quelque chose d’énorme puisque ça lui résistait alors qu’il tirait de toutes ses forces.

A minuit, il tirait toujours ; Epuisé, glacé, essoufflé.

A l’aube du lendemain, alors qu’il respirait à peine, il vit enfin le poisson qu’il avait harponné. Il sortait en effet des eaux. C’était une chose translucide, apparemment molle, qui ne semblait pas avoir de contours, mais qui pesait de tout son poids alors qu’elle ne semblait pas avoir de réalité. Et l’homme tirait toujours, alors qu’il n’avait plus de force en lui.

Et il ne voyait jamais qu’une chose qui sortait peu de l’eau, de plus en plus irréelle, de plus en plus lourde comme sans cesse gorgée de plus en plus d’eau ou d’algues invisibles.

Jusqu’au moment où, soudain, il bascula en avant, vers l’eau.

On ne retrouva le pêcheur que quelques jours plus tard, noyé, boursouflé entre deux gerbes d’algues, toujours accroché à sa ligne.

Ce qu’il avait cru retirer des eaux, c’était la mort.

Pas un simple poisson.

Jacques Sternberg, « Le poisson » in Contes glacés, 2006.

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