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  • Anne

L'Eider




Étymologie :

  • EIDER, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. Ca 1200 edre « duvet » (R. de Beaujeu, Bel Inconnu, éd. G. P. Williams, 1529), attest. isolée ; 2. 1755 eider zool. (Encyclop. t. 5, p. 396b, s.v. édredon). 1 prob. de l'a. nord. aedr (De Vries Anord., p. 681a) ; 2 empr. par l'intermédiaire du lat. sc. (1655, Worm ds St. neophilol., t. 34, 1962, p. 31), à l'islandais aedur (P. Skårup, ibid., pp. 30-33).


Lire également la définition du nom eider afin d'amorcer la réflexion symbolique.




Symbolisme :


Le site https://www.couette-castex.com/ nous apprend que :


Le meilleur duvet au monde est un duvet de canard, le duvet de canard eider. Ce palmipède des contrées polaires est doté par la nature de capacités d'isolation extraordinaires grâce à son duvet unique lui permettant d'affronter baignades en eau glacée et vents violents.


DU NID À LA COUETTE

La récolte et la commercialisation du duvet d’Eider (ederdun en danois, origine du mot édredon) se pratiquent à petite échelle en seulement quelques endroits dans le monde. Cette activité traditionnelle remonte à un millénaire en Islande et à au moins trois siècles au Québec. L’Eider à duvet est la seule espèce de canard sauvage qui produit un duvet de calibre commercial. L'Islande produit 70% du duvet d'eider dans le monde, suivi par le Canada avec 18% puis le Groenland avec 6%. La Norvège, Russie et Finlande couvrent les 6% restant. Cependant le duvet d'eider ne pèse que 0.5 à 1% de la production mondiale de duvet, ce qui valide sa rareté et explique son prix très élevé.

Employé dans la fabrication de couettes haut de gamme ou de doudounes de luxe, le duvet d'eider trouve son marché dans les pays du nord de l'Europe et dans une moindre mesure en Chine et au Japon où une couette en duvet d'eider représente un puissant symbole de richesse. Les familles possédant une couette en duvet d'eider l'entretiennent avec précaution et se la transmettent en assurer sa rénovation avec une nouvelle enveloppe de couette. selon la dimension et le grammage de duvet, une couette en duvet d'eider peut coûter entre 3000 et 15000 euros. Heureusement, l'alternative d'une couette en duvet de canard ou d'oie neuf existe et c'est déjà le top du top !

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Pour en savoir plus sur la récolte du duvet d'eider, un document à lire.

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Selon Vladimir Randa, auteur d'un article intitulé "Cornus versus dentus et autres modalités d’association des animaux dans l’imaginaire inuit" (Études Inuit Studies, 41 (1-2), 51–71, 2017) :


Chez les Inugguit (Groenland du nord-ouest), un jeu pratiqué par les enfants consistait, selon Holtved (1967, 159), à désigner une série d’oiseaux par des noms de mammifères. La liste qu’il dresse contient les noms de dix oiseaux avec leurs équivalents mammifères [...] eider miteq/morse aiveq ; [...].

Holtved ne fournit aucune indication sur les circonstances dans lesquelles ce jeu était pratiqué. Il ne donne non plus d’explication que ses informateurs auraient pu lui apporter sur ces associations. On peut tout juste relever que l’eider a en commun avec le morse de plonger au fond de la mer pour ramasser des coquillages, leur principale nourriture. Dans l’Arctique central canadien, ils semblent être des équivalents lorsqu’il est question de la relativité des échelles : ceux qui sont des eiders aux yeux des nains inugarulligaarjuit deviennent des morses lorsqu’ils sont aperçus par des humains (Rasmussen 1931, 255).

[...]

Lui aussi profondément épris de son épouse la bernache (nirliq), un corbeau (tulugaq) sédentaire et terrestre finit par périr en mer à force de s’obstiner à vouloir l’accompagner dans sa migration annuelle (Rasmussen 1930b, 17-20). Il existe des variantes : le rôle de l’époux peut être tenu par le harfang (ukpik) (Rasmussen 1932, 215-216) et celui de l’épouse par l’eider (mitiq) (Saladin d’Anglure 1976, 131) ou par l’oie des neiges (kanguq) (Rasmussen 1931, 400), les deux derniers étant considérés dans la taxinomie vernaculaire comme parents (ilagiit) de la bernache. En théorie, d’autres oiseaux apparentés pourraient jouer le rôle de l’épouse migratrice.

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Contes et légendes :


Ingeborg Rabenstein-Michel auteure de "La princesse revisitée : icônes et avatars du féminin dans les Drames de princesses d’Elfriede Jelinek" (Textes et Contextes, Université de Bourgogne, Centre Interlangues TIL, 2013, Avatars du conte au XXe et XXIe siècle) rappelle que l'eider joue un rôle discret mais fondamental dans un des contes d'Andersen que je préfère :


Des contes avaient déjà pu cacher « un autre message derrière l’image lisse et sans surprise » (Piarotas 1996 : 15) qu’on a généralement d’eux. En complément des contes traditionnels analysés par Piarotas, citons l’exemple La princesse au petit pois de Hans Christian Andersen, conte d’auteur paru en 1835. Cette histoire épouse certes la trame conventionnelle du genre (malgré les obstacles, la princesse et le prince charmant se rencontrent et se marient), mais une lecture plus approfondie révèle des personnages qui ont de quoi surprendre. Le roi semble réduit à la seule fonction d’ouvrir une porte. Le prince, obsédé par l’idée d’épouser une vraie princesse (c’est-à-dire ‘une vraie jeune fille’ comme l’exige la morale du 19ème siècle) a échoué dans sa quête et l’attend dorénavant, passif, dans son château. Et surtout la princesse – elle est introduite comme telle – est pour le moins atypique. Malmenée par l’orage, trempée par la pluie, les vêtements en lambeaux, l’eau coulant dans ses chaussures et ses cheveux emmêlés pendant lamentablement, elle ne ressemble en rien à l’image attendue. Pour conclure, constatons que la reine-mère, contrairement aux belles-mères et autres marâtres de conte classiques qui ne rêvent que d’éliminer leurs supposées rivales et/ou successeures, se montre étonnamment bienveillante envers cette éventuelle future belle-fille, et accepte malgré son apparence de lui faire passer l’épreuve : les prétendantes doivent dormir dans un beau lit à baldaquin, sur vingt matelas et vingt édredons en plumes d’eider sous lesquels a été placé un seul petit pois. Le lendemain, elle est heureuse d’apprendre que cette curieuse candidate n’a pas fermé l’œil, se plaint d’avoir reposé sur quelque chose de dur et se trouve couverte de bleus … Une peau aussi sensible (qui avait en l’occurrence fait défaut aux autres jeunes filles) est considérée comme une indiscutable preuve d’authenticité. Et « le prince la prit donc pour femme, sûr maintenant d’avoir une vraie princesse » (Andersen 2005 : 92). Le petit pois, dit Andersen, fut déposé dans le cabinet des curiosités. Mais dans la dernière phrase de son conte, il laisse entendre que cette preuve indiscutable (d’authenticité / de virginité) a pu être volé… C’est sur ce constat qu’il conclut son histoire.

Nous pourrions lire La princesse au petit pois comme une variante d’un autre conte du même auteur, Le vilain petit canard, où un laid caneton finit par se transformer en un cygne majestueux. Une histoire que Bettelheim (1976 : 166) estimait ne pas être un vrai conte puisqu’elle « s’achemine vers sa conclusion, que le héros agisse ou pas, alors que dans les contes de fées, ce sont les actes du héros qui changent sa vie ». Or contrairement au petit canard, la princesse au petit pois est agissante par déplacement d’un certain nombre de caractéristiques traditionnellement réservées au masculin vers le féminin. Elle décide de tenter sa chance (elle fait preuve d’initiative). Elle n’a pas hésité à braver la tempête (elle fait preuve de courage) qui ruine sa beauté, qualité pourtant essentielle d’une princesse (elle n’est pas vaniteuse). Elle triomphe de l’épreuve (elle est victorieuse). Par inversion des représentations traditionnelles, la jeune fille/la princesse devient effectivement la vraie héroïne – et par conséquent le moteur – du conte : c’est elle qui conquiert le prince. Simple observateur6 de ce « commerce de femmes », celui-ci se soumet sans un murmure au verdict maternel pourvu qu’il lui permette de réaliser son fantasme. Notons aussi que le happy end convenu est escamoté : Andersen se contente d’annoncer le mariage.7 En modifiant les stéréotypes et les clichés, en complexifiant la dichotomie vrai-faux et en reculant sur le happy end, Andersen aura donc effectivement envoyé un autre message : les rôles peuvent s’inverser, le bonheur n’est pas garanti.

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Littérature :


Dans Voyage au centre de la terre (1864), Jules Verne fait œuvre didactique en insérant dans le récit romanesque quelques passages documentaires destinés à un jeune public :


Certes, à voir cet homme, je n’aurais jamais deviné sa profession de chasseur ; celui-là ne devait pas effrayer le gibier, à coup sûr, mais comment pouvait-il l’atteindre ?

Tout s’expliqua quand M. Fridriksson m’apprit que ce tranquille personnage n’était qu’un « chasseur d’eider », oiseau dont le duvet constitue la plus grande richesse de l’île. En effet, ce duvet s’appelle l’édredon, et il ne faut pas une grande dépense de mouvement pour le recueillir.

Aux premiers jours de l’été, la femelle de l’eider, sorte de joli canard, va bâtir son nid parmi les rochers des fjords[1] dont la côte est toute frangée. Ce nid bâti, elle le tapisse avec de fines plumes qu’elle s’arrache du ventre. Aussitôt le chasseur, ou mieux le négociant, arrive, prend le nid, et la femelle de recommencer son travail ; cela dure ainsi tant qu’il lui reste quelque duvet. Quand elle s’est entièrement dépouillée, c’est au mâle de se plumer à son tour. Seulement, comme la dépouille dure et grossière de ce dernier n’a aucune valeur commerciale, le chasseur ne prend pas la peine de lui voler le lit de sa couvée ; le nid s’achève donc ; la femelle pond ses œufs ; les petits éclosent, et, l’année suivante, la récolte de l’édredon recommence.

Or, comme l’eider ne choisit pas les rocs escarpés pour y bâtir son nid, mais plutôt des roches faciles et horizontales qui vont se perdre en mer, le chasseur islandais pouvait exercer son métier sans grande agitation. C’était un fermier qui n’avait ni à semer ni à couper sa moisson, mais à la récolter seulement.

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