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  • Anne

La Huppe




Étymologie :

  • HUPPE, subst. fém.

Étymol. et Hist. I. 1121-34 huppe ornith. (Ph. de Thaon, Bestiaire, éd. E. Walberg, 2575). II. Début xive s. hupe « touffe de plumes sur la tête de certains oiseaux » (Ovide moralisé, éd. C. De Boer, VIII, 350). I Issu, avec -h- à valeur expressive (cf. aussi le maintien du ŭ qui aurait dû évoluer normalement en ó), du b. lat. ūppa ornith. (attesté dès le ixe s. dans un ms. du Physiologus latin, v. Mél. Wilmotte, p. 502) syncope du lat. class. upupa, forme d'origine onomatopéique (FEW t. 14, p. 58 b et 59 a). II altération, sous l'infl. de huppe I, de houppe*.


Lire aussi la définition pour amorcer la réflexion symbolique.



Croyances populaires :

Selon Ignace Mariétan, auteur d'un article intitulé "Légendes et erreurs se rapportant aux animaux" paru dans le Bulletin de la Murithienne, 1940, n°58, pp. 27-62 :


A Majorque, on assure que la chair de la Huppe donne la fièvre si elle est consommée au moment des nids. Cette légende providentielle a empêché la destruction de ce charmant oiseau, encore très commun aux Baléares.




Symbolisme :

Selon le Dictionnaire des symboles (1ère édition 1969 ; Édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"Le Coran (27,20) parle de cet oiseau comme ayant joué le rôle de messager entre Salomon et la reine de Saba. Il va en découler un grand nombre de légendes.

Dans le Mantiq-ut-Taîr de Farid -od- Dîn Attar (Langage ou Colloque des oiseaux), le poète raconte que tous les oiseaux du monde partent en voyage à la recherche d'un roi. C'est la huppe qui va leur servir de guide. Elle se présente comme la messagère du monde invisible et est décrite comme portant sur la tête la couronne de la vérité. Ce voyage des oiseaux symbolise l'itinéraire mystique de l'âme, à la recherche du divin.

C'est pourquoi la Clé des Songes iranienne la présente comme un homme savant et intègre.

On raconte qu'elle était le seul oiseau qui pût indiquer les points d'eau à Salomon.

Selon la légende persane, la huppe était une femme mariée. Elle se peignait devant son miroir, lorsque son beau-père rentra sans s'annoncer. Prise de peur, elle devint oiseau et s'envola., le peigne sur la tête (d'où son nom persan : shânèser, peigne en tête.) Suivant un autre récit, c'était une honnête femme dont le mari ne valait rien ; un jour, la trouvant en train de prier, il la battit ; elle implora Dieu, qui la changea en huppe. Elle s'envola. La huppe est considérée de bon augure.

Dans le récit de l'Exil occidental de Sohrawardî, la huppe symbolise l'inspiration personnelle intérieure (voir grue couronnée).

Elle possède d'autres part de nombreuses qualités magiques. On lui retire les entrailles, on les sèche et on les porte en guise de talisman. Elles protègent contre le mauvais œil et exorcisent les sortilèges. A Tanger, on les suspend dans les boutiques comme sauvegarde contre le vol. On s'en sert pour protéger le lait et le beurre contre la magie, et pour empêcher les jnîn de venir hanter les lieux où de l'argent est enfoui et de frapper la personne qui creuse la terre pour l'en sortir. Certaines populations croient que l’œil droit d'une huppe, attaché entre les yeux d'une personne, permet à celle-ci de voir des trésors cachés dans la terre. On croit que l'oiseau lui-même est capable de percevoir ces choses ; c'est pourquoi il dit : hut, hut, hut, c'est-à-dire, là, là, là, ce qui lui a valu son nom (hadhud en arabe). Le sang de la huppe ou son cœur sont utilisés comme remèdes, ainsi que pour écrire des charmes. Elle est le symbole de l'acuité intellectuelle, qui, non seulement découvre les trésors cachés, mais préserve des embûches."

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Dans l'Encyclopédie des symboles (1989, éd française 1996) établie sous la direction de Michel Cazenave, on apprend que :


"La huppe est un oiseau migrateur des pays méditerranéens que l'on considérait souvent autrefois comme impur parce qu'il picore les larves dans le fumier, et qu'on tenait pour ennemi des abeilles. D'après les Métamorphoses d'Ovide, la huppe était à l'origine un roi de Thrace (Tereus) qui fut changé en oiseau pour ses crimes (son épouse Philomèle, qu'il poursuivait l'épée à la main, fut changée en rossignol. Dans l'Antiquité, on lui attribuait une "racine magique" connue aussi des légendes d'Europe centrale, qui pouvait ouvrir toutes les serrures, et on la rattachait à la croissance de la vigne, et donc à la production du vin. Si les bestiaires médiévaux ont largement repris les reproches adressés à la huppe, et particulièrement celui de se vautrer dans les excréments, symbolisant ainsi les hommes qui se prélassent avec obstination dans la fange de leurs péchés, ils font pourtant aussi référence à des qualités toutes contraires dont on retrouve un premier exemple dans le Physiologus pré-chrétien, où on prétend que les jeunes huppes arrachent les plumes de leurs vieux parents et lèchent leurs yeux ternis jusqu'à ce qu'ils retrouvent leur jeunesse : "De même que vous nous avez élevés lorsque nous étions jeunes, que vous vous êtes donné de la peine jusqu'à épuisement et que vous nous avez nourris, de même agirons-nous avec vous. Comment les hommes peuvent-ils être assez incompréhensifs pour ne pas aimer leurs parents qui prennent soin d'eux et les éduquent en connaissant leur cœur ?" Considérée sous cet aspect bénéfique qui rapproche la huppe du thème alchimique de la fontaine de jouvence et de l'annonce d'une restauration corporelle, qui renvoie à la notion de renaissance spirituelle, la huppe est, dans certains textes philosophiques et mystiques de l'Islam, un message spirituel envers l'homme en quête du pays réel de son âme : "Or voici que pendant une nuit de pleine lune, nous vîmes la huppe entrer par la fenêtre et nous saluer. Dans son bec, il y avait un message écrit, provenant "du côté droit de la vallée, dans la plaine bénie, du fond d'un buisson." Elle nous dit : "J'ai compris quel est le moyen de vous délivrer, et je vous apporte du royaume de Saba des nouvelles certaines." (Sohrawardi - 1155-1191 - Récit de l'exil occidental). Lorsque l'homme, à cet appel, se sera mis en route dans le pèlerinage de son âme, la huppe se révélera comme l'organe de sa hiérurgie, une typification de son "imagination créatrice" dont le pays de Saba désigne le monde où elle se déploie en même temps qu'elle le crée. Encore plus profondément, le huppe peut se transformer en Simorgh (mot venant de l'avestique Saena meregha), le mystérieux oiseau qui a son nid "au sommet de l'arbre Tuba" (Chez Attar, dans Le Langage des oiseaux), ou qui réside sur "la montagne de Qâf" (La Roseraie du mystère de Shabestari -XIIIè-XIVè siècles - ou L'Archange empourpré de Sohrawardi). Elle est alors, selon les interprétations, la réalité divine absolue en soi, ou la puissance de l'Esprit, le nom caché de l'Imâm, la vérité de la résurrection qui attend celui qui a compris la lumière de la gnose."

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :


"C'est un oiseau migrateur que l'ontrouve dnas toute l'Europe, dans les pays de l'Est, en Russie et en Afrique du Nord à partir du mois d'avril, mais qui s'envole pour l'Afrique centrale, du Sud ou de l'Inde vers la fin du mois d'août. Elle se distingue par son long bec et une huppe de plumes érectile que le mâle déploie, pendant la parade nuptiale notamment, en faisant présent à la femelle d'un vers, d'une araignée ou d'un petit lézard qui constituent la nourriture de ces oiseaux. La huppe aime à faire son nid dans les murs de pierres, parfois même dans les maisons. La femelle couve pendant deux semaines les 6 ou 7 œufs qu'elle pond à la fin du printemps, ou au début de l'été, tandis que le mâle la nourrit.

Au XIIIe siècle de notre ère, le poète mystique persan Farid-ud-Din'Attar immortalise la huppe, en en faisant l'héroïne de son récit d'un voyage entrepris par trente oiseaux qui partent à la recherche de l'Oiseau merveilleux, le Simorgh, en ayant pour guide l'in d'entre eux : la huppe ! Le récit du poète conte alors qu'au bout de leur quête, en trouvant le Simorgh, ils réalisent qu'il ne s'agit que d'eux-mêmes. Tout au long du récit, la huppe joue alors un rôle de messagère, d'intermédiaire entre le monde visible et le monde invisible, incarnation de la vérité et de la sagesse. Antérieurement à ce récit, des contes et des légendes associent la huppe au roi Salomon, dont elle était considérée comme l'attribut et le compagne."

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