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  • Anne

Le Martin-pêcheur




Étymologie :

  • MARTIN-PÊCHEUR, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1573 martin pescheur (Rob. Constantinus, Supplementum linguae latinae ds Roll. Faune t. 9, p. 114). Comp. de martin* et pêcheur*; a remplacé martinet pescheur (1553, P. Belon, Observations, I, 9, éd. 1588, p. 22 ds R. Philol. fr. t. 43, p. 195).


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.




Croyances populaires :

Selon Ignace Mariétan, auteur d'un article intitulé "Légendes et erreurs se rapportant aux animaux" paru dans le Bulletin de la Murithienne, 1940, n°58, pp. 27-62 :


Le Martin-Pêcheur avait autrefois une grande importance par suite des nombreuses légendes dont il était l'objet. On disait que sa chair est incorruptible. On le conservait suspendu dans une armoire pour en éloigner les teignes et toutes sortes d'insectes nuisibles. Il préservait de la foudre ; pendu au plafond il indiquait la direction du vent. Certaines personnes faisaient sécher le cœur et le suspendaient au cou des enfants pour les préserver de l'épilepsie.

On disait que, à l'origine, sa couleur était grise, mais que, en sortant de l'arche de Noé, il vola vers le soleil : le plumage de son dos adopta alors la teinte du ciel qui était au-dessus, tandis que les plumes du ventre, roussies par le soleil, prirent la couleur que nous leur voyons maintenant.

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Symbolisme :


Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, auteurs du Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982),


"Les martins-pêcheurs volant par couples sont, comme il est fréquent en Chine, des symboles de fidélité, de bonheur conjugal. Sensibles à leur beauté, les Chinois opposent leur noblesse et leur délicatesse à la vulgarité d'oiseaux bavards, tel le milan."

Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et 2019), Éloïse Mozzani nous propose la notice suivante :


Le martin-pêcheur, consacré à saint Jean, à saint Nicolas et spécialement à saint Martin (d'où son nom), sortit de l'arche de Noé, après le déluge, juste derrière la colombe. A cause du vent, il s'envola très haut dans le ciel et "de gris qu'il était auparavant, son plumage se colora en bleu". S'étant trop approché du soleil, "les plumes de son ventre commencèrent même à roussir et à prendre feu". Se pressant de revenir sur la terre inondée, "il eut beau regarder, l'arche avait disparu, parce que Noé l'avait démolie pour en faire une maison et des étables. Aujourd'hui encore, on le voit cherchant le long des rives s'il ne retrouvera pas l'arche ou quelques-uns de ses débris. Il a conservé sur la partie supérieure de son corps le plumage bleu de ciel qu'il a acquis dans le firmament, et son ventre est encore tout roussi par suite de l'imprudence qu'il a commise de s'approcher du soleil". Voilà l'explication merveilleuse, commune d'ailleurs, à quelques détails près, la France et à l'Angleterre, de la beauté de son plumage, doté de nombreuses vertus magiques : quiconque porte dans ses vêtements quelques-unes de ses plumes - qui, selon une croyance de jadis, détachées du corps de l'oiseau, se renouvelaient toutes seules - n'a rien à craindre sur sa vie ou sa santé ; les femmes s'en trouvaient embellies.

Les Tatars, qui vénéraient le martin-pêcheur ou alcyon, jetaient dans l'eau ses plumes, conservaient celles qui surnageaient et en touchaient la personne dont ils voulaient se faire aimer. Ils conservaient également le bec, les pattes et la peau de l'oiseau qui, utilisés en amulette, devaient leur porter chance. En Sardaigne, le martin-pêcheur protège du tonnerre.

Le martin-pêcheur, vivant ou desséché, servait surtout de girouette naturelle aux habitants des côtes et aux marins qui en embarquaient un sur leur bateau, en vertu de sa connaissance des vents. Suspendu par le bec, l'oiseau tourne toujours sa poitrine face au souffle. "C'est pour cela que Shakespeare a comparé les courtisans à l'alcyon, qui suit, dans ses mouvements, la direction des vents".

Outre ces facultés, le martin-pêcheur, qui, en couple, symbolise en Chine la fidélité et le bonheur conjugal, entretient la paix des ménages et enrichit son possesseur. Conservé dans un coffre ou pendu au plafond, il éloigne les vers, les insectes et la teigne. Cet oiseau porte-bonheur peut être cependant de mauvais augure et annoncer un échec si vous entendez son cri sur la gauche. S'il vient de la droite, vous n'avez aucun souci à vous faire pour votre travail, disent les Anglais. Les Américains, quant à eux, affirment qu'en tuer un attire le malheur.

On croyait que le martin-pêcheur desséchait les branches sur lesquelles il trouvait refuge. Il s'agit en réalité d'un penchant naturel de l'oiseau, qui apprécie de se poster sur les branches sèches des rivages pour observer les poissons qui constitueront sa nourriture.

Lorsqu'il établit son nid et couve ses œufs, il ne peut y avoir de tempête dans les environs. Cette croyance est à rapprocher du mythe de l'alcyon, oiseau fabuleux avec lequel le martin-pêcheur est souvent confondu, mais qui est identifié également à la mouette, au pétrel ou au goéland.. d'après la légende grecque, cet oiseau de mer consacré à Thétis est la métamorphose d'Alcyoné, fille du roi des vents Éole, qui ne peut se poser à terre et dont les "nids construits au bord des flots sont sans cesse détruits par les vagues : telle serait l'origine de leur cri plaintif". Jusqu'au jour où Zeus accepta d'apaiser la mer chaque année, avant et après le solstice d'hiver, pendant sept jours, permettant ainsi à l'alcyon de couver ses œufs. Cette période d'accalmie, que les Grecs avaient observée dans la mer Égée, fut appelée "jours alcyoniens". en dehors de sa couvaison, l'alcyon reste lié à la mer agitée, d'où le pronostic météorologique :

Alcyon rasant ton sillage,

Veille à ton arrimage.

Tu auras roulis et tangage.

Alcyons nommés puants

Dans leurs ailes ont le mauvais temps.

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes (Hachette Livre, 2000) :


"Comme son nom l'indique, c'est un pêcheur de premier ordre qui raffole des petits poissons. Ainsi, on le voir survolant les rivières ou les fleuves aux eaux pures et transparentes - qui, hélas, se font de plus en plus rares en Europe -, lançant son chant distinctif qui ressemble d'ailleurs plus à un long sifflement, et plongeant son très long bec dans l'eau pour attraper un poisson avec une habileté rare. Quand il n'en fait pas son déjeuner ou son dîner, le mâle l'offre à la femelle en guise de cadeau nuptial. le couple creuse son nid au bord de la rivière ou du fleuve qu'il fréquente. Durant 3 semaines environ, ils couvent ensemble leurs 6 à 8 œufs, mais il leur arrive d'avoir jusqu'à 3 nichées par saison.

Il n'est pas rare de voir ces oiseaux voler en couple. C'est sans doute ce qui a amené nos ancêtres à faire du martin-pêcheur un symbole de la fidélité conjugale, du bonheur amoureux, de la joie de vivre à deux, mais aussi de la beauté. En effet, on a surnommé le martin-pêcheur le joyau volant, à cause de ses ailes d'un bleu vert éclatant, contrastant avec le plumage roux de son torse. Ainsi, au Moyen Âge, en France comme en Angleterre, pensait-on que porter quelques plumes de martin-pêcheur étai un gage de protection providentielle. On voit donc que les Indiens ne furent pas les seuls à croire aux pouvoirs bénéfiques et protecteurs des plumes de certains oiseaux. On le nommait primitivement halcyon, emprunté au latin alcyon, lui même dérivé du mot grec alkuôn désignant un oiseau mythique. Alcyoné ou Alkuôn était, selon la légende grecque, la fille d’Éole, le roi des vents, et fut transformée en cet oiseau fabuleux. mais, pour des raisons faciles à comprendre, on l'appelait aussi plongeon. Ainsi, Jacques de Voragine nous conte comment l'halcyon ou le plongeon fut surnommé martin-pêcheur : "dans sa route, il [saint Martin] vit, sur la rivière, des plongeons qui épiaient les poissons et en régnaient quelques-uns." C'est, dit-il, la figure des démons : ils cherchent à surprendre ceux qui ne sont point sur leur garde ; ils les prennent sans qu'ils s'en aperçoivent ; ils dévorent ceux qu'ils ont saisis, et plus ils en dévorent, moins ils sont rassasiés. "Alors il commanda à ces oiseaux de quitter ces eaux profondes et d'aller dans des pays déserts." (Jacques de Voragine, La Légende dorée, Garnier-Flammarion, 1967)."

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D'après L'Alphabet des Oiseaux de Robert-Régor Mougeot :


"Pêchant dans les eaux non polluées des rivières, ses plumes chatoyantes sont splendides ; le dos bleu turquoise pâle, aux reflets métallisés, est étincelant à la lumière ; son ventre est roux. Petit et discret, depuis son perchoir sur la berge, un aulne ou un osier d’observation surplombant l’eau, il plonge, avec rapidité sur les petits poissons. Son vol est élégant ; son cri sonore est typique : tiiiht (t’es I, par l’Esprit sur terre).

Cet oiseau sédentaire et solitaire est d’une grande délicatesse et d’une grande noblesse. Vivant fidèlement en couple, les martins-pêcheurs creusent un tunnel au bord de l’eau ; ils sont le symbole de la fidélité et du bonheur conjugal. Primitivement, martinet-pêcheur, au XVIe siècle.


Pour le décryptage de Martin, voir Martinet*.

Pêcheur : Paix (P) de l’humain (E) ouvert au ciel (^) qui ouvre sa bulle (C) à l’Esprit (H) ou (U) chose (R).


L’Halcyon à gorge blanche est le plus connu des martins-pêcheurs. Alcyoné, fille d’Eole, le dieu du vent, fut métamorphosée en cet oiseau beau et mélancolique : « Pleurez, doux alcyons, pleurez … », chantait le poète André Chénier qui lui prêtait sa mélancolie.


Halcyon : Le Ciel sur la Terre (H) manifeste (A) le plan physique (L) ouvert (C) à l’androgynie (Y) dans la totalité (O) de son énergie (N).

L’orthographe Alcyon est réductrice."

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Littérature :

Le Martin-Pêcheur


Quand Martin, Martin, Martin

Se lève de bon matin, Le martin pêcheur Se réveille de bonne heure. Il va pêcher le goujon Dans le fleuve, auprès des joncs, Se régale d'alevins, Boit de l'eau mais pas de vin. Puis Martin, Martin, Martin Va dormir jusqu'au matin. Je souhaite de grand cœur Devenir martin-pêcheur.


Robert DESNOS, Chantefables et Chantefleurs, 1952.

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Dans son ouvrage poétique La Grande Vie (Éditions Gallimard, 2014) Christian Bobin évoque très souvent la nature et sa beauté sacrée. Ici, le martin-pêcheur :


Je n'ai pas oublié le martin-pêcheur que j'ai vu plonger dans la rivière au-dessus de laquelle était l'auberge où je mangeais. Cet oiseau fou m'avait par sa vision sauvé du désespoir de voisins de table qui parlaient affaires. Les apôtres ont dû connaitre avec le Christ cette apparition salvatrice du martin-pêcheur. Cela ne changeait rien et cela changeait tout. Rien ne distingue la fin du monde et un repas d'affaires. Les hommes fermés riaient. Leurs yeux luisaient comme des pierres. Ils n'avaient rien vu de l'ange plongeur.


L'oiseau a rejailli si vite de l'eau verte que des années plus tard mon cœur en est trempé.


Les oiseaux sont les derniers chrétiens.

Dans Quand sort la recluse (Éditions Viviane Hamy, 2017) de Fred Vargas, on peut lire :


"Pourquoi Veyrenc pensait-il que la bulle "Martin-Pécherat" n'était pas réglée ? Il avait été si satisfait de pouvoir la rayer de la liste. Il réfléchit au martin-pêcheur. De cet oiseau, il ne savait que deux choses : il était orange et bleu et avalait les poissons dans le sens des écailles, pour ne pas se blesser. Rien à tirer de lui pour l'enquête. Les bulles restaient inertes quand il y pensait. A l'exception du mot "oiseau", qui faisait sans cesse vibrer quelque chose. Bien sûr, il y avait tant de pigeons là-dedans. Il se redressa et nota dans son carnet : "Oiseau".

- Qu'écris-tu ? demanda Veyrenc.

- J'écris "Oiseau".

- Comme tu veux."

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