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  • Anne

Le Martin-pêcheur





Étymologie :

  • MARTIN-PÊCHEUR, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1573 martin pescheur (Rob. Constantinus, Supplementum linguae latinae ds Roll. Faune t. 9, p. 114). Comp. de martin* et pêcheur*; a remplacé martinet pescheur (1553, P. Belon, Observations, I, 9, éd. 1588, p. 22 ds R. Philol. fr. t. 43, p. 195).


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.




Symbolisme :


Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, auteurs du Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982),


"Les martins-pêcheurs volant par couples sont, comme il est fréquent en Chine, des symboles de fidélité, de bonheur conjugal. Sensibles à leur beauté, les Chinois opposent leur noblesse et leur délicatesse à la vulgarité d'oiseaux bavards, tel le milan."

Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes (Hachette Livre, 2000) :


"Comme son nom l'indique, c'est un pêcheur de premier ordre qui raffole des petits poissons. Ainsi, on le voir survolant les rivières ou les fleuves aux eaux pures et transparentes - qui, hélas, se font de plus en plus rares en Europe -, lançant son chant distinctif qui ressemble d'ailleurs plus à un long sifflement, et plongeant son très long bec dans l'eau pour attraper un poisson avec une habileté rare. Quand il n'en fait pas son déjeuner ou son dîner, le mâle l'offre à la femelle en guise de cadeau nuptial. le couple creuse son nid au bord de la rivière ou du fleuve qu'il fréquente. Durant 3 semaines environ, ils couvent ensemble leurs 6 à 8 œufs, mais il leur arrive d'avoir jusqu'à 3 nichées par saison.

Il n'est pas rare de voir ces oiseaux voler en couple. C'est sans doute ce qui a amené nos ancêtres à faire du martin-pêcheur un symbole de la fidélité conjugale, du bonheur amoureux, de la joie de vivre à deux, mais aussi de la beauté. En effet, on a surnommé le martin-pêcheur le joyau volant, à cause de ses ailes d'un bleu vert éclatant, contrastant avec le plumage roux de son torse. Ainsi, au Moyen Âge, en France comme en Angleterre, pensait-on que porter quelques plumes de martin-pêcheur étai un gage de protection providentielle. On voit donc que les Indiens ne furent pas les seuls à croire aux pouvoirs bénéfiques et protecteurs des plumes de certains oiseaux. On le nommait primitivement halcyon, emprunté au latin alcyon, lui même dérivé du mot grec alkuôn désignant un oiseau mythique. Alcyoné ou Alkuôn était, selon la légende grecque, la fille d’Éole, le roi des vents, et fut transformée en cet oiseau fabuleux. mais, pour des raisons faciles à comprendre, on l'appelait aussi plongeon. Ainsi, Jacques de Voragine nous conte comment l'halcyon ou le plongeon fut surnommé martin-pêcheur : "dans sa route, il [saint Martin] vit, sur la rivière, des plongeons qui épiaient les poissons et en régnaient quelques-uns." C'est, dit-il, la figure des démons : ils cherchent à surprendre ceux qui ne sont point sur leur garde ; ils les prennent sans qu'ils s'en aperçoivent ; ils dévorent ceux qu'ils ont saisis, et plus ils en dévorent, moins ils sont rassasiés. "Alors il commanda à ces oiseaux de quitter ces eaux profondes et d'aller dans des pays déserts." (Jacques de Voragine, La Légende dorée, Garnier-Flammarion, 1967)."

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D'après L'Alphabet des Oiseaux de Robert-Régor Mougeot :


"Pêchant dans les eaux non polluées des rivières, ses plumes chatoyantes sont splendides ; le dos bleu turquoise pâle, aux reflets métallisés, est étincelant à la lumière ; son ventre est roux. Petit et discret, depuis son perchoir sur la berge, un aulne ou un osier d’observation surplombant l’eau, il plonge, avec rapidité sur les petits poissons. Son vol est élégant ; son cri sonore est typique : tiiiht (t’es I, par l’Esprit sur terre).

Cet oiseau sédentaire et solitaire est d’une grande délicatesse et d’une grande noblesse. Vivant fidèlement en couple, les martins-pêcheurs creusent un tunnel au bord de l’eau ; ils sont le symbole de la fidélité et du bonheur conjugal. Primitivement, martinet-pêcheur, au XVIe siècle.


Pour le décryptage de Martin, voir Martinet*.

Pêcheur : Paix (P) de l’humain (E) ouvert au ciel (^) qui ouvre sa bulle (C) à l’Esprit (H) ou (U) chose (R).


L’Halcyon à gorge blanche est le plus connu des martins-pêcheurs. Alcyoné, fille d’Eole, le dieu du vent, fut métamorphosée en cet oiseau beau et mélancolique : « Pleurez, doux alcyons, pleurez … », chantait le poète André Chénier qui lui prêtait sa mélancolie.


Halcyon : Le Ciel sur la Terre (H) manifeste (A) le plan physique (L) ouvert (C) à l’androgynie (Y) dans la totalité (O) de son énergie (N).

L’orthographe Alcyon est réductrice."

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Littérature :

Le Martin-Pêcheur

Quand Martin, Martin, Martin

Se lève de bon matin, Le martin pêcheur Se réveille de bonne heure. Il va pêcher le goujon Dans le fleuve, auprès des joncs, Se régale d'alevins, Boit de l'eau mais pas de vin. Puis Martin, Martin, Martin Va dormir jusqu'au matin. Je souhaite de grand cœur Devenir martin-pêcheur.


Robert DESNOS, Chantefables, 1970 (posthume)

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Dans son ouvrage poétique La Grande Vie (Éditions Gallimard, 2014) Christian Bobin évoque très souvent la nature et sa beauté sacrée. Ici, le martin-pêcheur :


Je n'ai pas oublié le martin-pêcheur que j'ai vu plonger dans la rivière au-dessus de laquelle était l'auberge où je mangeais. Cet oiseau fou m'avait par sa vision sauvé du désespoir de voisins de table qui parlaient affaires. Les apôtres ont dû connaitre avec le Christ cette apparition salvatrice du martin-pêcheur. Cela ne changeait rien et cela changeait tout. Rien ne distingue la fin du monde et un repas d'affaires. Les hommes fermés riaient. Leurs yeux luisaient comme des pierres. Ils n'avaient rien vu de l'ange plongeur.


L'oiseau a rejailli si vite de l'eau verte que des années plus tard mon cœur en est trempé.


Les oiseaux sont les derniers chrétiens.

Dans Quand sort la recluse (Éditions Viviane Hamy, 2017) de Fred Vargas, on peut lire :


"Pourquoi Veyrenc pensait-il que la bulle "Martin-Pécherat" n'était pas réglée ? Il avait été si satisfait de pouvoir la rayer de la liste. Il réfléchit au martin-pêcheur. De cet oiseau, il ne savait que deux choses : il était orange et bleu et avalait les poissons dans le sens des écailles, pour ne pas se blesser. Rien à tirer de lui pour l'enquête. Les bulles restaient inertes quand il y pensait. A l'exception du mot "oiseau", qui faisait sans cesse vibrer quelque chose. Bien sûr, il y avait tant de pigeons là-dedans. Il se redressa et nota dans son carnet : "Oiseau".

- Qu'écris-tu ? demanda Veyrenc.

- J'écris "Oiseau".

- Comme tu veux."

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