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  • Anne

Le Rocher



Étymologie :

  • ROC, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. Ca 1470 « rocher » (George Chastellain, Chronique, éd. Kervyn de Lettenhove, t. 1, p. 278) ; 2. fig. 1626 « se dit d'une personne insensible » (Hardy, Triomphe d'amour, 180 ds IGLF). Forme masc. de roche*.

  • ROCHE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. a) Fin xe s. « bloc considérable de pierre très dure, en masse ou isolée » (Passion, éd. d'Arco Silvio Avalle, 323) ; b) 1553 « appui, refuge (terme biblique) » (Bible de l'imprimerie Gérard, Samuel, 22, 3) ; c) av. 1573 cœur de roche « dur, insensible » (Jodelle, Œuvres, I, 168 ds IGLF) ; 1587 [éd.] « chose ferme, inébranlable » (Malherbe, Les Larmes de Saint Pierre imitées du Transille, 74 ds Œuvres, éd. L. Lalanne, t. 1, p. 7 : cette roche de foi) ; d) 1690 eau de roche (Fur., s.v. eau) ; 1690 fig. clair comme de l'eau de roche (Fur.) ; 2. a) 1178 « pierre (matériau utilisé dans la construction d'un mur) » (Renart, éd. M. Roques, 3326) ; b) ca 1210 « caverne, grotte » (Guiot de Provins, Bible, 1885 ds T.-L.) ; c) ca 1245 roce « château fort bâti sur une roche, citadelle » (Philippe Mousket, Chronique, éd. Reiffenberg, 17039) ; d) 1269 roke « carrière de pierres » (doc. de Tournai ds Gdf.) ; 3. a) 1677 cristal de roche (Miege) ; b) 1683 turquoise de vieille roche (Inventaire gén. du mobilier de la Couronne sous Louis XIV, éd. J.-J. Guiffrey, t. 1, p. 198) ; 1690 « matière pierreuse contenant des pierres fines » (Fur.) ; d'où fig. 1653 Dieu de la vieille roche (Scarron, Virgile travesti, VII, 287a ds Richardson) ; c) 1690 « borax impur » (Fur.) ; d) 1691 roche de feu (Ozanam) ; 1736 roche à feu (Aubin) ; e) 1749 « substances minérales considérées en masse (terme de minér.) » (Buffon, Théorie de la terre ds Hist. nat. t. 1, p. 330) ; 1776 « granit » (Valm.) ; 1779 « pierre la plus dure d'une carrière » (Saussure, Voyages dans les Alpes, t. 1, p. 98 ds Brunot t. 6, p. 602) ; 1835 pierre de roche (Ac.). Représente un type rocca, d'orig. inc., sans doute prélat. (d'où aussi l'ital. dialectal rocca, le cat. et l'esp. roca et l'it. roccia empr. au fr.).

  • ROCHER, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1140 rochier « masse de pierre à fleur de terre » (Geffrei Gaimar, Hist. des Anglais, éd. A. Bell, 5616) ; b) av. 1558 estre un rocher de foy et de constance (Mellin de Saint-Gelais, Œuvres, éd. P. Blanchemain, t. 1, p. 211) ; 1601 ferme comme un rocher (en parlant d'un homme) (Montchrestien, Hector ds Tragédies, éd. L. Petit de Julleville, p. 15) ; c) 1560 littér. le rocher de mon cœur (J. Grevin, L'Olympe ds Théâtre complet et poés. choisies, éd. L. Pinvert, p. 290 et 304) ; 1579 cœur de rocher « personne dure, insensible » (Garnier, La Troade, 1601 ds Tragédies, éd. W. Foerster, II, p. 135) ; 1583 estre un rocher « se dit d'un homme dur, insensible » (Id., Les Juifves, 977, ibid., III, p. 132) ; 1694 parler aux rochers « s'adresser à des gens insensibles » (Ac.) ; d) 1560 « appui, refuge (terme biblique) » (Bible de l'imprimerie Rebul, Psaumes, 144, 1) ; 2. a) av. 1577 « écueil, récif » (R. Belleau, Œuvres, II, 373 ds IGLF); b) alpin. 1883 « paroi rocheuse » (Annuaire du Club alpin fr. Année 1882, p. 127 ds Quem. DDL t. 27); 1897 faire du rocher « escalader des parois de pierre (p. oppos. aux escalades qui se font dans la neige ou sur la glace) » (R. alpine, loc. cit.) ; 3. a) 1599 « décoration de table simulant une montagne » (Havard) ; b) 1690 rocher de confiture « filets d'écorce de citrons ou d'oranges confits, disposés pour imiter une rocaille » (Fur.) ; 1904 pâtiss. (Nouv. Lar. ill.) ; c) 1694 rocher d'eau « fontaine imitant un rocher d'où sort une source » (Corneille) ; d) 1721 rocher des philosophes « fourneau chimique » (Trév.) ; e) 1765 anat. (Encyclop.) ; f) 1765 « masse de mousse qui s'étend sur la bière quand elle commence à fermenter » (ibid.). Dér. de roche*.


Lire aussi les définitions de roc, roche et rocher pour amorcer la réflexion symbolique.

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Symbolisme :


D'après Annie Pazzogna, auteure de Totem, animaux, arbres et pierres, mes frères, Enseignement des Indiens de Plaines, (Le Mercure Dauphinois, 2008, 2012 et 2015),


"Dans son inertie, le Rocher (Inyan) représente la sagesse de celui qui ne déplore pas le passé, n'aspire pas à l'avenir mais vit le présent en plénitude.

Inyan est la primordialité, la source de tout être, et à ce titre est révéré comme le Grand-Père de tous les Grands-Pères, Tunkasila.

Dans les tout premiers instants, l'immense Roc flotta, tout doux, dans l'Univers. Wi, le jeune Soleil souffla un vent de particules qui l'arracha à son élément primitif.

Un feu intérieur anima le Rocher, qui, par des fissures et des éruptions volcaniques cracha de l'hydrogène, de l'oxyde de carbone, de l'azote et constitua, de ce fait, une nouvelle atmosphère.

Un brutal refroidissement apporta une condensation formatrice d'océan, "Inyan perdit son fluide, son énergie première. Il devint dur pour Maka la Terre."

Le rayonnement ultra-violet, les impacts des météorites "les messagères célestes" ou la foudre engendrèrent la vie. Il fallut un milliard d'années pour que des algues microscopiques s'accrochent à un littoral et libèrent par photosynthèse de l'oxygène. Puis vinrent des lichens qui l'attaquèrent par leur acidité. Le roc s'effrita peu à peu, devint sable. Sa substance allégée manifesta qu'il s'était donné en entier, bien que gardant intacte son essence.

Des millions d'années plus tard, les mousses colonisèrent les rivages ainsi que les champignons qui enrichirent le sol en séchant au soleil. La vie habitait les eaux.

Des fougères et des prêles pointèrent leur nez. Le premier arbre enfin, il y a près de quatre cent millions d'années s'enracina dans la pierre qu'il fouilla, la brisant peu à peu, transformant chimiquement ce qui était solide en plus mou. Il couvrit rapidement la Terre alors rassemblée en un continent unique.

Certaines espèces de poissons moururent, d'autres gagnèrent la terre ferme.

Un excès d'oxygène favorisa le développement d'insectes gigantesques et la végétation se diversifia. Les terres dérivèrent. Ce morcellement est en constante expansion.

Maka la terre passa par des stades de chaleur intense où son soleil interne, contenant des métaux lourds, expectora en poussées tectoniques ou volcaniques et par des périodes glaciaires et sédimentaires emprisonnantes. Les pôles basculèrent.

Les os de pierre de "Unhcegila le dinosaure", se retrouvent, entre autres, dans les Badlands du Sud Dakota, ce lieu étrange et inquiétant hérissé de pics terreux, rayés de rose, pétris par le vent, dont les formes changent avec la pluie. Les montagnes se soulevèrent, l'eau , le sable sculptèrent, forgèrent des labyrinthes de gorges, de grottes à coups de boutoirs ou au goutte à goutte.

Témoin du temps

Bien des pierres, par leur forme naturelle véhiculent des légendes où se mêlent réalité et fantastique. Certains lieux sont sacrés car l'histoire s'y inscrit en pétroglyphes naturels depuis la nuit des temps. Des hommes médecine viennent encore les lire tous les solstices d'été. Painted Rocks dans le Montana est un de ces endroits où même la bataille de la Little Big Horn en 1876 était inscrite à même la falaise.

La pierre, ce témoin, fut très tôt le support des humains et de leurs actes profane et sacré qui ne faisaient qu'un à l'aube de l'humanité. Les fresques cavernicoles rappellent que le spirituel se situait au cœur du roc et que l'animal portait la vie et son étincelle. Les lances ou flèches qui le transperçaient parfois, symbolisent les mystères de la fécondité ainsi que les ténèbres illuminées.

L'étincelle pouvait aussi jaillir lors de la friction de deux silex. La taille des pointes de flèches et des outils confortait la vie physique.

Plus tard, des hommes surent où poser des mégalithes sur les nœuds telluriques ; ils vinrent se soigner ou prier en employant des circumambulations appropriées. Par sa forme, un rocher pouvait, loi des signatures, être affecté à des thérapeutiques particulières.

Menhirs, dolmens, cromlechs, allées couvertes... tous manifestent d'un passé riche de connaissance. Les pierres gravées indiquent, par leurs spirales, le voyage du défunt ou du vivant selon l'orientation ainsi que le clair chemin du cœur qui permet la libération. Les alignements pouvaient être repère astronomique, observatoire.

Par la taille de la pierre, qui est "affinement de l'être", l'homme chercha à s'élever vers le divin. Il érigea des temples ou des demeures d'éternité.


Beauté et richesse

Les pierres, œuvre alchimique de notre Terre, contiennent la beauté de la création et son mystère. Toucher un cristal, la pierre précieuse ou celle du chemin apaise, rassure, les regarder est une joie toujours renouvelée. Toutes ont un langage et par leur tessiture, leurs couleurs guérissent tous les corps. Ce sont elles qui choisissent de nous contacter pour nous offrir leur protection.

Les qualités rares et spécifiques des minéraux furent recherchées de tous temps. L'homme dit primitif en usa selon des besoins parcimonieux. L'ère industrielle et des besoins induits balayèrent toute retenue. Dynamitée, arrachée, concassée dessus, dessous les sols, la pierre connaît tous les outrages. Aspirés sont aussi les liquides fossiles tant convoités.

Dans l'Antiquité, la fascination de l'or fut liée à sa couleur : celle du Soleil ; d'autre part, inaltérable, il est malléable. Il attira des populations occidentales loin de leur lieu d'origine et occasionna des massacres tragiques, car "qui possède l'or acquiert ce qu'il désire". Il est de nos jours "l'étalon-repère".

Lors des "ruées vers l'or", des montagnes entières comme les Black Hills, furent fouillées, défigurées ou disparurent. Comme disparaissent en permanence les immenses richesses "fabriquées" avec patience dans les flancs de notre planète. Ces richesses minières sont souvent situées dans des endroits sacrés pour les natifs. Les Anciens, méditant auprès de structures magiques modelées par les éléments, ignoraient le verbe "vendre". le mot "respect" avait alors tout son sens."

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Symbolisme celte :


David Delnoy, dans La Géographie mythique des Celtes. (Bulletin de l'Association Scientifique Liégeoise pour la Recherche Archéologique, 2015) :


De la roche

Au travers de la roche, surgit l'instant d'éternité de l'Autre-Monde. La valeur atemporelle liée à ce matériau apparaît comme un lieu commun au sein des cultures, des mégalithes à nos pierres tombales. L'ancien mythe indo-européen de la Création expose la double nature de l'homme.

à suivre




Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


"Dans son approche des images de la matière minérale, le chercheur doit sans cesse se garder des dérives qui menacent son effort. Avant d'aborder le monde de la pierre, il doit ancrer solidement son investigation au mot qu'il a choisi d'étudier. Que sa vigilance se relâche le moindrement et l'observation devient méditation, l'objectivité cède sous l'influence de la pensée imaginante.

Le caillou n'est pas le galet, le galet n'est pas le rocher, le rocher n'est pas la pierre, la pierre n'est pas le pic, le pic n'est pas la montagne, la montagne n'est pas la pyramide ! Mais chacune de ces images contient une partie de toutes les autres. La réflexion glisse insidieusement de l'une à l'autre, convaincue qu'une nature matérielle commune justifie toutes les aventures dans la déclinaison de la rêverie minérale. Le penseur s'expose au même risque que le poète : celui de déployer une imagination juste en se trompant d'image.

Penser le rocher en se représentant un pic montagneux engage aussitôt dans une dialectique de la verticalité. Une cime agressive griffant le ciel appelle un complément d'abîme. Méditer sur le rocher en se référant au mythe de Sisyphe oblige à disserter sur la pesanteur. Paul Diel y voit la conséquence d'une exaltation de la tâche.

Devant le rocher du rêve, même si de telles valeurs de l'image sont parfois perceptibles, on se sent contraint d'orienter l'interprétation sur un axe différent. Le rocher, dans l'imaginaire spontané, n'a pas l'orgueilleuse ambition du pic solitaire, dressé dans un air glacé qui ne convient qu'à l'aigle. Il n'a pas la dureté du roc qui prête une intention hostile au monde minéral. Il n'a pas la volonté écrasante de la pierre pesante, symbole nietzschéen de la chute.

Le rocher du rêve est un témoignage de la nature féminine d'un monde premier, dans lequel les règnes végétal et animal n'étaient encore qu'à l'état potentiel. Le rocher imaginé renvoie systématiquement à la mer originelle. Il invite à la plongée dans la mer. Les images reçues au fils des scénarios autorisent à dire qu'il s'offre comme un lieu symbolique de retour dans la mère. La vocation du rocher dans le rêve est de s'ouvrir. S'ouvrir pour dévorer, s'ouvrir pour accueillir, s'ouvrir pour enfanter. Avant d'être pierre, avant d'être pic, avant d'être poids, la roche est cavité, grotte, caverne, ouverture vivante.

L'analyse des corrélations est saisissante : elle dessine une composition d'aurore du monde, où seul le bruit de la vague ruisselant sur la roche rompait le silence. Un tableau d'où seraient bannis couleurs, personnages, astres, formes et sentiments ne peut être perçu par un regard logique. Il ne se dévoile qu'au cœur du plus intime des rêves : celui de la profondeur maternelle.

Gaston Bachelard, toujours à l'affût des valeurs philosophiques dissimulées dans la rêverie poétique, rassemble aisément, dans son étude sur l'imagination minérale, des images littéraires de rochers lourds, de rochers agressifs, de rochers orgueilleux. Mais l'auteur revient sans cesse aux images de la roche vivante, animée, livrée à la vision transformante, toujours disponible pour encourager les fantasmes de dévoration. G. Bachelard admet péremptoirement les valeurs maternelles qui inspirent la rêverie rocheuse. Sous on œil exercé, le Sphinx lui-même sacrifie l'énigme millénaire de son sourire fermé, pour ouvrir une bouche géante qui s'offre à la pénétration. Le Sphinx et la pyramide s'opposent au sable. La roche taillée de main d'homme, l'édifice érigé au prix d'une énergie démesurée, trahissent l'immense rêve de pérennité, de permanence, de fixité, qui hante l'esprit humain depuis son origine. Le sable, c'est l'évolution, la disponibilité pour les métamorphoses, l'acceptation de l'éphémère. Placée dans cette perspective, la pierre taillée peut être interprétée comme un symbole de l'immuable, de la stabilité.

La lecture des rêves dans lesquels apparaît le rocher ne dispose pas à donner à ce symbole un sens identique. Au regard de l'expérience clinique, cette extension, que nous avons affirmée, après d'autres analystes, paraît abusive. Plus on accumule les informations oniriques concernant les différentes états de la pierre : galets, roches, pics ou montagnes, plus on est amené à reconnaître à ceux-là une aptitude commune à nourrir les métaphores de la mère, terrestre ou cosmique. De même que les galets composent un chemin conduisant le rêveur ou la rêveuse à leur mère, le rocher creux répond au désir du retour à cette préhistoire individuelle qu'est le temps de la gestation. Nul havre ne justifie plus que le ventre maternel le nom de port d'attache. Si longue soit-elle, l'amarre qu relie chaque personne à sa mère semble ne jamais devoir se rompre. Qui dira en toute certitude le sens de l'attraction maternelle ? Tel rêve exprime le besoin d'une retour au stade fœtal pour se donner à renaître. Tel autre se laisse traduire par la recherche d'un lieu protégé, d'un lieu d'apaisement. Souvent, l'analyste est conduit à soupçonner le désir de dissolution des engrammes traumatiques datant de la gestation. revenir dans la mère peut représenter un élan dirigé vers le rétablissement d'une relation positive à l'image maternelle. La grotte, lieu d'un retour à la terre-mère, peut encore entrer en résonance avec ce que Freud désignait comme l'instinct de mort.

C'est en observant l'ensemble des éléments d'un scénario que le praticien déterminera la version qui lui paraît correspondre le mieux au stade actuel de la cure. Plutôt que de le suivre dans sa délicate enquête, nous souhaitons montrer que le rocher du rêve, loin d'être un minéral blessant, peut revêtir la douceur d'une muqueuse, que la roche onirique révèle une surprenante aptitude à l'animation, qu'elle sait engloutir, protéger, enfanter...

Denise : "... C'est une énorme gueule d'hippopotame... je suis debout, entre les dents... je pense à un puits très profond, dans lequel je plonge... et je nage dans la mer ! Je nage à la surface de l'eau... un crocodile nage à côté de moi... c'est maintenant une grotte, sous la mer... c'est sans issue... je monte sur le rocher le long des parois... je cherche une issue... je n'ai plus peur... d'ailleurs, ce n'est plus de la roche... c'est doux, c'est agréable, c'est comme du velours..."

Une séquence du septième rêve de Brigitte, reprise dans l'article consacré au loup, laisse transparaître la symbolique de renaissance : "... Ce sont des rochers noirs, incurvés... ça ressemble à la gueule d'un loup... oh ! oui... je descends dans la gueule du loup... je vais jusqu'au cœur, ce n'est plus dur du tout, les parois sont molles... mais c'est devenu très étroit... si étroit que je ne peux plus descendre plus bas... mais il faut que je sorte ! Je me bats avec les parois pour les élargir... je pousse pour les élargir... j'arrive dans un espace rempli d'eau... c'est un lac souterrain mais c'est sans issue de nouveau, alors je casse la paroi pour sortir et je me retrouve dans la mer... et je me retrouve dans une caverne... il y a un taureau dans cette caverne..."

Le crocodile de Denise, le taureau de Brigitte ne sont pas des images accidentelles. La grotte-ventre est presque toujours un lieu habité, par un animal le plus souvent : crocodile, taureau, crabe, murène, congre, requin, hérisson, minotaure, mais aussi quelquefois par un petit vieillard gesticulant. Dans les articles consacrés à la grotte et au crocodile nous tentons d'élucider ces manifestations.

Patrice produit des images singulières de la roche animée : "... je vois un phare, posé sur le rocher, sur un promontoire, tout est blanc... le phare sort du promontoire, le rocher sort de l'eau... c'est comme si le rocher était la bouche d'un poisson et qu'il crache ce phare !... C'est une gerbe d'eau, une énorme fontaine en pleine mer..."

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Nous avons suffisamment établi le rocher dans son essence féminine, dans son rôle maternel premier, pour reconnaître que, dans l'univers onirique, se dressent aussi quelques rochers durs, sur lesquels la mer vient se briser. Ceux-là se prêtent à toutes les métaphores de la mer en colère, de la mer agitée. Ils ne font d'ailleurs l'objet que d'assez brèves évocations. Ils participent à la dynamique du rêve mais ils ne l'inspirent pas.

Dans un pourcentage très élevé de scénarios, le rocher imaginé est un rocher marin, noir, fréquenté par ces hôtes redoutables dont nous avons donné ci-dessus l'énumération. C'est encore le point d'attache de l'algue et le lieu de séjour des sirènes.

Le praticien qui accueille des images de rocher se souviendra qu'il observe un symbole présent dans plus de 15% des scénarios et qui peut, de ce fait, apparaître comme un simple complément de décor, à la signification secondaire. Si le rêve confie au rocher un rôle actif, l'investigation se dirigera vers l'état de la relation à l'image maternelle.

A partir de cette orientation très générale, l'interprète devra se disposer à décliner les très nombreuses variations dont elle peut avoir chargé la problématique, depuis les conséquences les plus directes liées aux culpabilités œdipiennes, jusqu'aux résultantes du second degré comme les inhibitions entravant l'expression de l'anima.

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Mythologie :


Paul Berret, dans Sous le signe des Dauphins, Contes et légendes du Dauphiné (Éditions des Régionalismes, 2008/2010) fait un parallèle entre la mythologie grecque, en particulier le mythe de Niobé et celle du Dauphiné :


"Brusquement, là-haut, les Trois-Pucelles surgirent. Une traînée de brouillard attardé s'accrochait à leur cime et pendit un instant, pareille à quelque voile léger glissant d'un hennin.

Les trois-Pucelles étaient là, debout, devant moi, dans la gaine de leurs longues robes de pierre, immobiles et muettes, et sous le ciel maintenant plus clair, je voyais les gouttelettes de la brume glisser et ruisseler comme des larmes le long de leur visage embué.

Invinciblement je songeais à Niobé pleurant, elle aussi, sous le ciel de Grèce, au sommet du mont Sipyle :


Comme un grand corps, taillé par un main habile,

La pierre te saisit d'une étreinte immobile.

Des pleurs marmoréens ruissellent de tes yeux...

Non, jamais corps divins, dorés par le soleil,

Dans les cités d'Hellas jamais blanches statues,

De grâce et de jeunesse et d'amour revêtues

N'ont valu...

Ces bras majestueux par la douleur brisés

Ces corps où la beauté, cette flamme éternelle,

Triomphe de la mort et resplendit en elle.


Quelle est, me disais-je, l'origine de ces mythes ? A quelle suite de pensées l'imagination des Grecs et des Dauphinois a-t-elle mystérieusement obéi en transformant ainsi la divine Niobé et les Trois Pucelles en un roc insensible ? Est-ce que la douleur et les pleurs leur ont paru retirer peu à peu la vie d'un cœur blessé, le glacer et le pétrifier à jamais dans une éternelle impassibilité ? Ou bien ont-ils voulu déifier la souffrance, car la pierre est devenue presque partout, aux yeux des primitifs, déesse ou dieu. Ses formes rigides, qui contrastent avec la vie mobile et la vaine agitation de l'homme, son imperturbable immobilité, son apparence de fantôme mystérieux apparu sur les sommets solitaires ont de tout temps sollicité l'imagination superstitieuse des peuples. Il émane de la fixité et de la gravité muette de la pierre, pour peu que sa forme soit vaguement humaine, une sorte de fascination étrange, comme si vraiment une âme occulte dormait secrètement en elle.

Qui pourraient compter le nombre des démons, des Christs et des Vierges, que, dans nos rochers alpestres, les pâtres et les montagnards ont reconnus et vénérés ?

Ici plus qu'ailleurs, pensais-je, l'assimilation s'imposait. Ces énormes pans de rocs taillés verticalement et de