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  • Anne

Le Grès




Etymologie :

  • GRÈS, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. a) 1176-81 « bloc de pierre » (Chr. de Troyes, Chevalier Lion, éd. M. Roques, 837); b) ca 1223 « roche sédimentaire formée de nombreux petits éléments unis par un ciment naturel » (G. de Coinci, éd. V.F. Kœnig, II Mir. 24, 491, ici au fig.); 2. 1557 « terre glaise mêlée de sable fin dont on fait des poteries » (Doc. ap. L. Deschamps de Pas, Inventaire des ornements, reliquaires de l'église collégiale de Saint-Omer, 10). De l'a. b. frq. *greot « gravier, sable », cf. le m. néerl. griet « sable grossier, gravier », a. h. all. griez « sable ».


Lire également la définition du nom grès afin d 'amorcer la réflexion symbolique.




Symbolisme :


Selon Philippe-François-Nazaire Fabre d'Églantine, auteur du Rapport fait à la Convention nationale dans la séance du 3 du second mois de la seconde année de la République Française (1793) :


Dans le calendrier républicain, le Grès était le nom attribué au 14e jour du mois de nivôse.


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Littérature :


Victor Hugo établit un parallèle symbolique entre le grès et l'orme dans son ouvrage En voyage. Alpes et Pyrénées (1839) :


Les montagnes de Pasages ont pour moi deux attraits particuliers. Le premier, c'est qu'elles touchent à la mer qui à chaque instant fait de leurs vallées des golfes et de leurs croupes des promontoires. Le second, c'est qu'elles sont en grès.

Le grès est assez dédaigné des géologue, qui le classent, je crois, parmi les parasites du règne minéral. Quant à moi, je fais grand cas du grès.

Vous savez, mon ami, que, pour les esprits pensifs, toutes les parties de la nature, même les plus disparates au premier coup d'œil, se rattachent entre elles par une foule d'harmonies secrètes, fils invisibles de la création que le contemplateur aperçoit, qui font du grand tout un inextricable réseau, vivant d'une seule vie, nourri d'une seule sève, un dans la variété et qui sont, pour ainsi parler les racines mêmes de l'être. Ainsi, pour moi, il y a une harmonie entre le chêne et le granit, qui éveillent, l'un dans l'ordre végétal, l'autre dans la région minérale, les mêmes idées que le lion et l'aigle entre les animaux, puissance, grandeur, force, excellence.

Il y a une autre harmonie, plus cachée encore, mais pour moi aussi évidente, entre l'orme et le grès.

Le grès est la pierre la plus amusante et la plus étrangement pétrie qu'il y ait. Il est parmi les rochers ce que l'orme est parmi les arbres. Pas d'apparence qu'il ne prenne, pas de caprice qu'il n'ait, pas de rêve qu'il ne réalise ; il a toutes les figures, il fait toutes les grimaces. Il semble animé d'une âme multiple. Pardonnez-moi ce mot à propos de cette chose.

Dans le grand drame du paysage, le grès joue le rôle fantasque ; quelquefois grand et sévère, quelquefois bouffon ; il se penche comme un lutteur, il se pelotonne comme un clown ; il est éponge, pudding, tente, cabane, souche d'arbre ; il apparaît dans un champ parmi l'herbe à fleur de sol par petites bosses fauves et floconneuses et il imite un troupeau de moutons endormi ; il a des visages qui rient, des yeux qui regardent, des mâchoires qui semblent mordre et brouter la fougère : il saisit les broussailles comme un poing de géant qui sort de la terre brusquement. L'Antiquité, qui aimait les allégories complètes, aurait dû faire en grès la statue de Protée.

Une plaine semée d'ormes n'est jamais ennuyeuse, une montagne de grès est toujours pleine de surprise et d'intérêt. Toutes les fois que la nature morte semble vivre, elle nous émeut d'une émotion étrange.

[...]

Les aspects que présente le grès, les copies singulières qu'il fait de mille choses ont cela de particulier que la clarté du jour ne les dissipe pas et ne les fait pas évanouir. Ici, à Pasages, la montagne, sculptée et travaillée par les pluies, la mer et le vent, est peuplée par le grès d'une foule d'habitants de pierre, muets, immobiles, éternels, presque effrayants. C'est un ermite encapuchonné, assis à l'entrée de la haie, au sommet d'un roc inaccessible, les bras étendus, qui, selon que le ciel est bleu ou orageux, semble bénir la mer ou avertir les matelots. Ce sont des nains à bec d'oiseau, des monstres à forme humaine et à deux têtes dont l'une rit et l'autre pleure, tout près du ciel, sur un plateau désert, dans la nuée, là où rien ne fait rire et où rien ne fait pleurer. Ce sont des membres de géant, disjecti membra gigantis : ici le genou, là le torse et l'omoplate, la tête plus loin. C'est une idole ventrue, à mufle de bœuf avec des colliers au cou et deux paires de gros bras courts, derrière laquelle de grandes broussailles s'agitent comme des chasse-mouches. C'est un crapaud gigantesque accroupi au sommet d'une haute colline, marbré par les lichens de taches jaunes et livides, qui ouvre une bouche horrible et semble souffler la tempête sur l'océan.

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