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IV. L'Empereur / Dis Pater




Identification :


Plusieurs candidats possibles, comme souvent puisque les dieux ne sont qu'une manifestation d'une des facette de la Source, à une association entre la proposition du Tarot et une équivalence dans la mythologie celte et plus précisément gauloise. J'ai suivi en partie la proposition de Kristoffer Hugues (inspiré du Tarot de Rider-Waite et non de Marseille) afin de rester en cohérence avec le choix opéré pour l'Impératrice et je conserve donc l'association entre l'Empereur et le Père.

Dans la mythologie irlandaise, le père renvoie assez immédiatement au Dagda mais l'équivalence gauloise n'est pas sans équivoque possible...


Concernant l'identité cachée ou perdue de Dis Pater, voici un article de Gérard Poitrenaud intitulé :

Un_dieu_pere_meurtrier_Regards_sur_le_Dis_Pater
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"Un Dieu père meurtrier", chapitre légèrement remanié de son étude Cycle et Métamorphoses du dieu cerf (Toulouse : Lucterios, 2014, pages 161-172) : =>

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Symbolisme :


Voici la présentation du Tarot du Sepher de Moïse qui met en avant les lames du Livre de Thot :


Lame du nombre 4 - lettre hébraïque Daleth - l’Empereur


Le Nombre Quatre, l’Empereur dans le livre de Thoth, le début d’un nouveau ternaire (4-5-6) qui sera une déclinaison du premier sur une octave inférieure, et qui venant en deuxième position sera sous l’influence du Nombre Deux, la Conscience. Dans l’Ennéade Héliopolitaine le Quatre est Geb. Mais le Nombre Quatre est aussi le premier de ce deuxième ternaire, et il devient la déclinaison du Nombre Un (la Providence), dont il préfigure un nouveau germe (un centre dans un nouveau cercle de manifestations). Le Nombre Quatre sera donc la manifestation visible des principes du Ternaire Divin qui par essence reste invisible. Sur le plan planétaire nous avons vu qu’il était symbolisé par Kaîn/Soleil, lumière centrale de laquelle toute vie manifestée émane. Le Nombre Quatre est aussi l’entrée dans le monde de l’hétérogène et de l’expérience Nouménale de la Monade de l’âme-de-vie et de son libre arbitre ; liberté qu’elle devra assumer en faisant des choix à chaque croisée des chemins ; croix des quatre éléments, mais aussi point de jonction que forme le croisement du temps et de l’espace, du visible et de l’invisible, de la matière et de l’esprit, du haut et du bas, de la Foi et de la Raison, de l’évolution et de l’involution. Le Nombre Quatre est la fonction de cristallisation de la forme (Trois) ayant rencontré l’âme-de-vie (Deux) et dont le mouvement (la volonté) aura pour effet de manifester matériellement cette forme dans un milieu hétérogène activé par la perfectibilité. C’est aussi le principe de la Conscience (le Nombre Deux) qui se multiplie lui-même ; enfin, cette capacité de prolifération nous mènera à Dix selon le principe de la Tétractys pythagoricienne, par addition théosophique des quatre premiers Nombres (1+2+3+4 = 10). Dans l’ancienne Égypte la quatrième Puissance avait pour nom Kheper, dont la représentation hiéroglyphique était le scarabée. Scarabée qui était une des représentation du dieu solaire Râ, par analogie entre le cercle qui symbolisait ce dernier duquel toute vie s’engendre, et la boule presque parfaite que confectionne ce scarabée et qui servira d’abris et de nourriture à sa progéniture. Kheper était la puissance ignée de transformation qui fait germer.

Concernant le Nombre Quatre, Eliphas Levi écrivait :


Le grand agent magique se révèle par quatre sortes de phénomènes, et a été soumis au tâtonnement des sciences profanes sous quatre noms : calorique, lumière, électricité, magnétisme.

On lui a aussi donné les noms de tétragramme, d’Inri, d’azoth, d’éther, d’od, de fluide magnétique, d’âme de la terre, de serpent, de lucifer, etc.

Le grand agent magique est la quatrième émanation de la vie-principe, dont le soleil est la troisième forme. En sorte que l’oeil du monde (comme l’appelaient les anciens) est le mirage du reflet de Dieu, et que l’âme de la terre est un regard permanent du soleil que la terre conçoit et garde par imprégnation.

La lune concourt à cette imprégnation de la terre en repoussant vers elle une image solaire pendant la nuit, en sorte qu’Hermès a eu raison de dire, en parlant du grand agent : Le soleil est son père, la lune est sa mère.


Puis il ajoute :


Le vent l’a porté dans son ventre, parce que l’atmosphère est le récipient et comme le creuset des rayons solaires, au moyen desquels se forme cette image vivante du soleil qui pénètre la terre tout entière, la vivifie, la féconde et détermine tout ce qui se produit à sa surface par ses effluves et ses courants continuels, analogues à ceux du soleil lui-même. Cet agent solaire est vivant par deux forces contraires: une force d’attraction et une force de projection, ce qui fait dire à Hermès que toujours il remonte et redescend.


La représentation hiéroglyphique du Nombre Quatre dans les lames du livre de Thoth, est celle d’un puissant souverain assis sur un cube (incubation) portant sur son armure les symboles du soleil et de la lune, et tenant dans sa main droite le sceptre de la toute puissance de ses pouvoirs de manifestation dans la sphère hétérogène, et dans la main gauche celui d’un globe surmonté d’une croix que nous pourrions interpréter comme la sphère de matérialisation des quatre éléments, la sphère organique et temporelle. Je renvoie au chapitre IV, pour une parfaite correspondance entre ce Nombre Quatre et la nature réelle de sa toute puissance comme enseignée dans les Tables de la Loi.

La sentence du Ta-Tô-King qui me paraît résumer le mieux ce Nombre Quatre est la suivante :


Ainsi, immense est le Tao. Immenses le ciel et la terre. Immense l’être. Quatre immensités dans l’univers, dont l’être. L’homme épouse le rythme de la terre, la terre s’accorde avec le ciel, le ciel s’harmonise avec le Tao. Le Tao est la loi, la voie de la nature. Et la voie demeure, éternelle.


Le Nombre Quatre a pour lettre hébraïque Daleth, nom divin Dagul (le plus élevé, le glorieux).

Vocabulaire radical de La langue hébraïque restituée :


Ce caractère appartient, en dualité de consonne, à la touche dentale. Il paraît que dans son acception hiéroglyphique, il était l’emblème du quaternaire universel ; c’est-à-dire de la source de toute existence physique. Comme image symbolique, il représente le sein, et tout objet nourricier, abondant. Employé comme signe grammatical, il exprime en général l’abondance née de la division : c’est le signe de la nature divisible et divisée. L’hébreu ne l’emploie point comme article, mais il jouit de cette prérogative en chaldaïque, en samaritain et en syriaque, où il remplit les fonctions d’une sorte d’article distinctif. Son nombre arithmétique est 4.

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Marie-Claire a la gentillesse de partager avec nous son travail de condensation par extraits choisis des Méditations sur les 22 Arcanes Majeures du Tarot d'un auteur qui a préféré garder l'anonymat (Éditions Aubier, 1980, 1984) :


Arcane IIII : L’Empereur


Là où il y a autorité c'est-à-dire là où le souffle de la Magie sacrée rempli des rayons de la lumière de la Gnose émanée du feu profond de la Mystique est présent, là la contrainte est superflue. C’est l’autorité seule qui est le pouvoir vrai et unique de la loi. La première idée que le quatrième Arcane évoque est celle de l’autorité sous-jacente à la loi. Le porteur humain de l’autorité véritable ne remplace pas l’autorité divine mais, au contraire, lui cède la place. A cette fin, il est tenu de renoncer :

  • A la contrainte, à la violence ; il n’a pas d’armes, il règne par le sceptre et le sceptre seul.

  • Au repos ; il n’est ni assis, ni debout et ne pose qu’un pied à terre.

  • A la marche ; il est adossé à un siège court, il a les jambes croisées. Il ne doit ni avancer en vue de l’offensive, ni reculer en vue de la retraite.

  • A toute action, à tout mouvement personnel ; il est posté en sentinelle près de son blason, il n’a pas de liberté de mouvement... Sa main droite tient le sceptre en avant et sa main gauche tient la ceinture serrée, il se restreint, il tient en échec sa nature impulsive et instinctive afin que celle-ci ne le détourne pas de son devoir de gardien du sceptre.

  • A la liberté de pensée ; il porte une couronne massive et lourde chargée symboliquement d’épines parce qu’elle comporte une contrainte douloureuse à l’égard de la pensée et de l’imagination. Elle émet à l’extérieur des rayons qui deviennent des épines à l’intérieur pour jouer le rôle de clous perçant et crucifiant chacune des pensées de la personnalité. L’Empereur est privé de trois libertés dites naturelles ; liberté d’opinion, liberté de parole et liberté d’action.

  • A toute mission personnelle ou au nom en faveur du siège ; l’écu portant l’aigle à terre signifie que le but devant lequel l’Empereur est en sentinelle n’est pas le sien mais celui du Saint Siège.

Il faut créer un vide naturel - ce que la renonciation accomplit - pour que le spirituel se manifeste. Dieu gouverne le monde par autorité et non par force. S’il n’en était pas ainsi, il n’y aurait ni liberté, ni loi dans le monde. Celui qui récite le "Notre père…" le fait uniquement dans le but d’affirmer et d’accroître l’autorité divine et non la puissance divine. Dieu n’est puissant qu’autant que son autorité est librement reconnue et acceptée. Rien ni personne ne peut nous contraindre à la Foi c'est-à-dire à reconnaître et à accepter librement l’autorité de Dieu. La puissance divine peut alors se manifester, c’est pourquoi un grain de Foi suffit pour déplacer des montagnes ! L’impuissant devient puissant !

L’histoire du genre humain après la chute est celle du fils prodigue où il est question d’un abus de liberté. Aussi l’humanité est seule responsable de son histoire car ce n’est plus Dieu qui l’a voulue ainsi… Dieu y est crucifié ! La liberté n’est rien d’autre que l’existence réelle et complète d’un être créé par Dieu. Etre libre et exister sont au point de vue moral et spirituel des synonymes. La liberté est l’existence spirituelle des êtres ! La liberté "l’existence" est inaliénable et, de ce fait, les êtres des dix hiérarchies (Humains, Anges, Archanges, Principautés. Puissances, Vertus, Dominations, Trônes, Chérubins et Séraphins) sont immortels. Or, à l’égard des êtres libres, Dieu est soit le Roi régnant (dans le sens de l’Autorité de l’Empereur) soit le Crucifié. Il est Roi à l’égard de ceux qui acceptent de leur plein gré son autorité (qui croient) ; il est crucifié à l’égard de ceux qui abusent de leur liberté et adorent des idoles. Roi et Crucifié à la fois ! Tout-puissant et impuissant à la fois !

La liberté est le véritable trône du Dieu, en même temps, elle est sa croix. Elle est la clé de la compréhension du rôle du Dieu-Amour et du Dieu-Roi. Dieu est tout-puissant dans la mesure où l’on se détourne de lui. Ainsi le crucifiement divin (impuissance volontaire divine) découle-t-il du fait de la liberté ou de l’existence réelle des êtres des dix hiérarchies lorsqu’il s’agit d’un monde gouverné par l’Autorité divine et non par la contrainte. Selon la thèse du "Tsimtsum" (le mystère de la retraite de Dieu) l’existence de l’Univers est rendue possible par l’acte de contraction de Dieu en lui-même. Dieu fit une place pour le monde en abandonnant un espace à l’intérieur de lui-même. En d’autres termes pour créer le monde ex-nihilo, Dieu dut auparavant faire apparaître ce néant même. Il a dû se retirer pour créer un espace mystique où il n’y eut pas sa présence "le néant".

"La liberté ne fut pas déterminée par Dieu, elle fait partie du néant à partir duquel Dieu a créé le monde " (Bordiaieff). Ainsi tous les êtres des dix hiérarchies portent en eux une goutte de ce néant et une étincelle de Dieu. Leur existence, leur liberté, c’est le néant en eux ; leur essence, leur étincelle d’Amour, c’est le Sang divin en eux. L’Empereur règne par l’Autorité pure, il règne sur des êtres libres non pas au moyen du glaive mais au moyen du sceptre qui porte une boule avec une croix au-dessus. Le pouvoir de l’Empereur est soumis au signe de la croix, il reflète le pouvoir divin. Le pouvoir de l’Empereur s’effectue par la contraction de ses forces personnelles (la ceinture serrée) et par l’immobilité volontaire (les jambes croisées) à son poste de gardien (le siège ou trône). La hiérarchie sur terre est une pyramide qui n’existe que lorsqu’elle est complète et c’est l’Empereur qui en est le sommet puis viennent les rois, les ducs, la noblesse, les bourgeois et les paysans. C’est la couronne de l’Empereur qui confère la royauté aux couronnes royales et de là découle l’autorité sur les couronnes ducales et toutes les autres couronnes. Si l’Empereur donnait leur éclat aux couronnes royales, ce sera plus tard l’ombre de l’Empereur absent qui les obscurcira ainsi que toutes les autres couronnes. Le vide de la plaie parle, ce qui nous manque sait se faire sentir.

L’Empereur est seul sans cour ni suite, son trône se trouve en plein air dans un champ inculte avec une pauvre touffe d’herbe à son pied mais le ciel s’étend au-dessus de lui… l’Empereur est seul en présence du ciel. Le poste de l’Empereur est réservé au choix du ciel seul, il est devenu occulte. La couronne, le sceptre, le trône et le blason se trouvent dans les catacombes (sous la protection absolue de l’ordre divin). L’Autorité pure est la résultante de la Magie basée sur la Gnose due à l’expérience de la Mystique. L’Empereur signifie l’Autorité de l’initiation "la sanctification du Nom de Divin dans l’homme" ou de l’Initié càd l’unité et la synthèse de la Mystique, de la Gnose et de la Magie appelée aussi Philosophie Hermétique.

La Philosophie Hermétique opère avec des Arcanes et des expressions symboliques qui sont des exercices spirituels pratiques dont le but est d’éveiller des couches toujours plus profondes de la conscience. L’initiation est la capacité de s’orienter dans tout domaine et d’y acquérir la connaissance des faits pertinents. L’Initié est celui qui sait comment atteindre le Savoir, qui sait demander, chercher la réponse et mettre en œuvre les moyens adaptés pour y parvenir. Ce sont les exercices spirituels qui lui ont appris le sens pratique et l’efficacité infaillible de l’Arcane des trois efforts réunis à savoir : "Demandez et l’on vous donnera ; Cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira…" (Apôtre Luc). La Philosophie Hermétique apprend comment demander, chercher et frapper pour arriver à l’expérience mystique, aux lumières gnostiques et à l’effet magique de ce que l’on cherche à savoir de Dieu, de l’homme et de la nature. Et, c’est après avoir demandé, cherché et frappé, après avoir reçu, trouvé et eu accès que l’on sait. L’aptitude à "savoir savoir" est le trait essentiel du sens philosophico-hermétique.

L’enseignement pratique de l’Empereur est "le sens initiatique" ou sens d’orientation et d’acquisition de la connaissance des faits essentiels en tout domaine. Pour le sens initiatique, l’espace entre "le principe suprême" et le domaine des faits n’est pas peuplé de lois et de principes mais bien d’êtres spirituels "vivants" càd dotés de regards, de voix, d’airs et de noms… L’Empereur doit son autorité non pas à sa puissance visible ou invisible sur les humains mais bien à ce qu’il représente en face du ciel. Il a l’autorité non parce qu’il est sur-humain mais bien parce qu’il est très humain, parce qu’il représente tout ce qui est humain. L’idéal humain de l’hermétisme pratique est l’homme tellement humain qu’il contient et porte en lui tout ce qui est humain au point qu’il est devenu le gardien du trône. Plus on devient véritablement humain, plus on manifeste le divin sous-jacent à la nature humaine qui est à l’image et à la ressemblance de Dieu.

L’Hermétisme est la réhumanisation de tous les éléments de la nature humaine. C’est leur retour à leur essence véritable càd en ce que les puissances de la nature humaine sont lorsqu’elles font partie de l’Image et de la Ressemblance de Dieu. Pour redevenir ce qu’elles sont en leur essence, elles doivent être soumises à l’opération de la sublimation. Or cette opération est le crucifiement de tout ce qui est vil en elles et c’est en même temps l’épanouissement de ce qui est leur essence véritable. L’Empereur, en renonçant aux quatre libertés de sa nature humaine, est crucifié et, on peut dire, qu’il porte les quatre plaies "symboles concrets du vide qui s’établit à cause des renonciations". C’est par ces quatre plaies que la manifestation de la divine image et de la ressemblance de la nature humaine s’accomplit en lui. Pour manifester le divin qui la transcende il faut les cinq plaies…

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Dans LE TAROT ET LES TECHNIQUES INITIATIQUES ou Comment se construire un programme de préparation aux techniques initiatiques par le Tarot (Éditions Phosphénisme, 1997), Jean Tan Ham nous éclaire sur sa vision de l'Empereur :


Viennent ensuite l'équivalent mâle des deux lames précédentes : l'EMPEREUR ET LE PAPE, personnages publics, possédant la clé des exercices magiques, mais en orientant l'application vers l'enseignement, la morale (le pape) ou l'administration et la société (l'empereur). Signification identique mais tournée vers le monde de la matière.

Le tarot est donc d'une certaine façon féministe. Si l'initié parfait est un homme (le bateleur), il est clair que le tarot fait référence à une vision féminine, intuitive, du monde.

Le monde de la sensibilité, de l'instinct, de la nature, le goût du mystère et de la religion priment la froide théologie et le pouvoir temporel : le pape et l'empereur viennent dans la hiérarchie des cartes après la papesse et l'impératrice ; de fait, la divination est un art féminin.

L'empereur clôt ainsi le premier cycle des lames du tarot :

  • Cœur (la Papesse : sensibilité, intuition imaginaire).

  • Pique (l'Impératrice : action, entraînement méthodique volontaire).

  • Carreau ( l'Empereur : la matière, le corps physique, entraînement initiatique, passent par des exercices physiques pour aller vers le spirituel).

  • Trèfle (le Pape : la combinaison d'exercices physiques, d'exercices mentaux et sensoriels, permet d'accéder à la vie spirituelle).

MYTHOLOGIE : L'Empereur : Le roi des contes de fées.

Le Pape : Le sorcier, le prêtre, le Grand Chambellan…

DIVINATION : L'Empereur : L'ordre établi, le supérieur hiérarchique, la société.

Le Pape : La doctrine, la théorie, le professeur, la lettre (non l'esprit).

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Alexandro Jodorowsky et Marianne Costa, dans La Voie du Tarot (Éditions Albin Michel, 2004) nous proposent leur interprétation personnelle de l'Empereur :


IIII. L'Empereur



 

Sur le site de Philippe Camoin, on peut trouver un petit fascicule intitulé Le Tarot de Marseille restauré ou "L'Art du Tarot" par Alexandro Jodorowsky qui propose une liste de mots clefs impressionnante, glanés selon les œuvres de différents auteurs :


IV. L’EMPEREUR


Unité manifestée - Conservation - Providence - Miséricorde - Règne de Dieu - Homme roi du monde accomplissant la loi divine - Société constituée - Gouvernement - Tyrannie - Père dominateur - Castrateur - Initiation - Puissance - Adaptation - Pierre cubique base de toute construction - Impuissance - Division - Abus - Purification - Réalisation - Énergie matérielle - Raison d’état - Puissance statique - Outils du destin - Habileté naturelle - Dirigeant - Ambition - Immaturité émotionnelle - Esprit compétitif - Force au repos - Obéissance à la loi - Impulsions sexuelles destructives - Volonté - Constance - Rigueur - Influence les autres sans se laisser influencer - Calculateur - Résolu - Ennemi puissant - Masculinité brutale - Soumission virile à la douceur féminine - Appui - Protection - Personnage influent - Dominateur - Pouvoir sur le monde matériel - Vérité - Sagesse - Perfection - Esprit universel - Époux - Amant d’âge mur - Compagnon - Réalisation de l’œuvre - Homme réalisé - Érection - Puissance sexuelle - Violeur - Gouvernement - Administration - Construction - Affirmation - Négation - Discussion - Solution - Transformation du virtuel en faits - Précipitation de l’astral dans le matériel - Chef de famille - Finance - Circulation de richesse - Gestion - Santé - Dignité - Responsabilité - Chef - Patron - Despote - Profits - Situation importante - Grandes colères - Sang frais - Veut être imité - Leader - Obstination - Bombe -Obéissance aveugle - Force vitale - Constituant immortel de toute manifestation dans la troisième dimension - Vieux maladroit et capricieux - Énergie persévérante - Présomptueux - Opposition ferme - Hostilité - Parti politique contraire - Absolutisme - Cerveau - Dépression - Ordres - Parades militaires - Phallocrate - Progrès résultant de la résistance - Chaleur et lumière et électricité et magnétisme - Repos - Esprit indomptable - Domination de l’intelligence et de la raison sur l’émotion et la passion - Réalisation d’objectifs - Grand désir sexuel - Satisfaction - Biens passagers - Chute d’un empire - Conflit - Pouvoir mondain - Tendances guerrières - Pression directe - Patriarcat - Mesquinerie - Pouvoir de la volonté - Contrôle de soi - Ambition - Vigueur - Maître en arts martiaux - Droiture intérieure - Fécondité - Vésicule biliaire - Ordre - Principe animateur par opposition au principe formateur - Neutralise les oppositions - Phallus - Signature de contrats importants - Santé déficiente - Échec - Méditation - Intelligence équilibrée qui ne dépasse pas le stade utilitaire - Paix - Guerre - Entente - Union sentimentale - Sécurité - Priapisme - Lesbienne - Savoir sexuel - Obsession sexuelle - Voir et concevoir et agir et réaliser - Introspection - Victoire - Constructeur - Fixation sexuelle sur le père.

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Symbolisme celte :


Selon Georges Gassies, auteur d'un article intitulé "Groupe de Dis Pater-Cernunnos et de la Terre-Mère." (In : Revue des Études Anciennes. Tome 9, 1907, n°4. pp. 364-368) :


Mais, en somme et pour conclure d'une façon aussi précise que le permet une matière où l'hypothèse tient tant de place, je pense que nous avons dans le couple de Dis Pater-Cernunnos et de la Terre-Mère les plus anciens dieux gaulois, nés du sol ou personnifiant ce sol même, créateur et nourricier d'hommes, d'animaux et de plantes.

On sait, d'autre part, que la religion des sources se rattache à l'élément solaire ». Soleil, Terre, Eau : tels sont les principes de la religion celtique, comme de presque toutes les autres.

 

Paul-Marie Duval, dans "Le dieu Smertrios et ses avatars gallo-romains." (In : Etudes Celtiques, vol. 6, fascicule 2, 1953. pp. 219-238) propose de rapprocher Smertrios de Dis Pater :

[...] Une demi-douzaine de noms divins, une douzaine d’anthroponymes bien attestés contiennent donc la racine smer-, sous plusieurs de ses formes : smer -, smert-, zmert -, peut-être (s)meri-. Cette racine, qui n’apparaît pas en toponymie, doit exprimer essentiellement une qualité humaine ou divine. Elle ne se trouve dans des noms portés à la fois par des hommes et par des dieux qu’en composition : Ate-smertus (h.) et Ate-smerta (d.), Ati-smerius et peut-être Ate-smerius (h.) et Ate-smerius (d.). Deux noms divins seulement la comportent en début de mot : Smertrios, et peut-être Mertronnus, qui sont seuls à posséder un r après le t. Un seul nom divin enfin commence par Smer-: Smertrios ou Smertrius, épithète de Mars chez les Trévires, publié au C. I. L., en 1916 (XIII, 11.975) ; le fait qu’il soit accolé au nom d’un dieu romain, comme Belenus à Apollo.

[...]

Le sens du nom Smertrios peut être défini assez exactement. La racine smer- contient « l’idée de la prévision et de la provision, des préparatifs à faire et des précautions à prendre, ... de la destinée réglée par une Providence » (J. Vendryes,). Ainsi s’expliquent le nom de la déesse Ro-smerla (avec ro- intensif), « la Grande Pourvoyeuse, celle qui fait ou aide à faire un grand pécule » (J. Loth, p. 228), ainsi que les surnoms de même racine appliqués à son parèdre Mercure, protecteur des gains. A partir de là, on peut interpréter Smertrios comme une incarnation masculine de la Providence : « Le Prévoyant, le Pourvoyeur » ; Mertronnus, formé peut-être, lui aussi, de la racine (s)mer- et d’un suffixe, pourrait en être un synonyme. Gomment le sens de cette racine convient-il aux dieux divers dont les noms la comportent ? Allons, pour tenter de répondre à cette question, du connu à l’inconnu.

[...]

Smertrius, surnom possible de Dis pater. — « Smertrius désignerait un dieu de l’abondance, ce qui convient parfaitement à Dis pater » (F. Benoît, p. 88, n. 4) : en effet, le maître des Enfers souterrains est aussi le dieu paternel, protecteur de la prospérité terrestre, époux d’une déesse de l’abondance ; seigneur du sous-sol et du sol, c’est la divinité chthonienne par excellence. Sans doute, il a déjà un équivalent possible parmi les dieux gaulois : Sucellus, dieu infernal armé d’un maillet, mais aussi dieu paternel et nourricier pourvu d’un vase ou d’un tonneau, souvent accompagné d’une déesse de l’abondance, assimilé dans le Midi à Silvain. Mais il n’y aurait rien d’anormal à ce que Dis pater ait été identifié en Gaule à deux divinités indigènes, Sucellus et Smertrius, puisque les grands dieux romains y reçoivent chacun des surnoms divers et nombreux. Smertrius convient donc bien à Dis pater Augustus honoré comme protecteur de la prospérité. Notons que ce surnom s’applique ici encore à un dieu puissant et redoutable.

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Un nouvel aspect du Dispater gaulois
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Willy Borgeau, dans un article intitulé "Un nouvel aspect du dispater Gaulois" (In : Genava : revue d'histoire de l'art et d'archéologie, 1964) confirme l'assimilation de Dis Pater à Sucellus et Silvain : =>

 

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Claude Sterckx dans Éléments de cosmogonie gauloise (Editions de l’Université de Bruxelles, 1986) établit une équivalence entre le Dieu-Père et Sucellos chez les Gaulois :


LE DIEU-PÈRE : Epona-Rhiannon est donc une hypostase du Principe Féminin — le Monde — et son union avec le Principe Mâle assure sa fertilité et la pérennité de la vie qui l'anime. Elle est donc la Mère, de par son rôle et de par sa nature.

Il ne fait aucun doute — l'unicité fondamentale du Principe Féminin le garantit — qu'on peut l'identifier à la déesse gauloise Matrona, vénérée sous la forme de diverses rivières, dont la Marne (Holder 1896-1907 : 468-470 ; Forster 1941 : 410 n°1 ; Krahe 1964 : 100 ; Whatmough 1970 : 768. Cf. Birkhan 1970 : 568 n° 1788), ou comme un mont des Alpes Cottiennes (Whatmough 1970 : 7), surabondamment représentée sous une forme triple qui manifeste sa transfonctionnalité.

Egalement à ses héritières reconnues : la Cornouaillaise Madron (Birkhan 1970 : 533. Cf. Lane-Davies 1970 : 93) et la Galloise Modron (Bromwich 1979 : 458). Sous toutes ces formes, son nom signifie « la Mère », avec le suffixe théonymique déjà fréquemment cité.

C'est parce qu'elle incarne le Monde fécond, la Mère de toute vie, que l'iconographie d'Epona la montre si souvent nourricière ou porteuse soit d'épis ou de fruits, soit de la corne d'abondance.

Son partenaire, dans l'hiérogamie cosmique, est le Principe Mâle, source et générateur de toute vie.

Nous avons essayé de montrer par ailleurs (Sterckx 1984, 1985-1986) comment, sur le plan mythologique, ce rôle est partagé entre deux dieux incarnant les deux pôles, varunien et mitrien, selon la terminologie dumézilienne, de la Souveraineté divine.

Le premier est la Vie Potentielle, la Virtualité Absolue. Le second est le Générateur Cosmique assurant l'actualisation de toutes les existences et leur retour cyclique vers la virtualité à travers la chaîne sans fin des incarnations et des morts.

L'un est le pouvoir, l'autre est celui qui l'exerce.

Mythiquement, le premier s'est identifié au pouvoir en sacrifiant, selon le mythologème canonique de la « mutilation compensatoire », l'organe qui correspond à son exercice. Il s'est identifié à la Vie en perdant la faculté physique de sa transmission : l'Indien Varuna est châtré et son incarnation Pançlu est incapable d'engendrer (Dumézil 1968-1973 : I 156- 157), le Grec Uranus est émasculé par son propre fils, etc. . (Wikander 1951-1952 ; Steiner 1958 ; Littleton 1969, 1970ab).

Mythiquement encore, cette émasculation du Père Primordial, qui contient en lui potentiellement — en principe — toute vie, transfère le pouvoir d'actualiser la vie à un acolyte ou à un proche parent : Uranus laisse le titre de Père des dieux à son petit-fils Zeus.

C'est donc cet acolyte ou ce parent qui est le partenaire sexuel de la déesse-mère : le dieu-père Géniteur Universel.

Les divers panthéons des Celtes le laissent reconnaître facilement. En Irlande, c'est le Dâghdha Ollatliair, « Père Universel », que son nom même révèle comme tel et que ses exploits amoureux comme ses attributs canoniques désignent clairement pour ce rôle (Sterckx 1982 : 109-116). Il est ithyphallique (Stokes 1891 : 86). Il possède une massue merveilleuse, capable de tuer les vivants et de ressusciter les morts (Bergin 1927 ; "Watson 1941 : 27-28), symbole phallique et tonnant facile à reconnaître (Sterckx 1975a : 579) et surtout insigne de son pouvoir de régler les passages de la Virtualité à l'existence et de l'être au principe. Il détient aussi le Chaudron Inépuisable (MacAlister 1938-1956 : IV 106-108) qui symbolise la Virtualité, l'infinie potentialité de la Vie : en fait son propre frère Oghma le châtré.

En Gaule, c'est le Jupiter indigène sous ses divers surnoms : Sucellos, « le Bon Frappeur » (Birkhan 1970 : 332) ouranien (supra p. 54), ithyphallique et Maître de la Massue et du Chaudron — le parent le plus évident du Dâghdha irlandais (ïïeichelheim - Housman 1948 ; Sterckx 1975a ; Duval 1976 : 62-64) ; Taranis, « le Tonnant » (Birkhan 1970 : 311), également ithyphallique (Esp. 329) et canoniquement doté de la roue que l'Irlande attribue à Mogh Roith, un avatar reconnu du Dâghdha (Le Roux-Guyonvarc'h - Guyonvarc'h 1978 : 149-150) ; Esus (cf. infra).

En Bretagne, il s'est transformé en l'Ankou, la Mort armée de la Massue Sacrée (Le Roux-Guyonvarc'h 1950-1953a : 166 ; Le Menn 1979 : 8-23 ; Sterckx 1981 : 107) que manient aussi divers sainte — Goëznou (de la Lande de Calan 1910 : 209), Goulven (Le Moyne de la Borderie 1891 : 222), Hernin (Le Braz 1892-1898 : IX 242. Cf. Fleuriot 1980a : 279) — ou héros des traditions populaires (par ex. Cevaër 1906 ; Le Dot 1906 ; Luzel 1906 ; Massignon 1965 : 95-101). I/Ankou est également connu en Cornouailles et en Galles (Le Braz 1904 : 70, 105), et, dans ce dernier pays, le Dieu-Père se reconnaît sous de nombreux déguisements à travers les traditions littéraires. Outre ceux que nous essayons de démasquer dans le présent travail, les personnages de Math, de Beli Mawr et du Maître des Animaux en sont les avatars les plus évidents.

 

Selon Paul Marie Duval, auteur de " Grands dieux de la Gaule." (In : Travaux sur la Gaule (1946-1986) Rome : École Française de Rome, 1989. pp. 223-234. (Publications de l'École française de Rome, 116) :


Un dieu nocturne (infernal), père de la race gauloise (« Dis pater »). On tend à le reconnaître en Sucellus, « le Bon, le Fort, le Frappeur », dieu barbu au maillet, au tonneau et au chien, un des plus grands dieux gaulois à en juger par le nombre de ses représentations (plus de 200). Le maillet est arme de mort, le chien est animal infernal (surtout lorsqu'il a trois têtes comme Cerbère), parfois la tunique du dieu est parsemée de symboles astraux qui peuvent évoquer le séjour des âmes dans les astres, souvent il siège en compagnie d'une déesse de la fécondité du sol - couple qui évoque celui de Pluton et de Proserpine. Mais il est lui-même un dieu de la prospérité terrestre, comme le prouvent son vase et son tonneau, et, dans le Midi, son assimilation à Silvain. Cela convient, d'ailleurs, à un dieu infernal, dieu de la Terre sous son double aspect. Surtout, Sucellus est le seul dieu indigène qui ait un caractère tant soit peu infernal : c'est pourquoi on peut le proposer, à défaut d'un autre, pour Dis pater. Le maillet et le vase figurés sur les monnaies gauloises des Baiocasses attestent l'ancienneté du dieu dans le pays, et les Irlandais ont un « bon dieu », Dagda, qui a la massue et le chaudron, et passe pour le père de la race (Ollathir).

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Dans le livret accompagnant le jeu de cartes du Tarot des Druides de Philip et Stephanie Carr-Gomm (Édition originale 2004 ; traduction française : Édition Véga, 2014), on trouve le petit texte explicatif suivant :


Le Message : Prenez le contrôle de votre vie et montrez des limites claires et fermes à ceux qui dépendent de vous. Vivez en respectant vos valeurs et vous accomplirez de grandes choses.


Mots-clefs : Pouvoir masculin - Paternité - Leadership - Protection - Limites - Accomplissement - Ordre.


Signification : La structure requise pour le succès


- La forte volonté du Seigneur, sa capacité à penser rationnellement et son adhésion aux principes doivent être tempérés par la passion et les sentiments de la Dame -

- Une figure paternelle ou d'autorité, un employeur, un gouvernement ou un organisme officiel -

- Vous pouvez être appelé à agir avec responsabilité, en respectant vos valeurs -

- Si vous êtes en position de leadership, ne craignez pas d'agir avec clarté et intégrité pour le plus grand bien.


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Mots-clefs : Autorité - manque de clarté - Luttes de pouvoir - Indécision - Pouvoir dictatorial - Faiblesse - Perte de valeur de soi -


Sens inversé : Nature trop dure et critique - Un petit « dictateur » qui agit de façon tyrannique et mesquine parce qu'il se sent inférieur. Si cela s'applique à vous, travaillez sur votre estime de soi et intégrité - Avant d'être puissants, nous devons faire l'expérience du manque de pouvoir.

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Selon John Matthews, auteur de L'Oracle celtique, exploration des mondes intérieurs (Ixos Press, 2005 ; Guy Trédaniel Éditeur, 2006) c'est le Dagda qui est une image de l'archétype du Père :


Description : Une énorme tête masculine au-dessus d'un chaudron décoré d'images de la famille des dieux.


Clé : Énergie.


Le pouvoir du Père est la force, l'énergie, la vie sans limites, la liberté. Il réside dans l'amour de tous les pères pour leurs enfants qui s'il n'est pas mal orienté, peut être une force de bien durable. Comme toutes les forces brutes, elle requiert l'énergie équilibrante de la Mère, car c'est seulement de ces unions que peut venir un pur torrent de joie et de beauté. Le Dagda est aussi le gardien du savoir traditionnel et des récits, dont les enseignements sont souvent exprimés sous cette forme.

Arrière-plan : Dans la tradition celtique,, il n'y a pas de panthéon strictement défini, mais il y a deux dieux qui correspondant au concept de père - le Dagda (Daghdha) en Irlande et Bran au Pays de Galles. Celui-ci, nous l'avons rencontré, exerçant la fonction de gardien de la connaissance et de la sagesse, et le pouvoir des récits. Le Dagda, « le Bon Dieu », est une figure d'une énergie et d'une force immenses, à la vie infinie. Il est chef des Tuatha de Danann, la principale race de l'autre monde dans la tradition irlandaise. Il porte une massue, qui tue avec sa tête, et redonne la vie avec l'autre extrémité [avec sa queue ?]. Il possède aussi une harpe qui a le don d'enchanter et de tenir le temps en échec, et un Chaudron inépuisable. Il est alternativement considéré comme sage et généreux et comme grossier et glouton. Ainsi, parmi ses titres, nous trouvons Onathair, qui signifie « Père de Beaucoup » et Ruadh Ro-Fheasa, le « Noble Omniscient » qui l'identifie à un dieu de sagesse.

Il est toujours représenté - encore une fois, comme Bran - comme énorme de stature et d'appétit. Quand il épouse Morrigan dans « La Seconde Bataille de Moytura », elle a un pied sur chaque rive de l'Unshin. Après, le Dagda est si affamé qu'il consomme toute une fosse de porridge et de lait, puis cherche à s'unir à une autre femme - mais son ventre est si distendu qu'il doit se purger de tout son contenu avant d'y aller ! Ici, comme dans beaucoup d'autres exemples, le Dagda agit comme un bouffon pour distraire et finalement vaincre ses ennemis.

Parmi ses nombreuses épouses, il y a la Déesse des batailles et Boand, la déesse du fleuve Boyne, avec qui il engendra le dieu de l'amour Aengus mac ind Oic. (1)


Voyage : Votre voyage vous transporte dans la maison du Dagda. Ses murs sont d'argent, son toit est d'or. Entrez-y et vous vous retrouverez dans une immense salle avec une rangée de colonnes sculptées de chaque côté.

A l'extrémité de la salle, il y a un grand trône sur lequel s'assoit le Dagda. Il est une puissante figure dans tous les sens du terme, avec une stature considérable et une prodigieuse énergie qui émane de lui. Vous l'approchez avec le respect qui lui est dû, et vous vous tenez devant lui. Il vous étudie un moment en silence, puis, sans mot dire, prend la grande harpe qui est à ses côtés. Il pose une série de notes, et en les entendant, vous êtes transformé(e). Vous écoutez émerveillé (e) le Dagda jouer un air qui vous hantera toujours. C'est un chant de sagesse et de savoir qui célèbre le triomphe sur l'adversité, et c'est un message subtil qui vous est seulement destiné.

Quand c'est fini, prenez congé du Dagda et revenez à la conscience ordinaire.


Note personnelle : Mac Óc est parallèle pour son premier élément au britton Mabon, au gaulois Maponos le Fils par excellence.

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Selon Valéry Raydon, auteur de « Le Dagda, dieu de l'orage du panthéon irlandais ? Un écueil du comparatisme interceltique », (In : Dialogues d'histoire ancienne, vol. 39/1, no. 1, 2013, pp. 75-105) :


L’identification souvent soutenue de Sucellus au Dis Pater des Gaulois mentionné par César paraît à ranger dans cette catégorie des hypothèses particulièrement fragiles. La description de ce Dis Pater gallicus que nous fournit Jules César dans son excursus sur la religion gauloise, au sixième livre de sa Guerre des Gaules, s’accommode en effet assez mal avec le portrait d’un dieu mitrien. Selon ses dires (B.G., VI, 18), des croyances druidiques (ab druidibus proditum) font de cette divinité l’ancêtre des Gaulois (Galli se omnes ab Dite patre prognatos praedicant) et soutiennent un raccordement entre le dieu et l’adoption d’un calendrier établi d’après le nombre des nuits et non des jours (ob eam causam spatia omnis temporis non numero dierum, sed noctium finiunt), un calendrier à comprendre donc comme basé sur le comput des cycles lunaires ; et de lui viendrait aussi l’usage de faire commencer la journée avec la nuit qui précède et de faire démarrer la veille au soir le jour anniversaire, le début des mois et des années. Ce ‘Dis Pater’ gaulois est donc marqué de trois caractéristiques majeures : c’est un dieu cosmo-créateur responsable de l’organisation du temps, c’est aussi un dieu nocturne, et enfin c’est un dieu des débuts. Les deux derniers aspects caractérisent un dieu souverain céleste éminemment varunien – c’est donc plutôt vers Ogmios, l’homonyme gaulois du dieu irlandais Oghma pourvu des mêmes caractéristiques, qu’il conviendrait de tourner le regard –, lesquels sont difficilement conciliables avec la personnalité d’un dieu mitrien en phase avec le ciel diurne et menant les choses à leur accomplissement final. Un autre argument avancé par Pierre Lambrechts, Stéphanie Boucher et bien d’autres pour étayer la thèse Sucellus = Dis Pater est le témoignage du théologien chrétien Tertullien mentionnant deux hommes déguisés en Mercure et Dis Pater qui achèvent les gladiateurs tombés dans l’arène au moyen respectivement d’un caducée ardent (in caduceo ignitulus, appelé aussi cauterio) et d’un maillet (cum malleo deducit). Il ne nous paraît pas plus acceptable : la mention est comprise dans un exposé consacré aux divinités qui interviennent dans les manifestations théâtrales et aux jeux du cirque dans un contexte religieux et culturel totalement romain et l’apologétiste déclare avoir lui-même assisté de ses yeux à l’intervention des duettistes Mercure et Dis Pater, ce qui situe donc la scène non dans quelque amphithéâtre gallo-romain mais dans sa patrie, la colonie romaine de Carthage où il a prêché et passé sa vie : une telle pratique dans les arènes carthaginoises s’est d’ailleurs vue confirmée par une des tablettes d’exécration en plomb qui y a été retrouvée et qui comportait une gravure montrant Mercure penché sur un gladiateur étendu et vérifiant la réalité de son décès à l’aide d’un cautère. Le dieu infernal mentionné par Tertullien aux côtés de Mercure a donc bien plus de chance d’être une représentation du fameux Charun, un démon psychopompe étrusque intégré de longue date à la religion romaine, que celle du dieu gaulois au maillet : aux dires de Nicolas de Damas dans ses Histoires, les Romains héritèrent des Étrusques les jeux de gladiateurs, non des Gaulois.

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Kristoffer Hugues, dans Les secrets du tarot celtique (Llewellyn Publications, 2017 ; Éditions De Vinci, 2021) présente ainsi l'Arcane IV :


Assis sur ma pierre,

j'apporte structure à votre vie.


Affirmation : Soyez fort, soyez sage, soyez vigilant.


Mots-clés : Structure - Autorité - Régulation.

Regardez-moi siéger sur le trône des mystères - ils sont à moi, car j'ai vu ce qui se cachait derrière le voile et connais tous les secrets. J'expérimenterai et atteindrai toute forme matérielle et toute vertu de mes aventures, car je suis fort, sage et doué de bon sens. Prêtez attention à mes paroles, car elles portent ma sagesse. Pour réussir, vous devez vaincre. Et pour vaincre, vous devez comprendre la nature de la faiblesse et de la force. Écoutez-bien : les émotions sont pour les gens vils. Qu'est-ce donc que ces futilités ? Vous n'êtes pas votre mère, que je sache ! Les émotions sont signe de faiblesse, et la faiblesse, on la piétine sans merci.

Vous vous êtes éraflé le genou en tombant ? Relevez-vous, époussetez-vous et reprenez votre route ! Qu'est-ce que vous attendez ? Faites ce que je dis, nourrissez-vous de mon expérience, et votre maison se transformera en château dont vous serez le maître incontesté. Vous n'avez pas besoin d'un jardin aussi grand. Débarrassez-vous en ; vous pourriez garer six voitures à la place. Ô mon enfant, je suis fort, et je suis votre force intérieure. Mais, lorsque le soleil se couche et que vous êtes seul, tout cela suffit-il à réchauffer votre cœur ?


Interprétation : Le Père (l'Empereur) s'empare de la sagesse du voyage de l'âme pour la tirer vers le centre et l'expression de la beauté. Elle doit pour cela traverser l'abysse qui se trouve derrière le voile de la Grande Prêtresse. Quelle que soit l'entreprise qu'invoque la question, elle doit être traitée avec force et autorité. Mais pour commencer, la question est-elle correcte - et aurez-vous le cran d'aller jusqu'au bout ? Potentiellement, vous l'avez, mais prenez garde à la manière dont vous exprimez votre force. Cette lame peut faire référence au travail et à des questions financières, des choses matérielles, mais elle remet également en question vos motivations.

Inversée, elle peut insinuer que votre cœur n'est pas à cent pour cent engagé, que la tête prend trop le dessus. Dans ce cas, faites en sorte d'équilibrer davantage le cœur et la tête. Donnez du sentiment à la question êtes-vous coupé de la Mère au point que tout ce qui compte,, c'est votre succès ? Cela vous apportera-t-il une quelconque joie ?

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Dans un entretien paru dans le magazine GEO Histoire de juin-juillet 2020 sur la Gaule au temps des Romains (n°51), Jean-Louis Brunaux nous offre une précision :


[...] On sait aussi que les Gaulois comptaient le temps en nuits et non en jours comme nous le faisons. Cela s’explique par le fait qu’ils croyaient en un dieu souterrain dont on ignore le nom, mais que dans La Guerre des Gaules, César compare à Pluton, le dieu des enfers, et nomme « Dis Pater ».

L’âme était considérée comme immortelle et, après la mort, elle retournait dans la terre où Dis Pater la conservait pour un temps indéterminé avant sa réincarnation. Les humains sont donc tous les fils de ce dieu, les fils de ces enfers sombres, et donc de la nuit.

 

Dans L'Oracle de la sagesse gauloise (Éditions Le Courrier du Livre, 2021) Caroline Duban et Lawrence Rasson propose une carte dédiée à Dis Pater :


Dis Pater

« Dieu Père » (du monde souterrain)


Dis Pater est rapproché de Pluton par César. Le nom de cette divinité gauloise reste un mystère. Son importance dans le panthéon peut correspondre à un tabou particulier, à moins que les auteurs et témoins étrangers n'aient jamais eu le désir de préserver l'appellation originale de ce dieu.

« Tous les Gaulois se prétendent issus de Dis Pater en vertu d'une tradition des druides. En raison de cette croyance, ils mesurent la durée, non pas d'après le nombre des jours, mais d'après celui des nuits ; les anniversaires de naissance, les débuts de mois et d'années sont comptés en faisant commencer la journée avec la nuit. » [Guerre des Gaules, VI, 18].

Ce témoignage correspond au Donn mythologique, ancêtre de tous les Gallois. Son nom signifie « le Sombre » car il réside dans le monde souterrain, en un lieu appelé Tech Duinn, « la maison du Sombre ». Les mondes obscurs situés sous terre, le dubnos selon les Gaulois, renferment vraisemblablement des forces créatrices en lien avec les enseignements des druides qui préparent les âmes à la réincarnation. En effet, c'est une croyance établie chez les Gaulois et que bon nombre d'auteurs - Strabon, Lucain, Diodore de Sicile ou encore César - soulignent.

Lucain, bien qu'opposé à cette idée de renaissance qu'il considère comme un « mensonge » décrit néanmoins :


« Et vous, druides, [...] vous seuls avez le privilège de choisir entre tous les dieux ceux qu'on doit adorer, ceux qu'on doit méconnaître. Vous célébrez vos mystères dans des forêts ténébreuses ; vous prétendez que les ombres ne vont point peupler les demeures tranquilles de l'Érèbe, les sombres royaumes de Pluton ; mais nos esprits dans un monde nouveau vont animer de nouveaux corps. La mort, à vous en croire, n'est que le milieu d'une longue vie [...]. De là, cette ardeur [au combat] qui brave le fer, ce courage qui embrasse la mort... » (La Pharsale, I)


César est, lui aussi, intrigué par ce concept de la métempsychose :


« Le point essentiel de l'enseignement des druides, c'est que les âmes ne périssent pas, mais qu'après la mort elles passent d'un corps dans un autre ; ils pensent que cette croyance est le meilleur stimulant du courage, parce qu'on n'a plus peur de la mort. » (Guerre des Gaules, VI, 14)


Il semble que ni l'un ni l'autre de ces auteurs ne porte de crédit à cette conviction, et que les druides eux-mêmes aient inventé celle-ci afin de rassurer les guerriers. Toutefois, si Lucain et César méprisent la croyance en la réincarnation, elle est récurrente dans les mythes celtes pré-chrétiens, nettement narrée dans les textes médiévaux au sujet des vies et des résurrections des dieux. Le passage dans le monde des morts est une étape pendant laquelle le héros obtient de nouvelles connaissances, des savoir-faire ou des armes lui permettant de vaincre ses ennemis après sa résurrection, à moins qu'il ne soit question d'un cycle inévitable comme chez les Germains par exemple.

Diodore de Sicile observe des rites qui confirment cette croyance. Lorsque de riches Gaulois étaient incinérés, il était possible de déposer des lettres à leur intention dans le bûcher, dont certaines correspondaient à des créances.

Dis Pater serait donc l'intermédiaire ultime, à la fois créateur et témoin de ces échanges de corps, entité mystérieuse que les mortels ne peuvent côtoyer que lors de la transmutation des âmes. Il est possible aussi qu'il soit question d'un surnom donné à une divinité pour ses pouvoirs de créateur de vie à partir de la mort, du néant. Sucellos, le dieu au maillet, pourrait résonner avec cette capacité, du fait que son arme puisse être une métaphore de la faculté à donner la vie ou la mort selon comment et qui il frappe de son marteau. Dans la mythologie irlandaise, le grand Dagda possède une semblable massue dont une extrémité tue tandis que l'autre ressuscite. On a pu aussi associer Cernunnos et Ogmios à Dis Pater, mais il reste encore trop d'incertitudes pour permettre une réelle identification. Dis Pater n'a donc pas laissé de trace sur son véritable nom gaulois. Tabou ou oubli, mystère conservé par les druides ou acculturation avec les dieux romains au point qu'il ne reste que sa dénomination latine, Dis Pater veille toutefois sur le monde des morts, le royaume sombre dans lequel la magie n'est pas absente ; et pas des moindres, car elle offre l'immortalité à tous ceux et toutes celles qui pénètrent dans cette sphère.

Nanti d'un pouvoir divin ultime, Dis Pater fait naître les hommes d'un vide souterrain et non d'une lumière céleste. Ce pourrait-il que les marécages et les tourbières soient les portes qui mènent à ce royaume ? Ces milieux humides s'opposent effectivement aux sources jaillissantes et aux cours d'eau vive. Dis Pater pourrait-il alors être une figure nocturne de Lug ?

Dis est la contraction de dives qui signifie « riche », « fortuné » en latin, renvoyant aux propriétés dispensatrices de bonne fortune de la divinité. Il est probable qu'il soit dérivé de divus, « divin », sous une forme proto-indo-européenne "deiu -(o/e)t-, littéralement « celui qui est comme les dieux » ou « qui est protégé par les dieux ». Dans cette racine peut se profiler la conviction d'être pétri de la même matière que les dieux pouvant se mouvoir d'un corps à un autre après la mort.


Interprétation : Dis Pater surgit dans votre tirage pour symboliser une création subite, une révélation comme « sortie de nulle part », qui vous sera heureuse. Vous n'attendiez peut-être rien en particulier, à moins que vous ayez eu un souhait quelconque ; quoi qu'il en soit, celui-ci va se réaliser et de façon tout à fait étonnante et rapide. Bébé inespéré ou projet désiré, entreprise confiée aux bons soins de la bonne fortune, voici l'heure de la matérialisation de ce vœu ! Les raisons ou les méthodes d'aboutissement pourront vous paraître obscures, car Dis Pater ne dévoile pas ses desseins ni son visage, mais il met en place une série de « coïncidences » et de synchronicités qui sont les rouages de la concrétisation. Elles sont, la plupart du temps, très discrètes, et vous seriez bien observateur si vous parveniez à déterminer tel ou tel signe comme étant une manifestation de Dis Pater. Le plus souvent, on a tendance à se tromper ou à voir des clins d'œil là où il n'y en a pas. Ne tentez pas de percer ce voile, acceptez-le, tout simplement. La volonté de Dis Pater s'exprime par des moyens détournés, secrets voire silencieux. Il n'est donc pas utile ni sage de vouloir obtenir plus d'informations qu'il ne vous est nécessaire. Sachez accueillir ce présent et calmer votre curiosité. Dis Pater peut être une personne qui se manifeste dans votre entourage sans s'annoncer, un cadeau ou une somme d'argent, un service sans carte de visite parce qu'il refuse de se mettre en avant, désirant seulement vous être agréable, et voir votre projet se réaliser. Il se pourrait que cette présence soit spectrale, Dis Pater étant maître du royaume des morts. Vous avez sans doute possible un allié parmi vos gardiens qui vous guide et vous protège. Il sème des petits cailloux sur votre chemin de vie pour attirer votre attention sur des choix, des destinations, des personnes, pour renforcer votre expérience d'incarnation et vous faire humainement évoluer.

Dis Pater veut aussi vous réconforter dans un deuil et vous assurer que la fin d'un cycle n'est pas la fin de tout. De plus, la divinité est entourée de nombreux êtres en passe de renaître, promesse d'un état bienheureux dans lequel les retrouvailles sont nombreuses avec les êtres chers.

Cette carte indique aussi une énergie plutôt masculine, faite dans l'action et qui se réalise de manière fulgurante ; tel le big bang originel, issu du rien et du tout à la fois, qui explosa pour créer notre monde et les univers infinis qui poursuivent leur marche depuis ce point central. Dis Pater est aussi la lame qui rappelle la résonance de chacun qui vibre à l'unisson, preuve que tout est lié même si les affinités diffèrent ou semblent inexistantes entre les choses et les êtres. C'est une image philosophique et spirituelle qui doit vous faire relativiser la gravité des événements que vous traversez ou avez traversés, car ceux-là ne représentent qu'une goutte dans un océan émotionnel. Cela ne veut pas dire que cette petite goutte soit insignifiante, ou moins importante que toutes celles qui composent cette étendue d'eau, mais que bien d'autres êtres sont cocréateurs du monde dans lequel nous évoluons et que toutes et tous devons être responsables, conscients et ouverts d'esprit. Que cette larme soit émotionnelle, professionnelle ou personnelle, heureuse ou malheureuse, elle contribue à une somme phénoménale de vécus, de savoirs et d'expériences dans laquelle vous pouvez puiser afin d'éviter de reproduire les mêmes erreurs, trouver l'inspiration, réadapter ou adopter des comportements en adéquation avec ce que vous vivez. Dans le passé, le présent ou le futur, Dis Pater est, dans ce tirage, une allégorie de la bibliothèque universelle que d'aucuns nomment « akashique ». Ces ouvrages sont collectifs et ouverts à tout le monde. Quel livre souhaitez-vous emprunter et lequel désirez-vous poursuivre avec votre propre écriture ?

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