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  • Anne

L'Aneth





Étymologie :

Étymol. ET HIST. − xiiie-xive s. (Antidotaire Nicolas, éd. Dorveaux, p. 8 : [Pren] girofle, espic, noiz muscade [...] aloes, cardamome, anis, anet, ana dragme .iiii.). Empr. au lat. anethum, bot. dep. Virgile, Ecl., 2, 46 ds TLL s.v., 42, 2 ; bien attesté ds Pline et Celse où il est fait allusion aux vertus thérapeutiques de la graine : ainsi Celse, 2, 26; 29 ; 31, ibid., 42, 5-7. Voir André Bot. p. 32. A évincé la forme pop. anoi xive s., T.-L.


Lire également la définition du nom aneth pour amorcer la réflexion symbolique.




Botanique :






Symbolisme :


D'après Marcel Coquillat auteur d'un article intitulé "Les Herbes de la Saint-Jean" paru dans le Bulletin mensuel de la Société linnéenne de Lyon, 15ᵉ année, n°7, septembre 1946. pp. 47-48, l'aneth fait partie des herbes traditionnnellement attachée à la Saint-Jean :


7. Aneth fenouil (Aneth Foeniculum L.). — ■ C'est la plante magique par excellence, à condition qu'elle soit cueillie le matin du 24 juin. Les rameaux de cette plante, passés dans la fumée des feux de la Saint-Jean (encore une coutume qui se répète), sont souverains contre les sorciers. Il suffit d'en glisser de menus brins dans les trous des serrures, dans les interstices des planches des étables pour que les esprits malfaisants ne puissent s'introduire dans la place. Le Fenouil est-il riche en graines, le seigle sera abondant. Toute la Gascogne connaît bien ces particularités.

Dans « Langage orgiastique et glossolalie », Kernos [En ligne], du 5 janvier 1992, mis en ligne le 19 avril 2011, Manuel García Teijeiro donne des exemples de langage crypté dans les traditions des Mystères :

Il y en a aussi dans les formes d'expression des sectes gnostiques, dans les Decknamen de l'alchimie et de la botanique magique, par exemple dans la liste que nous a préservée un papyrus magique de Leiden, où on donne la signification de trente-sept de ces noms trompeurs : «larmes de babouin», c'est du jus d'aneth ; [...].

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et 2019), Éloïse Mozzani nous propose la notice suivante :


"Trèfle, verveine, herbe de Saint-jean, aneth, arrêtent les sorcières dans leurs desseins." Ce dicton rappelle une croyance fort ancienne puisque l'aneth était déjà chez les Grecs une plane médico-magique. Pythagore et Hippocrate conseillaient de tenir de l'aneth dans l main gauche pour empêcher l'épilepsie et les sortilèges. Au IVe siècle, un médecin bordelais, Marcellus Empiricus, prescrivait contre les maladies inguinales d'attacher, à la jambe ou au bras du côté atteint, une ceinture sur laquelle était liée de l'aneth, portant sept noeuds. Ses graines triomphent également de la folie, d'où l'expression "allez chercher de l'aneth" dont le sens est équivalent à "vous avez une araignée au plafond".

Une recette ancienne propose à celui qui récolte l'aneth de formuler la prière suivante : "Bonne plante, sainte aneth, et toi, Apollon vénérable, je vous prie et vous supplie : que cette plante me vienne en aide, que je puisse guérir par les remèdes qu'on en tire celui à qui je les enverrai".

L'aneth est également réputée protéger les jeunes couples et leur assurer une vie conjugale heureuse. Dans certaines régions des Flandres, les nouvelles mariées se rendant à l'autel en accrochaient systématiquement à leur corsage ou en plaçaient dans leurs chaussures.

La tradition russe en a fait un aphrodisiaque puissant, d'où paraît-il l'utilisation fréquente de l'aneth dans les recettes de cuisine. Les femmes qui voulaient séduire Raspoutine mettaient des graines de la plante dans leur bain.

Dans toute l'Europe de l'Est où l'on fait confiance à ses vertus protectrices, la plante, racines en l'air pour que les graines s'échappent, orne souvent les portes des maisons. Lorsque les femmes perdaient un objet, elles faisaient des offrandes de bouquets d'aneth aux icônes et aux saints dans les églises, "puis elles restaient allongées à plat ventre devant la statue, les bras en croix".

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Jacques Voisenet, « L’animal et la pensée médicale dans les textes du Haut Moyen Age », Rursus [En ligne], 1 | 2006, clarifie pour nous la pensée médiévale en termes de symbolisme :


Puisque la viande c’est de la chair, et la chair le plaisir, il faut pour les clercs adopter un régime végétarien, et pour les laïcs modérer et surveiller leur consommation de viande. Le remède contre la luxure est de supprimer les viandes qui échauffent et de prendre une potion végétale. « Pour que l’homme éteigne en lui le goût du plaisir et l’amour de la chair, il lui faut recueillir en été de l’aneth, deux fois autant de la menthe d’eau, de la pulmonaire, (…) de la racine d’iris d’Illyrie, (…) de l’ail d’Ascalon (…) ; qu’il mette le tout dans du vinaigre et qu’il en fasse un condiment. (…) Le sec et le froid de l’aneth éteignent la chaleur du plaisir, le suc froid de la menthe d’eau résiste à son suc dépravé, le suc froid et peu agréable de la pulmonaire enlève le charme de la dépravation, le froid vertueux de l’iris d’Illyrie domine le goût du plaisir et le froid vénéneux de l’ail fait diminuer le poison pervers du plaisir ». [Hildegarde, Les causes et les remèdes, 194, Contre la luxure.]. La théorie physique des quatre éléments, fondée sur les qualités opposées du chaud et du froid, de l’humide et du sec, est ainsi mise au service d’une morale sexuelle rigoureuse.

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