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Le Népenthès


Étymologie :


Selon Wikipedia : "Nepenthes, qui dérive de l'adjectif grec ancien νηπενθής {formé à partir du préfixe négatif νη- [nê], non et du nom πένθος, [pénthos] tristesse, chagrin} désigne chez Homère la boisson que Pâris donna à boire à Hélène après son enlèvement pour lui faire oublier son pays natal. Les femmes de la ville égyptienne de Thèbes passaient pour détenir le secret de sa composition.

Les apothicaires chimistes du XVIIe siècle, comme Joseph du Chesne, Jean Béguin ou Angelo Sala avaient l'habitude de nommer indifféremment Laudanum ou Nepenthes, une préparation à base d'opium. Le Laudanum ou Nepenthes plus excellent que celuy d'Homere de Béguin est à base d'opium et de jusquiame « tirée selon l'art avec l'esprit de vin [eau-de-vie], rendu acide par l'esprit de vitriol [acide sulfurique] ou le soufre », de la teinture de safran et de corail, de l'ambre. (Tyrocinium chymicum). Dans la pharmacologie « moderne », les pilules de népenthès contenaient de la jusquiame, de la myrrhe et de l'opium."

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Botanique :


Jacques Boulay, dans un article intitulé "Les plantes carnivores, Essais de micropropagation" (Bulletin des Académie et Société Lorraines des Sciences : 1995, 34, n°3) rend compte des travaux destinés à préserver les plantes carnivores dont les biotopes sont menacés de disparition :


Essais avec le genre Nepenthes

Les graines de Nepenthes sont très fragiles. Leur durée de vie est variable suivant les espèces, et le taux de réussite dépend, en grande partie, des conditions de conservation de ces graines. Il est possible de les conserver plusieurs mois à 4°C même s'il est recommandé de les mettre à germer le plus tôt possible. Son tégument étant très fin, le temps de désinfection de la graine doit strictement correspondre à l'attaque d u tégument afin d'éviter que l'hypochlorite de calcium n'atteigne l'embryon qui n'est pas protégé par un tissu de réserve. Le taux de germination est cependant très faible : environ 20% et parmi lesquels 30% ne dépassent pas le stade dicotylédone. Cependant, ces résultats na peuvent être généralisé à l'ensemble des Nepenthes ni même à une espèce. En effet, trop de facteurs extrinsèques à l'espèce (conditions de récolte, de stockage...) interviennent avant la mise en culture. Ainsi, les résultats diffèrent sur une même espèce, selon les travaux (Redwood, 1990).

Le cap délicat de la germination étant passé, les résultats sont très variables suivant les espèces. N. lozvii se multiplie très bien par division de touffe, mais il reste de taille petite, présentant des ascidies (pièges en forme d'urnes) mais pas d'activité rhizogène. Par contre, les espèces comme N. rafflesiana, N. mirabilis DRUCE, N. gracilis KORTH., atteignent des tailles comparables à celles obtenues avec une croissance en serre, avec formation d'ascidies et une forte production racinaire. Cette différence de croissance pourrait trouver une explication dans le fait que N. lozvii soit une espèce de haute altitude alors que les autres Nepenthes sont de basse altitude (Danser, 1928). En effet, la température constante de la salle de culture (25°C) pourrait générer un effet de serre à l'intérieur du bocal en verre provoquant ainsi une condition de croissance défavorable aux Nepenthes de haute altitude. Des essais alors ont été fait dans des bocaux en plastique de type Magenta (Prolabo), placés à une température plus faible (20°C). Dans ces nouvelles conditions, les Nepenthes de haute altitude doublent de volume et présentent une croissance plus vigoureuse. La multiplication peut se faire par division de touffe, ou par bouturage de la plante. L'ablation de la partie apicale de la plant e stimule le développement des bourgeons axillaires. Après deux repiquages, il est possible de séparer les jeunes plants ainsi obtenus du pied-mère.

Les résultats de multiplication sont variables suivant les espèces. Les espèces de basse altitude ont un taux de multiplication bien supérieur aux espèces de haute altitude (de 3 à 5 fois). De plus, la durée de subculture est la plus longue de toutes les plantes carnivores cultivées : 4 mois. Des essais de périodes de repiquage plus courtes entraînent une baisse de production d'ascidies et une baisse de vigueur des plantes. Le repiquage semble provoquer un stress particulièrement important chez ces plantes.

La vitesse de croissance, qui détermine en grande partie la période entre deux repiquages successifs, est également très différente entre les espèces de haute et de basse altitude. Chez les espèces de haute altitude, la croissance est très lente et la plupart des pieds sont peu vigoureux. Il se peut que les conditions de culture ne soient pas optimales, comparativement aux résultats obtenus par les travaux de Redwood (Redwood, 1990). En effet, ces plantes nécessitent de grands écarts de températures jour / nuit , ce que n'offre pas la salle de culture. En outre, des essais de nouveaux milieux sont en cours.

L'acclimatation des Nepenthes se déroule dans une atmosphère fermée, sous un éclairement moyen qui favorise la rhizogenèse. Les explants peuvent être sortis des mini-serres au bout de deux mois.

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Dans Les Langages secrets de la nature (Éditions Fayard, 1996), Jean-Marie Pelt évoque les différents modes de communication chez les animaux et chez les plantes, et en particulier chez les plantes carnivores :


Sous les Tropiques, les plantes carnivores présentent un format nettement supérieur à celui de leurs consœurs des régions tempérées. Les plus célèbres sont les fameux népenthès dont la nervure centrale des feuilles se prolonge par une sorte de faux pétiole porteur d'une urne allongée suspendue à l'extrémité de la feuille - celle-ci, avec son couvercle, ressemble un peu à ces pipes allemandes en émail dont le foyer profond remontre très haut sur l'axe porteur recourbé. Ces urnes peuvent atteindre jusqu'à trente centimètres de long et comptent parmi les plus gros organes carnivores de la nature. Elles sont exclusivement localisées dans un recoin de l'immense monde des plantes à fleurs : la petite famille des népenthacées, avec ses 72 espèces de népenthès répandues du Madagascar à l'Extrême-Orient.

Le fond de l'urne contient un liquide à odeur putride, qui attire les insectes appartenant surtout aux espèces nécrophiles, notamment les mouches. Enivré par l'odeur alléchante - mais, pour nous, repoussante - de cadavre, l'insecte se pose sur le bord de l'urne et se penche vers l'ouverture béante. Mais la planche est savonneuse, car l'urne a eu soin de garnir ses parois d'une sécrétion cireuse ! Aussi les insectes glissent-ils, sans réussir à trouver la moindre prise, comme sur un toboggan et déboulent vers le centre. Brutalement projetés par des sucs analogues à ceux des droseras ou des grassettes.

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Selon Stefano Mancuso et Alessandra Viola, auteurs de L'Intelligence des plantes (édition originale 2013 ; Traduction française Albin Michel, 2018),

"Les Nepenthes, autres redoutables chasseuses, adoptent quant à elles une tactique différente. Au cours de leur évolution, elles ont développé des organes particuliers en forme de sac, dont les bords sont parsemés de substances odorantes et sucrées. Lorsqu'un animal s'en approche, attiré par les effluves parfumés, il s'avance vers le sac pour y sucer le nectar, y glisse et ne parvient plus à en sortir. L'intérieur de ce piège est une des matières les plus lisses existant dans la nature (à tel point que certains chercheurs étudient ses caractéristiques pour en élaborer un équivalent artificiel). Épuisé par ses nombreuses et vaines tentatives pour remonter la paroi et trouver une issue, le malheureux animal finira par s'y noyer dans des sucs. La plante commencera alors à la digérer et à le transformer en une sorte de potage nourrissant qu'elle absorbera en toute tranquillité.

En dehors des insectes, les Nepenthes se nourrissent de lézards et autres petits reptiles, voire de rats assez gros. Les squelettes de leurs proies sédimentent ensuite au fond de leurs sacs, trophées d'anciennes chasses et sombre avertissement pour les prochains animaux malchanceux voués à en devenir les victimes.

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