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  • Anne

Le Gui, la panacée universelle





Étymologie

  • GUI, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1347 (Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. 4, p. 180 : un guy a deus viroles d'argent pendant a la dicte bourse) ; 1372 guy de chesne (Compte du testam. de la royne Jehanne d'Evreux ds Laborde). Du lat. viscum, d'où sont issus directement le rouergat mod. et l'a. prov. vesc (xiie-xive s. Lévy, Rayn.) ; les formes en i (visc, vist, vif, viz fin xive, Les livres du Roy Modus, 83, 23 ds T.-L.) sont prob. dues à l'infl. des représentants de hibiscus (cf. guimauve, v. FEW t. 14, p. 524b). Le passage à l'initiale de v à g révèle l'infl. de l'a. frq. *wihsila (cf. griotte) d'apr. la ressemblance des fruits de ces deux plantes.


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique sur cette plante extraordinaire, plante qui pousse en boule, c'est-à-dire dans toutes les directions à la fois...




Botanique :


Clemens G. Arvay, biologiste autrichien qui s'intéresse particulièrement au concept de biophilie, nous demande dans L'Effet guérisseur de l'arbre : "


Saviez-vous qu'il existe en Australie un gui qui se transforme tellement que ses feuilles ressemblent aux feuilles de la plante sur laquelle il pousse ? Les botanistes ne savent toujours pas vraiment comment le gui fait pour savoir à quoi ressemblent les feuilles de la plante-hôte. Probablement qu'il existe un mécanisme inconnu qui fait que le gui peut accéder au code génétique de la plante afin de lui ressembler."

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Bienfaits thérapeutiques :


Pour en savoir davantage sur l’utilisation du gui contre le cancer en médecine anthroposophique, vous pouvez lire cette plaquette sur la clinique d'Arlesheim.

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D'après Marc Questin, auteur de La Médecine druidique (1990, nouvelle édition inchangée 1997),


"Le gui est apporté par les oiseaux du ciel sur l'arbre dont il exprime la survie après la mort apparente qui suit la chute des feuilles et des fruits. Il représente la survie de l'âme après la mort, son travail pour préparer la Vie Future (au sein du Gwenved) et tend vers la lumière jusqu'au renouveau printanier qui exprime cette renaissance dans une même souche (la race, la famille, le sol de son développement). En révérant le gui cueilli en un jour faste, c'est l'Âme immortelle que révéraient les druides. On recueillait le gui dans un linge banc. La cueillette terminée, on sacrifiait de jeunes taureaux blancs. Le rituel décrit par Pline se rapporte très probablement à la fête de novembre qui marque le début de l'année celtique et cela correspond au symbolisme d'immortalité et de régénération du gui. Parce qu'il est en complet épanouissement au solstice d'hiver, quand la Nature sommeille sous la neige, le druide considérait le gui comme une manifestation végétale exceptionnelle et digne d'honorer son dieu.

Ses feuilles fraîches sont riches en alcaloïdes, en viscols L et B, en cholines, en amyrines (triterpène) et en viscotoxines. En tisanes ou en macérations préparées avec soin et à faibles doses, elles agissent comme diurétique, hypertenseur, tonicardiaque et vasodilatateur périphérique. Les druides n'ignoraient pas que cette "plante-animal" freine et parfois guérit certaines tumeurs. La cancérologie moderne reconnaît ce pouvoir et parfois n'hésite pas à recourir à des injections intra-musculaires à base de certains Viscum album.

D'après Pline, "les Gaulois croient que le gui pris en boisson (ou eau de chêne) donne la fécondité et constitue un remède contre tous les poisons." Le gui était considéré comme l'eau de chêne. Etant son parasite, il suce la sève nourricière et féconde l'arbre en condensant ses vertus. Il est vraiment un concentré, un extrait de chêne.

De nos jours, le gui est à l'honneur dans les prescriptions homéopathiques sous son nom latin de viscum album. Les chercheurs pharmaciens ont découvert ses principes anticancéreux actifs contre certains carcinomes et papillomes (verrues).

"La reproduction du gui se fait différemment de celle des autres plantes. Si la graine tombe à terre, elle ne germera pas. Il faut que la baie soit mangée par un oiseau pour que se termine la formation organique de la substance fécondante. Elle est évacuée après la digestion qui ne dure que huit à dix minutes et, si elle tombe sur une branche, elle enfonce son style dans l'écorce et donne naissance à une nouvelle plante. Le gui réalise ainsi à un haut degré la continuité de la vie qui caractérise l'animal et ignore le dépérissement par lequel doit passer toute plante à graine avant d'engendrer une vie nouvelle" (Jean Palaiseul, Enquête sur une thérapeutique du cancer).

Ainsi, le gui de chêne rouvre, cueilli solennellement le sixième jour de la lune par le druide vêtu de blanc, montant lui-même sur l'arbre pour le cueillir à l'aide d'une serpe d'or, est-il traditionnellement considéré comme une "plante-animal" de l'ancienne lune. Sa croissance dans l'espace et le temps échappe, en effet, à l'attraction de la terre minérale à laquelle obéissent toutes les autres plantes.

Il existe une polarité entre le gui d'été et le gui d'hiver. Rudolf Steiner a indiqué comment utiliser les forces astrales très puissantes du gui. cette préparation est nommée iscador. L'iscador est connu en France sous le nom de Viscum album fermenté. Ce médicament préparé à partir du gui (Viscum album) est dépourvu de toxicité et peut être injecté pendant des années sans inconvénients. Il existe de nombreuses études pharmacologiques et chimiques sur le gui. Vester et Nienhaus ont découvert dans le suc frais du gui, obtenu par pression, une structure particulière de la composition des aminoacides.

Une quinzaine d'années avant la Seconde Guerre mondiale, Rudolf Steiner a préconisé l'utilisation d'une centrifugeuse d'un mètre de diamètre, tournant à 12 000 tours par minute, pour "dynamiser" cette préparation, c'est-à-dire lui rendre le mouvement, la dynamique qui sont synonymes des forces de vie. Des résultats intéressants, dépassant statistiquement toutes les autres thérapeutiques du cancer, ont été acquis avec une préparation obtenue grâce à une centrifugeuse tournant à 6 000 tours par minute.

Les propriétés anticancéreuses du gui varient assez, selon l'arbre-support. Comme le précise le Pr Raymond Lautié, "le gui du pommier (viscum mali) convient plutôt aux tumeurs génitales du sexe féminin ; le gui de chêne (viscum quercus) aux tumeurs génitales du sexe masculin ; le gui du pin (viscum pini) au cancer du sein et de la peau ; le gui du sapin (viscum abietis) au cancer de la région thoracique et cervicale."

Le gui est inséparable du monde des oiseaux. C'est en se nourrissant de ses baies que la grive draine, transporte ses graines entourées d'ne pulpe extrêmement visqueuse, qui leur permet de se coller à la branche d'un arbre et d'y germer.

Les feuilles et les rameaux, préparés en infusion, ont en particulier des propriétés hypotensives.

Contrairement aux substances chimiques généralement utilisées pour détruire les métastases et qui ont le gros inconvénient de paralyser la faculté de défense de l'organisme, il semble que le gui possède, parallèlement à une efficacité marquée contre les cellules cancéreuses, la propriété de stimuler le système de défense dans son ensemble, en agissant en particulier sur le thymus.

Conformément aux prescriptions des ovates, pour qui le gui était un remède à des troubles que nous rattacherions aujourd'hui à l'hypertension artérielle, la phytothérapie en utilise les propriétés hypotensives, vasodilatatrices et ; elle l'emploie aussi, en usage externe, contre certaines tumeurs sur lesquelles le gui exerce une action inhibitrice et nécrosante, ce que savaient les ovates qui guérissaient ainsi les ulcères.

"Certains pensent que le gui est plus efficace cueilli sur le robur (le chêne) au commencement de la lune, sans fer et sans qu'il ait touché la terre ; qu'il guérit de l'épilepsie, fait concevoir les femmes qui en portent sur elles ; que, mâché et appliqué sur les ulcères, il les guérit tout à fait" (Pline, Histoire naturelle).

La cérémonie du gui avait lieu, en Gaule, près de Chartres, le sixième jour de la lune de notre mois de décembre : elle était la fête symbolique de l'immortalité de l'âme. La plante adorée représentait la survie : fleurie, verte, agrippée à l'écorce du chêne, seule resplendissante dans la nature hivernale. Outre sa vitalité singulière dans le monde végétal réduit à l'apparence de la mort, le gui, dont les feuilles poussent généralement par bouquets de trois, répondait au symbolisme du nombre druidique. Le dogme voulait que le nombre 3 embrassât l'Univers ; il considérait 3 cercles d'existence, 3 ordres de hiérarchie sociale, 3 classes dans la nation gauloise, 3 rangs dans la chevalerie.

Le Rameau d'Or, ce gui panacée que les druides appelaient plante-qui-guérit-tous-les-maux, était plongé dans une eau lustrale, qui, charmée par les vertus magiques de la plante, guérissait les malades et déjouait les sortilèges.

De nos jours, des recherches menées en dehors du cercle de l'Ecole d'Arlesheim pour déceler les principes actifs du gui ont prouvé par l'expérimentation sur l'animal qu'il existe dans le suc de cette plante des substances albuminoïques qui comptent parmi les plus énergiques des anti-cancérigènes connus aujourd'hui. Bien qu'aucune teinture commerciale ne rivalise en efficacité avec celle que les druides préparaient canoniquement, l'alcoolat de gui judicieusement dosé donne des résultats souvent remarquables (affections du cœur, troubles vasomoteurs et congestifs, hypertensions, etc.). employé en simples tisanes, il est un bon adjuvant hypotenseur et un dépuratif du sang. Celui du chêne, préparé comme il convient et administré à la 7° C.H. ou à la 200° homéopathique a dans certains troubles, tels que la paralysie des muscles oculaires, une efficacité parfois étonnante.

Le gui n'est autre que l'authentique Sôma, que l'Inde ne sait plus préparer et qu'elle a remplacé depuis bien des siècles par un substitut local. Les éloges adressés à Sôma (dont la mythologie a fait un dieu-lune, de même qu'elle a assimilé l'amrita aux rayons lunaires) s'adressent tantôt à la teinture, "remède universel", tantôt à l'élixir, breuvage magique des Initiés, tantôt, enfin, à la forme supérieure du symbole où le chêne est l"homme et le Gui ou Sôma la Sagesse divine, la Lumière du Verbe."

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Croyances populaires :


D'après Véronique Barrau, auteure de Plantes porte-bonheur (Éditions Plume de carotte, 2012) : le gui est "un bon parasite".


Toujours vert : Admirant la verdure et la vitalité inépuisable du gui en plein en hiver, les druides vouaient un respect sans borne à la plante poussant sur de rares branches de chênes. A leurs yeux, "l'eau du chêne", comprenez la sève associée à l'âme de l'arbre, tout à la fois emplie de sagesse et de force, trouvait refuge dans le gui, en période hivernale. Cette présence conférait au végétal en boule des pouvoirs exceptionnels mais fragiles. Seule une cueillette rituelle pouvait empêcher la disparition de ces bienfaits. La récolte devait s'effectuer au sixième jour après la nouvelle lune, lors du solstice d'hiver. Vêtu d'une robe blanche, un druide grimpait au chêne et prélevait une houppe de gui avec une faucille d'or tout en prononçant la formule rituelle O ghel an heu (Que le blé germe). Cette expression, glorifiant le renouveau de la nature symbolisée par le blé, fut déformée dans le temps et devint au cours du Moyen Âge "au gui, l'an neuf". L'assistance placée sous le chêne, déployait un drap blanc, afin que le gui ne perde ses vertus en touchant terre. Découpée en morceaux, la précieuse plante aux vertus jugées protectrices était distribuée à l'assistance.

La consommation de gui offrait en effet l'invincibilité tandis que le fait d'en porter sur soi ou de l'accrocher dans les maisons et les étables protégeait des sortilèges, des maléfices et des voleurs. Au siècle dernier, la plante merveilleuse placée dans un wagon empêchait même le train de dérailler. Et une seule branche de gui suspendue au-dessus d'un berceau suffisait pour dissuader les fées d'enlever le nouveau-né. Accrochez du gui dans une maison est donc synonyme de chance et de protection pour les habitants, tout le monde sait cela. Pensez toutefois à ajouter une branche de houx dans vos rameaux de gui, le bonheur des autres ne pourra ainsi vous causer aucun tort.

"Suspendu au plafond de la salle commune, mis à la tête du lit des époux, le gui a tenu durant de longs siècles sa place de plante hautement protectrice : foudre, maladie, malchance, infidélité, incendie, épidémie, mauvaise récolte, inondation... Il n'est guère de malheurs contre lequel le gui se soit révélé inefficace." (Cunningham)


Cueillette du gui : Les druides procédaient à la récolte du gui en utilisant exclusivement une serpe en or, tout autre métal aurait nui aux vertus de la plante. Mais près de Rennes, les habitants croyaient que la soupe de la plante, quel que soit le métal utilisé, portait irrémédiablement malheur. Aussi préféraient-ils arracher le gui. N'hésitons pas enfin à dénoncer les habitants de Velorcey (Haute-Saône) qui dérobaient le gui chez autrui puisque seul un rameau volé avait valeur de porte-bonheur à leurs yeux. Comme vous pouvez le constater, les avis divergent et nous vous laissons libre de faire votre propre choix, quitte à vous arranger avec votre conscience... Sachez que plus les touffes de gui seront fournies et chargées en baies, plus la chance sera au rendez-vous.


Pas si parasite que ça : Le gui est un semi-parasite. il prélève à l'arbre une partie de sa sève brute mais effectue lui-même sa photosynthèse. Il semblerait même qu'il restitue en hiver quelques produits de son activité à celui qui le porte. Le gui n'est en fait nuisible que s'il pousse en abondance, responsabilité qui incombe alors aux grives et fauvettes, friandes de ses baies blanches et qui dissémineront les graines après digestion.


S'embrasser sous le gui : L'échange traditionnel de baiser sous le gui, célébrant l'amitié et l'amour, avait déjà cours au IIe siècle. Mais connaissez-vous les conditions intransigeantes qui doivent être respectées pour ne pas souffrir de désagréments. Le gui doit absolument être cueilli avant Noël et brûlé durant la nuit du 6 janvier. Sans quoi, les couples s'étant embrassés sous les rameaux de verdure pendant le réveillon du jour de l'an ne cesseront de se disputer les douze mois à venir !

Aucune précaution n'est en revanche nécessaire pour échanger un baiser sous un arbre porteur de gui. Il paraît même que c'est un stratagème bien plus efficace que de s'embrasser bien au chaud chez soi. Enfilez néanmoins vos gants et votre bonnet, ce ne serait vraiment pas de chance si vous attrapiez un rhume à cette occasion !


Source de revenu : Une superstition l'affirme : celui qui marche sous le gui suspendu au plafond sans en avoir conscience profitera bientôt d'une rentrée d'argent. Il est en revanche attesté que le gui a permis à certains de récolter quelques sous


Le gui porte-malheur, ça existe : Il ne faut jamais enlever toutes les boules de gui d'un arbre, cela porte malheur. De même, aux alentours de Valence, et comme le rapporte l'écrivain Éloïse Mozzani, "passer sous un pommier portant du gui ou manger une pomme provenant de cet arbre, c'est courir le risque d'être ensorcelé."


Vente : "Au gui nouveau ! Au gui l'an neuf !, Au gui nouveau ! Au gui l'an fleuri !", telles étaient les formules des vendeurs ambulants qui haranguaient les passants en portant des touffes de gui suspendues à un bâton de frêne ou de bouleau. Au début du siècle dernier, de nombreuses boules de verdure provenant essentiellement de Bretagne et de Normandie envahissaient les rues de Paris et de Londres où les habitants chérissaient particulièrement le gui.


Médecine : "Celui qui guérit tout" comme on le nomma, fut prescrit pour soigner les maux les plus divers : les boutons, les tumeurs, la stérilité féminine, l'empoisonnement, l'épilepsie et même la danse de Saint-Guy ! De nos jours, les propriétés antispasmodiques, sédatives, hypotensives du gui sont reconnues par la médecine.


Étrennes : Au XIXe et au début du XXe siècle, les Bretons de peu de biens présentaient leurs vœux de bonheur de maison en maison. En échange de leurs souhaits et de rameaux de gui, ils recevaient quelques victuailles et parfois des pièces améliorant leur quotidien. Le 31 décembre, les salariés faisaient de même envers leurs directeurs et recevaient un présent en retour."

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Symbolisme :


Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Les Germains, qui le cueillaient avec les mêmes cérémonies que les Gaulois, lui attribuaient la propriété de protéger des blessures le guerrier qui en portait et de lui donner l'invincibilité. Ils le dotaient également de vertus contre l'épilepsie. A cause de ses pouvoirs, les peuples du Holstein et les Alsaciens ont surnommé le gui marentakein ou "rameau des spectres".

Selon une légende germanico-scandinave, Balder, fils d'Odin (Wotan) et de Frija, déesse de la Fécondité et de l'Amour, avait rêvé de sa propre mort. a mère implora alors tous les éléments ( le feu, les métaux, les maladies, l'eau, les animaux, les serpents) de ne pas porter atteinte à son fils, en oubliant de conjurer le gui. Balder fut atteint mortellement par une lance en bois de gui lancée par un aveugle sur ordre de Loki, son ennemi : "Les divinités, toutefois, apitoyées par le chagrin de le mère, ranimèrent l'enfant mort, et la plante, dont la bonne foi avait été surprise, promit qu'elle ne servirait jamais plus les puissances du mal à condition qu'on ne lui fit plus toucher la terre". Les dieux placèrent également la plante sous la dépendance de Frija. Les Scandinaves considèrent le gui comme un symbole d'espoir, de paix et d'harmonie.

Si les Grecs en faisaient également une plante vénérée (Perséphone utilisait un rameau de gui pour descendre chaque année aux Enfers et en revenir ; le rameau d'or, évoqué par Virgile dans L’Énéide, qui ouvrit l'entrée des Enfers à Énée, prince troyen serait également du gui). Les Romains semblent lui avoir attribué essentiellement une fonction décorative : pendant les Saturnales et la fête du dieu solaire Mithra, le gui ornait les maisons des patriciens et des plébéiens. Lorsqu'au Ive siècle, les Pères de l’Église imposèrent Noël (qui prit la place de la fête de Mithra), ils condamnèrent l'usage du gui, assimilé aux rites païens et encouragèrent celui du houx. Tout au long du Moyen Âge, l'Église continua de proscrire le gui aux fêtes de la Nativité. Aujourd'hui encore, "des églises anglaises [...] interdisent le port de parures de gui pendant les services religieux".

La tradition de s'embrasser sous le gui porte-bonheur à Noël, ou au nouvel an, n'en est pas moins populaire. Pour certains, cette coutume provient de son association avec la déesse de l'Amour Frîja ; d'autres invoquent une légende grecque, selon laquelle le gui, ayant un jour offensé les dieux, fut condamné à observer les baisers des jeunes gens. Chez nous l'origine est probablement celte.

Qui passe sans le faire exprès sous le gui suspendu au plafond attire les libéralités de la fortune. Il faut toujours enlever ou brûler le gui de Noël douze nuits après la fête, au risque de se quereller avant la fin de l'année.

En Angleterre, où celle qui n'a pas été embrassée sous du gui avant son mariage risque la stérilité, on prétend qu'en suspendre un rameau dans la cheminée pendant la nuit de Noël éloigne de la maison les génies malfaisants. Les bateaux anglais portaient souvent un bouquet de gui à l'extrémité du grand mât, qui y avait été déposé par le petit mousse, la nuit de la Nativité, pour porter chance à l'équipage. Toujours outre-Manche, si on donne du gui à la vache qui vient de mettre bas juste après la Nativité, toute l'étable sera à l'abri des épizooties.

Le gui, qui dans le langage des plantes signifie "je surmonte tout", protège de la foudre (en jeter dans le feu au premier coup de tonnerre), des incendies, des maladies, de la malchance, de l'infidélité, des inondations et promet de bonnes récoltes. En suspendre au-dessus du berceau d'un nouveau-né empêche les fées de s'en emparer pour le remplacer par un des leurs ("enfant de fée"). Il porte chance au chasseur et met à l'abri des attaques des brigands et des animaux sauvages. Il fait même "rentrer au bercail les enfants prodigues et les épouses volages" et procure "des rêves extraordinaires".

La jeune fille qui place du gui sous son oreiller rêvera de son futur mari (pays de Galles). Les Gallois disent aussi "pas de gui, pas de chance". Un rameau accroché à la porte de la chambre procure des nuits paisibles et chasse les cauchemars (Autriche). En avaler sans mâcher attire la chance (Belgique) et faire porter autour du cou des enfants des amulettes composées de morceaux de la plante les protège des sorciers (Allemagne).

En France, certains attribuaient au gui le pouvoir d'empêcher un train de dérailler, comme le signale la Revue des traditions populaires (1895) : "Un de nos amis se trouvant dernièrement dans un train de chemin de fer, vit entrer dans son compartiment une personne qui portait un énorme bouquet de gui et qui dit aux voyageurs présents que lorsqu'on avait une branche de cet arbuste on n'avait rien à craindre en chemin de fer".

Du gui sur un chêne indique la proximité d'une mandragore (plante qui assure la richesse). D'où sans doute la croyance que trouver du gui (quel que soit l'arbre qui le porte) amène la fortune (Albret). La présence d'un rameau de la plante au-dessus de la porte des écuries et des étables protège les animaux (dans le Finistère, cela empêche les vaches d'avoir des dartres). La plante fait fuir les insectes (Normandie). Dans certaines régions, on prétend que du gui attaché à un arbre avec une aile d'hirondelle attire de nombreux oiseaux. Signalons encore que certaines jeunes filles redoutant d'avoir à "coiffer Sainte-Catherine" portaient dans leurs vêtements un sachet contenant les cendres d'une branche de gui. Rêver de la plante est en outre un excellent présage d'amour. Toutefois, en Savoie, où le gui passe pour l'emblème des "liaisons dangereuses", il faut éviter d'en offrir un rameau. Selon une croyance des Alpes, ses baies "contiennent le dernier adieu d'un amant mourant". Dans la région de Valence, passer sous un pommier portant du gui ou manger une pomme provenant de cet arbre, c'est courir le risque d'être ensorcelé.

Le gui protecteur, dont on peut faire des chapelets ou qu'on peut placer dans des médailles d'argent, a servi de thème à de nombreuses amulettes. Les boucles d'oreilles en forme de gui firent fureur en France en l'an XIII tout comme, à la fin du siècle dernier, les épingles à cheveux portant une branche de faux gui. On a même vu, en 1893, les chapeaux de femmes se couvrir de rameaux artificiels de la plante. Vers la même époque, on signale l'utilisation de menus ornés de ses feuilles. A partir de 1900 et de l'époque de l'Art nouveau, il fut représenté sur les gobelets de mariage et divers accessoires de toilette.

Le gui de chêne est abortif : "Aussi, dans nos campagnes, n'aime-t-on point parler du gui de chêne. Les femmes surtout détournent alors la conversation et rougissent".

Le gui de pommier ou d'aubépine servait les vaches à mettre bas (Normandie, Maine-et-Loire).

Contre la jaunisse, on pose sur la tête du malade des boules de gui qui ont trempé dans l'urine d'un petit garçon ou on se contente de suspendre à la crémaillère ou à la cheminée celui que l'on a trouvé dans un buisson d'épines noires ; le gui provenant d'aubépines remédie aux coliques et aux états fébriles (Normandie).

Le gui passe pour très efficace contre l'épilepsie : c'est pour cela que les enfants en portaient sous forme de chapelet, qui les protégeait en outre des convulsions. Des décoctions de gui viennent à bout de la coqueluche. Le breuvage de gui de chêne, appliqué sur l'estomac, guérit toutes piqûres ou morsures d'animal venimeux (Tarn). Baies et feuilles étaient employées en cataplasme contre les douleurs de la goutte, les oedèmes, les engorgements lymphatiques.

Les vertus curatives du gui étaient si réputées qu'à la fin du XIXe siècle, "certains droguistes interlopes en vend[ai]ent à des prix inouïs".

La science médicale a d'ailleurs rejoint les croyances populaires : le gui est reconnu comme hypotenseur, antispasmodique et sédatif (il pourrait donc avoir une efficacité pour calmer convulsions et crises épileptiques, comme le veut la médecine magique), légèrement cardiotonique et diurétique.

Selon Pline, le gui était employé dans le traitement des tumeurs. Citons encore Jean-Marie Pelt : "Le gui se propage sous l'écorce comme un cancer par ses cordons sournois qui circulent dans le corps des arbres, provoquant des métastases, c'est-à-dire, ici ou là, de nouvelles touffes de gui. Les Gaulois considéraient ces touffes comme des tumeurs surgissant de l'arbre porteur. De fait, ce dernier peut lui-même produire des tumeurs lorsqu'il est infesté par le gui. L'érable, en particulier, peut manifester alors des déformations très importantes. La plupart des espèces forment autour du point où le gui s'implante une sorte d'enflure, de bourrelet, bref, une sorte de tumeur [...]. Tumeurs, métastases, proliférations : trois signes traditionnels du cancer". Des laboratoires pharmaceutiques suisse et allemand ont expérimenté des médicaments avec du gui "inhibant les divisions cellulaires et stimulant les réactions de défense de l'organisme". Le gui poussant sur l'aubépine serait le plus efficace contre les cancers.

Suivant la tradition, pour profiter des propriétés du gui, il faut le récolter avec une lame en or, ou, à défaut, l'arracher avec les mains.

Enlever tout le gui d'un arbre porte malheur. En dépouiller coplèement un arbre fruitier le fait périr.

En ouvrant des baies de gui le 29 septembre, jour de la Saint-Michel, on peut prédire le temps de l'année à venir. Bien remplies, elles annoncent une année abondante mais des baies maigres et sèches présagent une année sèche et chaude. Vides et humides, l'été sera humide et froid. Si le gui est couvert de nombreuses baies, l'hiver risque d'être précoce et très enneigé (Ardennes).

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Lire la suite de l'article, centré sur la symbolique celte.







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