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  • Anne

Le Gui, la panacée universelle



Étymologie

  • GUI, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1347 (Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. 4, p. 180 : un guy a deus viroles d'argent pendant a la dicte bourse) ; 1372 guy de chesne (Compte du testam. de la royne Jehanne d'Evreux ds Laborde). Du lat. viscum, d'où sont issus directement le rouergat mod. et l'a. prov. vesc (xiie-xive s. Lévy, Rayn.) ; les formes en i (visc, vist, vif, viz fin xive, Les livres du Roy Modus, 83, 23 ds T.-L.) sont prob. dues à l'infl. des représentants de hibiscus (cf. guimauve, v. FEW t. 14, p. 524b). Le passage à l'initiale de v à g révèle l'infl. de l'a. frq. *wihsila (cf. griotte) d'apr. la ressemblance des fruits de ces deux plantes.


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique sur cette plante extraordinaire, plante qui pousse en boule, c'est-à-dire dans toutes les directions à la fois...


Autres noms : Viscum album ; Blondeau ; Bois de la Sainte-Croix ; Bouchon ; Glu ; Gui blanc ; Gui des feuillus ; Vergnet ; Vert de pommier ;

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Botanique :


Dans le Bulletin de liaison de la Fédération mycologique et botanique Dauphiné-Savoie (septembre 2009, n°3, pp. 34-35), Louis Girard propose un article intitulé "Propos sexiste sur le gui" dans lequel il évoque quelques curiosités botaniques :

Quelques surprises botaniques :

  • des baies à deux embryons : On peut observer fréquemment des graines de gui germées (à partir du mois de mai) sur les branches des arbres porte-gui ; ces graines sont tombées là avec la fiente d’une grive draine ou bien ont été abandonnées là par une fauvette à tête noire. De ces graines émergent un hypocotyle vert, prémices d’une plantule de gui qui va tenter de s’installer et de survivre. Mais certaines de ces germinations révèlent un fait étonnant en émettant deux hypocotyles, comme deux «tentacules» émergent de la tête d’un escargot! Donc des graines possèdent deux, voire trois ou quatre embryons : des vrais jumeaux (ou triplés ou quadruplés !), c’est-à-dire issus d’une seule fécondation et donc d’un embryon qui s’est partagé en deux ou en trois ou quatre ? Ou bien des faux jumeaux, c’est à dire des embryons issus de plusieurs fécondations simultanées ? Qui peut répondre à cette question ? Personnellement, je penche pour la première hypothèse. Qui me dira si les deux plantules issues d’une seule graine de gui sont ou ne sont pas du même sexe ?

  • des baies géantes : Le fruit du gui est classiquement appelé une baie (même si les puristes la nomment pseudo-baie). Elle porte en surface des traces ressemblant au 5 d’un dé à jouer : les 4 traces des tépales (minuscules pièces florales faisant office de sépales et de pétales) et au centre le pistil. Parfois, on découvre des fruits plus gros que la moyenne et dotés de 2 voire 3 « dés à jouer » ! Nouveau mystère qui doit pouvoir s’expliquer par la fusion de deux fruits contigus (fait que l’on voit parfois dans les arbres fruitiers). Donc probablement ni jumeaux, ni siamois. Et pas forcément du même sexe.

  • du gui sur du gui ? En regardant bien les touffes de gui (en mai/juin), il est possible, mais rare, d’observer des graines de gui germées sur du gui ! Supposons simplement que la grive gloutonne ait eu une envie pressante en plein repas ! Mais d’autres hypothèses sont possibles ! Encore plus rare, l’observation de gui implanté sur du gui, c’est-à-dire du gui parasite du gui ! La photo cidessous montre pourtant clairement une touffe de gui mâle fixée sur une touffe de gui femelle, cas sans doute assez unique dans le monde vivant d’autoparasitisme. Donc, si le botaniste observe (en mars) des fleurs mâles et femelles sur une même touffe, il faudra en déduire que nous sommes dans cette situation rarissime de touffe de gui bisexué et monoïque. Pour clore ces propos sexistes, dans cette situation, on pourrait imaginer que ce mâle parasite fécondât sa propre mère nourrice ! Incestueuse nature !

Clemens G. Arvay, biologiste autrichien qui s'intéresse particulièrement au concept de biophilie, nous demande dans L'Effet guérisseur de l'arbre (Éditions Le Courrier du Livre, 2016) :


Saviez-vous qu'il existe en Australie un gui qui se transforme tellement que ses feuilles ressemblent aux feuilles de la plante sur laquelle il pousse ? Les botanistes ne savent toujours pas vraiment comment le gui fait pour savoir à quoi ressemblent les feuilles de la plante-hôte. Probablement qu'il existe un mécanisme inconnu qui fait que le gui peut accéder au code génétique de la plante afin de lui ressembler.

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Bienfaits thérapeutiques :


Pour en savoir davantage sur l’utilisation du gui contre le cancer en médecine anthroposophique, vous pouvez lire cette plaquette sur la clinique d'Arlesheim.

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D'après Marc Questin, auteur de La Médecine druidique (1990, nouvelle édition inchangée 1997),


"Le gui est apporté par les oiseaux du ciel sur l'arbre dont il exprime la survie après la mort apparente qui suit la chute des feuilles et des fruits. Il représente la survie de l'âme après la mort, son travail pour préparer la Vie Future (au sein du Gwenved) et tend vers la lumière jusqu'au renouveau printanier qui exprime cette renaissance dans une même souche (la race, la famille, le sol de son développement). En révérant le gui cueilli en un jour faste, c'est l'Âme immortelle que révéraient les druides. On recueillait le gui dans un linge banc. La cueillette terminée, on sacrifiait de jeunes taureaux blancs. Le rituel décrit par Pline se rapporte très probablement à la fête de novembre qui marque le début de l'année celtique et cela correspond au symbolisme d'immortalité et de régénération du gui. Parce qu'il est en complet épanouissement au solstice d'hiver, quand la Nature sommeille sous la neige, le druide considérait le gui comme une manifestation végétale exceptionnelle et digne d'honorer son dieu.

Ses feuilles fraîches sont riches en alcaloïdes, en viscols L et B, en cholines, en amyrines (triterpène) et en viscotoxines. En tisanes ou en macérations préparées avec soin et à faibles doses, elles agissent comme diurétique, hypertenseur, tonicardiaque et vasodilatateur périphérique. Les druides n'ignoraient pas que cette "plante-animal" freine et parfois guérit certaines tumeurs. La cancérologie moderne reconnaît ce pouvoir et parfois n'hésite pas à recourir à des injections intra-musculaires à base de certains Viscum album.

D'après Pline, "les Gaulois croient que le gui pris en boisson (ou eau de chêne) donne la fécondité et constitue un remède contre tous les poisons." Le gui était considéré comme l'eau de chêne. Étant son parasite, il suce la sève nourricière et féconde l'arbre en condensant ses vertus. Il est vraiment un concentré, un extrait de chêne.

De nos jours, le gui est à l'honneur dans les prescriptions homéopathiques sous son nom latin de viscum album. Les chercheurs pharmaciens ont découvert ses principes anticancéreux actifs contre certains carcinomes et papillomes (verrues).

"La reproduction du gui se fait différemment de celle des autres plantes. Si la graine tombe à terre, elle ne germera pas. Il faut que la baie soit mangée par un oiseau pour que se termine la formation organique de la substance fécondante. Elle est évacuée après la digestion qui ne dure que huit à dix minutes et, si elle tombe sur une branche, elle enfonce son style dans l'écorce et donne naissance à une nouvelle plante. Le gui réalise ainsi à un haut degré la continuité de la vie qui caractérise l'animal et ignore le dépérissement par lequel doit passer toute plante à graine avant d'engendrer une vie nouvelle" (Jean Palaiseul, Enquête sur une thérapeutique du cancer).

Ainsi, le gui de chêne rouvre, cueilli solennellement le sixième jour de la lune par le druide vêtu de blanc, montant lui-même sur l'arbre pour le cueillir à l'aide d'une serpe d'or, est-il traditionnellement considéré comme une "plante-animal" de l'ancienne lune. Sa croissance dans l'espace et le temps échappe, en effet, à l'attraction de la terre minérale à laquelle obéissent toutes les autres plantes.

Il existe une polarité entre le gui d'été et le gui d'hiver. Rudolf Steiner a indiqué comment utiliser les forces astrales très puissantes du gui. cette préparation est nommée iscador. L'iscador est connu en France sous le nom de Viscum album fermenté. Ce médicament préparé à partir du gui (Viscum album) est dépourvu de toxicité et peut être injecté pendant des années sans inconvénients. Il existe de nombreuses études pharmacologiques et chimiques sur le gui. Vester et Nienhaus ont découvert dans le suc frais du gui, obtenu par pression, une structure particulière de la composition des aminoacides.

Une quinzaine d'années avant la Seconde Guerre mondiale, Rudolf Steiner a préconisé l'utilisation d'une centrifugeuse d'un mètre de diamètre, tournant à 12 000 tours par minute, pour "dynamiser" cette préparation, c'est-à-dire lui rendre le mouvement, la dynamique qui sont synonymes des forces de vie. Des résultats intéressants, dépassant statistiquement toutes les autres thérapeutiques du cancer, ont été acquis avec une préparation obtenue grâce à une centrifugeuse tournant à 6 000 tours par minute.

Les propriétés anticancéreuses du gui varient assez, selon l'arbre-support. Comme le précise le Pr Raymond Lautié, "le gui du pommier (viscum mali) convient plutôt aux tumeurs génitales du sexe féminin ; le gui de chêne (viscum quercus) aux tumeurs génitales du sexe masculin ; le gui du pin (viscum pini) au cancer du sein et de la peau ; le gui du sapin (viscum abietis) au cancer de la région thoracique et cervicale."

Le gui est inséparable du monde des oiseaux. C'est en se nourrissant de ses baies que la grive draine, transporte ses graines entourées d'ne pulpe extrêmement visqueuse, qui leur permet de se coller à la branche d'un arbre et d'y germer.

Les feuilles et les rameaux, préparés en infusion, ont en particulier des propriétés hypotensives.

Contrairement aux substances chimiques généralement utilisées pour détruire les métastases et qui ont le gros inconvénient de paralyser la faculté de défense de l'organisme, il semble que le gui possède, parallèlement à une efficacité marquée contre les cellules cancéreuses, la propriété de stimuler le système de défense dans son ensemble, en agissant en particulier sur le thymus.

Conformément aux prescriptions des ovates, pour qui le gui était un remède à des troubles que nous rattacherions aujourd'hui à l'hypertension artérielle, la phytothérapie en utilise les propriétés hypotensives, vasodilatatrices et ; elle l'emploie aussi, en usage externe, contre certaines tumeurs sur lesquelles le gui exerce une action inhibitrice et nécrosante, ce que savaient les ovates qui guérissaient ainsi les ulcères.

"Certains pensent que le gui est plus efficace cueilli sur le robur (le chêne) au commencement de la lune, sans fer et sans qu'il ait touché la terre ; qu'il guérit de l'épilepsie, fait concevoir les femmes qui en portent sur elles ; que, mâché et appliqué sur les ulcères, il les guérit tout à fait" (Pline, Histoire naturelle).

La cérémonie du gui avait lieu, en Gaule, près de Chartres, le sixième jour de la lune de notre mois de décembre : elle était la fête symbolique de l'immortalité de l'âme. La plante adorée représentait la survie : fleurie, verte, agrippée à l'écorce du chêne, seule resplendissante dans la nature hivernale. Outre sa vitalité singulière dans le monde végétal réduit à l'apparence de la mort, le gui, dont les feuilles poussent généralement par bouquets de trois, répondait au symbolisme du nombre druidique. Le dogme voulait que le nombre 3 embrassât l'Univers ; il considérait 3 cercles d'existence, 3 ordres de hiérarchie sociale, 3 classes dans la nation gauloise, 3 rangs dans la chevalerie.

Le Rameau d'Or, ce gui panacée que les druides appelaient plante-qui-guérit-tous-les-maux, était plongé dans une eau lustrale, qui, charmée par les vertus magiques de la plante, guérissait les malades et déjouait les sortilèges.

De nos jours, des recherches menées en dehors du cercle de l’École d'Arlesheim pour déceler les principes actifs du gui ont prouvé par l'expérimentation sur l'animal qu'il existe dans le suc de cette plante des substances albuminoïques qui comptent parmi les plus énergiques des anti-cancérigènes connus aujourd'hui. Bien qu'aucune teinture commerciale ne rivalise en efficacité avec celle que les druides préparaient canoniquement, l'alcoolat de gui judicieusement dosé donne des résultats souvent remarquables (affections du cœur, troubles vasomoteurs et congestifs, hypertensions, etc.). employé en simples tisanes, il est un bon adjuvant hypotenseur et un dépuratif du sang. Celui du chêne, préparé comme il convient et administré à la 7° C.H. ou à la 200° homéopathique a dans certains troubles, tels que la paralysie des muscles oculaires, une efficacité parfois étonnante.

Le gui n'est autre que l'authentique Sôma, que l'Inde ne sait plus préparer et qu'elle a remplacé depuis bien des siècles par un substitut local. Les éloges adressés à Sôma (dont la mythologie a fait un dieu-lune, de même qu'elle a assimilé l'amrita aux rayons lunaires) s'adressent tantôt à la teinture, "remède universel", tantôt à l'élixir, breuvage magique des Initiés, tantôt, enfin, à la forme supérieure du symbole où le chêne est l"homme et le Gui ou Sôma la Sagesse divine, la Lumière du Verbe."

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Selon C. Busser, auteur de "Baies, fruits et pseudo-fruits toxiques utilisés en médecine populaire ou en phytothérapie" (in Phytothérapie Numéro 1 : 31–3, 2007) le Gui (Viscum album L. Viscaceae) :


C’est un parasite particulièrement fréquent sur les pommiers et les peupliers, mais il peut être présent sur la majorité des essences forestières européennes. Il est en revanche rare sur le chêne.

Il forme des touffes arrondies de 40 a` 50 cm de hauteur. Perchée sur les arbres, la tige s’enfonce dans le bois en formant un suçoir. Les feuilles oblongues, épaisses, charnues, d’un vert jaunâtre, sont opposées par deux. Les fleurs, en groupes de 3 a` 6, mâles et femelles, se développent à la fin de l’hiver et donnent naissance à des baies blanches et transparentes vers août-septembre qui mûrissent en novembre-décembre.

Le gui contient des flavonoïdes, des amines biogènes, des acides phénols et des lignanes, des lectines glycoprotéiques (viscumines cytostatiques, surtout dans les suçoirs) et des viscotoxines (protéines spécifiques cytolytiques et hypotensives : seulement dans les feuilles).

Le gui est utilise´ contre le cancer sous forme de préparations injectables d’extraits fermentés de gui d’hiver et d’été (feuilles, suçoirs et fruits), riches en lectines et autres substances.


Toxicité : Les signes dépendent de la quantité´ prise. Pour certains auteurs, ce sont les jeunes feuilles, plus que les fruits qui provoqueraient des troubles digestifs et hypotension du fait de la présence de viscotoxine, absente des fruits.

Bien que mangées par les poules, les grives, les ramiers, les fauvettes et les mésanges, les baies sont toxiques. Cette toxicité varie en fonction de l’arbre parasité. Ainsi, le gui du peuplier serait moins toxique que celui du pommier ou du sapin.

Les symptômes d’empoisonnement (ingestion d’au moins 3 à 5 baies) sont : des vomissements par irritation des muqueuses digestives, des diarrhées, la soif, une dilatation pupillaire, une hypotension et des paralysies allant jusqu'à` l’arrêt cardiaque et/ou l’asphyxie, parfois une atteinte hépatique ou des signes neurologiques. L’évolution est le plus souvent favorable en moins de quarante-huit heures.

Voici l’expérience du centre antipoison de Lille : quatre enfants ayant avalé des baies de gui ont présenté des vomissements et l’un d’entre eux a souffert également de diarrhées. Dans toutes ces situations, la quantité de baies avalées a été estimée à plus de quatre. La majorité des intoxications sont asymptomatiques mais les quantités ingérées, difficiles à apprécier, sont cependant généralement très faibles (de 1 à 3 baies). Les doses toxiques ont été déterminées chez l’animal.


Usages populaires : Bézanger cite l’utilisation traditionnelle de rameaux feuillus au moment de la fructification, ou des feuilles entières. Les fruits furent utilisés comme vomitif et purgatif, mais semblent sans intérêt. Les laboratoires homéopathiques français préparent une teinture mère à visée hypotensive à base de rameaux feuillés frais au moment de la fructification, sur des pommiers. Gélules de feuilles de gui, ou infusion de gui (feuilles), sont toujours employées en association avec l’aubépine et la mélisse en vue d’un effet hypotensif. En résumé, les feuilles de gui qui figurent encore dans la VIIIe édition de la Pharmacopée sont hypotensives et ne semblent pas provoquer (sous toutes réserves) d’effet toxique a` long terme selon Bruneton, Weiss et Fintelmann (Com E). Les extraits fermentés de gui à visée immunostimulante représentent un cas particulier, dans la mesure où la fermentation de gui d’hiver et de gui d’été mélangés permet l’apparition de lectines à effet cytotoxique sélectif in vitro et de diverses autres substances polysaccharidiques entre autres à effet immunomodulant. Divers laboratoires européens ont développé des techniques de fabrication, dont les indications varient en fonction des concentrations.

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Croyances populaires :


Alfred Chabert dans De l'emploi populaire des plantes sauvages en Savoie (in Bulletin de l'Herbier Boissier, Vol. III, nʻ5-6-7, sous la direction de Eugène Autran, Genève, 1895) évoque le gui :


Enfin il existe certainement dans les populations d'une partie de nos campagnes un préjugé au sujet du guy, Viscum album. Quelles que soient la beauté et la fécondité de l'arbre fruitier sur lequel ce parasite se développe, jamais nos paysans ne le détruisent. Ils le laissent croître et multiplier à l'aise et tuer peu à peu le support, chez eux aussi bien que chez les propriétaires. Les ordres donnés à ce sujet restent lettre morte. Fermiers et journaliers ont toujours un prétexte pour renvoyer à plus tard leur exécution ; ils ne refusent pas d'obéir, mais ils font force d'inertie. Lorsqu'on leur en demande la raison, ils répondent qu'ils ont oublié. Si l'on veut que le guy soit détruit en notre présence, ils affirment que l'arbre fruiter crèvera, si l'on n'attend pas telle ou telle autre saison, et je le répète, ils laissent le guy prospérer aussi bien sur les arbres qui leur appartiennent que sur les autres. Jamais je n'ai pu avoir d'explication à ce sujet. Il y a là évidemment un mystère. Est-ce un reste des superstitions druidiques ?

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D'après Véronique Barrau, auteure de Plantes porte-bonheur (Éditions Plume de carotte, 2012) : le gui est "un bon parasite".


Toujours vert : Admirant la verdure et la vitalité inépuisable du gui en plein en hiver, les druides vouaient un respect sans borne à la plante poussant sur de rares branches de chênes. A leurs yeux, "l'eau du chêne", comprenez la sève associée à l'âme de l'arbre, tout à la fois emplie de sagesse et de force, trouvait refuge dans le gui, en période hivernale. Cette présence conférait au végétal en boule des pouvoirs exceptionnels mais fragiles. Seule une cueillette rituelle pouvait empêcher la disparition de ces bienfaits. La récolte devait s'effectuer au sixième jour après la nouvelle lune, lors du solstice d'hiver. Vêtu d'une robe blanche, un druide grimpait au chêne et prélevait une houppe de gui avec une faucille d'or tout en prononçant la formule rituelle O ghel an heu (Que le blé germe). Cette expression, glorifiant le renouveau de la nature symbolisée par le blé, fut déformée dans le temps et devint au cours du Moyen Âge "au gui, l'an neuf". L'assistance placée sous le chêne, déployait un drap blanc, afin que le gui ne perde ses vertus en touchant terre. Découpée en morceaux, la précieuse plante aux vertus jugées protectrices était distribuée à l'assistance.

La consommation de gui offrait en effet l'invincibilité tandis que le fait d'en porter sur soi ou de l'accrocher dans les maisons et les étables protégeait des sortilèges, des maléfices et des voleurs. Au siècle dernier, la plante merveilleuse placée dans un wagon empêchait même le train de dérailler. Et une seule branche de gui suspendue au-dessus d'un berceau suffisait pour dissuader les fées d'enlever le nouveau-né. Accrochez du gui dans une maison est donc synonyme de chance et de protection pour les habitants, tout le monde sait cela. Pensez toutefois à ajouter une branche de houx dans vos rameaux de gui, le bonheur des autres ne pourra ainsi vous causer aucun tort.

"Suspendu au plafond de la salle commune, mis à la tête du lit des époux, le gui a tenu durant de longs siècles sa place de plante hautement protectrice : foudre, maladie, malchance, infidélité, incendie, épidémie, mauvaise récolte, inondation... Il n'est guère de malheurs contre lequel le gui se soit révélé inefficace." (Cunningham)


Cueillette du gui : Les druides procédaient à la récolte du gui en utilisant exclusivement une serpe en or, tout autre métal aurait nui aux vertus de la plante. Mais près de Rennes, les habitants croyaient que la soupe de la plante, quel que soit le métal utilisé, portait irrémédiablement malheur. Aussi préféraient-ils arracher le gui. N'hésitons pas enfin à dénoncer les habitants de Velorcey (Haute-Saône) qui dérobaient le gui chez autrui puisque seul un rameau volé avait valeur de porte-bonheur à leurs yeux. Comme vous pouvez le constater, les avis divergent et nous vous laissons libre de faire votre propre choix, quitte à vous arranger avec votre conscience... Sachez que plus les touffes de gui seront fournies et chargées en baies, plus la chance sera au rendez-vous.


Pas si parasite que ça : Le gui est un semi-parasite. il prélève à l'arbre une partie de sa sève brute mais effectue lui-même sa photosynthèse. Il semblerait même qu'il restitue en hiver quelques produits de son activité à celui qui le porte. Le gui n'est en fait nuisible que s'il pousse en abondance, responsabilité qui incombe alors aux grives et fauvettes, friandes de ses baies blanches et qui dissémineront les graines après digestion.

S'embrasser sous le gui : L'échange traditionnel de baiser sous le gui, célébrant l'amitié et l'amour, avait déjà cours au IIe siècle. Mais connaissez-vous les conditions intransigeantes qui doivent être respectées pour ne pas souffrir de désagréments. Le gui doit absolument être cueilli avant Noël et brûlé durant la nuit du 6 janvier. Sans quoi, les couples s'étant embrassés sous les rameaux de verdure pendant le réveillon du jour de l'an ne cesseront de se disputer les douze mois à venir !

Aucune précaution n'est en revanche nécessaire pour échanger un baiser sous un arbre porteur de gui. Il paraît même que c'est un stratagème bien plus efficace que de s'embrasser bien au chaud chez soi. Enfilez néanmoins vos gants et votre bonnet, ce ne serait vraiment pas de chance si vous attrapiez un rhume à cette occasion !


Source de revenu : Une superstition l'affirme : celui qui marche sous le gui suspendu au plafond sans en avoir conscience profitera bientôt d'une rentrée d'argent. Il est en revanche attesté que le gui a permis à certains de récolter quelques sous


Le gui porte-malheur, ça existe : Il ne faut jamais enlever toutes les boules de gui d'un arbre, cela porte malheur. De même, aux alentours de Valence, et comme le rapporte l'écrivain Éloïse Mozzani, "passer sous un pommier portant du gui ou manger une pomme provenant de cet arbre, c'est courir le risque d'être ensorcelé."


Vente : "Au gui nouveau ! Au gui l'an neuf !, Au gui nouveau ! Au gui l'an fleuri !", telles étaient les formules des vendeurs ambulants qui haranguaient les passants en portant des touffes de gui suspendues à un bâton de frêne ou de bouleau. Au début du siècle dernier, de nombreuses boules de verdure provenant essentiellement de Bretagne et de Normandie envahissaient les rues de Paris et de Londres où les habitants chérissaient particulièrement le gui.