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  • Anne

La Caille




Étymologie :

  • CAILLE, subst. fém.

Étymol. et Hist. Début xiie s. « oiseau du genre de la perdrix » (Psautier Cambridge, CIV, 40 ds Gdf. Compl.). Issu d'une forme d'orig. onomatopéique quaccola attestée ds les gloses de Reichenau (éd. H.-W. Klein, Beiträge zur romanischen Philologie des Mittelalters, t. 1, 1968, 2975 quaccola, 530 quaccoles, 317a quacules). Sur l'hyp. d'un étymon frq. *kwakla induit du néerl. kwakkel (Gam. Rom. t. 1, p. 214 ; v. aussi EWFS2 ; cf. W. von Wartburg, Mots romans d'orig. germ., Mélanges J. Haust, Liège, 1939, p. 426), il est vraisemblable que le néerl. se rattache directement à quaccola, qui semble avoir vécu en milieu ouest-germ. (cf. Kluge, s.v. wachtel).

  • CAILLE, subst. fém.

Étymol. et Hist. [1906 truc à la caille « indélicatesse » (d'apr. E. Chautard, La Vie étrange de l'arg., p. 299) ; 1910 avoir qqn à la caille « détester qqn » (d'apr. Esn.) ; 1926 une gueule à cléber de la caille (ibid.)]. Issu d'un type *caille au sens de « estomac » d'apr. *cail « présure, organe digestif dont on fait la présure » qui est à l'orig. de caillette* « quatrième estomac des ruminants », avoir qqn à la caille signifiant « l'avoir sur l'estomac » (Guir. Étymol., p. 60) ; de l'homonymie existant entre caille « estomac » et caille dér. de cailler forme dial. issue de cacare « déféquer, fienter » (cf. supra Céline), sont formés, par substitution synonymique les syntagmes l'avoir à la crotte, l'avoir à la mouscaille, d'où l'on a tiré l'hyp. (Esn.) que caille était issu de mouscaille par aphérèse.


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.




Zoologie :


Lire la fiche proposée par le site Oiseaux.net.




Symbolisme :

D'après le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969, ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"Dans le langage figuré, la caille est symbole de chaleur, voire plus familièrement, d'ardeur amoureuse : chaud comme une caille. On notera qu'elle est, en Chine, l'oiseau du sud et du feu ; c'est l'Oiseau rouge, symbole de l'été. Elle donne son nom, dans l'astronomie chinoise, à l'étoile centrale du Palais de l’Été.

Toutefois, le symbolisme de la caille est surtout lié à ses mœurs d'oiseau migrateur et au caractère cyclique qu'elles supposent. Caractère quelque peu étrange, d'ailleurs, qui fera substituer, en Chine, le phénix à la caille. Dans la Chine antique, la caille, comme l'hirondelle, réapparaît avec la belle saison ; elle est censée se transformer, pendant l'hiver, en mulot ou en grenouille. Les joutes printanières figurent la quête amoureuse des cailles (ou des perdrix, ou des oies sauvages). Ce rythme saisonnier, ce va-et-vient des oiseaux migrateurs, est une image de l'alternance du yin et du yang, l'oiseau du ciel se métamorphosant, en animal souterrain ou aquatique.

Le mythe védique de la délivrance de la caille par les Ashvin, les dieux jumeaux à tête de cheval, est bien connu. Il semble posséder une signification du même ordre, même s'il se rattache à un cycle d'une amplitude différente. Les Ashvin sont liés, selon une interprétation courante, au Ciel et à la Terre, au jour et à la nuit. La caille (vartikâ), qu'ils libèrent de la gueule du loup, serait donc l'aurore, la lumière précédemment avalée, enfermée dans la caverne. On notera que les nuages de l'aurore chinoise ont cinq couleurs comme l’œuf de la caille, et aussi que la caille vole toujours la nuit. Vartikâ signifie celle qui revient et dérive, note M. Christinger, de la même racine qu'Ortyx, le nom grec de l'oiseau. Ortygie, l'île aux cailles, l'île de Délos est la patrie d'Artémis et d'Apollon, dont l'alternance n'est pas sans rapport avec celle des Ashvin. Il va sans dire que cette lumière libérée de la nuit - ou des enfers - n'est pas seulement celle du soleil matinal, mais aussi celle du soleil spirituel, proprement la lumière intellective ou initiatique.

On se souviendra encore que les cailles constituent, avec la manne, la nourriture miraculeuse des Hébreux au désert."

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Selon Didier Colin, Auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes (Larousse Livre, 2000) :


C'est une cousine de la perdrix qui aime à vivre parmi les hautes herbes et surtout dans les champs de blé, où elle peut aisément se dissimuler. Car elle est petite, de forme arrondie, et son plumage est de couleur brunâtre ou gris-beige avec, parfois, un joli col blanc bordé de noir.

On a tout lieu de penser qu'elle tient son nom du vieux germanique kraka, "corneille", dont le diminutif, kwakla, aurait fini par donner quaccola en vieux français, puis "caille". Elle est, comme on le sait, un gibier fort prisé des chasseurs et des fins gourmets. Mais sait-on encore que cet oiseau migrateur s'apprivoise très facilement ?

Ce qui retient l'attention, en ce qui la concerne, c'est le fait que de nombreuses expressions populaires, mais aussi des dictons et proverbes, insistent sur l'ardeur amoureuses qu'on lui attribue et dont elle est devenue naturellement un symbole. Par exemple, on dit couramment, "être chaud, doux, tendre ou rond comme une caille", et l'expression "ma caille" s'emploie souvent en signe d'affection. mais cet oiseau fut avant tout considéré comme l'animal figurant le berceau d'Apollon qui, selon la légende mythique grecque, serait né dans l'île aux cailles., Ortygie (de ortyx, "caille" en grec), où Léto, sa mère, était venue se réfugier pour fuir la colère d'Héra. Ainsi, par gratitude, Apollon fit de son île natale le centre du monde grec et la nomma Délos, la brillante."

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Mythologie :

Selon Robert Graves, auteur de Les Mythes grecs (Édition originale 1958 ; Traduction française Robert Laffont, 1967), :


"Artémis, à l'origine déesse orgiaque, avait pour oiseau sacré la voluptueuse caille. Les cailles volant par bandes vers le nord, au printemps, avaient dû choisir l'île d'Ortygie pour y faire halte au cours de leur migration. La légende selon laquelle Délos, lieu de naissance d'Apollon, était, depuis, devenue une île flottante est peut-être une mauvaise interprétation du récit selon lequel le lieu de sa naissance n'avait pas été officiellement désigné : en effet, pour Homère (Iliade, IV, 101)on l'appelle Lycégène, "né en Lycie" ; quant aux Éphésiens, ils se vantaient qu'il était né à Ortygie près d’Éphèse (Tacite, Annales, III, 6). A la fois les Béotiens de Tégyres et les Zôstériens attiques prétendaient aussi qu'il était né que leur sol (Stephanos de Byzance sub Teyra).

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